Lauverjatiana VII

Amis Bibliophiles Bonsoir,
Je vous propose une lecture de catalogues de libraires de notre ami Gilles, un opus volontairement plus provincial et moins dispendieux, ce qui fait du bien juste après le Grand Palais.
La librairie “L’Echo du Passé” est installée dans l’Allier à Jaligny-sur-Besbre et fête ses 20 ans et son 33ème catalogue.Parmi les 669 ouvrages, livres anciens, modernes et de documentation, décrits: “Vie de Michel de l’Hôpital chancelier de France” de Levesque de Pouilly, chez David Wilson en 1764, un in-12 en veau avec portrait en frontispice (150 euros). De Sainte-Palaye et Millot une “Histoire littéraire des troubadours, contenant leurs vies, les extraits de leurs pièces & plusieurs particularités sur les moeurs, les usages & l’histoire du douzième & du treizième siècles” chez Durand en 1774 en 3 volumes in-12 plein veau (300 euros). De Thiers l”Histoire de la Révolution française” chez Furme en 1865 en 10 volumes demi-chagrin, sans rousseurs [précise-t-on] (180 euros) et l”Histoire du Consulat et de l’Empire” chez Paulin 1856-1862 en 20 volumes in-8 et un atlas in folio en demi-percaline, complet de ses cartes et ses gravures (220 euros). De Fischbach un “Album du siège et bombardement de Strasbourg” chez Munch (en 1872), ouvrage in-4 en demi-basane, riche de 20 lithos en couleurs (220 euros). De Léon Bienvenu dit Touchatout, l”Histoire de France tintamarresque depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours”, au bureau de l’éclipse (en 1872) un in-4 illustré par Lafosse en demi-chagrin (65 euros). L”Histoire de Perse depuis le commencement de ce siècle” (de La Mamye-Clairac) chez Jombert en 1750, en 3 vol in-12 basane de l’époque, unique édition (450 euros). De l’abbé Prévost, l”histoire de Manon Lescaut et du chevalier des Grieux” chez Werdet et Lequien en 1827, en un volume in-8 relié en demi maroquin par Pagnant (90 euros).enfin de Henri Bouchot “le livre, l’illustration, la reliure” chez Quantin en 1886, in-8 en pleine percaline éditeur (20 euros)!
La librairie ancienne Bruno Sepulchre offre un catalogue tout en couleurs qui outre des livres propose des cartes manuscrites, des peintures, divers objets et même le buffet bibliothèque de Julien Gracq!. J’ai retenu “De la Bibliomanie” s.n. [Bollioud-Mermet] , La Haye, 1761 en E.O. non rogné sous couverture de papier dominoté (550 euros). De Beauvarlet Charpentier, “le troubadour ou les Etrennes d’Erato. Avec la musique des airs nouveaux choisis.” A Paris à la librairie économique, 1807, ce volume in-12 en demi-basane comporte un frontispice gravé par de Launay d’après Ronchin qui représente un troubadour, en regard on a relié le lavis original où apparaissaient des armes royales soigneusement modifiées sur la gravure (250 euros).“Au jardin d’Epicure” librairie tenue par M. Thierry Connault 34, rue porte de la Barre à Chinon (petite ville, grand renon!) livre son neuvième catalogue. De Marie-Joseph Chenier, “Charles IX, ou l’Ecole des Rois, tragédie” à Paris chez Bossange et à Nantes chez Louis, 1790, in-8 broché tel que paru. E.O. de cette pièce satirique contre le régime de Louis XVI (150 euros). Du comte Louis Clément de Ris, “Critiques d’Art et de Littérature” Paris, Didier et Cie, 1862, in-12 demi chagrin prune, plats de percaline, le plat supérieur orné du fleuron doré du Lycée Louis le Grand. Cette édition originale contient les portraits d’artistes du temps, Mme Récamier, Sand, Béranger, Delacroix. Ex-libris du bibliographe Georges Vicaire au contre plat (90 euros). Anonyme mais de l’Abbé Duclos, précurseur de Brunet, “Dictionnaire bibliographique, historique et critique des livres rares précieux, singuliers, curieux et recherchés qui n’ont aucun prix fixe…” Paris, Cailleau, 1791, 3 volumes in-8 en basane marbrée (280 euros). De Martial d’Auvergne, les “Plaidoyers et Arrests d’Amours. Donnez en la Cour et Parquet de Cupidon…” édition rouennaise de 1627 chez Jacques Besongne petit in-8 en veau blond du XIX, fente au mors supérieur (500 euros).La librairie Jean-Luc Devaux, (26, rue François Péron à Moulins) présente son catalogue été 2009 riche de 443 numéros variés (dont un quart régionaliste) et quelques planches illustrées. De Gillet, l”annuaire du département de la Nièvre pour 1807″ un petit in-8 de 132 pages imprimé à Nevers par Lefevre en 1806, une demi-toile écrue modeste avec l’ex-libris du relieur neversois Montchanin (70 euros). De Louis Raynal “Histoire de Berry depuis les temps les plus anciens jusqu’en 1789″ à Bourges chez Vermeil, 1845-1846 en 4 tomes in 8, en 8 volumes brochés, 5 cartes et plans et 35 planches de sceaux et blasons gravés (550 euros). Le “Procès verbal des séances de la chambre de la Noblesse lors de la convocation des trois Ordres du Bailliage de Nivernois & Donziois pour les Etats-Généraux…” à Nevers 1789, imprimerie de la veuve Le Febvre, in-4 de 56 pages broché, tirage réservé aux membres de l’ordre avec circulaire (400 euros). De Pierre Garnier “Nouvelles formules de médecine, latines et françoises… nouvelle & dernière édition…[avec] Traité pratique de la Vérole” à Lyon, Certe, 1739. Un volume in-12, veau époque (200 euros). De Claude Vignon , alias Noémie Rouvier, “Vingt jours en Espagne” chez Monnier à Paris, 1885, un volume in-8 orné de 16 photogravures à pleine page dans un demi- maroquin kaki à coins signé de Pagnant (100 euros).Pour finir, un peu plus cher à 600 euros, une reliure (non signée) en maroquin outremer à décor floral, mosaïqué et de filets dorés, centré sur le titre doré du dos avec gardes de tabis sur “la révolte des anges” d’Anatole France, avec bois gravés de Siméon, éditée à Paris, Mornay 1921.
Merci Gilles
H

La lettre du bibliophile

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Antoine Ruette et deux ouvrages aux armes de Marie-Thérèse d’Autriche

Antoine Ruette et deux ouvrages aux armes de Marie-Thérèse d'Autriche

Amis Bibliophiles bonsoir,
On ne dira jamais assez l’importance de la documentation en matière de bibliophilie, absolument nécessaire à l’apprentissage et au rêve.
Ainsi, alors que je relisais hier soir les catalogues de la vente Wittock, mon regard s’est arrêté sur le numéro 181 de la 2ème vacation (Reliures à décor sous l’Ancien Régime, 8 novembre 2004). Un office de l’église et de la Vierge en latin et en français, à Paris, chez Pierre Le Petit, 1676. Cet ouvrage me disait définitivement quelque chose. Un aller-retour jusqu’à ma bibliothèque me confirmait immédiatement la chose: j’avais au milieu d’autres ouvrages, acheté dans un lot, le cousin de cet ouvrage ayant appartenu à Michel Wittock, un office de la Semaine Sainte, 1667, à la curieuse « Compagnie des Libraires associez au Livre de la Semaine Sainte ». Même sujet, même époque, mais surtout une reliure quasiment identique à celle du Wittock: maroquin rouge, roulette décorative en encadrement, armes couronnées de Marie-Thérèse d’Autriche (mais avec un fer « plus fin » que l’exemplaire Wittock) surmontant deux palmes nouées frappées au centre des plats, le champ est semé en alternance du chiffre couronné et de la fleur de lys, dos à nerfs orné du chiffre couronné, roulette intérieure et tranches dorées. Des reliures très comparables, même si les fers de mon exemplaire (in-12, contre in-8) sont beaucoup plus raffinés et à mon sens plus élégants.
Cela semble anodin, mais finalement cela l’est moins qu’il n’y paraît dans la mesure où les reliures aux armes et au chiffre de Marie-Thérèse d’Autriche sont rares. La reine n’était en effet pas bibliophile et on connaît peu d’ouvrages reliés à ses armes. Les deux ouvrages, bien que non répertoriés, s’inscrivent bien dans la lignée des 18 volumes cités par Quantin-Bauchart.
Ce qui est curieux, c’est leur air de famille: si proches quand on les envisage globalement, si éloignés quand on s’en approche. Mon exemplaire dont la reliure me semble supérieure pourrait être attribué à Antoine Ruette (actif entre 1640 et 1669), dont on sait que relieur ordinaire du roi à la mort de son père Macé, il édita et relia des livres à caractères religieux dont un certain nombre d’entre eux aux armes de Marie-Thérèse d’Autriche. L’exemplaire Wittock, postérieur à la fin d’activité d’Antoine Ruette serait alors l’oeuvre d’un atelier moins important. Raisonnement que je vous soumets mais qui me semble cohérent. 
Exemplaire « Hugues »
Exemplaire Wittock
Cela semble d’ailleurs encore plus évident quand on compare les fers de mon exemplaire à ceux identifiés sur http://www.cyclopaedia.org/1659/ruette3.html, en particulier les roulettes II et IV.
Alors exemplaire Ruette ou pas? Qu’en pensez-vous?
Quelques mots sur Marie-Thérèse d’Autriche à laquelle on doit finalement ces deux livres:

Marie-Thérèse d’Autriche (Madrid, 10 septembre 1638 – Versailles, 30 juillet 1683), fut l’épouse de Louis XIV, infante d’Espagne et reine de France.
Fille du roi d’Espagne Philippe IV et d’Élisabeth de France, à 8 ans, Marie-Thérèse était le seul enfant survivant de Philippe IV et l’héritière des immenses possessions espagnoles sur lesquelles « le soleil ne se couchait jamais ».
Son éducation a été étroite, rigide, et profondément catholique. Depuis son plus jeune âge, il était question qu’elle épouse, pour des raisons dynastiques son cousin, chef de la branche autrichienne et impériale des Habsbourg, d’abord l’archiduc Ferdinand qui mourut en 1654 puis le frère de celui-ci qui devint l’empereur Léopold Ier en 1658.
Marie-Thérèse vécut cependant dans l’intime conviction qu’elle épouserait le roi de France Louis XIV, son cousin doublement germain mais ennemi de sa maison.
À son mariage, elle ne parlait toutefois pas un mot de français mais elle apportait le chocolat et la première orange. Elle épousa le 9 juin 1660, en l’église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz, conformément au traité des Pyrénées, Louis XIV. Œuvre du cardinal de Mazarin, premier ministre français, ce mariage n’était pour le roi que raison d’État. Il avait jusqu’au dernier moment espéré épouser la nièce du cardinal Marie Mancini, mais le ministre et la reine-mère, Anne d’Autriche, s’opposèrent à cette mésalliance.
Marie-Thérèse resta toute sa vie très pieuse. Elle invitait les « courtisanes » de son mari à venir faire des prières avec elle. Marie-Thérèse finit par se replier sur elle-même, vivant au sein d’une petite cour, isolée au milieu de la Cour, recréant l’atmosphère de Madrid, entourée « de ses femmes de chambre espagnoles, de moines et de nains », mangeant de l’ail et buvant du chocolat, chaussant des talons très hauts qui la faisaient souvent tomber.
Marie-Thérèse souffrit beaucoup de certains adultères du roi qui faisait de ses favorites des dames de compagnie de son épouse et voyageait ouvertement avec sa femme et ses deux maîtresses. Confronté à ce spectacle immoral, on prétend que le peuple murmurait, goguenard ou affligé, « Le roi promène les trois reines ». Elle souffrit également à partir de 1667 des légitimations successives des enfants naturels de son mari. Ces derniers faisaient de l’ombre au dauphin.
À partir de l’été 1680, sous l’influence de Madame de Maintenon, Louis XIV se rapprocha de son épouse, qu’il avait publiquement délaissée. « La reine est fort bien à la cour », remarquera, toujours moqueuse, Madame de Sévigné. Marie-Thérèse, émue par les attentions inattendues de son volage époux dira : « Dieu a suscité Madame de Maintenon pour me rendre le cœur du roi ! Jamais il ne m’a traitée avec autant de tendresse que depuis qu’il l’écoute ! »Mais Marie-Thérèse ne profita guère de ce regain de faveur. Elle mourut brusquement, le 30 juillet 1683, à Versailles, des suites d’une tumeur bénigne sous le bras gauche mais mal soignée.
H

12 Commentaires

  1. On peut être mauvais et avoir de bons livres…

    Quant à ce vendeur il semble faire ce qu'il peut pour attirer les clients, ce ne sera pas le premier ni le dernier à le faire. A cet égard je rappelle les assertions très douteuss du type "seul exemplaire en mains privées" qu'on voit fleurir dans la Haute et très Haute bibliophilie (un attrape c..s car comment le savoir…unique jusqu'au second, troisième, etc).

    Voilà: lui ce sont les Jean de Bonnot, certains autres des La Fontaine de l'édition des Fermiers Généraux alignés près des incunables. C'est constructif de se moquer anonymement!

    Pour dire après tout que ce vendeur a inventé les Very Important Books et moi ça me tout aussi sourire que ce que d'autres qui en ont inventé avant lui comme la THB (Très Haute Bibliophilie) et moi je préfére le THC!!

    Amitiès bibliophiles,
    Fred

  2. On appareille mon capitaine?
    Non on réappareille et on raconte n'importe quoi (en plus)…

    http://cgi.ebay.fr/RABELAIS-COMPLET-6-6-1732-RARE-EDITION-SOUS-LE-MANTEAU_W0QQitemZ370231538764QQcmdZViewItemQQptZFR_GW_Livres_BD_Revues_LivresAnciens?hash=item563384f44c&_trksid=p4634.c0.m14.l1262&_trkparms=|293%3A1|294%3A30

    Bon,il faut avoir du temps à perdre, mais cette provenance scout…

    http://www.marelibri.com/search/current?maximumPrice=0&keywords=&firstResult=0&ISBN=&selectedDatasources=511&quicksearch=1732+rabelais&matchTypeList=ALL&author=&title=&description=&minimumPrice=0&sorting=RELEVANCE&booksellerName=&keycodes=&cid=886045

    Avis à ceux qui ont 22 000 euros devant eux… (ça en fait des Jean de Bonnot en linéaire [cf. profil du vendeur d'incunable])

  3. Bonsoir,
    Non rien de personnel, je suis simplement étonné de voir vendre des livres 22 000 euros sans fournir une adresse ni même un numéro de téléphone pour discuter de l'exemplaire.
    Quant à certaines descriptions elles me semblent quelque peu "boursouflées".
    Olivier

  4. Je dois être d'une naïveté déconcertante car je ne vois pas où est l'erreur…
    Les livres me paraissent beaux, le site sérieux cautionné par le CA et l'incunable présenté à 1€ par décence, je pense…
    Peut-être un problème avec le propriétaire de la librairie ?
    On me donne la réponse ?

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