Frontispices et titres gravés…

Amis Bibliophiles Bonjour,

J’avoue une prédilection pour les livres anciens illustrés, notamment parce que je m’intéresse aux relations de voyages, mais au-delà des gravures que l’on peut trouver à l’intérieur d’un ouvrage, j’admets également qu’il n’y a peu de choses aussi agréables quand on entrouvre un livre, que la présence d’un beau frontispice.
Les ouvrages d’histoire naturelle de Johann Jonston (17ème)Par frontispice j’entends l’illustration situé avant la page de titre, qui peut soit consister en un portrait (ce que j’apprécie moins, encore que), soit une scène importante du livre, voire en une allégorie liée au thème du livre.
De Monstrorum Natura Caussis, de Licetus (1634)Une fois le livre ouvert, c’est vraiment le premier contact visuel important qui s’établit entre le lecteur et l’œuvre. Certains frontispices sont d’ailleurs devenus extrêmement célèbres, voire plus célèbres que le livre qu’ils annoncent.
Le Songe de Poliphile, ou le Tableau des Riches Inventions (1600)Après les reliures et les ex-libris, je me dis donc qu’une petite exposition virtuelle des plus beaux frontispices, les miens, les vôtres (que vous pouvez m’envoyer à blog.bibliophile@gmail.com).
Relation des voyages et découvertes des Espagnols, par Las Casas (1698)Le Vice Puni ou Cartouche (1726)La contemplation calmera gentiment les esprits avant que l’émulation reprenne ses droits dès demain, avec une énigme à la portée de tous.
Description de l’Isle des Hermaphrodites (1724)
H

La lettre du bibliophile

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Gaultier Garguille, approuvé par Turlupin et Gros Guillaume

Gaultier Garguille, approuvé par Turlupin et Gros Guillaume

Amis Bibliophiles Bonsoir,
Il me semble bien rare qu’un livre de bibliophilie n’ait qu’une vertu… On l’appréciera pour son texte (avant tout), sa reliure, l’édition, la typographie, son originalité et en le découvrant, à chaque fois ou presque, on pourra lui découvrir un autre charme.
Dans ce cas précis, celui des Chansons de Gaultier Garguille, une fois passés les charmes de l’originalité de l’ouvrage, le texte léger et amusant, la coquille sur la page de titre, une reliure bien exécutée… c’est en tournant la dernière page que j’ai découvert un autre charme à cet ouvrage: son approbation.L’ouvrage, signé Hugues Guéru, est paru à Londres (?) en 1658, suivant la copie imprimée à Paris en 1631 (et non 1731 comme on peut le lire sur la page de titre). C’est un petit volume in-12, avec un frontispice gravé, dans reliure de maroquin vert signée Petit (succ. de Simier). Il porte l’ex-libris de Jules Lemaitre.
Voici ce que nous propose Wikipedia sur Guéru:
Hugues Guéru, surnommé Fléchelles ou Gaultier-Garguille, comédien et poète, né à Sées vers 1581 et mort à Paris le 10 décembre 1633. Dans les farces qu’il représentait, il introduisait souvent des couplets grivois de sa composition. « […] à lui les rôles de vieillards ou de cocus. Sa calotte noire, son masque chevelu avec la barbe pointue et l’habit noir soulignaient un corps maigre, aux longues jambes, dont les contemporains admiraient la souplesse de marionnette. » (Mazouer, 2006, p. 36)
Les foires à l’époque étaient, par la difficulté de communication, des lieux privilégiés d’échanges et de rencontres. Les ouvertures de foire correspondaient en général à quelque grande fête de l’Église et se faisaient avec des cérémonies spectaculaires. L’ouverture de la foire du Pré à Rouen est le « théâtre » choisi par notre auteur pour sa facétie qui contient des détails de mœurs, des descriptions de coutumes et de personnages connus.
Le 5 septembre 1620, il épouse Aléonor Salomon, belle-fille de l’acteur Tabarin. L’acte de mariage précise que Hugues Guéru est « aagé de trente-huict ans ou environ », ce qui le fait naître vers 1581 ou 1582, et non en 1573 ni en 1593, comme le répètent ses biographes.
Il se spécialisa dans les rôles de vieillards d’abord au Théâtre du Marais, puis à l’Hôtel de Bourgogne. Il était maigre, avec de longues jambes fines et un gros visage, aussi ne jouait-il jamais sans son masque à grande barbe pointue ; il portait une calotte noire et plate, des escarpins noirs et des manches de frise rouge, un pourpoint et des chausses de frise noire. Surtout réputé sous le nom de Gaultier-Garguille dans un répertoire de farces, il jouait quelques fois aussi les rois dans des pièces sérieuses sous le pseudonyme de Fléchelles.
Il a également écrit un recueil de chansons et quelques prologues imprimés en 1631. »Ce recueil en voici une réimpression. Sur la gravure en frontispice, on découvre Guéru, puis à la suite 64 chansons légères. Un exemple?
« Elle m’a prefté fa cagePour mettre mon perroquetLa cage eftoit trop petite;Il n’entra que le bec ».
Le blog n’étant pas destiné à diffuser des messages érotiques (il y a d’autres endroits pour cela, même sous des prétextes bibliophiliques ou artistiques quelconques d’ailleurs… 🙂 ), le blog étant ouvert à tous, et sans contrôle d’accès parental, je m’arrête ici.
Et je reprends mon propos: texte amusant et qui se lit avec le sourire, beau témoignage d’un certain art de l’époque, coquille sur la page de titre, joli frontispice, belle reliure… et puis, quand on tourne la dernière page, on arrive à l’approbation et on découvre que la farce a été poussée jusqu’au bout puisque cesont Turlupin et Gros Guillaume qui la signent.« Nous soussignez maîtes ès Arts comiques recreatifs, certifions avoir lu curieusement le recueil des Chansons plaisantes du facétieux Gaultier Garguille, auquel nous n’avons rien trouvé qui ne soit capable non-seulement de désopiler la rate, mais de purger entierement l’humeur mélancolique. En foi de quoi nous avons figné la présente approbation. A Paris, en l’Hôtel où l’on se fournit de Ris pour le Caresme, le dernier de Décembre mil six cent trente-un ». Turlupin. Gros-Guillaume.
Sur ce dernier sourire, on referme l’ouvrage et on se dit que décidément, c’était un beau moment. Vive la bibliophilie qui chaque jour nous ouvre des horizons nouveaux, nous rends curieux, nous oblige doucement à apprendre, nous accompagne.
H
Pour compléter, Gros-Guillaume ou Robert Guérin, dit La Fleur, et plus connu sous le nom de Gros-Guillaume, est l’un des acteurs français les plus célèbres du xviie siècle. Il serait né vers 1554 et est mort à Paris en 1634.
Entré à l’Hôtel de Bourgogne en 1598, il y prend la direction d’une troupe deux ans plus tard et y constitue la sienne en 1612. À partir de 1622, il est le chef incontesté des « comédiens du Roi » et le restera jusqu’à sa mort.
Selon Maupoint (Bibliothèque des théâtres, 1733), il aurait été boulanger avant de devenir «farceur». C’était, dit-il « un franc yvrogne, gros, gras & ventru, qui ne paroissoit sur le Théatre que garotté de deux ceintures, l’une au-dessous du nombril, & l’autre près des tétons, qui le mettoient en tel état qu’on l’eût pris pour un tonneau. Il ne portoit point de masque ; mais se couvroit le visage de farine, ensorte qu’en remuant un peu les lèvres, il blanchissoit tout d’un coup ceux qui lui parloient ».
Atteint de gravelle, ses grimaces de douleur feront partie de son jeu et ne l’empêcheront pas de vivre 80 ans. Il sera enterré à la paroisse Saint-Sauveur. Gros-Guillaume, tu me fais tout l’effet d’être un mec sympa. (Hugues)

13 Commentaires

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  3. Merci Jean-Paul, c’est aussi ansi que je l’entends, dans le cas présent, sauf Poliphile, ils ‘agît de frontispice en regard de la page de titre.
    Jean-Claude, heureux?
    (ah que j’aime quand vous êtes détendus!)
    Hugues

  4. Vulgarisons, Jean-Claude, mais avec rigueur, et vous savez combien j’attache de l’importance au sens des mots.
    Le frontispice est la façade principale d’un édifice.
    Par analogie, le frontispice d’un livre est le titre principal illustré d’un livre, appelé titre-frontispice ou titre gravé ou encore titre à encadrement.
    Par extension, le frontispice d’un livre est aussi l’illustration en regard du titre d’un livre (apparition fin 16e-début 17e s.).
    Cela vous convient-il, Hugues ?

    Jean-Paul

  5. Pour les éditions des Elzevier au XVIIè siècle par exemple c’est souvent seulement un titre gravé qui sert à la fois de titre et de frontispice, je pense qu’on peut appeler cela un titre-frontispice, il a la même fonction mais aucun titre typographique ne lui succède, même si cela n’est pas toujours le cas.

    Amitiés, Bertrand

  6. Personnellement, j’aime beaucoup les frontispices des éditions Cooke de Londres, à la fin du XVIIIème et au début du XIXème siècle, qui ressemblent beaucoup aux pages de titre françaises des années 1820-1830. D’ailleurs, en dehors du texte (souvent de la poésie britannique), c’est l’un des seuls attraits de ces petits livres dont les reliures ont souvent mal vécu leurs longues années.
    Si je retrouve mon appareil photo, j’essaierai d’en envoyer.

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