Bibliophilie physicienne, les écrits de Paulian

Amis bibliophiles Bonsoir,
Jour du bac… je suis certain que vous excellâtes tous un jour en physique, et comme vous avez presque tout oublié, la physique vous rattrape par la bibliophilie. Voici un post de Bernard, le physicien bibliophile, sur le père Paulian.
« Après Nollet et Sigaud de la Fond je vous présente aujourd’hui quelques ouvrages d’un Jésuite oublié Aimé Henri Paulian (1722-1802) qui enseigna la physique à Avignon. Il a été très attaqué par les encyclopédistes. On rencontre ses livres sur ebay et ailleurs. Ils ont été populaires et utilisés surtout dans les collèges jésuites.Traité de paix entre Descartes et Newton précédé des vies littéraires de ces deux chefs de la physique moderne.
Avignon, Vve Girard. 1763. EO.
3 volumes in-12 ; (2) pp, portrait, X, 405, (1) pp, 2 pl. – IV, 374, (1) pp, 4 pl. – (2), XVIII, 381, (2) pp.
Cet ouvrage est le plus rare de l’auteur. Le premier tome expose les travaux de Descartes, le second ceux de Newton et le troisième cherche à concilier les deux théories. Paulian est newtonien pour « la physique céleste, la lumière et les couleurs » ; il est cartésien pour ce qui concerne « la dureté, l’élasticité, les fermentations et les tuyaux capillaires ». Ce traité sera réédité en 1769 sous le titre : Système général de philosophie.
Dans une lettre de janvier 1764, Voltaire écrit : « Le P. Paulian, jésuite d’Avignon, qui a déjà fait quelques compilations, vient de publier, en trois volumes, un Traité de paix entre Descartes et Newton, avec la vie de ces deux illustres philosophes. Et le titre, et le fond, et la forme de cet ouvrage, sont très dignes d’un moine; mais Descartes et Newton ne méritaient pas un tel médiateur, et certainement ils ne lui ont pas donné de pleins pouvoirs. »Dictionnaire de physique portatif.
Avignon chez la Veuve Girard. 1760. 2ème édition.
1 volume in-8 ; (2), XXIV, 400, 38 pp, 6 pl.
Le titre complet est : Dictionnaire de physique portatif dans lequel on expose les découvertes les plus intéressantes de newton et les notions géométriques nécessaires à ceux qui veulent se former une idée de la physique moderne. L’édition originale date de 1758.Dictionnaire de physique.
Avignon, Louis Chambeau. 1761. EO.
3 volumes in-4 ; XVI, L, 620, (2) pp, 5 pl. – (2), XLVIII, 621 pp, 7 pl. – XXIV, 528 pp, 4 pl.
Ce dictionnaire de physique fut le plus populaire au XVIIIème siècle. Dans l’une des préfaces, l’auteur explique que son Dictionnaire de Physique n’a aucune commune mesure avec son Dictionnaire portatif paru en 1758 et qu’il « renferme non seulement ce qu’il y a de plus facile, de plus curieux et de plus intéressant dans la physique expérimentale mais encore ce qu’il y a de plus sûr et de plus relevé dans la physique spéculative ». Outre les articles relatifs aux différentes branches des sciences, il fournit les notices biographiques de nombreux savants et l’exposé de leurs systèmes généraux et particuliers pour former une « histoire critique des ouvrages des physiciens qui ont paru jusqu’à nous ». Le troisième volume se termine par un Projet d’un exercice de physique ; « Quelque étendues que soient les questions qui entrent dans ce Projet d’un exercice de physique, il nous paroît qu’on peut les apprendre dans l’espace de deux ans à tout enfant d’esprit qui aimera l’étude ».
Une vignette, répétée trois fois, représente l’intérieur d’un cabinet de physique.
En mars 1762, Voltaire écrivait : « Un autre jésuite appelé le P. Paulian, d’Avignon, a fait imprimer un Dictionnaire de physique en trois volumes in-4°. Jamais un jésuite ne fera un bon ouvrage, ni de physique, ni de philosophie. L’esprit monastique s’opposera toujours à toute vue grande et profonde dans les sciences. Les jésuites de toute l’Europe ne se sont prêtés à leurs progrès que parce qu’il ne leur a pas été possible de les empêcher. Leur premier vœu serait de bannir la lumière et la science de la terre; le second, d’en usurper les honneurs et la gloire parmi les nations qui en prennent le goût malgré eux. Mais qu’on me montre un seul jésuite qui ait été véritablement utile aux lettres par ses découvertes et par son génie: vous n’en trouverez aucun. Ceux qui ont du génie parmi eux sont obligés de le dénaturer ou de le dérober à l’inquisition de leurs supérieurs, ou bien ils se tournent à l’étude de la science absurde appelée en grec théologie, ou bien ils sont persécutés et malheureux dans leur cloître. M. de La Chalotais, dans son compte rendu au parlement de Bretagne, a judicieusement remarqué que les jésuites étaient au moins de deux siècles en arrière en fait de lumières et de sciences. Ils sont encore à oser prononcer le nom de Newton. L’étude des anciens philosophes se réduit parmi eux à cette absurde scolastique qui a régné pendant tant de siècles barbares, et les grands philosophes modernes n’ont jamais été nommés par un jésuite sans être attaqués ou blâmés. Croyez-vous que jamais le nom de Montesquieu ait été prononcé avec éloge devant les écoliers des jésuites? Voilà cependant les gens qu’on voudrait nous faire regretter en France pour l’instruction de la jeunesse, tandis qu’un des plus cruels fléaux dont une nation puisse être affligée, c’est sans contredit de voir l’éducation de la jeunesse entre les mains de moines avilis par une servitude d’esprit cent fois plus outrageante pour l’honneur que celle du corps. Ainsi quand on vous dit que le P. Paulian est jésuite, vous savez quelle est la physique qu’il peut enseigner dans son dictionnaire. »Dictionnaire des nouvelles découvertes faites en physique…
Nîmes, Gaude. Avignon, Niel. 1787. EO.
1 volume in-8 ; (4), XXXVIII, (2), 523, (2) pp, 1 pl, 1 tableau.
Cet ouvrage est destiné à compléter le Dictionnaire de Physique dans lequel il sera refondu dans l’édition de 1789. Il contient une violente réfutation du Système de la Nature du Baron d’Holbach et de nouveaux articles, en particulier sur les aérostats et les découvertes récentes sur l’électricité.L’électricité soumise à un nouvel examen…
Avignon, Vve Girard et F. Seguin. 1768. EO.
1 volume in-12 ; XLVIII, 286, (2) pp, 2 pl.
L’ouvrage est une réponse aux critiques que lui avait faites l’abbé Nollet concernant l’article « Electricité » de son dictionnaire, paru en 1761. La première partie est formée de neuf lettres adressées à l’Abbé Nollet. La seconde partie, écrite en latin, donne la théorie de l’auteur concernant les phénomènes électriques.La physique à la portée de tout le monde…
Nîmes, J. Gaude. 1791. (2ème édition) – 1790. (EO).
2 volumes in-8 ; 416 pp. – 416 pp, 1 pl.
Amusant ouvrage dans lequel l’auteur, abordant la question de la navigation aérienne si controversée à l’époque, s’en montre un ardent détracteur. On peut en juger en lisant les premières lignes du chapitre consacré au parachute: « Tant d’accidents arrivés à nos nouveaux Icares dans les plaines aériennes, auraient dû naturellement dégoûter les astronautes de ces périlleux voyages. Mais raisonne-t-on, lorsqu’on est téméraire par caractère? On se fait gloire d’affronter les dangers les plus évidents; et l’on crut, en cas de malheur, se garantir de la mort, en se servant d’une machine à laquelle on donna le nom de parachute. » La planche dépliante représente trois sortes de Montgolfières.Merci Bernard,H

La lettre du bibliophile

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Bibliophilie et Sciences: un propagateur du Cartésianisme, Pierre-Sylvain Régis

Bibliophilie et Sciences: un propagateur du Cartésianisme, Pierre-Sylvain Régis

Amis Bibliophiles bonjour,

Pierre Sylvain Régis est né en 1632, dans le comté d’Agénois. 


Après de brillantes études à Cahors, chez les Jésuites, il vient étudier la théologie à Paris. Il y suit les conférences publiques de Rohault et abandonne la théologie pour la philosophie de Descartes. En 1665, il reçoit de Rohault et de la société cartésienne de Paris la mission d’enseigner la philosophie nouvelle à Toulouse.  Ses leçons ont un succès immédiat: savants, ecclésiastiques, magistrats, dames du monde  viennent s’initier à la nouvelle philosophie.  Fontenelle note: « Messieurs de Toulouse, touchés des instructions et des lumières que M. Régis leur avait apportées, lui firent une pension sur leur Hôtel-de-Ville, événement presque incroyable dans nos mœurs et qui semble appartenir à l’ancienne Grèce. » En 1671, Régis ayant accompagné le marquis de Vardes à Montpellier, y enseigne publiquement le cartésianisme avec le même succès qu’à Toulouse. Il revient ensuite à Paris où il continue les conférences de Rohault.  Mais l’éclat de ces leçons contrarie l’Eglise. L’archevêque de Paris demande à Régis de suspendre ses conférences. Régis rédige alors son cours pour en donner une exposition systématique et complète. Mais ce n’est qu’au bout de dix ans, et avec les plus grandes difficultés, qu’il obtient, en 1690, la permission de l’imprimer, à la condition d’effacer du titre le nom de Descartes.

Système de philosophie contenant la logique, la métaphysique, la physique et la morale.Paris, Anisson, Posuel et Rigaud. 1690. EO.3 volumes in-4 ; portrait, (40), 480, (92) pp. – (14), 648, (49) pp, 1 carte – (16), 544, (45) pp.
Dans son Histoire de la philosophie cartésienne, parue en 1854, Bouillier écrit :  « Pierre Sylvain Régis, a plus fait encore que Rohault pour la propagation de la philosophie de Descartes. Non seulement il l’a enseignée, à son tour, avec le même succès, dans les conférences de Paris, mais il l’a, pour ainsi dire, prêchée avec un éclat extraordinaire dans différentes parties de la France. Il a travaillé à coordonner, à systématiser et à compléter, dans un grand ouvrage, toutes les parties de la philosophie de Descartes, tout en la défendant à la fois contre les excès du dedans et les attaques du dehors, contre Spinoza et contre Huet. »La physique occupe pratiquement deux volumes ; elle est illustrée de nombreuses figures dans le texte.

Une seconde édition paraît en 1691 à Amsterdam chez Huguetan sous un titre modifié :  Cours entier de philosophie ou système général selon les principes de M. Descartes contenant la logique la métaphysique la physique et la morale. Elle est augmentée d’une préface par Coste et d’un discours sur la philosophie moderne. Une autre édition en 7 volumes in-12 paraît en 1691 à Lyon chez  Anisson, Posuel et Rigaud.
Ce système de philosophie est critiqué par Jean-Baptiste Duhamel (1623-1706), premier secrétaire de l’Académie des Sciences dans ses  Réflexions critiques sur le système cartésien de la philosophie de M. Régis  parues en 1692.

Réflexions critiques sur le système cartésien de la philosophie de M. Régis.Paris, Edme Couterot. 1692. EO.1 volume in-12 ; (16), 344 pp.
Régis répond la même année:

Réponses aux réflexions critiques de M. Duhamel sur le système cartésien de la philosophie de M. Régis.Paris, Cusson. 1692. EO.1 volume in-12 ; (12), 263 pp.
Dans la préface l’auteur note : « … les Réflexions Critiques de M. du Hamel sur mes Ecrits, regardent plûtost la doctrine de M. Descartes en général, que mon Système de Philosophie en particulier je suis pas à pas M. du Hamel, en luy répondant chapitre par chapitre. »
Les critiques de Malebranche paraissent en 1693 :

Réponse du P. Malebranche, prestre de l’oratoire, á monsieur Régis.Paris, André Pralard. 1693.1 volume in-12 ;  (2) pp, pp 3 à 70, (2) pp.
Régis a répliqué dans le Journal des sçavans des 23 et 30 janvier 1694. Malebranche a répondu la même année dans ce journal.
Le cartésianisme a également été combattu par Pierre-Daniel Huet (1630-1721) dans son fameux livre Censura philosophiae cartesianae, publié en 1689. Régis réplique  point par point en 1691:

Réponse au livre qui a pour titre P. Danielis Huetii, episcopi suessionensis designati, censura philosophiae cartesianae. servant d’éclaircissement à toutes les parties de la philosophie, surtout à la métaphysique.Paris, Chez Jean Cusson, 1691.1 volume in-8 ; (12), 331, (2) pp.
« Pour procéder donc à cette réponse avec le plus d’ordre qu’il me sera possible, je tâcherai de suivre l’auteur pas à pas. Pour cet effet, je diviseray chaque chapitre de son livre en ses articles, et je répondray en suite à chaque article selon l’ordre qu’il aura          esté proposé ; observant toujours cette règle, que je mettray au commencement le propre texte de l’auteur traduit en français, pour la facilité de ceux qui n’entendent pas le latin. »         
Descartes avait encore des difficutés à s’établir en France que déjà Newton régnait en Angleterre.
Bernard

3 Commentaires

  1. Idem. Pierre

    Je redécouvre grâce à Bernard l'algèbre et la physique que j'avais pratiqué par nécessité pendant mes études.
    Bezout, Lamy, Rivard, Clairaut et Camus n'ont plus de secrets pour moi et je vénère à l'égal de Tartarin notre arithméticien local, le sieur Barreme.
    Je bade (provençal) enfin, tout en tapant sur le clavier, sur mon exemplaire du dictionnaire portatif de Paulian, bien complet de ses 6 planches dépliantes, mis en exergue ici.
    Merci Bernard !

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