La page permanente des meilleures enchères de livres anciens sur ebay et catawiki est ouverte

Depuis ce mardi, plus de 200 enchères sélectionnées de livres anciens sont rassemblées sur une page unique de bibliophilie.com. Elle réunit eBay et Catawiki, tous les jours, sans attendre le week-end. L’eBayana hebdomadaire, qui les recensait jusqu’ici le dimanche, devient un digest.

Amis bibliophiles, bonjour.

Par Alcide Raturon, secrétaire perpétuellement provisoire de la Guilde, chargé des comparaisons fâcheuses.

Passer un peu moins de temps sur ebay et catawiki…. c’est possible! La Guilde met en service, depuis ce mardi, une page qui réunit chaque jour les enchères de livres anciens ouvertes sur eBay.fr, sur sa version américaine et sur Catawiki. Plus de 200 lots y figurent ce matin, rangés par siècle : avant 1700, XVIIIe, XIXe, gravures.

Une vingtaine de lots plus intéressant sont regroupés dans une section à part, « Les pièces remarquables » : un atelier qui compte, une provenance qu’on peut vérifier, une reliure, une EO.

Le lien vers la page se trouve en tête du menu du site, en cliquant sur « enchères en cours ».

 

Le menu du site, avec « Enchères en cours » en doré juste après Accueil

L’eBayana hebdomadaire continue de paraître le dimanche, sous forme de digest : quelques lots choisis, avec un lien vers la page pour le compte complet.

 

GUILDE · AR/REGISTRE

 

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Un canulard bibliophilique: Borgnefesse

Un canulard bibliophilique: Borgnefesse

En 1952, paraissent Les Cahiers de Louis-Adhémar-Timothée Le Golif, dit Borgnefesse, capitaine de la flibuste… et cette parution fait grand bruit. En effet, elle a pour origine la découverte d’un manuscrit du 17ème siècle retrouvé quasiment intact dans une malle de fer, après le bombardement de Saint-Malo en 1944.

Dès le début, l’histoire est (trop) belle : c’est en effet Allaux, grand spécialiste de la flibuste qui met à jour la malle, qui était cachée dans le « caveau muré d’une maison démolie, à Saint-Malo, par un bombardement en 1944″. D’après la préface, le manuscrit découvert par hasard est de la main d’un contemporain de Louis XIV, né peut-être vers 1640, passé aux Iles vers 1660 et mort sans doute à Saint-Malo, et peut-être même dans la légendaire maison de Duguay-Trouin aux environs de 1710.

Hélas, le manuscrit est très important (on parle de l’épaisseur d’un bottin), et souvent un peu rébarbatif tant il fait la part belle aux manoeuvres purement nautiques. Qu’à cela ne tienne, Allaux le purge de certains passages avant de le confier à T’Serstevens, un spécialiste du roman d’aventure et même du roman flibustier, pour que celui-ci l’adapte.

La sortie se fait en grande pompe en 1952 et impose Borgnefesse comme l’un des plus fameux flibustiers, égratignant au passage Oexmelin, qui est accusé d’être un flibustier de salon par le hardi capitaine. Ainsi écrit-il dans ses cahiers « Ce n’est que quelques années plus tard que le flamand Oexmelin vint aux Iles. Etant retourné ensuite chez lui, il y a écrit l’ Histoire des Aventuriers de l’Amérique, ouvrage qui fut mis en français par le Sieur de Fontignères. Quoique n’écrivant que de ouï-dire et se faisant l’écho de maintes bourdes et balivernes que j’ai relevées en son livre, il a conté, mieux que je ne pourrais faire, les exploits de plusieurs vaillants et renommés Capitaines que j’ai, ce pourtant, moi, mieux connus que lui et de plus près, mais il en a passé des meilleurs, tels que Julien, Fulbert, Cameyrelongue, Vincent, et quelques autres, sans oublier votre serviteur. » Tout est dit ou presque et les références à Oexmelin se multiplieront ensuite dans l’ouvrage.

Oui mais voilà, nous sommes dimanche, et les habitués savent que le dimanche est (en tout cas tant que j’aurais de la matière) consacré aux filous en tout genres qui gravitent autour du livre et de la bibliophilie… notre ami Borgnefesse, est en fait un imposteur et son manuscrit ne sera d’ailleurs jamais présenté par ses découvreurs.

Même si la maison d’édition Grasset, qui a publié le texte en 1952, dit maintenant ne disposer « d’aucun élément susceptible d’établir qu’il s’agit d’une supercherie littéraire et bien que T’Serstevens n’ait jamais avoué avant son décès en 1974, il semble désormais établi que cette oeuvre est un canular, une supercherie.

Les « preuves » sont assez nombreuses, si l’on écarte que T’Serstevens écrivit quelques années auparavant un texte comparable et qu’il était considéré comme un érudit en matière de flibuste, il reste en effet qu’aucune trace d’un Borgnefesse ou d’un le Golif n’a jamais été retrouvée dans les archives malouines et françaises, et qu’il en fût de même pour tous les noms cités par Borgnefesse et qui ne figuraient pas dans l’Oexmelin… Borgnefesse est d’ailleurs inconnu d’Oexmelin ou de Dampier, ce qui est assez étonnant : si l’on devait accorder du crédit à son témoignage, il est évident qu’Oexmelin n’aurait pu oublier un si illustre personnage.

Enfin, il y a les petites erreurs qui finirent par trahir l’ouvrage : ainsi Borgnefesse évoque-t-il le « lagon » de Maracaïbo, au lieu de « lagune », alors que le terme « lagon » n’existait pas au 17ème siècle et qu’il fût par la suite surtout utilisé en Polynésie… qui était comme par hasard le lieu de résidence de T’Serstevens!

Aujourd’hui le canular est avéré… il n’en reste pas moins que Borgnefesse s’est malgré tout imposé aux côtés des autres grands flibustiers! Il fît même l’objet d’une chanson d’un groupe breton appelé Soldat Louis, mais le bon goût m’empêche de la diffuser sur le blog! 🙂

HImages : la cité malouine, et l’ouvrage en question.

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