Amis Bibliophiles bonjour,
Le second tome de la poétique d’Aristote : mythe ou réalité ?
Cher amis lecteurs du blog, me voici embarqué volontairement aujourd’hui dans un sujet qui me tient à cœur depuis pas mal d’années déjà.
Je vais tenter de vous parler d’un livre, que bon nombre d’entre vous connaissent, sans pour autant savoir s’il a jamais existé.
Je veux parler du second tome de la poétique d’Aristote. N’ayant pas plus de connaissances que cela dans le domaine, j’ai pioché les informations que je vous livre, ici ou là, dans ma documentation et sur le net, à des sources que j’espère fiables. Evidemment, il sera toujours temps et intéressant de corriger mon propos s’il s’avérait inexact.
Ce n’est pas aux amis du blog du bibliophile que je vais apprendre que ce second tome de la poétique d’Aristote nous est familier à tous. Et pour cause, c’est le sujet central du livre de Umberto Eco « Le Nom de la Rose » (1980), brillamment adapté au cinéma (à mon sens), par le français Jean-Jacques Annaud (1986).
Essayons de revenir sur l’histoire de ce livre mythique.
Dernière œuvre du corpus aristotélicien (composée vraisemblablement entre 337 et 347 avant Jésus Christ), probablement une des plus connues d’Aristote, La Poétique s’intéresse aux différents aspects de l’art poétique, comme la tragédie, l’épopée, et de manière anecdotique la musique. Aristote y mentionne un futur ouvrage sur la comédie, aujourd’hui perdu…
Ce livre perdu fait-il partie des œuvres disparues d’Aristote ? A-t-il jamais existé ? Est-il même d’Aristote s’il existe ?

Dans le roman d’Umberto Eco, le vénérable Jorge, gardien de la très secrète bibliothèque de l’abbaye (qui occupe pratiquement tout le donjon), voudrait nous faire croire que ce livre qui « glorifie le rire » n’a jamais été écrit, pourtant, toute l’intrigue du livre tourne autour de cet ouvrage, entièrement consacré à la comédie et au rire. Ce livre existerait donc bel et bien, et une copie manuscrite circule même au sein du monastère. Par son aspect sulfureux, c’est un livre qui tue et pour qui l’on tue. Les meurtres se succèdent.
Qu’en est-il réellement ?
A propos d’un travail conduit par le très sérieux CNRS, on peut lire en résumé du sujet : « Une définition aristotélicienne de la comédie ? » le texte suivant :
« Dans le deuxième livre de sa Poétique, perdu depuis fort longtemps, Aristote a discuté de la comédie. Dans un texte tardif on a parfois voulu découvrir un résumé de cette discussion ainsi que quelques fragments de son texte, dont le plus intéressant nous offrirait une définition de la comédie. Un examen ponctuel du passage rend probable la conclusion décevante selon laquelle il ne s’agit pas d’un fragment aristotélicien. » (source CNRS).
On peut lire ailleurs, dans un papier très sérieux de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales : « Il se peut, bien sûr, qu’Aristote ait examiné ces questions (sur le rire) dans le Livre II de la Poétique, dont on sait qu’il portait sur la comédie. Mais ce texte fut perdu à la fin de l’Antiquité, et on ne sait rien de certain à son sujet. »
Par ailleurs, il semblerait qu’au fil des siècles depuis l’antiquité, il y ait eu amalgame entre les textes originaux de La poétique d’Aristote, l’Art poétique d’Horace et quelques textes de Platon. Ceci ne simplifiant pas les choses.
Que conclure ?
Il apparaît aujourd’hui à peu près certain qu’Aristote a composé un texte d’importance (second volume de sa poétique) à propos de la comédie. On en connaît rien aujourd’hui de très certain cependant.
Pour revenir au Nom de la Rose, Jorge sait que ce livre a été écrit contrairement à ce qu’il soutient à Guillaume de Baskerville. Umberto Eco nous montre un livre (manuscrit) physique qui néanmoins, lui, n’a jamais existé. Peut-être reste-t-il à découvrir au fin fond d’une bibliothèque bénédictine du nord de l’Italie ou d’ailleurs… (ce ne serait pas le premier…)
Merci B.
H
Lenglet Dufresnoy, je veux bien, mais à -t- on vu si ce Gentilhomme avait un nom? C’est trop tôt pour Queriolet,mais la conversion suite à une apparition diabolique est un thème fréquent.
Voici comment se compose exactement la page de titre de l'original.
HISTOIRE || PRODIGIEVSE, || D’VN || GENTILHOMME || auquel le Diable ſ’eſt apparu, || & auec lequel il a conuerſé, || ſoubs le corps d’vne || femme morte. || Aduenuë à Paris le premier || de Ianuier 1613. || (Fleuron) || A PARIS, || Chez FRANCOIS DV CARROY, || Libraire, ruë de la Harpeau || Mouton rouge. || M. DC. XIII.
Il y a bien une différence avec la plaquette de Hugues.
Pour indication, voici la collation exacte de cet in 8°: A-B4 = 8ff.
Pour le texte qui possède sa page de titre, le CCfr donne :
Titre : Histoire prodigieuse d’un gentilhomme auquel le diable s’est apparu et avec lequel il a conversé soubs le corps d’une femme morte, advenue à Paris le premier de janvier 1613
Langue : français
Publication : A Paris : chez François Du Carroy , 1613
Pays :France
Description :15 p. in 8 (localisation Bibliothèque Sainte-Geneviève – cote 8 Z 1097 INV 3238 RES P.12 )
La composition typographique du titre me laisse penser que cet opuscule n’a pa pu être imprimé en 1613 comme indiqué mais sans doute bien plus tard au cours du XVIIIè s ??? mais je me trompe peut-être ??
Pour les autres textes c’est sans aucun doute un extrait des Dissertations sur les apparitions du Lenglet Dufrenoy. 1751-1752 4 parties en 2 volumes in-12. Il suffirait de se reporter aux numéros de pages pour les retrouver dans le recueil entier à leur place.
Le bibliophile a sans doute voulu rapprocher sous une même reliure des textes traitant du même phénomène d’apparition du diable…
Bertrand
Je ne suis pas spécialiste ès plaquettes, mais celle-ci, en tout cas le premier texte (et la pagination est ensuite continue), possède une vraie page de titre. J’aurais donc tendance à penser à un ouvrage en tant que tel.
Que disent les spécialistes?
Hugues
En regardant les photos, il me semble bien que cette plaquette soit tirée des dissertations de Lenglet-Dufresnoy… donc incomplet (voir le mot « dissertation » en haut de la seconde photo).
Mais je n’en suis pas sûr…
tout à fait mon style de plaquette. Ces textes sont vraiment étonnants. J’en possède quelques-uns, mais pas celui là. Est-ce une plaquette bien complète où une partie de la dissertation sur les apparitions de Lenglet-Dufresnoy ?
De ma collection, voici une poignée d’exemplaires assez rares:
– Les signes prodigieux et espouvantables apparus au ciel sur la ville de Rome, Paris, J. Guillemot 1626.
– Discours sur le cheval de bronze qui a este trouvé au royaume de Naples avec une prophetie qui s’est trouvée dedans, Paris, veuve Hubert Velut, 1623.
– Les conjurations faites à un démon possédant le corps d’une grande dame, Paris, I. Mesnier, 1619.
et d’autres encore.
J’adore ces petites plaquettes de quelques pages, témoins d’un temps et de croyances, passionnantes.
Une quarantaine de pages?
Une partie d’un recueil de dissertations sur les apparitions etc.?