Un merle blanc aux enchères, où les Fables de La Fontaine illustrées par Oudry, avec les gravures en couleurs.

Amis Bibliophiles bonsoir,

Contrairement à ce qu’on peut parfois lire ici ou là, les Fables de La Fontaine illustrées par Oudry, ces fameux quatre volumes in-folio bien connus des bibliophiles, ne sont pas des livres rares à l’échelle de la bibliophilie. On les croise plusieurs fois par an dans les ventes aux enchères et il en est toujours quelques exemplaires en vente chez les libraires; en veau, et même en maroquin. On es croise à partir de quelques milliers d’euros en veau ou en maroquin postérieur, et jusqu’à quelques dizaines de milliers d’euros pour les exemplaires en maroquin d’époque.

Plus rares sont les exemplaires reliés dans des reliures particulières, notamment celles portant des fers spéciaux et animaliers. En général, dans ce cas, on tourne plutôt autour de 80 – 100 000 euros. 

Encore plus rares sont les exemplaires dont les gravures sont en couleurs. C’est justement l’un de ces exemplaires qui sera mis aux enchères le 19 mars à Stockholm chez Auktionsverket (http://auktionsverket.com/auction/rare-books/2013-03-19/).

Lors de la même vente seront mis aux enchères quelques autres livres en langue française, dont une Histoire Naturelle des Oiseaux de Buffon, elle aussi avec les gravures en couleurs, ou une très belle reliure parisienne du XVIe siècle.

Mais revenons aux Fables de La Fontaine par Oudry, ainsi décrites par la maison de ventes:

EXTREMELY RARE HAND-COLOURED COPY OF LA FONTAINE’S FABLES ILLUSTRATED BY OUDRY.
LA FONTAINE, J. de. Fables choisies, mises en verse. I-IV. Paris (chez Desaint & Saillant – Durand, de l’imprimerie de Charles-Antoine Jombert) 1755-59. Folio (427×286 mm). 1 hand-coloured engraved frontispiece portrait Charles-Nicolas Cochin after Jean-Baptiste Oudry – Dupuis, 4 titles with hand-coloured woodengraved vignettes, many hand-coloured woodengraved vignettes in the text, 275 finely hand-coloured engraved plates Aubert, Aveline, Bacquoy, Beauvois, Cochin and others after Oudry (all, partly some occasional spotting and some offsetting). Edition on paper Hollande. Second state with the word « Le leopard » written on the banner. 
Contemporary French red morocco, slightly worn and rubbed, 2 inner joints split, some corners bumped, boards with gilt bordure, gilt inner dentelles, richly gilt spines in compartments, spines faded and partly with damages to edges. 4 volumes. 
Sander 1065. Cohen-Ricci 548-50. Second issue.Collation: 1 frontispiece portrait, (4), (i)-xxx, xviii, (1)-124 pp., 70 plates; (4), ii, (1)-135, (1 blank) pp., 68 plates; (4), iv, 146 pp., 68 plates; (4), ii, 188 pp., 69 plates. 
Jean-Baptiste Oudry (1685-1755), French painter, elected in the Royal Academy in 1719, he began his sketches based upon the fables of La Fontaine in 1729 as he became the director of the Beauvais tapestry factory, and made a total of 276 sketches before finishing in 1734. « One of the most ambitious and successful of all illustrated books » (Ray, The art of the French illustrated book, 5).
Copies with fine hand-coloured plates are extremely rare. There have only been a few royal copies on the market the last 40 years that have been hand-coloured, which indicates that this copy could have belonged to a member of the royal family or a highly distinguished person at the court.The latest auction record we could find, was in 2011, as an handcoloured but incomplete copy was sold with provenance of Louis XV.
Un bel ouvrage, qui a largement le temps d’effectuer le trajet depuis Stockholm jusqu’au Grand Palais, où nous le croiserons peut-être. L’estimation, large, se situe entre 72 et 97 000 euros. Les paris sont ouverts.

Cher Erick, les colonnes du blog te sont ouvertes pour un petit article de présentation de ces Fables, ouvrage que tu connais sur le bout des doigts 🙂
H

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Portrait d’une Bibliophile, Valérie

Portrait d'une Bibliophile, Valérie

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose ce soir le portrait d’une bibliophile, Valérie, plus connue sous le nom de Bergamote. En plus d’avoir la qualité inégalable d’être Lorraine, Valérie est à mes yeux un « spécimen » particulier de bibliophile, dans la mesure où elle fait plus que rassembler et lire des livres anciens : elle les utilise (recréant des recettes du 18ème) et elle pratique également la reliure.

Voici donc son portrait.

Pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre bibliothèque?
J’enseigne les mathématiques (j’entends déjà les réflexions désobligeantes 😉 dans un collège de banlieue et je suis amoureuse des desserts. J’aime tant les sucreries que je leur consacre un blog : Sucrissime.com. J’ai 31 ans et j’habite non loin de Paris. Ma bibliothèque n’est pas énorme, je possède en réalité peu de livres. Mais je chéris ceux que j’ai, et ne m’en séparerais pour rien au monde.
Depuis quand la passion de la bibliophilie s’est-elle emparée de vous?
Toute petite, déjà, je lisais beaucoup. Enormément, même. Je dévorais un livre par jour. Après avoir lu toute la (petite) bibliothèque de mes parents, je me suis attaquée à la bibliothèque municipale. A cette époque, les « grands classiques » avaient ma préférence. Je m’étais en quelque sorte lancé le défi d’avoir lu tous les livres dont le professeur de français parlerait dans ses cours. J’ai toujours aimé les livres, au début pour leur contenu seul, ensuite pour l’objet et son contenu. On peut dire que ma passion pour la bibliophilie proprement dite date du moment où mon bibliophile de mari (« z1k ») s’est replongé dans ses livres anciens, il y a un peu plus de deux ans. Le Coffret de Santal, reliure en peau d’autruche pistache, tranchefiles « peau », papier marbré « ethnique » assorti C’est à cette date que j’ai commencé à prendre des cours de reliure. La reliure est une activité passionnante, j’aime particulièrement choisir les peaux, les textures, les couleurs, le papier marbré… Je pourrais en parler pendant des heures. C’est un travail que l’on n’imagine pas avoir de s’y être essayé. Des heures et des heures passées sur un seul ouvrage, mais quel plaisir lorsqu’il est achevé !

Quels sont vos domaines de prédilection, ou votre approche est-elle éclectique et vous fonctionnez au coup de cœur ?
Mes choix sont complètement éclectiques : je possède (dans une édition tout-à-fait quelconque) tous les Arsène Lupin de Maurice Leblanc, je craque pour des livres de cuisine, qu’ils soient anciens ou neufs, j’aime les livres très très vieux, le parchemin, le vélin, les reliures avec ais de bois… Je fonctionne complètement au coup de cœur : je pourrais acheter un livre uniquement pour sa reliure, ou pour la peau dont il est paré, à cause de son format (minuscule ou énorme), ou encore parce qu’il contient une recette ou un poème que j’apprécie. Je suis très attachée au livre en tant qu’objet. Je me l’approprie, il est à moi.
Où achetez-vous vos livres? Internet, salons, libraires?
J’achète peu de livres, habituée que j’étais à les emprunter à la bibliothèque. Je dirais majoritairement en librairie, et en second lieu sur internet.

La Bible de Gutenberg d’AustinQuel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?
La Bible de Gutenberg exposée à Austin (Texas) m’émerveille. Je rêve de réaliser la même reliure. J’aime les livres d’artistes, mais n’en possède malheureusement aucun…
Les livres qui me sont particulièrement chers ? Entre autres, ceux que j’ai moi-même reliés : Le Coffret de Santal, de Charles Cros, en peau d’autruche pistache. L’intégrale de « Chocolat Magazine », reliée et dorée par mes petites mains. Un dictionnaire de patois lorrain de 1842 (ma région natale) en veau velours ocre. Livres sans grande valeur pécuniaire, mais leur valeur sentimentale est infinie.
Chocolat Magazine, toile noire, pièce de titre dorée à la main, signet (pour mieux retrouver les recettes, bien sûr !)Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter, sur une trouvaille, un livre, autre chose qui touche à la bibliophilie ? Pas vraiment une anecdote, juste une petite histoire : le grand-père de mon mari, auguste médiéviste aujourd’hui décédé, me faisant un jour visiter sa bibliothèque absolument énorme, j’eus l’imprudence (ou l’impudence…) de lui demander s’il avait lu tous ses livres. Il me regarda, interloqué, se demandant sérieusement si je ne me moquais pas de lui, et me répondit (usant d’une concordance des temps que je ne saurais reproduire, pardonnez-moi) : « Comment, Mademoiselle, pouvez-vous imaginer un instant que je n’aie lu chacun de ces livres ?!? ». (NDLR : amusant, j’ai déjà lu une anecdote en tout point identique dans un ouvrage sur les bibliophiles)/

Enfin, vous êtes un visiteur fidèle du blog… qu’en attendez-vous ?
Qu’il continue à me faire découvrir de nouveaux auteurs, types de reliure, à m’instruire… Qu’il m’oblige à me creuser la tête (j’adore l’énigme du vendredi soir). Qu’il reste un lieu d’échanges convivial et enrichissant (sans aspect mercantile :).

Je dois dire que je suis souvent intimidée par la culture des visiteurs qui laissent des commentaires sur ce blog, commentaires très intéressants mais si érudits que la simple prof de maths que je suis hésite souvent à écrire un message par peur du ridicule. Merci Hugues, et longue vie à ton blog !

(NDLR : c’est déjà ça, petite vengeance, j’en ai tant bavé cours de maths en prépa… bien fait!).

Merci Bergamote/Valérie.

H

13 Commentaires

  1. Bilan des courses :

    Le La Fontaine : SEK 775 000 + 22,5% de frais.
    Ca nous fait 114.000 euros ma bonne dame!

    Le Buffon avait l'air plus sympa (selon moi) :
    400.000 + 22,5% de frais, ce qui nous fait 59.000 euros.

    Bon ca c'est fait :))

    Wolfi

  2. Un peu facile comme achat, non ? Si j'avais 100 000 euros d'achat de livres devant moi, je ne les mettrais pas là-dessus. Ouvrages pour Emirs et/ou banquiers et/ou Aristophil. J'ai dans ma liste 50 ou 100 livres entre 1000 et 2000 euros qui me feraient infiniment plus plaisir …
    Supion

  3. On est bien d'accord Nicolas!
    Cela dit, c'est vrai que ces exemplaires coloriés ont un charme indéniable…
    Qui sait où se trouve l'exemplaire Feodorowna?
    J'aimerais bien le savoir!

    Wolfi

  4. J'aimerai bien qu'un universitaire se penche un jour sur la datation chimique de la mise en couleurs de tout un tas de beaux exemplaires d'éditions prestigieuses.

    Je n'ai jamais rien trouvé en ce sens.

    Sans tomber dans la parano, j'aurais pour ma part du mal à signer un chèque de 200 000 euros pour un livre sans provenance, avec le doute que la main qui tenait le pinceau ait pu être celle d'un obscure enlumineur italien de l'entre deux guerre travaillant sur commande d'un marchand peu scrupuleux.

    Nicolas

  5. Ah cher Wolfi, tu sais bien comme moi, que rien n'est jamais définitif: un exemplaire incomplet peut fort bien redevenir complet 🙂

    Cela demande quelques contacts, ça demande de le mettre en réserve quelques années, mais cela arrive souvent, surtout pour les exemplaires qui, comme celui-là, ne sont pas marqués par une provenance.

    Hugues

  6. Un exemplaire comparable – le même ? – est passé en vente chez Mathias-Baron -Ribeyre le 18 /11/2010 adjugé 183000€ ( 225090 € avec les frais) voir aussi Gazette Drouot du 25/03/2011 – Sourget a eu plusieurs exemplaires coloriés – en maroquin vert – il dit dans une de ses notices que ce sont en général des exemplaires du 2° tirage qui sont coloriés car les libraires ayant des invendus les ont ainsi rehaussés pour les écouler, au prix de 550 Livres. Il y a eu aussi en novembre 2011 et mai 2012 des artciles et commentaires très intéressants sur le blog de Bertrand.
    Patrick C.

  7. Bonjour,

    j'étais persuadé que personne n'avait vu cette vente!
    Je suis un peu nigaud!

    Effectivement ces exemplaires coloriés ne sont pas courant.
    Cohen, Reynaud et Boissais/Delaplanque n'en parlent pas. Je crois quand même que dans les éditions antérieures du Cohen, il en est fait mention, car je trouve sur Google des extraits des éditions de 1890 qui en parlent (je n'ai que celle de 1912).
    Brunet parle d'un exemplaire en papier ordinaire en mar rouge vendu 164 Fr Vente Merigot.
    Plus près de nous, j'ai repéré 3 exemplaires :
    – catalogue Sourget 1996 XIII n°195 en maroquin vert en tres grand papier (circa 500mm) provenant d'un membre de la maison royale ("Bourbon-Gravière" manuscrit sur la page de garde).
    L'exemplaire est passé auparavant dans une vente et il était marqué que certaines pages avaient malheureusement des mouillures.
    A noter que le coloriage est d'une grande qualité.
    – catalogue Sourget 1997 XV n°153 en maroquin vert de deuxieme tirage sur papier moyen (circa 410mm)et d'un coloriage un peu grossier. Le catalogue indique que 103 ont été coloriés vers 1780 et 172 sous la restauration.
    "Quelques années après la parution de l'édition, quelques exemplaires du second tirage imprimés sur papier moyen de hollande demeuraient invendus. Les libraires, soucieux de résorber leur stock, décidèrent de les enluminer et de les vendre au prix colossal de 550 livres. C'est pour cette raison que les exemplaires enluminées sont généralement de second tirage".
    – exemplaire passé en vente en 2010 :
    http://www.jj-mathias.fr/html/fiche.jsp?id=1618795
    en maroquin rouge à dentelles (pas très bon état, malheureusement incomplet de 3 gravures.
    L'exemplaire a été acheté par un libraire parisien puis revendu à Aristophil.

    Dans les ventes anciennes, j'ai pu en trouvé deux :
    – un que j'avais mentionné dans l'article :
    http://bibliophilie.blogspot.fr/2012/03/de-la-bible-de-gutenberg-la-librairie.html
    Sûrement le plus beau répertorié!
    – un en veau dans une vente de 1799 (on peut le trouver facilement sur google)

    Il y a un exemplaire également qui a servi à reproduire l'édition suivante :
    http://www.editionsdianedeselliers.com/livre-Fables_de_La_Fontaine___illustrées_par_Jean_Baptiste_Oudry-28-1-1-0-1.html?PHPSESSID=59ff6c01361cf8501e672c01dfb69e23

    J'en ai sûrement loupé, mais il n'y en a pas beaucoup quand même!

    Un libraire m'a dit que des ateliers de coloriage en Hollande étaient encore actifs jusqu'à 1960 et avaient "traité" certains exemplaires.

    En ce qui concerne l'exemplaire en vente en Suede, tu sais ce que je pense des exemplaires incomplets…
    On ne m'ôtera pas de la tête que de nos jours, on mélange un peu la qualité (et donc la valeur) des exemplaires disponibles sur le marché!
    Payer 200.000 euros pour l'exemplaire de la bibliothèque impériale russe, pourquoi pas…
    Payer la même somme pour un exemplaire incomplet, c'est du grand n'importe quoi!
    Enfin, ce n'est que mon opinion…

    Cordialement,

    Wolfi

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