Découvrir la bibliothèque d’un bibliophile, partie II: les classiques reliés en maroquin

Amis Bibliophiles bonjour,
Continuons ce soir la visite de la bibliothèque de Wolfi: 
La voie que j’explore actuellement est les grands textes du siècle des lumières. Après « De l’esprit » d’Helvetius que j’avais présenté la dernière fois, un texte fondamental dans l’esprit matérialiste du 18e :
La Mettrie « Oeuvres Philosophiques » 1774, en 3 vol in-12 en maroquin rouge. Il me reste encore 2 ou 3 ouvrages majeurs à trouver sur ce sujet. Sujet passionnant!

Je ne pouvais passer les contes de La Fontaine. Mais plutôt que de présenter un exemplaire des Fermiers Généraux (je connais au moins un collectionneur monomaniaque de cette édition :)) ), je présente ici plutôt une édition que l’on rencontre moins souvent : Larmessin « Suites d’Estampes pour les contes de La Fontaine » in folio, en demi-reliure (début 20e?)La suite de 38 gravures au format in-folio est extraordinaire! La valeur donnée par Cohen est une des plus élevées du manuel : de 1200 à 1500 Fr en comparaison avec un exemplaire des Fables par Oudry (entre 600 et 800 Fr) par exemple.






Cela me fait une occasion de faire la transition sur les illustrés 18e.
Arioste « Roland Furieux » 1775-83, 4 vol in-4 en maroquin rouge. L’édition est illustrée de 46 gravures par Cochin. Une des plus belles suites de gravures du 18e à mon avis.


Berquin « Romances » et « Idylles » 1775-77 reliés ensemble, in-8 en maroquin rouge. L’exemplaire en grand papier avec les figures avant les numéros,  provient de la bibliothèque Montgermont et Rahir (n°718)


Maintenant, un monument de l’impression 18e : Saurin « Discours historiques du Vieux et Nouveau Testament » 1728-39, 6 vol in-folio en maroquin rouge (je n’ai pas mis en illustration l’intégralité des volumes, c’est trop lourd à déplacer!). 212 gravures dont 50 sur deux pages.Exemplaire sur papier impérial (sur les 4 papiers différents). Cohen dit que le plus beau tirage serait celui sur papier royal. Je ne sais pas, mais je constate simplement que les plus hauts personnages avaient un exemplaire sur papier impérial (Prince de Soubise, La Valliere, Gaignat, Rosny, Pompadour, Louis XV, Samuel Bernard). Je n’ai malheureusement pas pu trouver la provenance de ce très bel exemplaire. J’ai mis en illustration une côte de bibliothèque qui est collée sur tous les volumes. Quelqu’un a une idée?





Bon, on finit par le saint Graal : Voltaire « Romans et Contes » 1778, 3 vol in-8 en maroquin rouge. Toutes les gravures sont avant les numéros.


J’ai honte : il s’agit d’une reliure pastiche! Mais j’ai craqué en attendant mieux!
Bonne lecture à tous!
Wolfi
PS : je rappelle que je suis preneur d’un Montesquieu 1758 en 3 vol in-4 et d’un « Romans est Contes » en maroquin d’époque! merci de faire suivre!

La lettre du bibliophile

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Portrait de libraire: Marcel Thourel

Portrait de libraire: Marcel Thourel

Amis Bibliophiles bonsoir,
C’est un double concours de circonstances qui m’amène à évoquer quelqu’un que je n’ai jamais connu. Je recevais jeudi le catalogue de la librairie Occitania de Toulouse. On est loin des publications luxueuses des grandes librairies : point de photos, de courtes descriptions qui dépassent rarement la description physique des livres. J’ai été interloqué par le contenu très relevé de celui-ci avec de très beaux livres, de très belles reliures. J’ai alors avisé qu’il s’agissait du 400ème (!!!) catalogue de cette librairie. A numéro historique, contenu de circonstance. Catalogue reçu jeudi, ouvert et lu le soir même, j’avais jeté mon dévolu sur plusieurs numéros. J’ai attendu patiemment 10h le lendemain (heure d’ouverture de la ligne) mais patatras l’objet premier de mon désir était déjà parti dans d’autres bras : l’édition de 1880 de Madame Bovary chez Charpentier reliée en maroquin crème par Forbin.
La deuxième circonstance est d’avoir acheté il y a peu (et auprès de son petit-fils) les mémoires du fondateur de cette librairie : Marcel Thourel [1913-1988] (L’amour Livre. Souvenirs d’un bouquiniste de province, Editions Midia, 1987) qui édita 271 de ces catalogues. Je me suis dit que l’itinéraire assez atypique de ce bouquiniste de province méritait qu’on s’y arrête. Comme le dit l’auteur : « N’oublions pas les petits, les obscurs, dont la renommée n’a pas franchi les limites d’un département ou d’une région, mais qui tous à leur place et à toutes les époques ont participé à ce qui est l’impératif noble de notre profession : la conservation et la transmission des livres, de siècle en siècle, de génération en génération, en un cycle que nous avons la vanité d’espérer sans fin ».
Ce qui est singulier dans cette trajectoire (outre des origines sociales qui ne le prédestinaient pas à ce métier) c’est le type de commerce qu’il mit en place : un libraire sans librairie exerçant pendant trente ans depuis sa maison sur les coteaux du Tarn-et-Garonne. Né en 1913 d’une famille d’ouvriers d’un faubourg populaire de Toulouse. Il obtient le certificat d’études grâce aux points supplémentaires dont bénéficient les enfants dont le père est mort à la guerre. Peu passionné par l’administration qu’il intègre à 13 ans en tant que télégraphiste (et grâce à son statut de pupille de la Nation), il débute à 16 ans comme ouvrier boulanger. Il le restera 10ans. De ces origines modestes découlera un engagement politique au Parti communiste dont il fut un des cadres du sud-ouest mais aussi un rapport humble à sa profession à venir : pas de fioritures, du travail, du sérieux, des prix modérés et une sérieuse bosse du commerce.
C’est au retour de la guerre que sa vie professionnelle va prendre un nouveau tour. Découvrant sur le marché de Montauban un loueur de livres, il décide de se lancer dans cette activité de service rendue plus nécessaire par la pénurie de l’Après-guerre. Il ne connaît rien aux livres comme objets de commerce mais en possède sans être pour autant un grand lecteur. Dans un premier temps il n’envisage absolument pas d’entamer un commerce de livres et se contente d’organiser un système de location de ses exemplaires personnels. C’est un bibliophile qui va lui signaler qu’au milieu des romans à l’eau de rose dont sont friand(e)s ses lecteurs (et surtout ses lectrices) se trouvent des livres qui méritent mieux. C’est d’ailleurs ce bibliophile qui va en quelque sorte « faire son éducation » en le conseillant, lui donnant à lire des catalogues de ventes parisiennes grâce auxquels il fait son apprentissage « sur le tas ». A partir de 1946 et jusqu’en 1974 il est « bouquiniste » car il se refuse le titre de libraire. Il n’empêche qu’il publiera au long de sa vie professionnelle rien moins que 271 catalogues… ! Une des particularités de son parcours aura été de ne jamais tenir de librairie. Toute sa vie il fonctionnera de manière itinérante (en aménageant un véhicule spécialement) puis par catalogue depuis sa maison construite à dessein (mode de vie qu’il appelle « le bouquiniste aux champs »). Le stock occupant le rez-de-chaussée et l’habitation l’étage. S’il ouvrira des bouquineries à Montauban puis à Toulouse, il n’exercera jamais « en magasin » laissant ce soin à son fils. Cette librairie « en champs » ayant d’ailleurs ses avantages : « La vente par catalogue, devenue la routine et ne laissant guère de place à l’imprévu, je pouvais à ma convenance faire alterner travail et jardinage. Je trouvais toujours assez de livres pour composer mes catalogues qui s’épuisaient toujours aussi rapidement, et mes légumes poussaient très bien sur ma terre, à flanc de coteau exposé plein sud ».
Autre particularité, il ne passera le permis de conduire qu’à 47 ans s’en remettant au chemin de fer et à ses connaissances pour se faire véhiculer pour visiter une bibliothèque à vendre, la déménager et acheminer ses colis. Les prix pratiqués étant modérés les catalogues étaient généralement épuisés en quinze jours… et il n’eut pas à déplorer plus de 30 factures non honorées en trente ans de pratique : « les bibliophiles dans leur ensemble quelle que soit leur position sociale, sont gens de bonne compagnie, et j’affirme ici qu’avec l’amour des livres l’honnêteté semble être leur première vertu ». Les 300 lettres reçues suite à l’annonce de sa retraite de clients qu’il n’avait jamais vu témoignent des étranges relations qui peuvent se nouer à distance et ce bien avant internet.
Parmi les passages savoureux de cette autobiographie (sur les achats de bibliothèques notamment) il y a ce mode d’approvisionnement en livres à Paris qu’il mit en place et qui évoque immanquablement les images de La traversée de Paris. Il avait fait confectionner deux lots de valises gigognes et partait avec deux valises vides pour descendre avec 6 bourrées à craquer de livres (ce qui impliquait sur place des va-et-vient multiples entre son hôtel et les quais pour remplacer les valises pleines par des vides…). Ou encore ce fonds d’un libraire de Bordeaux acheté en bloc et qui occupait un entrepôt du sol au plafond soit 100 tonnes de livres qu’il dut (avec son fils) trier pour n’en retenir que 13 à 15 tonnes. Le tout prit tout de même plus d’un mois à raison de quatre jours par semaine… !Trente ans de bouquinerie enseignent également le marketing viral : « Le contenu de mes étalages s’améliorant par des achats renouvelés, j’ai connu aussi les « fouineurs » tels ceux qui fréquentent les « puces » des grandes villes. Ceux-là toujours à l’affût de la bonne affaire, du livre dont la valeur littéraire et marchande aura échappé à la sagacité ou à la connaissance du vendeur. Ce client-là, pour peu qu’il soit enclin aux confidences, fera à son insu la meilleures des publicités au marchand s’il a fait un « chopin » ; la vantardise aidant, il claironnera qu’il s’agit de la meilleure affaire de sa vie et de se gausser du marchand « qui n’y connaît rien ». […] L’expérience et la connaissance venant, le vendeur astucieux saura en temps opportun glisser parmi ses livres quelques-uns dont le prix sera anormalement bas. »
Le numéro 262 de ce 400ème catalogue lui rend hommage : Thourel (M.), Vivre à Marengo. La vie d’un faubourg populaire de Toulouse entre les deux guerres. Toulouse, Privat, 1985, in-8, 170 pp., ill h-texte. 20€
Merci Olivier pour ce très beau portrait,
H
Images: libraire occitania. http://www.librairie-occitania.com/spip.php?article6&id_document=21

9 Commentaires

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  3. Merci Wolfi de nous faire découvrir avec enthousiasme une partie de votre bibliothèque. Vous avez de très belles choses. Et je suis de ceux qui pense que l'un des plaisirs de la bilbiophilie c'est justement de partager.
    Textor

  4. Silence éloquent des commentaires… Effectivement les bibliophiles sont cachottiers! Je vous remercie de nous montrer ces beaux livres, il faut continuer pour susciter des vocations! Promis, j'enverrai (anonymement ;)), une description d'un de mes livres!
    Bonne soirée.

  5. On verra bien…
    là il s'agit de la quatrième partie.
    et il me reste encore un certain nombre de livres à montrer, c'est vrai…
    je sais que le bibliophile est cachotier, mais qui ferait la même chose?
    cordialement,

    Wolfi

  6. C'est donc là que sont tous ces exemplaires…
    Si je peux me permettre les photos sont un peu "fadasses". Je crois que c'est dommage il faudrait que tout cela resplendisse un peu plus pour rendre justice aux volumes et à leur valeureux possesseur (je préfère à propriétaire… on peut posséder sans que cela nous appartienne).

    Olivier

    PS : "Romans est Contes" c'est assez plaisant mais je pense que le S est de trop…

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