Miscellanées bibliophiles: ventes, identification d’un ex-libris, ascenseur social et librairie…

Amis Bibliophiles bonjour,
I – Les ventes reprennent, c’est reparti pour une année de catalogues et de vacations. Les catalogues recommencent d’ailleurs à peupler les boîtes aux lettres. Hier, avec les nouveaux opus des libraires Amélie Sourget et Pierre Prévost, j’ai ainsi reçu l’épais catalogue de la maison Artcurial: Bibliothèque littéraire et poétique. Livres et manuscrits des 19e et 20e siècles, 16 octobre 2013, expert Jean-Claude Vrain.
Au total, 288 lots qui vont de lettres de Victor Hugo à Juliette Drouet, ou de Proust à sa mère, aux éditions originales du Père Goriot ou des Fleurs du Mal. Un bel ensemble, notamment pour ce qui est des ouvrages de Balzac, finement reliés pour la plupart. 
J’ai retenu deux lots particulièrement désirables:
Lot 19CHARLES BAUDELAIRE. LES FLEURS DU MAL. Paris, Poulet-Malassis et De Broise, 1857. In-12, broché. Chemise signée de Patrick Loutrel. Demi-maroquin brun doublé de daim grenat, dos à 5 nerfs, titre doré. Etui. (Couvertures légèrement salies, restaurations au dos.) Edition originale. Exemplaire complet des pièces condamnées, avec la couverture en 3e état. Extrait du catalogue de la librairie E. Dentu 1857 en fin de volume. Bel exemplaire parfaitement établi.Estimation 18 000 – 20 000 €

Lot 133LOUIS-FERDINAND CELINE. VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT. Paris, Denoël et Steele, 1932. In-12, broché. Couverture imprimée en rouge et noir. Non coupé. Edition originale. Un des 10 exemplaires de tête sur papier vergé d’Arches (n° 1), avant 100 exemplaires sur alfa. Chemise signée d’Alain Devauchelle. Demi-maroquin bleu à coins, dos à nerfs, étui bordé. Parfait exemplaire à l’état de neuf. C’est l’un des rares conservés encore en l’état de parution originelle, la plupart des autres exemplaires ayant été reliés, et assez postérieurement du reste. RARISSIME EXEMPLAIRE DU TIRAGE DE TETE, le numéro 1 ! Estimation 60 000 – 80 000 €

Oui, le numéro 1… A n’en pas douter l’une des stars de la vente et le rêve absolu pour les amateurs de Céline. 
II – Identification d’un ex-libris. Jean-Luc nous soumet cet ex-libris qui figure sur un un livre d’heures imprimé. L’un de vous aurait-il une idée?

III – C’est Olivier qui m’a signalé cet article intéressant sur une génération de Normands qui quittèrent le village de Blainville-sur-Mer et des conditions très modestes pour « monter » à Paris entre 1750 et 1900 pour y chercher fortune et gloire. Certains d’entre eux devinrent des libraires et des éditeurs biens connus des bibliophiles.
C’est le commerce du vieux papier, très dynamique dans la capitale à l’époque (voir les ouvrages de Darnton) qui donna l’impulsion à cet exode. De nombreux hommes de ce petit village de Blainville firent le voyage entre 1750 et 1900, avec parmi eux des noms qui devinrent rapidement des libraires célèbres et reconnus, comme Blaizot ou Tanquerey. 
Auguste BlaizotVous pourrez trouver un peu plus d’informations ici: http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Blainvillais-a-Paris-ils-devinrent-libraires-_50147-avd-20130819-65757851_actuLocale.Htm, mais cette belle histoire reste à écrire.
On a envie d’en savoir plus!
Sur Auguste Blaizot, pour mémoire:
Auguste BLAIZOT Né le 24 juin 1874 à Blainville sur Mer (Manche) – Décédé en 1941.Libraire et éditeur »Né le 24 juin 1874 dans la petite commune de Blainville-sur-Mer (Manche), mon père après de brillantes mais brèves études, vint à Paris, à l’âge de quinze ans, chez son oncle Emile Lecampion, libraire passage du Saumon. A la mort de ce dernier en 1902, il lui succéda dans la librairie transférée au 22 de la rue Le Peletier. C’est de cette librairie, honorablement connue des amateurs d’alors, mais bien modeste, où l’on trouvait à côté des « nouveautés », et de quelques ouvrages modernes et romantiques, les livres d’étrennes et les… journaux du matin, que mon père sût faire la librairie Auguste Blaizot. Ses installations successives au 26 rue Le Peletier, au 21 boulevard Haussmann, et enfin, sous la firme « Auguste Blaizot et Fils », à l’adresse actuelle 164 faubourg Saint-Honoré, marquèrent l’ascension rapide du maître de cette maison. » (extrait du texte « In memoriam » de Georges Blaizot, novembre 1943). Croix de guerre (1918)Président du Syndicat de la Librairie Ancienne et Moderne (1922 -1925)Chevalier de la Légion d’honneur (1923), promu officier en 1932
H

La lettre du bibliophile

Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.

Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.

À lire ensuite

Le dernier achat de Calamar: truffage ou personnalisation? Colin-Tampon par Jérôme Doucet et illustré par Hellé

Le dernier achat de Calamar: truffage ou personnalisation? Colin-Tampon par Jérôme Doucet et illustré par Hellé

Amis Bibliophiles bonjour,
Lauverjat a raison, présenter ses (dernières ou pas) acquisitions est un exercice facile, qui peut être très intéressant ; surtout quand il permet de partager des trouvailles, comme sa Revue.
Le livre sujet de ce billet est plus modeste ; mais je l’attendais depuis un bon moment (il est assez rare) et je l’ai donc feuilleté avec attention lors de sa réception.

Il s’agit de  Colin-Tampon, petit tambour suisse, de Jérôme Doucet, illustré par André Hellé. Ce livre fait partie d’une petite série d’une dizaine d’ouvrages, publiés en 1909 par Félix Juven – ouvrages modestes, 16 pages in-4, ou 12 pages in-12, sous cartonnage rouge et décorations dorées.

Dans cette série ce livre est particulièrement recherché, en effet c’est un des tout premiers livres illustrés par André Hellé, Et il est relativement rare, de par son statut même – peu d’ouvrages de ce genre ont survécu aux épreuves imposées par leur premier possesseur. Sur André Hellé, on peut lire le catalogue du Musée du Jouet : https://issuu.com/jloic/docs/catalogue_musee_jouet_expo_helle

J’étais donc impatient de le feuilleter. Cet exemplaire est en état presque correct : le livre tient au cartonnage, celui-ci a le dos endommagé, mais est encore solide, les plats sont intacts – seul dégât : une page de garde légèrement déchirée. 
Mais surtout, ce livre a été enrichi, « truffé », par son premier propriétaire. On apprend d’ailleurs tout de suite de qui il s’agit ; en effet une étiquette de prix « artisanale » nous apprend que ce livre a été offert, le 29 juillet 1919, comme prix d’honneur, à Enguerrand Cornette de Saint-Cyr.

Et sur les pages de gardes sont collées dix lettres d’Enguerrand à sa « petite mère » – quatre d’entre elles sont d’ailleurs écrites sur papier à en-tête décoré par André Hellé (ce qui ne nuit pas à la valeur du lot). 
Ces lettres, sur lesquelles une écriture adulte a rajouté la date, ont été rajoutées, sans doute par la maman en question. Elles sont datées de l’été et de l’automne 1922, et racontent les aventures d’un petit garçon, en vacances chez son oncle, loin de ses parents – ses parties de pêche, ses jouets, ses jeux… 

De même, plus émouvant encore, deux photos sont jointes aux lettres – Enguerrand, dans un magnifique habit blanc, pose fièrement, debout sur une chaise.

Et sur la dernière garde est collé  un compliment, donné par Enguerrand à ses parents, pour le nouvel an 1922 – une feuille décorée de motifs très Art Nouveau.
Ce genre de trouvaille n’est pas très fréquent – on est content de rencontrer un ex-libris, mais ici c’est la vie même de ce petit garçon – ce qui donne une valeur affective particulière à ce petit livre – payé pratiquement rien, acheté à un marchand allemand qui ne sait pas que André Hellé est collectionné en France.

Calamar

7 Commentaires

  1. ouais, ben je viens de recevoir une EO de Louis Pergaud, tirage de tête, non rogné, que j'ai payé infiniment moins, et qui va me procurer sans doute beaucoup plus de plaisir… bon, il est moins célèbre et important, certainement, mais quand même..

  2. pour changer de sujet, je ne doute pas non plus que le Céline obtienne un bon résultat, mais çà me laisse assez froid. Je ne sais pas pourquoi mais ce genre d'édition originale ne me tente que très très peu, même sans parler de l'auteur.

  3. il s’agit du collectionneur de manuscrits bien connu Nicolas-Joseph FOUCAULT, 1643-1721, Avocat et maître des requêtes, intendant de Montauban en 1674, de Caen en 1689-1706. Membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.