Frontispices et titres gravés…

Amis Bibliophiles Bonjour,

J’avoue une prédilection pour les livres anciens illustrés, notamment parce que je m’intéresse aux relations de voyages, mais au-delà des gravures que l’on peut trouver à l’intérieur d’un ouvrage, j’admets également qu’il n’y a peu de choses aussi agréables quand on entrouvre un livre, que la présence d’un beau frontispice.
Les ouvrages d’histoire naturelle de Johann Jonston (17ème)Par frontispice j’entends l’illustration situé avant la page de titre, qui peut soit consister en un portrait (ce que j’apprécie moins, encore que), soit une scène importante du livre, voire en une allégorie liée au thème du livre.
De Monstrorum Natura Caussis, de Licetus (1634)Une fois le livre ouvert, c’est vraiment le premier contact visuel important qui s’établit entre le lecteur et l’œuvre. Certains frontispices sont d’ailleurs devenus extrêmement célèbres, voire plus célèbres que le livre qu’ils annoncent.
Le Songe de Poliphile, ou le Tableau des Riches Inventions (1600)Après les reliures et les ex-libris, je me dis donc qu’une petite exposition virtuelle des plus beaux frontispices, les miens, les vôtres (que vous pouvez m’envoyer à blog.bibliophile@gmail.com).
Relation des voyages et découvertes des Espagnols, par Las Casas (1698)Le Vice Puni ou Cartouche (1726)La contemplation calmera gentiment les esprits avant que l’émulation reprenne ses droits dès demain, avec une énigme à la portée de tous.
Description de l’Isle des Hermaphrodites (1724)
H

La lettre du bibliophile

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La fin du Bibliophile…. Réponse à l’énigme: le « Quinti Horatii Flacci Opera » de John Pine… où quand le Bibliophile cherche à attenter à ses jours…

La fin du Bibliophile…. Réponse à l'énigme: le « Quinti Horatii Flacci Opera » de John Pine… où quand le Bibliophile cherche à attenter à ses jours…

Amis Bibliophiles bonjour,
J’ai d’abord pensé à me mettre sous ma bibliothèque, à genoux, le front offert, et à l’agiter dans tous les sens pour les livres tombent, m’assomment et m’ensevelissent… puis j’ai imaginé m’ouvrir les poignets avec les (trop?) plats trop fins, effilés, d’un Trautz, ou alors ingurgiter sans répit et jusqu’au moment fatal les pages d’un Buffon in-4, la totale… Bref il fallait que j’en finisse. Mettre fin à tout ceci, cette mascarade…

Tout a commencé là où tout à toujours commencé: avec un livre. Bonne facture, intéressant sur le plan bibliophilique, bonheur de bibliopégimane (amateur de belles reliures), grand classique des beaux ouvrages du 18ème et qui de surcroît reste suffisamment original pour constituer une belle énigme pour le blog. 


Pour la réponse, j’attendais l’ami Ugo, et pour cause, puisqu’un cousin de cet ouvrage fût vendu à la vente Garnier, mais ce fût Martin qui surgît le premier (était-ce vraiment une surprise?). Son indice mît Montag sur la voie. Bref, l’ouvrage était identifié, il ne me restait plus qu’à présenter aux autres lecteurs les caractéristiques de cette acquisition récente. Elle faisait partie d’un lot, et je n’avais pas encore eu le temps de creuser l’affaire.
La gravure bien sûr me plaisait beaucoup, la question des souscripteurs m’avait interloqué, le relieur restait (et reste encore) mystérieux. Il n’y avait plus qu’à se pencher sur la question, et rédiger en même temps une jolie fiche.
  
Je pensais encore alors que tout ceci allait être un délice… Je cherche quelques informations, ça et là, je relis la fiche d’Ugo, je déglutis, j’ouvre précipitamment mon exemplaire, je re-déglutis. Malheur, misère… Mon exemplaire est parfait, il n’a pas l’erreur (« post est » versus « potest ») dans le portrait de César. Il est parfait… trop parfait hélas puisqu’il est de fait de second tirage… Un exemplaire sans erreur. Quelle horreur. J’imagine déjà Raphael qui jubile, Lauverjat qui rit sous cape… Je suis refait. 
Il ne me reste plus qu’à vous présenter l’ouvrage, répondre à l’énigme et boire le calice jusqu’à la lie.
 

La réponse à l’énigme est en effet l’un des plus célèbres ouvrages gravés du 18ème siècle, le « Quinti Horatii Flacci Opera », gravé et publié par John Pine en 1733 (premier volume) et 1737 (second volume). 2 volumes in-octavo (264 et 192 pp) en plein maroquin de l’époque, très richement orné et sortant probablement de l’un des meilleurs ateliers de l’époque. L’ouvrage est entièrement gravé sur cuivre, imprimée sur grand papier (texte et illustrations) et contient deux frontispices et une magnifique iconographie: gravures, ornements, vignettes, cul de lampe. Il est vraiment splendide (en premier tirage, j’entends bien… même si le second tirage ne s’en sort pas trop mal).

C’est la page 108 du second tome qui permet de distinguer les deux tirages: dans le 1er tirage, le portrait de César en médaillon comprend l’inscription « Post Est », alors qu’il fait bien entendu lire « Potest », erreur qui sera corrigé dans le second tirage. 

Le tome 1er lui, n’a connu qu’un seul tirage, ce qui est quand même une petite consolation.
John Pine (1690-1756) pourrait bien avoir été l’élève de Bernard Picart, l’une des autres sommités de l’époque. Il était en tout cas le meilleur graveur anglais de son époque et cet Horace est vraiment somptueux. 

Les souscripteurs ne s’y sont pas trompés, notamment les libraires, puisque la liste s’est allongée entre le premier et le second tome.
H
Merci à Ugo pour la belle fiche de la vente Garnier, utile, trop utile…, enfin merci à Célia…

13 Commentaires

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  3. Merci Jean-Paul, c’est aussi ansi que je l’entends, dans le cas présent, sauf Poliphile, ils ‘agît de frontispice en regard de la page de titre.
    Jean-Claude, heureux?
    (ah que j’aime quand vous êtes détendus!)
    Hugues

  4. Vulgarisons, Jean-Claude, mais avec rigueur, et vous savez combien j’attache de l’importance au sens des mots.
    Le frontispice est la façade principale d’un édifice.
    Par analogie, le frontispice d’un livre est le titre principal illustré d’un livre, appelé titre-frontispice ou titre gravé ou encore titre à encadrement.
    Par extension, le frontispice d’un livre est aussi l’illustration en regard du titre d’un livre (apparition fin 16e-début 17e s.).
    Cela vous convient-il, Hugues ?

    Jean-Paul

  5. Pour les éditions des Elzevier au XVIIè siècle par exemple c’est souvent seulement un titre gravé qui sert à la fois de titre et de frontispice, je pense qu’on peut appeler cela un titre-frontispice, il a la même fonction mais aucun titre typographique ne lui succède, même si cela n’est pas toujours le cas.

    Amitiés, Bertrand

  6. Personnellement, j’aime beaucoup les frontispices des éditions Cooke de Londres, à la fin du XVIIIème et au début du XIXème siècle, qui ressemblent beaucoup aux pages de titre françaises des années 1820-1830. D’ailleurs, en dehors du texte (souvent de la poésie britannique), c’est l’un des seuls attraits de ces petits livres dont les reliures ont souvent mal vécu leurs longues années.
    Si je retrouve mon appareil photo, j’essaierai d’en envoyer.

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