Amis bibliophiles Bonjour,
Je suis amateur de curiosités, vous le savez. Je partage avec vous l’une d’entre elles, les « Tablettes chronologiques, contenant la suite des Papes, Empereurs et Roys qui ont regné depuis la naiss. de J. Chr. jusqu’à présent, Pour servir de plan à Ceux qui lisent l’histoire profane, présentées au Roy » par G. Marcel; chez Pierre Mortier, 1710.

J’ai chiné ce petit ouvrage (45 euros) que j’ai trouvé amusant non seulement pour son format, mais aussi parce qu’il est entièrement gravé et qu’il se lit d’une bien curieuse façon, que j’ai pour l’instant eu la paresse de chercher à comprendre…
En fait, la pièce de titre est d’un côté de l’ouvrage, et le frontispice de l’autre, et c’est ainsi pour chacune des pages, disposées tête-bêche. Il y a 24 feuillets au total dans ce petit in-24 en plein veau. La Biographie Universelle en dit “non moins ingénieux pour la forme que le précédent, et bien plus portatif encore, n’ayant que la dimension d’un jeu de cartes. Ce petit chef-d’œuvre n’a point encore été dépassé”. 
Guillaume Marcel (1647 – 1708) a imaginé un système à clef avec rabat dépliant permettant de situer rapidement personnages et évènements historiques. Ca c’est pour la méthode, mais je vous avoue que lorsque vous vous trouvez réellement face au livre, c’est beaucoup moins évident. L’un d’entre vous l’a-t-il déjà eu entre les mains?
H
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Reliure, Bergeron, Sickles, un véritable livre de bibliophile

L’ouvrage est le suivant : Jules LAFORGUE, Les Complaintes, avec le Lithographies originales de Gabriel Dauchot. Edité par la Société Normande des Amis du Livre, en 1957. Format très grand in-4.
La reliure est une reliure de maroquin rouge, qu’on pourrait qualifier d’irradiante, avec des jeux de filets concentriques (centrifuges pour être exact) dorés et à froid sur les plats. A l’intérieur on trouve un large encadrement intérieur du même maroquin, les gardes et les contregardes sont en daim gris. Elle est signée Bergeron.
Il s’agît en fait d’un ouvrage qui me semble assez typique des ouvrages réalisés par/pour les Sociétés de Bibliophiles. Celui-ci est un tirage unique à 130 exemplaires sur Rives. Il est enrichi de l’aquarelle originale signée ayant servi au frontispice, de deux suites, l’une sur Chine, l’autre sur Auvergne, et du menu du repas de la Société Normande des Amis du Livre du 2 février 1957. C’est l’exemplaire n°60, imprimé pour Emmanuel Costil.
Autre point intéressant, c’est le colonel Daniel Sickles, l’un des plus grands bibliophiles du 20ème siècle, qui était je l’imagine membre de cette société, qui fût le commissaire du Livre. Né en 1900 d’un père américain et d’une mère française, Daniel Sickles fût élu en 1956 à la Société des Bibliophiles Français. Il demeurait dans un hôtel particulier bordant le Champ de Mars. Il était connu pour avoir bâti une bibliothèque avec le Clouzot en mains, mais pour être assez pingre dans tous les autres aspects de sa vie, en dehors des livres… Dans son Manuel de Bibliophilie, Christian Galantaris raconte qu’il a vu Sickles « se bourrer de bonbons pour se couper l’appétit et sauter un repas, …, et se laisser couper l’électricité pour avoir tarder à payer les factures ». Mais je reparlerai de Sickles plus en détails prochainement.
Bergeron, le relieur, est pour ce que j’en sais l’un des grands relieurs québécois, mais il a également vécu en France. Je n’en sais pas beaucoup plus. Pour le clin d’oeil, je viens de découvrir que l’un des autres grands relieurs québécois portait le patronyme de votre serviteur.
Enfin, voici ce livre… Il est là, mais pourquoi? Sourire.
D’accord avec Gonzalo pour la filiation avec la lettre « cadeau »; à noter qu’au XVIIe beaucoup de signatures sont ornées d’entrelacs cursifs semblables.
Lauverjat
Ce type de motif décoratif est très courant en calligraphie et en calligraphie gravée en taille douce.
Je pense que c’est un ornement dérivé du « cadeau » (ou cadel) gothique, entrelacs ornant les manuscrits. Cela mériterait une enquête approfondie, mais j’imagine que ce type d’entrelacs très angulaire s’adaptait mal aux écritures « italianisantes » (batardes et financières), et on a mis des courbes au lieu des entrelacs.
Je tâcherai, dans la semaine, d’envoyer à Hugues un florilège de quelques unes de ces belles courbes que j’affectionne particulièrement: vous verrez, il y en a des corsées. Je n’aurai pas le temps de faire un vrai article, mais si ça vous intéresse, quelques photos et des légendes.
Je suis fasciné par le motif décoratif de la pièce de titre, celui qu’il y a entre « G Marcel avocat au parlement » et « Suivant la copie imprimée… ». Je trouve remarquable la qualité de ce trait, je pense dessiné à la main, et quasi symétrique. Avez-vous remarqué qu’on commence à un bout et on finit à l’autre sans avoir besoin de lever le crayon ?? Cela fait 30 minutes que j’essaye de le reproduire avec un résultat pitoyable. Quelqu’un sait-il si ce type de motif a un nom, qui le dessinait, à quel type d’ornement était-il destiné : pièce de titre comme ici, dos de reliure comme j’ai pu le voir sur une reliure vénitienne ? Existe t-il un ouvrage qui les rassemble ?
Cordialement
PEL
PS : il vaut mieux tourner la photo de 90° pour éviter les cervicalgies
Quoi ? Aucun commentaire sur un si joli petit livre ! Voilà qui est réparé 🙂
Je craque généralement sur les livres de petit format, mais en plus celui-ci est oblong, il est superbe !