Claire Delmas, chercheuse en littérature, lectrice des signes, des bibliothèques et des questions laissées ouvertes pour la Guilde des Bibliopolicés. Amis bibliophiles, bonjour.
J’ai rêvé d’Octave Uzanne.
Il était dans une pièce pleine de livres, de reliures et de petits objets choisis avec trop de soin pour être innocents. Rien d’austère. Rien d’universitaire. On sentait qu’ici le goût comptait autant que le savoir, et peut-être parfois davantage. Une odeur de papier ancien, de cuir et de poudre légère flottait dans l’air. Uzanne était assis très droit, parfaitement à sa place, comme un homme qui n’a jamais séparé les livres du décor, ni le décor de la séduction.
Je n’avais évidememnt avec lui ni souvenir personnel ni scène ancienne à réparer. J’avais seulement ses livres, son ton, sa réputation, et cette curiosité qu’il laisse derrière lui, mélange d’agacement et de plaisir. Le rêve, plus obligeant que l’histoire, me donnait accès à la conversation.
Je commençai par la question la plus simple.
— Pourquoi aimez-vous tant les livres ?
Uzanne sourit avec cette satisfaction des hommes qui trouvent enfin une question digne d’eux parce qu’elle leur permet de parler d’eux-mêmes sans avoir l’air de le faire.
— Parce qu’un livre ne vaut jamais seulement par ce qu’il dit. Il vaut aussi par la manière dont il se présente. J’aime qu’un volume ait de la tenue, de la grâce, un peu de coquetterie même. Un beau texte mal vêtu entre dans l’esprit avec moins d’éclat.
Il prit un petit volume sur la table, le regarda comme on regarde un objet qu’on connaît assez pour le flatter sans excès.
— Beaucoup de gens parlent des livres comme s’ils n’étaient faits que pour l’intelligence. C’est une conception pauvre. Le livre s’adresse aussi à la main, à l’œil, au goût. Il a une démarche. Il peut plaire avant même d’avoir convaincu. Et je tiens que ce plaisir préliminaire n’est pas une frivolité. C’est une politesse.
— Donc vous aimez les livres comme d’autres aiment les étoffes, les gants ou les bibelots ?
— Certainement. Et je ne vois pas pourquoi il faudrait en rougir. Les esprits les plus lourds ont inventé cette hiérarchie grossière selon laquelle l’idée serait noble et sa forme presque coupable. C’est une sottise de gens mal élevés. Une civilisation se lit dans ses détails. Elle se lit dans la coupe d’un vêtement, la courbe d’un meuble, la façon de graver un frontispice, de choisir un papier, de dorer un dos. Le livre n’échappe pas à cette loi.
— Vous aimez donc autant le livre que ce qui l’entoure ?
— Oui, car ce qui l’entoure fait partie de lui. La reliure n’est pas un manteau jeté après coup sur un texte nu. Elle est une interprétation. Le papier est une nuance de pensée. Le format est déjà une manière de parler. Le bibliophile qui prétend n’aimer que l’esprit du texte se trompe sur son propre plaisir.
Je passai alors au sujet qui, chez lui, m’avait toujours arrêtée.
— Et les femmes ? Pourquoi reviennent-elles si souvent chez vous ?
Cette fois, son sourire se fit plus mobile, plus fin.
— Parce qu’elles furent longtemps les grandes praticiennes du détail. Les hommes ont écrit des systèmes et des lois. Les femmes ont gouverné une part du monde par une science bien plus subtile : celle des signes légers. Une manche, un ruban, un parfum, une façon de tenir un éventail, et voilà déjà toute une diplomatie.
— Vous les admirez, donc.
— Beaucoup.
— Et pourtant vous en parlez souvent comme d’un spectacle.
Il eut la franchise élégante des hommes qui savent qu’ils ne sortiront pas de l’accusation.
— C’est exact. J’appartiens à un monde qui admire en enfermant. Nous avons regardé la femme comme un chef-d’œuvre de surface, ce qui était à la fois un hommage et une prison. Je ne prétendrai pas avoir échappé à mon siècle.
— Vous êtes donc misogyne ?
— Un peu, sans doute, mais d’une misogynie décorative, si j’ose dire, non brutale. Je n’ai ni la franchise grossière des ennemis des femmes, ni la justice moderne de ceux qui veulent les comprendre sans les mettre en scène. J’ai pour elles ce mélange assez fatigant d’adoration, de curiosité et de condescendance qui caractérise fort bien ma fin de siècle.
Je ne pus m’empêcher de sourire.
— C’est une manière bien commode de vous définir vous-même.
— Mais très exacte. Le XIXe siècle finissant a beaucoup aimé les femmes à condition de les styliser. Il les a entourées de fleurs, de satins, de métaphores et d’interdits. Il les a regardées avec ferveur, mais rarement avec simplicité. Vous voudriez que j’échappe à cela ? Ce serait me demander d’être moins intéressant.
La réponse était insupportable et presque charmante, ce qui résumait assez bien Uzanne.
Je revins aux livres.
— Qu’est-ce qu’un bon bibliophile ?
Il prit le temps de considérer la question.
— Ce n’est pas un homme qui accumule. Il y a beaucoup de gens qui entassent des raretés comme d’autres amassent des pièces d’or. Ils possèdent, mais n’habitent rien. Le bibliophile, le vrai, met du goût dans sa passion. Il ne collectionne pas seulement des titres ; il compose un monde.
— Cela veut dire qu’une bibliothèque dit quelque chose de celui qui la forme ?
— Évidemment. Une bibliothèque est toujours un autoportrait, mais un autoportrait plus indiscret que son propriétaire ne l’imagine. Elle montre ses fidélités, ses vanités, ses manies, ses insuffisances, ses rêves de distinction. L’homme qui ne jure que par les grands papiers, les exemplaires non rognés, les reliures héroïques et les provenances illustres n’exprime pas seulement un goût ; il formule une morale. Le choix des livres n’est jamais innocent.
— Et vous, que regardez-vous d’abord dans un exemplaire ancien ?
— Son ton.
Je répétai le mot.
— Son ton ?
— Oui. Je ne parle pas seulement du texte. Je parle du ton matériel de l’objet. Il y a des exemplaires qui ont de la présence et d’autres non. Certains ont traversé le temps sans perdre leur esprit. D’autres sont morts debout, trop parfaits pour être touchants. J’aime un livre ancien qui a vécu sans être défiguré. Une note en marge, une couture refaite, une reliure un peu postérieure, un ex-libris légèrement vaniteux, tout cela peut le rendre plus éloquent qu’une perfection sans biographie.
— Vous ne sacralisez donc pas l’état parfait ?
— Je m’en méfie. L’état parfait est une grande tentation des âmes étroites. Qu’on me comprenne : j’aime les beaux exemplaires, les marges saines, les papiers frais, les reliures intelligentes. Mais dès qu’on transforme la conservation en religion, on commence à perdre le livre pour ne plus adorer qu’une hygiène. Les amateurs de pureté absolue sont souvent des gens qui aiment moins les livres que l’idée d’être irréprochables à leur sujet.
Puis, avec un sourire en coin :
— La bibliophilie a ceci d’amusant qu’elle donne à certains maniaques l’occasion de se prendre pour des prêtres.
Je pensai alors à quelques catalogues récents, à certaines notices écrites comme des actes de canonisation, et je me tus.
— Vous semblez aimer les ridicules du collectionneur presque autant que les livres eux-mêmes.
— Mais bien sûr. Sans ridicule, il n’y a pas de bibliophile ; il n’y a qu’un fonctionnaire du papier. Ce qui m’amuse, ce n’est pas seulement l’objet, c’est la déformation légère qu’il inflige à son amateur. Voyez comme un homme par ailleurs raisonnable devient soudain féroce pour une rognure, lyrique pour une provenance, soupçonneux pour un lavis, doctrinal pour un veau blond. Il parle d’un fleuron comme d’une affaire d’honneur. Tout cela est très comique, et très humain.
— Vous êtes cruel.
— Non. Je suis exact. Les grandes passions deviennent intéressantes au moment où elles prennent une petite forme de folie spécialisée.
Je lui demandai alors :
— Et le décor ? Vous n’avez jamais séparé les livres du décor.
— Pourquoi l’aurais-je fait ? Les gens sérieux opposent toujours ce qu’ils ne savent pas unir. Pour moi, un intérieur, une reliure, un bibelot, un éventail, un livre illustré, tout cela participe d’une même civilisation du regard. Vous appelez cela décor ; j’y vois une intelligence du cadre. Les objets parlent entre eux. Une bibliothèque nue est souvent une bibliothèque qui se croit vertueuse. Elle est surtout pauvre en imagination.
— Vous aimez donc la mise en scène ?
— J’aime qu’elle soit fine. La vulgarité ne commence pas avec l’ornement ; elle commence avec l’ornement qui crie. Le raffinement, lui, suggère. C’est pourquoi je préfère la coquetterie au luxe lourd, l’esprit au faste, la nuance à la démonstration.
Il marqua une pause, puis ajouta :
— Le goût est une manière de retenir la main au dernier moment.
Je trouvai cette phrase meilleure que beaucoup de ses poses.
— Et Paris ? Quel rôle joue-t-il dans tout cela ?
— Un rôle immense. Paris a longtemps été le théâtre où le livre pouvait cesser d’être seulement un véhicule de pensée pour devenir un objet de désir. Le bibliophile parisien est parfois insupportable, mais il a compris une chose que le provincial vertueux ignore souvent : le goût est aussi un monde social. On ne choisit pas un livre tout seul dans le désert. On le choisit dans une conversation, une vitrine, un salon, un quai, une rivalité. La bibliophilie est une société secrète qui fait semblant de ne parler que de textes alors qu’elle parle sans cesse de hiérarchie.
— C’est très sévère.
— C’est très vrai. Les bibliophiles aiment les livres, certes ; ils aiment aussi être ceux qui les aiment mieux que les autres. C’est faible, mais fécond. Beaucoup de belles collections sont nées de cette vanité-là.
Je compris alors qu’il me fallait une dernière question.
— Au fond, qu’est-ce qui vous rend encore séduisant aujourd’hui, alors même que vous êtes si daté ?
Uzanne reçut la question comme un hommage un peu piquant, ce qui lui convenait parfaitement.
— Sans doute précisément cela : je suis daté avec éclat. Les auteurs qui collent trop bien à leur siècle finissent par se dissoudre avec lui. Moi, j’en ai gardé les parfums, les manies, les préciosités, les injustices, les délicatesses et les travers. Je suis contestable, je l’admets, mais je ne suis jamais terne. Or la postérité pardonne beaucoup aux écrivains qui demeurent vivants dans leurs défauts mêmes.
Puis revint ce sourire de causeur satisfait.
— Et j’ajouterai ceci : j’ai aimé les livres avec assez d’excès pour qu’on me pardonne mes rubans.
Le rêve reculait déjà. La pièce, les reliures, les petits objets, tout se remettait à distance avec une lenteur courtoise. Je compris en me réveillant qu’Uzanne n’était pas un modèle, encore moins un guide sûr. Il est trop précieux pour cela, trop ornemental, trop inégal, trop injuste aussi dans sa manière de mettre les femmes en scène tout en les réduisant souvent à cette scène. Mais il demeure un témoin très pur d’un moment où le livre, le goût, la mode, la séduction et la bibliophilie parlaient encore la même langue.
C’est une langue un peu datée, bien sûr. Mais elle a gardé des inflexions qu’on entend encore.
GUILDE · UZA.IV.17 · PARIS.FDS.2
La lettre du bibliophile
Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.
Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.
Quelques notions essentielles sur la pagination et la foliotation qui vous permettront de décrire correctement la plupart des ouvrages d’Ancien Régime. Ces principes valent pour les manuscrits comme pour les imprimés du XVe au XVIIIe siècle, et sont la base d’une fiche descriptive de livre ancien réussie.
Les formats des livres anciens
Avant de commencer, un simple rappel de ce que sont les formats des livres anciens.
In-plano : la feuille imprimée n’est pas pliée, mais reliée à « plat », parfois sur onglet.
In-folio (2o) : la feuille imprimée est pliée une fois, dans le sens de la largeur. Cette pliure divise la feuille en deux parties égales.
In-quarto (4o) : la feuille imprimée est pliée deux fois. Cette pliure divise la feuille en quatre parties égales.
In-octavo (8o) : la feuille est pliée trois fois. Cette pliure divise la feuille en huit parties égales.
In-seize : la feuille est pliée quatre fois, et divisée en seize parties égales.
Et ainsi de suite…
Les unités bibliographiques
Un livre se divise en « unités bibliographiques ». Ces unités sont des éléments choisis arbitrairement par le catalogueur pour exprimer les caractéristiques matérielles du livre imprimé. Quatre unités bibliographiques sont donc utilisées généralement : la feuille, le feuillet, la page, le cahier.
La feuille : la feuille est à l’origine du livre. C’est le matériel brut, sorti des « formes » du moulin à papier. Elle présente un recto et un verso, et n’est pas encore pliée.
Le feuillet : c’est l’unité de base du volume. Un feuillet correspond au rectangle de papier que la main du lecteur tourne au fil de sa lecture. Le feuillet est constitué d’un recto et d’un verso (soit deux pages).
La page : la page correspond à l’une des deux faces du feuillet. Un livre ouvert présente deux pages en vis-à-vis (sur deux feuillets différents). Un feuillet présente deux pages « dos à dos » (recto et verso).
Le cahier : c’est l’élément clé du livre. Le cahier est un groupe de feuillets. Le plus souvent, il correspond à une feuille imprimée et pliée (en quatre, huit, seize, etc.). Un livre au format in-8o est généralement constitué de cahiers de huit feuillets (16 pages). Un in-4° est constitué de cahiers de 4 feuillets (8 pages). Il arrive cependant que plusieurs feuilles soient « encartées » (= regroupées l’une sur l’autre et pliées ensembles), notamment pour les livres au format in-folio : regrouper les feuilles par trois ou quatre (soit des cahiers de six ou huit feuillets, au lieu des deux feuillets de la feuille seule pliée) permet au relieur de travailler beaucoup plus vite (une seule couture au lieu de trois ou quatre). À de très rares exceptions (lorsqu’un feuillet seul est encarté), un cahier a toujours un nombre pair de feuillets.
Les notations bibliographiques
L’imprimeur qui compose son livre doit veiller à ce que les différentes pages imprimées se trouvent dans le bon ordre une fois la feuille pliée. Il doit donc les disposer sur la presse de manière à ce que le verso des feuillets corresponde à leur recto, et à ce que les feuillets se succèdent dans le bon ordre. Cette opération s’appelle l’imposition. Pour s’y retrouver, le typographe s’aide d’un certain nombre de mentions imprimées en haut ou en bas des pages, qui lui servent à identifier d’un coup d’œil la place de la page à l’intérieur du livre.
Foliotation : la foliotation est l’une des premières mention à avoir été utilisées par les typographes. J’écrivais plus haut que le feuillet était l’unité matérielle de base, et pour nous, qui sommes habitués à lire des livres « paginés », il est dur d’admettre que l’usage aux XVe et XVIe siècles pouvait être différents. Les livres de la première moitié du XVIe siècle sont pourtant généralement numérotés par feuillets (= foliotation), et non par pages. La foliotation prend généralement place en haut à droite sur le recto du feuillet concerné. Le verso ne comporte aucune numérotation. Cette foliotation peut être en chiffres arabes ou romains.
Pagination : La pagination apparaît un peu plus tard. En France, c’est à partir des années 1530 que l’on commence à croiser régulièrement des ouvrages « paginés », cest-à-dire des livres dont les feuillets sont numérotés sur leur recto et leur verso. Cet usage, plus commode pour le lecteur qui dispose d’un nombre plus grand de points de repères, s’est peu à peu imposé et reste notre référence aujourd’hui.
Réclame : On voit souvent, en bas des pages composées, les premiers mots ou les premières lettres de la page suivante. C’est ce que l’on appelle la réclame. La réclame a deux utilités : d’une part, elle sert de point de repère pour le typographe, qui sait immédiatement quelle page va venir à la suite de celle qu’il est en train de disposer sur le marbre de la presse ; d’autre part, le lecteur a ainsi sous les yeux le début de la page suivante, qu’il lit à l’avance : il peut anticiper la lecture, tourner la page et reprendre le fil du texte sans perdre la dynamique qui était la sienne.
Signature : Mais pour le typographe, la plus importante de ces mentions, c’est la signature. À elle seule, la signature permet de connaître la place d’un cahier dans l’ouvrage et la place d’un feuillet à l’intérieur d’un cahier. La signature se compose généralement d’une lettre, suivie d’un chiffre (arabe ou romain). La lettre indique la place du cahier à l’intérieur du volume : en effet, les différents cahiers d’un livre sont généralement « signés » dans leur ordre de succession par des lettres, de a à z. Le relieur, auquel on présente les feuilles pliées, n’a plus qu’à remettre les cahiers dans l’ordre avant de procéder aux opérations de reliure. À l’intérieur d’un même cahier, les premiers feuillets (généralement la première moitié du cahier) sont signés par la lettre identifiant le cahier auquel ils appartiennent, mais aussi par un chiffre indiquant leur place à l’intérieur du cahier. Le feuillet signé « b5 » est donc le cinquième feuillet du cahier « b ».
Une petite méthode pratique à connaître : Face à un livre sans foliotation ni pagination, grâce aux signatures, on peut, sans avoir à compter les pages unes à unes, connaître le nombre de feuillets : il suffit de regarder la lettre signant le dernier cahier, de voir quel est le rang de cette lettre dans l’alphabet (attention : jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, l’alphabet latin n’a que 23 signes : pas de J, ni de V ni de W !) et de multiplier le chiffre obtenu par le nombre de feuillets des cahiers. Par exemple, un livre du XVIe siècle de format in-8o, dont le dernier cahier est signé X (21ème lettre de l’alphabet de l’époque), comprend (21 x 8 =) 168 feuillets (soit 336 pages). Cette méthode n’est pas fiable à 100% et ne remplace pas une véritable collation page à page (les cahiers n’ont pas nécessairement le même nombre de feuillets), mais elle peut tout de même aider lorsque l’on est pressé.
Les formules de foliotation
Une fois défini tout ce jargon, on a sans doute mieux compris comment le livre est fabriqué. Mais le bibliographe/catalogueur ne doit pas se contenter de comprendre comment est fait l’ouvrage, il doit décrire cette matérialité, et exprimer avec des formules claires la collation d’un livre. Quelques usages sont donc à respecter pour que les formules utilisées soient compréhensibles par tous.
Pour exprimer la foliotation ou la pagination d’un livre, les usages sont assez bien définis.
– La numérotation s’exprime selon une formule simple : [premier chiffre mentionné] + [tiret] + [dernier chiffre mentionné] : un livre dont la foliotation est formulée « 1-244 » sera donc composé de 244 feuillets chiffrés de 1 à 244.
– Très souvent, les feuillets liminaires (titres, dédicaces, etc.) ne sont pas chiffrés. Dans ce cas là, en règle générale, on fait figurer entre crochets le nombre de feuillets (ou de pages) non chiffrés : un livre dont la foliotation est formulée « [2] 3-244 » sera donc composé de deux feuillets non chiffrés et de 242 feuillets chiffrés de 3 à 244.
– On respecte le format de la numérotation du livre : chiffres romains en chiffres romains, chiffres arabes en chiffres arabes.
Il est important de toujours indiquer l’unité matérielle utilisée comme référence. Pour cela, on dispose de quelques abréviations :
f. (ou ff.) pour feuillets,
p. (ou pp.) pour pages,
col. pour colonnes (il arrive en effet que les colonnes soient numérotées, et non les pages ou les feuillets)
ch. pour chiffré(s).
n. ch. pour « non chiffrés »
La formule changera selon que l’on réfléchira en feuillets ou en pages. On suit généralement l’usage du livre lui-même, selon qu’il soit paginé ou folioté. Ainsi, si l’ouvrage est composé de 244 feuillets foliotés, on formulera « 244 ff. ch. » (ff. ch. pour « feuillets chiffrés »). Si l’ouvrage est composé de 244 feuillets paginés, on formulera : « 488 pp. (ou pp. ch.) ».
Pour des ouvrages en plusieurs parties, il arrive que la numérotation reprenne au début à chaque partie de l’ouvrage. On fait alors se succéder les différentes séries de foliotation/pagination. Ainsi, la formule « [2] III-XXVI, 1-344, 1-648 » décrit un livre composé de trois parties : la première (sans doute les pièces liminaires) comprend deux feuillets non chiffrés et 24 feuillets numérotés en chiffres romains de III à XXVI ; la deuxième partie comprend 344 feuillets chiffrés, et la deuxième partie comprend 648 feuillets chiffrés.
Les formules de signature
Le catalogueur doit aussi souvent indiquer la manière dont sont signés les différents cahiers et feuillets d’un livre. Cela est finalement assez simple.
En règle général, on l’a dit, une lettre de l’alphabet (ou un symbole quelconque) correspond à un cahier. Lorsque les lettres se suivent dans l’ordre alphabétique, on n’indique que la première et la dernière de la série, séparées par un tiret : la mention « a-m » indique ainsi une succession de 12 cahiers (l’alphabet complet n’a que 23 lettres, ne l’oublions pas !) signés de « a » à « m ».
On précise, en exposant, le nombre de feuillets composant chaque cahier. La formule « a-m8 » indique donc une succession de 12 cahiers de 8 feuillets (soit un total de 96 feuillets).
Mais il arrive souvent que certains cahiers n’aient pas le même nombre de feuillets que les autres. Il faut alors parfois interrompre la série des signatures. La formule « a-g8 h4 i-m8 » indique ainsi une série de 12 cahiers de 8 feuillets, à l’exception du cahier signé « h » qui n’en comprend que quatre.
Parfois, le bibliographe se trouve face à un feuillet, seul, encarté entre deux cahiers (cela m’est arrivé récemment). La formule la plus simple et la plus compréhensible consiste alors à mentionner la présence de ce feuillet par un symbole, suivi en exposant du chiffre « 1 ». On obtient alors une formule du genre « a-g8 [*]1 h-m8 ».
Il arrive qu’un ouvrage comporte plus de 23 cahiers (c’est même le cas pour la majorité des éditions). La série des lettres de l’alphabet ne suffit alors plus. Généralement, l’imprimeur reprend la signature des cahiers à la lettre « a », mais passe des minuscules aux majuscules, puis il multiplie les lettres. Il n’est ainsi pas rare de croiser des formules de signatures ressemblant à cela : « a-z8 A-Z8 Aa-Zz8 Aaa-Mmm8 ». Dans le cas présent, on est face à un ouvrage de 648 feuillets (3 x [23 x 8] + [12 x 8]), signés de « a » à « z », puis de « A » à « Z », puis de « Aa » à « Zz », puis de « Aaa » à « Mmm ».
Nous avons désormais toutes les clés pour lire et comprendre une mention de signature. Passons désormais aux travaux pratiques : combien de feuillets compte la célèbre Cosmographie de Sébastien Münster publiée chez Heinrich Petri (Bâle, 1550, in-2o), dont la formule de signature est la suivante :
[-]6 *6 [14 cartes sur bifeuillets hors-texte] a-e8 f2 g4 h-k6 l8 m2 n2 o6 p8 q4 r4 s-z8 A-B8 C6 D2 E8 F6 G4 H2 I4 K2 L4 M2 N-O8 P6 Q-R2 S4 T-V2 X4 Y4 [1 planche dépliante hors-texte entre les feuillets Y2 et Y3] Z6 Aa-Bb2 Cc8 Dd2 Ee-Gg8 Hh4 Ii8 Kk6 Ll2 Mm2 [1 pl. dépliante h.-t. entre Mm1 et Mm2] Nn-Oo8 Pp4 Qq2 Rr4 Ss2 Tt4 [1 pl. dépliante h.-t. entre Tt2 et Tt3] Vu6 Xx4 Yy2 Zz8 AA-BB2 CC8 DD4 EE-FF8 GG4 HH-KK8 LL4 MM-QQ8 RR4 SS-ZZ8 Aaa-Fff8 Ggg6 Hhh8.
Bon courage à ceux qui se lanceront !
Foire aux questions
Quelle différence entre pagination et foliotation ?
La pagination numérote chaque page (recto et verso ont des numéros distincts). La foliotation numérote chaque feuillet, donc chaque numéro correspond à deux pages (recto et verso, notées r° et v°). La foliotation est typique des incunables et du XVIe siècle, la pagination s’impose progressivement à partir du XVIIe siècle.
Comment lit-on une formule de collation ?
Une collation décrit les cahiers d’un livre : par exemple A-Z⁸, Aa-Mm⁸ indique des cahiers de 8 feuillets, signés A à Z puis Aa à Mm. Le chiffre en exposant est le nombre de feuillets par cahier. Cette formule permet de vérifier qu’un exemplaire est complet.
Pourquoi certains livres anciens commencent-ils à la page 1 alors qu’il y a des feuillets non chiffrés avant ?
Parce que les feuillets liminaires (page de titre, dédicace, préface, table) ne sont historiquement pas comptés. La pagination commence avec le texte principal, ce qui peut surprendre le lecteur moderne.
Que veut dire « in-folio » ou « in-octavo » ?
Ce sont des indications de format, basées sur le nombre de fois où la feuille d’imprimerie a été pliée. Un in-folio = 1 pliure (2 feuillets, 4 pages) ; un in-quarto = 2 pliures ; un in-octavo = 3 pliures (8 feuillets, 16 pages).
Trois chroniques par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d’archives, quelques milliers de lecteurs.
Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.
Cookie Consent
Nous utilisons des cookies pour mesurer l'audience du site et améliorer votre expérience de lecture. En continuant à naviguer, vous acceptez ces cookies. Vous pouvez à tout moment ajuster vos préférences.
ID used to identify users for 24 hours after last activity
24 hours
_gat
Used to monitor number of Google Analytics server requests when using Google Tag Manager
1 minute
_gac_
Contains information related to marketing campaigns of the user. These are shared with Google AdWords / Google Ads when the Google Ads and Google Analytics accounts are linked together.
90 days
__utma
ID used to identify users and sessions
2 years after last activity
__utmt
Used to monitor number of Google Analytics server requests
10 minutes
__utmb
Used to distinguish new sessions and visits. This cookie is set when the GA.js javascript library is loaded and there is no existing __utmb cookie. The cookie is updated every time data is sent to the Google Analytics server.
30 minutes after last activity
__utmc
Used only with old Urchin versions of Google Analytics and not with GA.js. Was used to distinguish between new sessions and visits at the end of a session.
End of session (browser)
__utmz
Contains information about the traffic source or campaign that directed user to the website. The cookie is set when the GA.js javascript is loaded and updated when data is sent to the Google Anaytics server
6 months after last activity
__utmv
Contains custom information set by the web developer via the _setCustomVar method in Google Analytics. This cookie is updated every time new data is sent to the Google Analytics server.
2 years after last activity
__utmx
Used to determine whether a user is included in an A / B or Multivariate test.
18 months
_ga
ID used to identify users
2 years
_gali
Used by Google Analytics to determine which links on a page are being clicked
Laisser un commentaire