À quoi sert un expert qui n’a jamais tort — et que personne ne contrôle ?

Un livre annoncé 200 à 300 euros part à 1 800, et l’on parle aussitôt d’un résultat qui dépasse largement l’estimation. Une erreur de facteur six porterait ailleurs son nom ; ici, on l’appelle un succès. Le mot expert s’imprime en tête de catalogue, et personne n’a jamais à répondre de ce qu’il couvre.

Par Mathieu Lenoir, pourfendeur d’idées reçues, lecteur des usages présents et contradicteur attitré des confusions bibliophiliques pour la Guilde des Bibliopolicés.

Amis bibliophiles, bonjour.

Il y a des mots qui inspirent confiance par leur seul poids. Expert en est un. On l’imprime en tête de catalogue, on s’en sert comme d’une caution. L’amateur, devant ce mot, baisse un peu la garde. C’est précisément là qu’il faudrait la relever.

Je ne dis pas que les experts sont des escrocs. Ce serait commode, et faux. La plupart savent des choses que je ne sais pas, et le marché du livre ancien leur doit beaucoup. Je dis autre chose, de plus gênant : le métier d’expert, tel qu’on le pratique, a fini par s’organiser pour ne jamais avoir à répondre de rien.

Deux habitudes y suffisent. La première consiste à ne jamais se tromper. La seconde, à ne jamais être contrôlé.

L’art de ne jamais avoir tort

Regardez une estimation. Vraiment.

Un livre est annoncé 200 à 300 euros. Il en fait 1 800. La salle applaudit, le vendeur jubile, l’expert sourit. Le résultat « dépasse largement l’estimation ». On en fait une bonne nouvelle. On devrait en faire une question.

Car enfin, qu’est-ce qu’une estimation qui se trompe d’un facteur six ? Dans n’importe quel autre métier, on appellerait cela une erreur. Ici, on appelle cela un succès.

Le tour est admirable. En estimant bas, l’expert ne risque rien. Si le livre monte, il a « créé la surprise ». S’il reste à l’estimation, il a « vu juste ». S’il ne se vend pas, c’est la faute du marché, de la salle distraite. Trois portes de sortie pour une seule prédiction. Il ne peut pas perdre.

Ce qu’il gagne en confort, l’amateur le perd en information.

Une estimation devrait dire une chose simple : voilà ce que vaut cet objet, selon quelqu’un qui s’y connaît et qui s’engage. Rabaissée par prudence, par tactique, par habitude, elle ne décrit plus le livre. Elle met en scène la vente. Le chiffre n’éclaire plus ; il appâte. Il tapine.

Et l’amateur reste seul avec sa question : ce livre, combien vaut-il vraiment ? L’homme dont c’est le métier de le lui dire a soigneusement évité de le faire.

Le reste est sur le site : le livre annoncé 200 euros et adjugé 1 800, les notices au conditionnel qui n’engagent pas celui qui les signe, et le mode de rémunération de l’expert, qui touche sur la vente qu’il a estimée.

On reconnaît d’ailleurs le procédé à un autre signe : le conditionnel. L’expert prudent n’affirme presque jamais. Il « pourrait s’agir ». L’ouvrage « semble complet ». La reliure « paraît d’époque ». Chaque verbe est une petite assurance contre l’avenir. Mis bout à bout, ils dessinent une notice qui n’engage personne — surtout pas celui qui l’a signée.

Voilà la première ruse. À force de ne jamais s’avancer, on cesse d’expertiser. On accompagne.

L’art de n’être jugé par personne

Demandez-vous qui contrôle l’expert.

La réponse est inconfortable : presque personne. Pas d’examen annuel de ses erreurs. Pas de palmarès public de ses attributions démenties. Pas de tribunal des estimations fantaisistes. L’expert se recommande de son nom, de ses années, de ses confrères — c’est-à-dire d’un cercle qui a le même intérêt que lui à ne pas trop regarder.

Ajoutez un détail qu’on préfère taire : il est payé au résultat.

Sa rémunération dépend de ce que le marteau fera tomber. Il est lié à la maison qui vend. Parfois il achète lui-même, ou conseille celui qui achète, ou connaît celui qui vend. Il est l’arbitre, et il a parié sur le match.

On me dira que partout l’intermédiaire est payé sur l’affaire. Soit. Mais le notaire ne fixe pas le prix du bien qu’il authentifie, et le médecin ne touche pas un pourcentage sur la gravité de votre maladie. L’expert, lui, estime, décrit, garantit — et profite de ce qu’il garantit. Beaucoup de rôles pour un seul homme.

Le résultat se lit dans les catalogues. L’attribution y est généreuse : la reliure devient « attribuable à », ce qui veut dire « pas signée, mais nous y tenons ». Le défaut se fait discret : une mouillure devient une « légère trace », un lavage une « fraîcheur retrouvée », une restauration lourde un « habile renforcement ». Le vocabulaire ne ment pas tout à fait. Il arrange.

Un mot, encore : « complet ». Le libraire le risque, lui. Il écrit « complet de ses vingt planches » et engage sa parole sur ce décompte. Bien des experts ne se donnent plus cette peine — par prudence, parce qu’un « complet » démenti devient une faute qu’on peut leur opposer ; par paresse, surtout, parce que collationner un livre planche à planche prend un temps qui ne se facture pas.

Alors on se tait. La notice vante la reliure, s’attarde sur la provenance, et oublie de compter les gravures. Or une planche absente ne se voit pas en vitrine : elle se découvre chez soi, le soir, en tournant les feuillets. Le catalogue ne l’avait pas dit. Il ne l’ignorait pas : il l’avait omis. Et l’on ment aussi sûrement par omission que par invention.

Qui le démentira ? L’acheteur a payé, le vendeur est content, la maison a touché des deux côtés, l’expert est déjà au lot suivant. Le seul à pouvoir protester serait le livre lui-même, et il se tait. Car l’achat, en vente publique, est définitif : si le défaut apparaît plus tard, vous n’avez plus en main qu’un catalogue prudemment rédigé et le souvenir d’un coup de marteau.

Le mot « garantie », et ce qu’il garantit

Arrêtons-nous sur le terme le plus rassurant de tous : garantie. Quand une maison « garantit » un livre, l’amateur entend une promesse — un homme qui engage son honneur, peut-être sa bourse. La réalité est plus modeste : la garantie ne joue, le plus souvent, que pour le faux avéré, et ignore l’état réel comme l’attribution douteuse. On vous garantit que le livre existe. Pas qu’il vaut ce que vous l’avez payé.

Et il y a plus gênant que la prudence : la complaisance. Le même homme qui estime peut, dans une autre vacation, se tenir de l’autre côté de la table. Tel expert conseille un acheteur le mardi et rédige la notice d’un vendeur le jeudi. Tel autre glisse à un client fidèle qu’un lot mérite l’attention, avant que la salle ne s’en avise. Rien de tout cela n’est illégal. Tout cela suppose seulement qu’on oublie une question d’enfant : pour qui travaille-t-il, au juste, celui qui me dit ce que vaut la chose que je convoite ?

La réponse, trop souvent, n’est pas : pour vous.

Le stagiaire et la connexion

Et puis posons la question qui fâche, celle que le métier n’a aucune envie d’entendre.

A-t-on encore besoin d’un expert ?

À l’heure où un stagiaire dégourdi, une connexion et trois bases de données retrouvent en vingt minutes une édition, une collation, un prix récent et l’historique d’un exemplaire, qu’a donc l’expert de si rare ? Une bonne part de ce qu’il facturait cher est devenue gratuite. La référence se vérifie d’un clic ; le comparable s’affiche en une recherche.

Il reste le coup d’œil, dira-t-on, le toucher de celui qui a tenu mille reliures. C’est vrai, et c’est précieux. Mais alors qu’il nous le donne, ce coup d’œil : qu’il l’écrive, qu’il l’engage, qu’il le défende. Car celui qui ne nous offre que ce qu’un stagiaire trouverait sur internet ne mérite plus son titre — tout au plus son tarif horaire.

Qu’on ne se méprenne pas. Je ne réclame pas la fin des experts. Je réclame leur retour.

Un expert digne du mot, c’est quelqu’un qui s’engage. Qui dit un prix et le défend. Qui écrit un défaut quand il le voit, même s’il fait baisser le lot. Qui distingue ce qu’il sait de ce qu’il suppose. Qui accepte d’avoir tort, parce qu’avoir tort, parfois, est la preuve qu’on avait au moins essayé d’avoir raison.

L’expertise n’est pas un label. C’est une prise de risque. Le jour où elle cesse d’en être une, elle devient ce qu’elle est trop souvent aujourd’hui : une formalité rassurante, un parfum d’autorité vaporisé sur une marchandise.

L’amateur, lui, n’est pas sans défense. Il peut lire les estimations pour ce qu’elles sont devenues : des invitations, pas des jugements. Se méfier des attributions trop aimables et des défauts trop bien tournés. Traduire le conditionnel des notices, qui est la langue maternelle de la prudence intéressée. Se rappeler que celui qui jure de l’authenticité touche un pourcentage sur sa confiance. Ce n’est pas du cynisme. C’est de l’attention.

Car le doute, ici, n’est pas une insulte faite à l’expert. C’est l’hommage qu’on rend à son métier quand lui-même l’oublie.

On continuera d’imprimer le mot en tête de catalogue. On continuera de l’applaudir quand le résultat « dépasse l’estimation ». On continuera de prendre pour de la science ce qui n’est souvent qu’une assurance bien rédigée.

Mais souvenez-vous d’une chose simple, la prochaine fois qu’un chiffre prudent vous fera de l’œil : un homme qui ne se trompe jamais, et que personne ne contrôle, n’est pas un expert.

C’est un intermédiaire qui a trouvé le moyen de n’avoir jamais à répondre de rien.

GUILDE · ML/EXPERT — Document classé : diffusion restreinte.

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Les livres de Game of Thrones : enquête sur une bibliophilie de fiction

À Dallas, les 10, 11 et 12 octobre 2024, Heritage Auctions a dispersé 900 lots d’accessoires de Game of Thrones. Plus de 21 millions de dollars au total, dont six lots de livres. Même atelier, mêmes matériaux, même équipe, et pourtant un écart de un à vingt-deux entre le premier et le dernier.

Sur la dispersion Heritage Auctions d’octobre 2024 et le prix de la légende.

Par Mathieu Lenoir, pourfendeur d’idées reçues, lecteur des usages présents et contradicteur attitré des confusions bibliophiliques pour la Guilde des Bibliopolicés.

Amis bibliophiles, bonjour.

Il s’est tenu à Dallas, les 10, 11 et 12 octobre 2024, une vente qui mérite qu’on s’y arrête. Heritage Auctions, en partenariat avec HBO, dispersait 900 lots d’accessoires de la série Game of Thrones — costumes, armes, mobilier, et, ce qui nous intéresse ici, livres. Le résultat global a dépassé 21 millions de dollars, dont 1,49 million pour la réplique en plastique du Trône de Fer, et 400 000 dollars pour l’épée de Jon Snow. Ce sont les chiffres que la presse a retenus. Les nôtres, plus modestes, sont plus parlants.

La vente comptait au moins six lots de livres-accessoires. Voici le classement, dans l’ordre des prix réalisés, primes acheteur comprises :

Lot Personnage Description Prix
89552 Samwell Tarly Livre relié cuir « Dragonglass » 30 000 $
89595 Gilly Livre d’histoire relié cuir, saison 7 16 250 $
89163 Tywin Lannister « Histories of the Greater and Lesser Houses » 11 875 $
89170 Tyrion Lannister Livre d’histoire relié cuir 8 750 $
89299 Shireen Baratheon Livre relié cuir rouge 4 875 $
89171 (Donjon Rouge) Paire de deux livres de la bibliothèque, saison 2 2 750 $

Six livres, six prix, une hiérarchie qui n’a rien d’évident.

L’observateur naïf croira que le prix reflète la qualité de fabrication. Il aura tort. Tous ces livres ont été fabriqués par la même équipe, dans le même atelier, à peu près au même moment — entre 2011 et 2019. Ils sont tous reliés de cuir vieilli sur âme cartonnée, tous garnis de pages vierges ou faussement calligraphiées, tous traités à l’eau et au temps pour donner une patine. Techniquement, le livre de Sam et la paire du Donjon Rouge se valent : même savoir-faire, même équipe, mêmes matériaux.

Le reste du relevé est sur le site : l’écart de un à vingt-deux entre le livre de Samwell Tarly et la paire du Donjon Rouge, les trente mille dollars payés pour un titre lisible à l’écran, et le prix qu’atteint le même jour un manuscrit médiéval authentique.

L’écart de prix entre les deux est pourtant de un à vingt-deux. Trente mille dollars pour le Dragonglass, mille trois cent soixante-quinze dollars par volume pour les livres anonymes du Donjon Rouge. Le marché ne paie ni le cuir, ni la dorure, ni la calligraphie : il paie autre chose.

Il paie le personnage. Le livre de Sam est le seul qui agisse narrativement dans la série, le seul à porter un titre fictif identifiable (Dragonglass. A True Accounting of the Special Properties of Dragonglass Thereby Discounting Legend and Myth of the Same), le seul à être attribué à un auteur fictif (Maester Somers), le seul qu’on voie longuement, ouvert, dans une scène clé. Il est devenu, pour le spectateur, un personnage à part entière. Le livre de Gilly, joli mais sans fonction narrative majeure, vaut la moitié. Celui du Donjon Rouge, qu’on aperçoit au fond d’un plan sans qu’aucun acteur ne le touche, vaut quatre fois moins encore.

Il paie aussi le nom propre. Tywin Lannister, dont la bibliothèque apparaît à plusieurs reprises, voit son livre partir à 11 875 dollars. Tyrion, qui est pourtant le bibliophile officiel de la série, n’atteint que 8 750 dollars — parce que le livre attribué à son père porte un titre lisible à l’écran (Histories of the Greater and Lesser Houses), et que le sien n’en a pas. La leçon est dure : dans ce marché, la lisibilité du titre vaut plus que la centralité du lecteur.

Trente mille dollars pour un livre fabriqué en 2017, à Belfast, dans un atelier d’accessoires de cinéma. Le bibliophile français, formé à Drouot, à Bibliorare et au catalogue Sotheby’s, mesurera ce que cette somme représente sur le marché bibliophilique réel.

Trente mille dollars, c’est l’ordre de prix d’un livre d’Heures manuscrit du XVe siècle modeste à bonne enluminure. C’est le prix d’un très bon incunable français illustré, voire d’un incunable rare s’il manque quelques feuillets. C’est trois ou quatre fois le prix d’une belle édition originale française du XVIe siècle en reliure d’époque correcte. C’est, pour rester dans le sujet, vingt fois le prix auquel on trouve aujourd’hui sur Bibliorare un exemplaire propre des œuvres de Pierre Rivière ou des sermons de Bossuet.

L’âge moyen du livre de Sam : sept ans. L’âge moyen d’un livre d’Heures du XVe : cinq cent cinquante ans. Le ratio prix/ancienneté plaide pour la série télévisée à hauteur d’environ soixante-dix-huit fois en faveur du Dragonglass. Le marché paie donc, en arrondissant grossièrement, soixante-dix-huit fois plus le siècle de série télévisée que le siècle de bibliophilie médiévale.

Le défenseur du marché des accessoires de cinéma objectera que la rareté joue en faveur du Dragonglass : il n’existe qu’un seul exemplaire-héros. C’est vrai, et c’est faux. Vrai parce que l’unicité de l’objet n’est pas discutable. Faux parce que la rareté d’un livre d’Heures médiéval modeste n’est guère moins grande : chaque manuscrit est un objet unique, exécuté à la main, dont il n’existe par définition qu’un seul exemplaire au monde, et dont le contenu — vraies prières, vraies enluminures, vrai parchemin de veau — n’a pas été inventé pour le tournage d’une série.

L’argument de la rareté ne tient donc qu’à moitié. Ce qui distingue vraiment le Dragonglass du livre d’Heures, ce n’est pas la rareté : c’est la notoriété attachée. Cinquante millions de spectateurs ont vu Sam ouvrir ce livre à l’écran. Le livre d’Heures de la collection Carl-Alexander Bourgeois, vendu à Pierre Bergé en 2012, en avait peut-être croisé deux cents dans sa vie. La différence de prix mesure exactement cet écart d’audience.

Le marché paie l’attachement. Il paie la légende. Il paie l’histoire racontable autour de l’objet. C’est une vérité que les commissaires-priseurs connaissent depuis toujours, et que nous-mêmes, bibliophiles, observons quand un exemplaire avec ex-libris célèbre triple sa valeur sans rien gagner en qualité matérielle. Le Dragonglass n’est qu’un cas extrême du même mécanisme : un livre dont la valeur tient uniquement à ce qu’on raconte de lui, dont la matière a été fabriquée pour servir la légende et non pour traverser le temps.

Ce qui mérite d’être noté, c’est que ce mécanisme rapproche le marché des accessoires de cinéma et celui de la bibliophilie de provenance. L’un et l’autre paient le nom propre, le récit, l’histoire attachée. La seule différence est dans la matière du support — papier vieilli artificiellement contre vélin patiné par les siècles. Et l’on aurait tort de croire que cette différence sera longtemps reconnue par le marché général. Le livre d’Heures du XVe est conservé dans les bibliothèques publiques ; il vient peu en vente. Le Dragonglass est dans le salon d’un collectionneur fortuné de Dallas ou de Singapour, qui le revendra dans cinq ans avec une plus-value. Devinez lequel des deux marchés sera le plus liquide, le plus médiatique, le plus rentable dans dix ans.

Trente mille dollars, c’est un budget de bibliophile sérieux. C’est le prix d’un beau livre d’Heures, d’un incunable français très correct, d’un Aldine en reliure d’origine. Pour un seul de ces achats, le collectionneur d’accessoires de Dallas acquiert un livre fabriqué en sept mois, dont les pages n’ont jamais été tournées par personne d’autre qu’un comédien anglais entre deux prises, et dont la légende repose entièrement sur huit saisons d’une série télévisée — sujet dont nul ne peut garantir qu’il intéressera encore la génération suivante.

Ce n’est pas une question de jugement de valeur. Le collectionneur d’accessoires fait ce qu’il veut, et son objet a la valeur que le marché lui reconnaît. C’est une question de lucidité. Le marché bibliophilique, dans son segment patrimonial, paie aujourd’hui ce qu’il payait il y a cinquante ans, parfois moins en monnaie constante. Le marché des accessoires de cinéma a, lui, multiplié ses prix par dix en une décennie. L’écart se réduit. Il pourrait, dans une génération, s’inverser.

C’est à ce moment-là que le bibliophile devra reposer la question : qu’est-ce qui justifie que l’on paie un livre ? La réponse, jusqu’ici, allait de soi. Elle ne le fera plus longtemps. Méfions-nous des Dragonglass, non parce qu’ils sont indignes — ils ne le sont pas — mais parce qu’ils déplacent silencieusement la frontière de ce que le marché reconnaît comme un livre.

Cote Guilde : GUILDE · ML / GOT-2024 Document classé : diffusion restreinte — Pourfendeur d’idées reçues.

3 Commentaires

  1. Article très juste, mais un poil naif. Les commissaires-priseurs et leurs experts ne sont que des commerçants et rien d’autre. Leur but: faire le plus de « fric » possible sur le dos du client. Le seul client qu’ils respecteront sera un Pierre Bergé et ses millions ou un quidam qui apportera un Picasso exceptionnel.Les autres, vous ou moi, seront des « pigeons » potentiels et rien de plus.Quand on voit qu’ils facturent aujourd’hui 30% de frais à l’acheteur et à peine moins au vendeur, on comprend qu’on est en présence d’une belle arnaque. Dans un monde entièrement mû par l’appât du lucre comme on dit, comment imaginer un expert impartial, honnête et faisant des efforts pour vendre au mieux un objet ancien ? C’est de la fiction !Et puis, repérer une belle pièce, la minimiser au maximum et appeler un copain pour lui dire : »ne rate pas çà, je vais m’arranger pour que tu l’aie pour rien », c’est un renvoi d’ascenseur (expérience vécue).

  2. Un billet très juste. Je suis très attaché à la notion d’expertise. L’expertise, la vraie, traduit des années d’efforts et mérite d’être revendiquée. Mais, elle n’a de valeur que si on l’utilise et son usage va de pair avec un réellement engagement.
    Se dire expert tout en refusant de s’avancer plus que ne le ferait n’importe quel amateur voilà qui n’a aucun sens.

  3. Je suis persuadé de ne pas être le seul à me reconnaître dans ce très beau billet.

    J’ai récemment eu affaire à une maison de vente aux enchères parisienne fort connue, de celles dont les avis Google semblent annoncer, à eux seuls, l’entrée dans un monde de sérieux, de compétence et d’élégance professionnelle.

    J’avais réuni une quinzaine d’ouvrages, pour la plupart acquis moi-même aux enchères, certains à plus de 200 euros. Après un premier échange, un expert m’a proposé de les mettre en vente. Les estimations me paraissaient déjà modestes, mais j’ai accepté, par confiance — cette matière rare dont les maisons réputées savent parfois si bien se nourrir.

    Je me suis donc déplacé à Paris depuis le nord de la France pour lui remettre les livres. Quelques jours plus tard, je me suis de nouveau déplacé à Paris pour déposer d’autres ouvrages.

    Puis les semaines ont passé. On m’a d’abord expliqué que les livres seraient intégrés à des ventes ultérieures. Puis, changement de décor : un autre expert de la même maison m’a finalement appelé pour m’informer que les estimations devaient être revues très significativement à la baisse.

    Le plus frappant, au fond, n’était pas seulement cette révision soudaine. C’était la manière. Pas une excuse, pas un mot de regret, pas même ce petit « désolé » qui, sans rien réparer, donne au moins l’impression que l’on a conscience du désagrément causé.

    Le choix qui m’était laissé tenait en quelques mots : accepter les nouvelles estimations ou récupérer mes livres. Une élégance toute administrative.

    Ne souhaitant pas brader mes ouvrages, j’ai donc pris une troisième fois le chemin de Paris pour les récupérer.

    Et le dernier raffinement fut à la hauteur du reste : en reprenant mes livres, j’ai constaté que certains avaient été quelque peu malmenés. Là encore, aucune excuse. Il faut croire que la réputation, lorsqu’elle est suffisamment solide, dispense parfois même des formes les plus élémentaires de courtoisie.

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