Un gentil-homme, le Diable, un miracle, des prodiges

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je classe actuellement les petites plaquettes qui se sont accumulées au fil des années. En voici une, assez rare, juste histoire de poster un petit message ce soir:
D’une quarantaine de pages, format in12, elle contient trois textes :
1. Histoire Prodigieuse d’un Gentil-Homme auquel le Diable s’est apparu et avec lequel il a conversé, sous le corps d’une femme mort, advenue à Paris, le premier janvier 1613. A Paris, chez Carroy, 1613.
2. Histoire miraculeuse, advenue en la Rochette, ville de la Maurienne en Savoye, l’an 1613.
3. Histoire nouvelle et remarquable, de l’esprit d’une femme, qui s’est apparue au Fbg Saint Marcel, après qu’elle a demeuré 5 ans entiers ensevelis… 1618

Sympa, pas commun, et passionnant à lire.

H

La lettre du bibliophile

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L’Almanach des Bergers

L'Almanach des Bergers

Amis Bibliophiles bonsoir,
En écho à l’article sur le Calendrier des Bergers paru dans le deuxième numéro de La Nouvelle Revue des Livres Anciens et à celui que j’avais écrit sur le blog sur Le Messager Boiteux (http://bibliophilie.blogspot.com/2008/01/le-messager-boiteux.html), René vous propose ce soir un article sur l’Almanach des Bergers.
« Dans l’un des plus célèbres romans de Balzac, « Illusions perdues », David Séchard rachète l’imprimerie paternelle à des conditions très défavorables et se retrouve rapidement proche de la ruine. Il recherche en secret un procédé permettant de produire du papier à faible coût. Pendant ce temps, son épouse Eve essaie de lui venir en aide en faisant tant bien que mal tourner l’imprimerie.« Eve, qui remuait tout dans l’imprimerie, y trouva la collection des figures nécessaires à l’impres-sion d’un almanach dit des Bergers, où les choses sont représentées par des signes, par des images des gravures en rouge, en noir ou en bleu. Le vieux Séchard, qui ne savait ni lire ni écrire, avait jadis gagné beaucoup d’argent à imprimer ce livre destiné à ceux qui ne savent pas lire. Cet almanach, qui se vend un sou, consiste en une feuille pliée soixante-quatre fois, ce qui constitue un in-64 de cent vingt-huit pages. Tout heureuse du succès de ses feuilles volantes, industrie à laquelle s’adonnent surtout les petites imprimeries de province, madame Séchard entreprit l’Almanach des Bergers sur une grande échelle. »
Ce curieux almanach populaire imprimé en rouge et noir, qui semble destiné à un public illettré, est d’une telle complexité de signes qu’il faut bien penser, comme Nisard (Histoire des livres populaires), qu’il n’en est rien. « Je ne sache pas qu’il y ait quelque chose au monde de plus bizarre, de plus original. Figurez vous un almanach sans texte, ou du moins sans celui pour lequel un almanach est particulièrement fait, c’est à dire l’indication des jours et des quantièmes du mois. Ces renseignements si essentiels sont donnés en caractères hiéroglyphiques, de telle sorte que, s’il est vraiment comme on est fondé à le croire d’abord que ce livre est destiné aux gens qui ne savent pas lire, il faut nécessairement que, pour parvenir à deviner et à savoir par coeur ces caractères, ils fassent cent fois plus d’efforts d’intelligence et de mémoire qu’ils en feraient seulement à lire l’écriture vulgaire ». Nisard s’extasie sur ce livre extraordinaire pendant plusieurs pages, à grand renfort de descriptions, et uniquement « pour les bibliophiles ».Parmi ces signes hiéroglyphiques, on peut noter : « bon sevrer les enfants, bon prendre des pilules, bon couper les ongles, etc. ».
L’archétype de ce genre d’almanach est évidemment le Compost et kalendrier des bergers (voir NLRA n° 2).Cependant un des plus célèbres almanachs « modernes » est celui de Mathieu Lansbert dit « de Liège » publié pour la première fois en 1636 par Léonard Streel et continué par les héritiers et descendants, les Bourguignon, sous les noms successifs de Laensbergh puis Mathieu Lansberg qui désigne cette publication depuis trois siècles.
Imprimée en rouge et noir, et richement illustrée, cette édition populaire contient, outre le calendrier des mois, les dates des fêtes et foires mobiles, des éclipses, une liste des prédictions pour l’année en cours et se termine par l’almanach des bergers avec les douze signes célestes gouvernant le corps humain.
Cette petite publication bon marché se retrouvait partout : dans les auberges, les fermes, les châteaux et même chez les Princes. Elle rythmait les saisons et on y trouvait des conseils pour les cultures et les récoltes, les horaires de diligences, des proverbes, etc.
Son succès tenait aussi au fait qu’il relatait des événements remarquables arrivés en Europe et dans le monde. Ces textes qui atteignaient toutes les couches de la population suscitaient la méfiance des gouvernements. Cependant Napoléon avait compris qu’on pouvait l’utiliser comme « outil de communication ».Une anecdote raconte que la Comtesse du Barry avait cru y découvrir, en 1774, l’annonce d’une mauvaise nouvelle pour le mois d’avril. Le 27 avril Louis XV contracta la variole et en mourut le 10 mai.
C’est donc en annexe du Mathieu Lansberg qu’on trouvait le fameux Almanach des bergers destiné aux illettrés. Comme le calendrier des mois, il est illustré de petites gravures assez frustes mais qui ne manquent pas de sel.
Qui était Mathieu Lansberg ? Malgré les recherches et hypothèses diverses – un chanoine, un mathématicien, un astronome, etc – on n’est jamais parvenu à identifier ce personnage qui n’a probablement jamais existé et qui fut sans doute une pure création de l’imprimeur.
Au XVIIII siècle, un chroniqueur français se gaussait de l’almanach en disant que Liège n’était connue de la République des Lettres que grâce à Mathieu Lansberg.L’almanach était vendu soit simplement broché ou en « reliure d’édition » parfois même avec les tranches dorées, les plus aisés le faisait relier plein veau. Souvent l’éditeur ajoutait des feuillets vierges où on pouvait apporter des annotations personnelles, le papier était peu courant et difficile à se procurer. Au XVIIIe siècle on allait jusqu’à utiliser des cartes à jouer en guise de carte de visite manuscrite ou pour rédiger un reçu.Interrompue pendant la guerre 14-18, la publication se poursuivit même pendant la Seconde Guerre mondiale mais sous l’étroite surveillance de l’occupant. Après être passé par divers éditeurs successifs – Vve Bourguigon, Collardin, Renard & Frères, Duvivier-Sterpin, Ista, De Neef, le dernier almanach de Mathieu Lansberg paru en 1959 pour l’année 1960 chez l’imprimeur liégeois Vaillant-Carmanne. D’après les exemplaires que je possède, il semble que l’annexe Almanach des Bergers ait disparu vers 1910.Cependant, aujourd’hui, en l’an de grâce 2010, les éditions Casterman publient toujours un Grand Double Almanach Belge dit de Liège qui en est à 186e année. Il est vendu au prix de 3.95 euros.
Merci René!H

7 Commentaires

  1. Lenglet Dufresnoy, je veux bien, mais à -t- on vu si ce Gentilhomme avait un nom? C’est trop tôt pour Queriolet,mais la conversion suite à une apparition diabolique est un thème fréquent.

  2. Voici comment se compose exactement la page de titre de l'original.

    HISTOIRE || PRODIGIEVSE, || D’VN || GENTILHOMME || auquel le Diable ſ’eſt apparu, || & auec lequel il a conuerſé, || ſoubs le corps d’vne || femme morte. || Aduenuë à Paris le premier || de Ianuier 1613. || (Fleuron) || A PARIS, || Chez FRANCOIS DV CARROY, || Libraire, ruë de la Harpeau || Mouton rouge. || M. DC. XIII.

    Il y a bien une différence avec la plaquette de Hugues.
    Pour indication, voici la collation exacte de cet in 8°: A-B4 = 8ff.

  3. Pour le texte qui possède sa page de titre, le CCfr donne :

    Titre : Histoire prodigieuse d’un gentilhomme auquel le diable s’est apparu et avec lequel il a conversé soubs le corps d’une femme morte, advenue à Paris le premier de janvier 1613
    Langue : français
    Publication : A Paris : chez François Du Carroy , 1613
    Pays :France
    Description :15 p. in 8 (localisation Bibliothèque Sainte-Geneviève – cote 8 Z 1097 INV 3238 RES P.12 )

    La composition typographique du titre me laisse penser que cet opuscule n’a pa pu être imprimé en 1613 comme indiqué mais sans doute bien plus tard au cours du XVIIIè s ??? mais je me trompe peut-être ??

    Pour les autres textes c’est sans aucun doute un extrait des Dissertations sur les apparitions du Lenglet Dufrenoy. 1751-1752 4 parties en 2 volumes in-12. Il suffirait de se reporter aux numéros de pages pour les retrouver dans le recueil entier à leur place.

    Le bibliophile a sans doute voulu rapprocher sous une même reliure des textes traitant du même phénomène d’apparition du diable…

    Bertrand

  4. Je ne suis pas spécialiste ès plaquettes, mais celle-ci, en tout cas le premier texte (et la pagination est ensuite continue), possède une vraie page de titre. J’aurais donc tendance à penser à un ouvrage en tant que tel.
    Que disent les spécialistes?
    Hugues

  5. En regardant les photos, il me semble bien que cette plaquette soit tirée des dissertations de Lenglet-Dufresnoy… donc incomplet (voir le mot « dissertation » en haut de la seconde photo).

    Mais je n’en suis pas sûr…

  6. tout à fait mon style de plaquette. Ces textes sont vraiment étonnants. J’en possède quelques-uns, mais pas celui là. Est-ce une plaquette bien complète où une partie de la dissertation sur les apparitions de Lenglet-Dufresnoy ?
    De ma collection, voici une poignée d’exemplaires assez rares:
    – Les signes prodigieux et espouvantables apparus au ciel sur la ville de Rome, Paris, J. Guillemot 1626.
    – Discours sur le cheval de bronze qui a este trouvé au royaume de Naples avec une prophetie qui s’est trouvée dedans, Paris, veuve Hubert Velut, 1623.
    – Les conjurations faites à un démon possédant le corps d’une grande dame, Paris, I. Mesnier, 1619.

    et d’autres encore.

    J’adore ces petites plaquettes de quelques pages, témoins d’un temps et de croyances, passionnantes.

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