Bibliophilie et Sciences: le merveilleux pouvoir des aimants.

Amis Bibliophiles bonsoir,

Le pouvoir merveilleux qu’ont certaines roches d’attirer le fer a fait autrefois l’objet de nombreuses observations et de nombreuses recherches. Je vous présente trois ouvrages sur ce sujet parus vers 1700. Tout d’abord , un livre superbement illustré de Dalancé:
 Traitté de l’aiman.Amsterdam, Henry Wetstein. 1687. EO.1 volume in-12 ; frontispice, (18), 140, (8) pp, 33 pl. {21 pl des fig. 1 à 28 et 12 pl des fig. A à N}

Joachim Dalancé [ou d’Alancé] (1640-1707), est un scientifique français, ami de Henry Oldfenbourg, lié à Leibniz et Huygens. Le traité est divisé en deux parties :  « La première contient les expériences ; la seconde les raisons que l’on peut en rendre ». Les figures sont dues à Adriaan Schoonebeek (1651-1705).
Dalancé est également l’auteur de Traittez des Barométres, Thermométres, et Notiométres, et ou Hygrométres paru chez le même éditeur en 1688.
Un deuxième ouvrage très curieux de Vallemont:Description de l’aimant qui s’est formé à la pointe du clocher neuf de N.D. de Chartres…Paris. 1692. EO.1 volume in-12 ; (12), 215 pp.
L’abbé Pierre Le Lorrain de Vallemont (1649-1721), jésuite, docteur en théologie vint habiter Rouen, où il paraît que son caractère vif et inquiet le brouilla bientôt avec tous ses confrères. Il se rendit alors à Paris et se chargea de l’éducation du fils de M. Poilart, conseiller au parlement, et ensuite de celui du marquis de Dangeau. Il suivit son nouvel élève à Versailles, et il nous apprend lui-même qu’il y demeura dix ans. Il fut attaché ensuite, comme professeur, au collège du cardinal Lemoine où il rassembla un cabinet de curiosités. Il se retira à Pont-Audemer où il mourut en 1721, à l’âge de 72 ans.
Après un violent orage qui eu lieu en octobre 1690 et  qui ébranla le clocher de Notre Dame de Chartres on démolit celui-ci. « On trouva dans la démolition de la pointe de ce clocher, du fer qui en tenait les pierres jointes, et autour duquel il s’était formé une espèce de rouille épaisse, ou de croûte ferrugineuse, dont une partie est sans doute du meilleur aimant qu’on puisse jamais tirer des minières de la terre ». La Hire de l’Académie des Sciences, donne une interprétation de ce phénomène dans le journal des savants du 3 décembre 1691; mais Franklin a découvert le premier que le fluide électrique donne au fer les propriétés de l’aimant. L’auteur donne dans cet ouvrage une autre interprétation  ainsi que sa théorie générale du magnétisme.
Un troisième livre très rare de Puget:
Lettres écrites à un philosophe sur le choix d’une hypothèse propre à expliquer les effets de l’aiman.[Lyon. 1702]. EO .1 volume in-12 ; (2), 138 pp.
Louis de Puget (1629-1709), philosophe cartésien, et célèbre naturaliste, est l’un des fondateurs de l’Académie des Sciences de Lyon. Sa fortune lui permit de se monter un cabinet d’histoire naturelle, qui devint le plus riche de l’Europe en aimants et en microscopes. Ses découvertes sur le double courant de l’aimant, et sur la déclinaison de l’aiguille aimantée, lui valurent de la réputation, et en même temps une querelle avec Joblot.
L’ouvrage, recueil de trois lettres sur le magnétisme écrites à Joblot, débute par un simple faux-titre ; il semble avoir été distribué directement par l’auteur qui note, page 2 :  « Je me suis réservé tous les exemplaires, que je n’estime pas assez, pour consentir qu’on les achète ». Dans ces lettres, Louis de Puget soutient l’hypothèse des tourbillons de Descartes pour expliquer les effets de l’aimant. La seconde lettre est datée de Lyon, juillet 1699 et la dernière et troisième de Lyon, août 1699. (Journal des Sçavans du lundi 31 juillet 1702, pages 512 et 513).             
Bernard

La lettre du bibliophile

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Bibliophilie et Sciences: les fols espoirs suscités par la découverte du radium

Bibliophilie et Sciences: les fols espoirs suscités par la découverte du radium

Amis Bibliophiles bonjour,

J’ai déja eu l’occasion de vous parler de la découverte de la radioactivité naturelle de l’uranium par Henri Becquerel, en 1896, puis de l’isolement du radium par Pierre et Marie Curie en 1898. En 1902, à partir d’une tonne de pechblende envoyée de la mine bohémienne de Joachimstahl les Curie isolent le premier décigramme de radium français. Rapidement  les premiers principes de la curiethérapie sont élaborés par l’Institut du radium, fondé à Paris par Marie Curie.  Les rayonnements émis par des aiguilles de sels de radium  sont utilisés pour soigner certaines maladies. Pierre Curie charge Jacques Danne (1882-1919), ingénieur de l’École de physique et chimie de Paris, ancien préparateur de Marie Curie, de mettre au point des méthodes industrielles de raffinement du radium. Dès 1904, une première petite usine est montée à Nogent-sur-Marne.

En 1911 une usine de traitement sera installée à Gif sur Yvette ; à pleine capacité, elle traitera 500 tonnes de pechblende par mois.
En janvier 1904, Jacques Danne et un ingénieur, Henri Farjas, créent Le Radium, revue destinée à « donner à nos lecteurs un compte rendu des articles qui seront publiés sur le radium en France et à l’étranger ; donner le résultat des expériences ; les tenir au courant des progrès accomplis dans la production et l’étude de ce corps mystérieux ». Dès le mois de février le titre est complété ; il devient : Le Radium. La radioactivité et les sciences qui s’y rattachent. 
Paris, Imprimerie Paul Dupont, Janvier et Février1904.2 brochures in-4 avec leur couverture jaune illustrée ; 16 pages chacune.            La couverture et la page de titre de la première brochure sont illustrées d’une photographie de Pierre et Marie Curie dans le laboratoire de la Rue Lhomond, spécialement réalisée pour ce  numéro qui renferme des articles inédits : sur le prix Nobel illustré du portrait photo de Henri Becquerel, sur le prix Osiris attribué à Marie Curie en 1903, le Radium à travers la Presse, une étude inédite d’Henri Becquerel sur la  Radio-Activité de la Matière  (6 pages sur 2 colonnes illustrées de 7 clichés photographiques, basée en partie sur sa conférence du 7 mars à l’ Académie Royale de Londres).

Le radium.  La radioactivité et les sciences qui s’y rattachent.Paris, Imprimerie Paul Dupont, Mars à Juin 1904.4 brochures in-4 avec leur  couverture jaune illustrée ; 16 pp –  4, 16 pp – 4, 16 pp – 4, 16 pp.
D’avril à juin la revue est complétée par 4 pages de bibliographie et de 2 feuillets jaunes de publicité.
Le forma et le titre changent à nouveau au mois de juillet ; il devient : Le Radium. La radioactivité et les radiations, les sciences qui s’y rattachent et leurs applications. Chaque fascicule mensuel comporte désormais  32 pages et la pagination devient continue. La série suivante est reliée; elle contient, outre les six numéros précédents, les numéros de juillet 1904 à décembre 1908.
Le radium. La radioactivité et les radiations, les sciences qui s’y rattachent….Paris, Masson. 1904 à 1908.5 volumes in-4 ; 1904 : (4) pp, janvier à juin en 6 cahiers de 16 pages  – juillet à décembre, 212 pp.1905 : (4), 456 pp. – 1906 : (4), 407, (1) pp. – 1907 : (4), 468 pp. – 1908 : (4), 401, (3) pp.
Le merveilleux radium soulève un engouement général. On lui prète des propriétés quasi miraculeuses. Les expériences risquées faites en laboratoire soulèvent des espoirs insensés. Des humoristes tels que Norwins dans sa série « Tout au Radium »s’emparent du sujet dès 1904 :« Hein quoi qu’est qu’ça encore! Radium? Radium? … Parait qu’ça f’ra voir les aveugles … M’en fiche! Qu’y m’ fassent des rentes alors! … »Article de la revue Le Radium de mars 1904.

« Le gros banquier – Mon cher vous savez que le radium éclaire et ne s’use aucunement … C’est vieux jeu … et les gogos depuis le temps qu’ils éclairent, sont-ils usés ? »

« – Vous avez encore un fier toupet jeune homme d’oser demander la main de ma fille … vous un sans le sou …- Un sans le sou … Eh bien et ces dix grammes de radium ?- Fallait le dire … Top là dans mes bras mon gendre »

« V’la 25 ans que j’allume dans le même quartier … Ben si on éclaire Paris au radium je retourne à St Flour … Hein! Y n’y gagnera pas des tas? C’est mon avis … »
En France, on trouve en pharmacie la crème Tho-Radia censée effacer les rides du visage. : « La science a créé Tho-Radia pour embellir les femmes. A elles d’en profiter. Reste laide qui veut ! ».  Avec la crème Activa, « on ne vieillit plus, mieux on rajeunit ! ». Certaines stations  thermales utilisent des eaux radioactives. Des sociétés proposent des  « cafetières à radium » et « fontaines à radium ». Une capsule de sels de radium est logée à l’intérieur de l’appareil, l’eau absorbe l’émanation et devient alors radioactive.
Ce n’est que progressivement que l’on se rendra compte du danger des rayonnements. Aujourd’hui le seul mot radioactivité fait peur …
Pour conclure un petit verre pour tous les lecteurs.

Santé!!!
Bernard

9 Commentaires

  1. D'après l’École polytechnique, Jean Baptiste Labey est né le 18 juin 1852 à La Chapelle Infraix (?)dans le Calvados. Il fut professeur de Bonaparte à l’École Militaire de Paris. Il enseigna les mathématiques à l’École Polytechnique de 1799 à 1807 et de 1812 à 1814.

  2. Très intéressant, comme toujours, bien sûr. Sujets sérieux et pointus, raisons peut-être de l'indifférence relative des foules…?

    Pendant que je vous ai sous la main, si je puis m'exprimer ainsi, connaissez-vous le lieu et la date de naissance du mathématicien Jean-Baptiste Labey, qu'on ne donne que vers 1750 en Normandie, et peut-être en 1752 en Calvados ?

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