Miscellannées de Monsieur H. : Manuscrits remarquables à la Bibliothèque Carnegie de Reims, abebooks ou ebay,

Amis Bibliophiles bonjour,
Dans le cadre du huitième centenaire de la cathédrale de Reims, la bibliothèque Carnegie présente au public quelques uns des plus beaux manuscrits que la cathédrale conservait aux XIIIe et XIVe siècles. Ces documents, véritables chef d’œuvres de l’art gothique, n’avaient plus été montrés depuis 1978.
L’exposition, pédagogique, abondamment illustrée, permet de comprendre l’histoire et l’organisation du chapitre, cette institution composée de chanoines et de clercs chargés d’administrer la cathédrale.
Le chapitre possédait une importante bibliothèque, enrichie grâce aux dons des membres de la communauté et des archevêques. Ce sont les pièces les plus remarquables de cette bibliothèque que le public pourra découvrir du 13 septembre au 3 décembre au 13 décembre 2011.
Parmi les documents exposés, certains sont de véritables chefs d’œuvre de l’art gothique. Ainsi, la Bible gothique du chapitre (Mss. 34, 35 et 36, XIIIe siècle); elle se compose de trois volumes à vocation liturgique, comme l’indiquent des notes dans les marges. Leur reliure de cuir blanc crème a été préservée, même si les fermoirs et les cabochons ont disparu. L’écriture minuscule noire se distingue par sa somptuosité et sa régularité. 
Reims, BM, ms. 35, fol. 169vLes lettres sont typiques du XIIIe siècle, avec leurs panses peu anguleuses (plus tard dans le siècle, celles-ci sont très cassées »). Les miniatures présentent de superbes fonds dorés, qui mettent en valeur des scènes aux personnages encore marqués par le style roman. Ainsi cette   représentation de la Genèse au fol. 9, sous une forme approchant celle d’un vitrail. 
Reims, BM, ms. 34, fol. 116.Un bandeau vertical occupe le centre de la page sur toute sa hauteur, et le copiste a écrit de part et d’autre, sur deux colonnes. Les scènes se lisent de haut en bas, en commençant par la partie médiane (avec des ronds inscrits dans des carrés) : Dieu crée les anges, puis la lumière, les eaux, la terre, les végétaux, les animaux, l’homme et la femme. Des médaillons en quart de cercle sur les côtés illustrent le Péché originel et l’Incarnation rédemptrice.
On découvrira également La Bible de Jean Jennart (Mss. 39-42, début du XIVe siècle) est un des ouvrages les plus fameux du chapitre. Jean Jennart était sûrement un chanoine en activité en 1410. On peut voir son ex-dono à l’intérieur et à l’extérieur de chaque volume. Cette Bible est représentative de l’apogée de l’art gothique dans ses peintures, comme celles des initiales ornées. L’enlumineur a une grande habileté technique aussi bien pour les dessins que pour les couleurs. L’ornementation des encadrements et des initiales est exceptionnelle : les lettres sont prolongées par des bandeaux colorés décoratifs, allant parfois jusqu’en bas des folios. Le « E » du livre d’Esdras représente plusieurs personnes autour du roi couronné ; et trois enfants qui déroulent des phylactères sur lesquels figurent des phrases tirées de la Bible comme « Forte est vinum, forcior est rex, forciores sunt mulieres » (fort est le vin, plus fort le roi, mais les femmes sont les plus fortes). Les dessins sont réalisés à la gouache, avec des coloris frais comme dans les scènes d’Habacuc saisi aux cheveux par un ange ou encore Daniel dans la fosse aux lions.Reims, BM, ms. 42, fol. 187.Le premier volume présente de nombreuses scènes de l’Exode, du Lévitique, des Nombres et de Josué. Le deuxième tome comporte le Livre des Rois et celui des Chroniques ; les livres de Néhémie, Judith et Job. Dans le tome 3, la scène de Daniel dans la fosse aux lions est originale. Daniel est dans une grotte, la place des lions est restreinte et le saint semble les dominer. Dans le dernier volume, on peut voir des représentations d’évangélistes et surtout une belle peinture de l’Ascension où les apôtres entourent la Vierge et regardent vers le ciel.Reims, BM, ms. 34, fol. 9v.Certaines lettres sont purement décoratives, avec des motifs encore proches de l’art roman comme par exemple des rinceaux (enroulements végétaux). Les trois manuscrits ont sans doute été écrits par le même copiste, en minuscule gothique classique. La reliure est en peau blanc-crème sur ais de bois, avec une coiffe à la bordure rouge framboise.
II. Abebooks et ebay… A l’heure où les plus grands libraires viennent acheter (et parfois vendre sur ebay), je me suis livré cet été à un petit comparatif cocasse entre les deux sites.
Ainsi en août, les 10 livres les plus chers vendus sur abebooks furent:
1. Les Fleurs du Mal, EO chez Poulet-Malassis, 1857, en cartonnage d’époque. – $14,925
2. Dr. No de Ian Fleming (EO, 1958) – $14,5003. L’Office de la Semaine Sainte, 1752, relié par Dubuisson – $12,2374. Cover Her Face, EO de P.D. James – $8,5005. Amphigorey de Edward Gorey, 1972 – $8,5006. Vom Bergwerck XII de Georgius Agricola, 1556 – $7,5007. The Lord of the Rings, EO de J.R.R. Tolkien (1955) – $6,1058. Profiles in Courage de John F. Kennedy (1956) – $6,0009. Byrth, Lyf, and Actes of Kyng Arthur; of His Noble Knyghtes of the Rounde Table, Theyr Merveyllous Enquestes and Adventures by Thomas Malory (1817) – $5,98010. Brave New World de Aldous Huxley, EO (1932) – $5,500A true first edition of Huxley’s opus published in 1932. This copy was signed and inscribed by the author in 1938.Pendant une période à peu près comparable, sur ebay, les 10ères places étaient occupées par:1. Shakespeare Comedies Hist & Tragedies 1685 FOURTH FOLIO – $25,0002. First Edition Casino Royale book by Ian Fleming – $17,0003. F. Scott Fitzgerald, The Great Gatsby 1st/1st HB 1925 – $11,7004. 1578 GENEVA PULPIT FOLIO BIBLE – $7,7005. 1472 INCUNABLE St BERNARD Letters CRUSADE Templars – $7,2006. HISTORY OF THE EXPEDITION Lewis & Clark 1814 1st 2 vol – $6,700
7. Edgar Allan Poe « Tales » 1845 First Edition Fine: $6,5008. GORGEOUS INCUNABLE, PIUS II, 1473, FULLY RUBRICATED: $5,400$
9. Couperin Le Grand Pieces de Clavecin 1er et 2nd Livre 1713: $5,00010. 1687 FIRST ILLUSTRATED DON QUIXOTE tr. by MILTON nephew: $4,500

On constate donc a priori que les livres se vendent plus chers sur ebay, notamment les livres anciens. Ce qui laisse songeur….
H

La lettre du bibliophile

Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.

Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.

À lire ensuite

Promenade de bibliophile: exposition à Chantilly, « Histoire de rire, histoires à rire »

Promenade de bibliophile: exposition à Chantilly, « Histoire de rire, histoires à rire »

Amis Bibliophiles bonjour,
Courez, courez, l’exposition actuelle de la bibliothèque du château de Chantilly, « Histoire de rire, histoires à rire », se termine le 2 juillet!
Heureusement, un catalogue annoncé devrait paraître prochainement.

Les commissaires de l’exposition, Madame Louise Amazan-Comberousse et Monsieur Olivier Bosc se proposent d’explorer l’histoire du rire à travers  « les joyeuses narrations et devis gaillards du Moyen Âge au Grand Siècle » c’est-à-dire, s’agissant de la collection du duc d’Aumale, au moyen des livres précieux, depuis les manuscrits enluminés jusqu’aux facéties imprimées. L’exposition (environ 80 numéros) est dense et fouillée et difficile à résumer en quelques lignes.
Hélas, bien sûr,  le livre II de la poétique d’Aristote sur la comédie et le rire n’est pas exposé. Il est perdu, comme vous savez si vous avez lu Umberto Eco et son « Nom de la rose ». Parmi les manuscrits présentés notons celui  « les Quinze joies du mariage» du XVe siècle qui voisine avec l’édition incunable (1498) de Jean Trepperel. Après les fabliaux et les narrations comiques du Moyen âge, le Décaméron de Boccace servit de modèle à nombre de conteurs. Quatre éditions différentes sont exposées dont l’incunable sur vélin d’Antoine Vérard.

Enfin Rabelais vînt. « Cornucopie et joyeuseté de la raillerie » président à son écriture. Cinq éditions rarissimes de ses œuvres sont présentées, Pantagruel (Lyon, 1534), Gargantua (Lyon, 1535 et Troyes, 1556),  le Tiers livre (Lyon, 1548) et du Quart livre (1552).
Avant de quitter le XVIe siècle nous n’oublierons ni Marguerite de Navarre (l’Heptaméron des Nouvelles) ni Bonaventure des Périers (Les Nouvelles récréations et joyeux devis) ni Tabourot (Les Escraignes dijonnaises)…

Le siècle de XVIIe est celui des bons mots.
Les imprimeurs rééditent les œuvres du siècle précédent et impriment des recueils récréatifs et des opuscules satiriques. Par exemple, les histoires récréatives parues sous le nom de « Roger Bontemps » ou encore « les caquets de l’accouchée ». Parmi beaucoup d’autres exemples, et un aparté sur la contrepèterie, on s’étonnera pourtant de n’y pas trouver cette langue de vipère de Ménage.

L’exposition s’achève sur l’évocation des facéties mises en scène, c’est-à-dire les pièces publiées des acteurs comiques. Les comédiens de l’hôtel de Bourgogne excellèrent dans la farce et furent édités, Gaultier Gargille ou Gros Guillaume ou Buscambille (les fantaisies, Paris, Jean Millot, 1615).
Tabarin, bateleur de la place Dauphine (inventaire universel des œuvres, Paris, 1623), bénéficia d’un gros succès d’édition.
On notera encore deux vitrines intitulées « la récréation du bibliophile » qui présentent une accumulation fort plaisante de plaquettes rares rééditées au XIXe (collection Jannet et librairie Techener) dans des conditions fort désirables.
S’il faut exprimer un regret,  il concerne les cartels.  Ceux-ci ne font pas état (par choix) des particularités des exemplaires présentés, (reliure, provenance, dédicace, édition, etc.), toutes caractéristiques bibliophiles omniprésentes dans la bibliothèque du duc d’Aumale et qui nourrissent notre monomanie.  Il est cependant loisible de consulter en ligne le catalogue de la bibliothèque…

En conclusion,  voilà une étude très étayée sur l’histoire du rire à travers l’écrit et le livre, où la bibliothèque précieuse de Chantilly fournit une illustration de choix. 
Lauverjat

7 Commentaires

  1. Les Rémois ont une mémoire sélective :

    les manuscrits médiévaux du fonds de la Bibliothèque Carnegie ont été montrés depuis 1978, par son conservateur de l'époque, Roger Laslier, avec l'aide modeste de votre serviteur.
    C'était du 12 au 24 septembre 1988, à l'occasion du XXIXe Congrès international de la Librairie ancienne.Reims fut alors la capitale mondiale de la bibliophilie.
    Parmi les manuscrits exposés : la Bible d'Hincmar (IXe s), l'Evangéliaire slavon (XII-XIVe), la Bible de Jennart (XIVe), les comptes du sacre de Philippe le Bel (1303)sur des tablettes de cire, le Livre d'Heures de Menault de La Salle (XVe), des Oeuvres choisies des Pères grecs en écriture grecque (XVIe).
    En outre, l'exposition, ouverte au public, présentait de somptueuses reliures, des rares incunables, un choix d'impressions rémoises du XVIe siècle, des recueils de dessins, des gravures, etc.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.