Un psautier miniature d’Anne Boleyn

Amis Bibliophiles bonjour,

Je vous propose aujourd’hui de découvrir un article écrit par Sandra, la rédactrice du site https://www.chroniques-histoire.com/. Sandra écrit régulièrement des articles autour des livres anciens et m’a autorisé à vous partager celui-ci, au sujet d’un petit psautier de corset datant du XVIe siècle et qui, selon la légende, a pu appartenir à Anne Boleyn, la seconde épouse d’Henri VIII.

Ce petit ouvrage était destiné à être accroché à un corsage, et contenait des Psaumes, en écriture cursive gothique. Il est orné d’un portrait d’Henry VIII (fait d’or en partie), et contient 104 feuillets.

Il mesure 4 cm x 3 cm.

Il est conservé à la British Library à Londres. Les photos le présentent sans gants mais il faut penser que les conservateurs de la British Library n’en n’ont pas utilisé pour le saisir plus facilement pour les photos. Cet ouvrage est vraiment de ceux que l’on peut qualifier de « minuscules ».

À la fin du Moyen Âge puis au début de la Renaissance, ces petits volumes étaient à la mode parmi les élites alphabètes. Les livres de prières, et en particulier les livres d’heures, figuraient parmi les contenus préférés et attiraient souvent les femmes en particulier. Leurs dimensions réduites les rendaient plus légers et plus faciles à transporter par le propriétaire tout au long de la journée; et, portés par une fine chaîne à une ceinture – en utilisant les cerceaux que l’on peut voir clairement dans cet exemple -, ils ont également fabriqué des bijoux et des ornements fabuleux.

On retrouve la description d’un volume similaire décrit par George Wyatt à la fin du XVI me siècle. Wyatt note que, selon la légende, l’objet aurait été donné par Anne à l’une de ses dames d’honneur alors qu’elle montait sur l’échafaud le 19 mai 1536 (la-dite dame d’honneur étant de la famille de Wyatt). Toutefois, aucune preuve n’existe à ce propos.

En 1873, Robert Marsham décrivit un manuscrit alors en possession de son frère, Charles Marsham, troisième comte de Romney, dans un article (publié dans Archaeologia 44, 1873) intitulé : « Sur un livre de manuscrits de prières avec une reliure en or émaillé, reine Anne Boleyn aurait donné à une dame de la famille Wyatt: avec une transcription de son contenu ».

La dame en question est traditionnellement considérée comme étant Lady Margaret Lee, sœur de Thomas Wyatt et serait l’une des dames de la reine Anne Boleyn.


Marsham lui-même, dans son article sur Archaeologia , reconnaît qu’il n’y a aucune preuve pour corroborer la tradition familiale, notant qu’elle n’est pas mentionnée par George et Richard Wyatt lorsqu’ils ont compilé les « Monuments commémoratifs de la famille» en 1727.

Toutefois, Marsham suggère que la tradition date au moins au milieu du XVIIIe siècle. George Vertue, dans son article « Notes sur les beaux-arts » de 1745, déclare avoir vu dans la possession de M. Wyatt un «très curieux petit livre de prières MS sur vélin, serti en or, ornements gravés à l’or noir émaillé – tels ont été donnés à Demoiselles d’honneur de la reine Anne Boleyn – elle a donc été confiée à l’un des Wyatt et est préservée depuis sept générations ».

Il est également fait référence aux procès-verbaux de la Société des antiquaires, à côté d’un dessin du livre de prières de 1725, comme suit:

« 24 mars 1724/5. M. Corry apporta un manuscrit sur vélin dans un coffret en or émaillé curieusement, une forme de dévotion tirée des Psaumes, etc. ou des Consolations en détresse. Ceci appartenait à la reine Anna Bollen et était maintenant entre les mains de Mme Wyat de Charter House, dans quelle famille elle se trouve depuis sa mort. Elle a aussi une photo originale d’elle ».

Le volume semble être passé de la possession de la famille Wyatt à celui de Richard Temple-Nugent-Brydges-Chandos-Grenville (1776-1839), premier duc de Buckingham et Chandos, de Stowe House, à un moment avant 1818 – 1819: il figure dans un catalogue des livres du duc établis à cette époque. Il fut ensuite hérité par le second duc de Buckingham et Chandos, Richard Plantagenet Temple-Nugent-Brydges-Chandos-Grenville (1779-1861). Le second duc le vendit à Bertram Ashburnham (1797-1878), quatrième comte d’Ashburnham, en 1849. Il fut acheté par le British Museum en 1883 au cinquième comte d’Ashburnham, avec plus d’un millier d’autres manuscrits de Stowe.

Marsham lui-même semble mettre en doute la véracité de la tradition familiale, bien qu’il ait pu confirmer que le portrait mentionné dans les 1725 minutes était également en possession de son frère dans les années 1870…

Quelle que soit la vérité à propos de cette légende en lien avec Anne Boleyn, il ne fait aucun doute que c’est un exemplaire magnifique, et rare d’un livre miniature de l’époque des Tudor. Il est maintenant détenu par la British Library (Stowe MS 956).

Sandra.

La Passion de l’Histoire

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Messier, relieur parisien méconnu de l’époque romantique

Messier, relieur parisien méconnu de l'époque romantique

Amis Bibliophiles bonsoir,

Chacun connaît les grandes signatures des relieurs de la Restauration, Simier, Thouvenin, Ginain, Vogel ou encore Purgold, (bien que la production de ce dernier semble moins considérable en quantité que sa réputation). Tous sont abondamment cités par les spécialistes de la reliure et les bibliophiles.
Messier, en revanche, est un relieur parisien de l’époque romantique sur lequel les bibliographes sont laconiques. Certes il ne fréquente pas comme ses prestigieux confrères les Expositions des produits de l’industrie en vogue sous la Restauration. Voltaire, 1816, : Librairie Du Cardinal /Livre-rare-book.comJe n’ai pas trouvé sa naissance ni même son prénom. Peut-être ce Jean-Baptiste Messier maître doreur à Paris qui épouse le 24 novembre 1774 Marie Louise Mardelle est-il de sa famille ? Ou cet autre Messier qui enseigne, à la fin du XVIIIe siècle, à Tournai, la buffleterie et peut-être la reliure, à Donat Casterman, futur relieur imprimeur libraire?
Il exerce en tous cas 13, rue des Marais-Saint-Germain à Paris, de 1826 à 1842. Cette ancienne rue porte actuellement le nom de rue Visconti. Aussi faut-il observer que le relieur Doll exerçait à cette adresse jusqu’avant sa retraite en 1825. Cependant en 1826 et 1827 on y trouve aussi brièvement un autre relieur du nom de Chaumont. S’agit-il d’une association fugitive ? L’étude des fers employés par Messier permet cependant d’identifier du matériel employé précédemment par Doll (à la réserve de pouvoir comparer les livres des deuxrelieurs simultanément).
Œuvres Millevoye, 1827, librairie Gribaudo VandammeA la même adresse exerce encore Charles Motte un imprimeur lithographe. Messier affectionne le veau glaçé. Il orne les plats d’un encadrement de filet au noir, à froid ou doré, doublé à l’intérieur d’une roulette de palmettes dorée ou à froid. Le plus souvent il pousse au centre une plaque restauration. La variation de l’usage des combinaisons au noir, à froid ou doré multiplie les compositions avec un nombre de fers et de plaques réduit. Lescoupes sont ornées de roulettes ou de filets hachés dorés. Les caissons du dos présentent parfois un fleuron serti dans un double ou triple encadrement de filets dorés. Au final, ses décors ne diffèrent pas de ses concurrents de l’époque tels Duplanil ou Simier.



Ses livres sont cependant très soignés et bien équilibrés, « agréables à tripoter » comme dit Beraldi. Le bibliophile Jean-Baptiste Tenant de Latour, ancien bibliothécaire du roi, parle de lui comme de « mon excellent relieur, l’honnête Messier » en 1827. Jean-Baptiste Huzard le fait travailler, ainsi que Laurent de Bure, libraire-éditeur, sur ses classiques français de la Bibliothèque de l’Amateur au format in-8. De Bure propose en effet ses livres reliés par les artisans en vue du moment Simier, Germain-Simier, Thouvenin, Caron, etc.
Pour autant Messier avait-il la faveur de l’élite des bibliophiles de l’époque? Le sondage auquel je me suis livré laisse apparaître sa signature sur une très large majorité de livres contemporains. On lui reproche aussi d’avoir outrageusement rogné pour en dorer les tranches un manuscrit sur peau de vélin mais cette pratique tient à son époque.
En 1842 Messier cesse son activité, reprise sur place par Prévost jusqu’en 1849 et dont la carrière nous est encore plus obscure.
Lauverjat

2 Commentaires

  1. Merci beaucoup pour ce billet sur ce minuscule qui relève tout autant de l’orfèvrerie que du livre … Et merci aussi pour le lien vers les « chroniques de l’histoire » où d’autres ouvrages sont présentés.

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