Bibliophilie et sciences: opposant de Lavoisier pendant la « Révolution chimique »

Amis Bibliophiles bonsoir,

Deux chimistes de premier plan, l’anglais Priestley et le français Lavoisier, se sont confrontés lors de la révolution chimique de la fin du XVIIIème. Le premier découvre l’oxygène de l’air et le second explique son rôle dans la respiration et dans les combustions. J’ai consacré un billet précédent à Lavoisier. Je vous présente aujourd’hui trois ouvrages de Priestley.


Joseph Priestley (1733-1804), théologien anglais, devient pasteur à Leeds, dans le Yorkshire en 1767. C’est la qu’il commence ses recherches sur les gaz. En 1772, il est élu à l’Académie des Sciences et publie ses Observations sur différentes espèces d’air. Il isole un grand nombre de gaz, dont l’ammoniac, l’oxyde d’azote, le dioxyde de soufre et le monoxyde de carbone. C’est en 1774 que Priestley fait sa principale découverte, celle de l’oxygène. Il obtient ce gaz en décomposant de la chaux de mercure (ou oxyde HgO) au soleil avec une lentille. Le nom qu’il donne à ce nouveau gaz est air déphlogistiqué, nom cohérent avec la théorie du phlogistique qu’il soutient.
Priestley rencontre Lavoisier qui répète ses expériences et conclut: «… je désignerai dorénavant l’air déphlogistiqué ou air éminemment respirable dans l’état de combinaison et de fixité, par le nom de principe acidifiant, ou, si l’on aime mieux la même signification sous un mot grec, par celui de principe oxygéné ».
Priestley est nommé pasteur à Birmingham en 1780. En 1782, il publie son Histoire des corruptions du christianisme. Ce traité est brûlé en 1791 tout comme sa maison et ses biens à cause de son soutien ouvert à la Révolution française. Il émigre aux États-Unis en 1794, année où Lavoisier est décapité, et y meurt en 1804.

Expériences et observations sur différentes espèces d’air.Paris, Nyon. 1777-1780.5 volumes in-12 ; XXXVI, 434, (2) pp, 2 pl. – (4), LXII, 297 pp, 1 pl. (4), IV, 352, (4) pp, 5 pl. – LII, 404 pp,1 pl. – (4), 404 pp, 1 pl.


Cet ouvrage paraît initialement à Londres en 1772 dans le volume 62 des Philosophical Transactions of The Royal Society. Les premières traductions françaises des travaux de Priestley paraissent dans le premier tome des Observations sur la physique, sur l’histoire naturelle et sur les arts paru en 1773. Cette traduction française est due au médecin Jacques Gibelin (1744-1828). Le premier volume est ici en deuxième édition (EO en 1775); les volumes suivants sont en première édition.
Dans cet ouvrage, Priestley décrit les expériences qui le menèrent à la découverte de l’oxygène (air déphlogistiqué). On trouve à la suite Recherches physiques sur la nature de l’air nitreux et de l’air déphlogistiqué de Fontana. Fourcroy donne les détails de cette édition française dans le tome III du dictionnaire de chimie de l’Encyclopédie Méthodique. On trouve également les premières traductions françaises des travaux de Priestley dans le premier tome des Observations sur la physique, sur l’histoire naturelle et sur les arts paru en 1773.
Expériences et observations sur différentes branches de la physique; Avec une continuation des observations sur l’air.Paris, Nyon. 1782-1787.4 volumes in-8 ; XXIV, 288 pp, 1 pl. – (4), 312 pp. – XXIV, 527, (1) pp, 1 pl. – XIV, (2), 479 pp, 1 pl.


Priestley publia les deux premiers volumes en mars 1779. Le troisième et dernier volume de cet ouvrage ne parurent qu’au mois de mars 1781. La traduction française est due à Jacques Gibelin.


Histoire de l’électricitéParis, Hérissant. 1771.3 volumes in-12 ; XLVI, (2), 432 pp. – (4), 531, (1) pp, 1 pl. – (4), 474, (4) pp, 8 pl.
Priestley fut encouragé à publier son Histoire de l’électricité par le scientifique et homme d’État Benjamin Franklin, qu’il avait rencontré en 1766. L’édition originale anglaise date de 1767. Benjamin Franklin l’aida dans la correction des épreuves. Priestley découvrit entre autres que le charbon de bois conduit l’électricité et que l’électrisation des conducteurs reste superficielle.
Cette première traduction française est due à Nollet et à Brisson. Les nombreuses notes en bas de pages sont de Brisson qui constate que Priestley accorde une trop grande place aux auteurs anglo-saxons en leur attribuant quelques fois des découvertes faites par d’autres. Brisson défend en particulier les idées de Nollet attaquées ou passées sous silence.
On trouve une longue analyse de cet ouvrage dans le premier volume de Introduction aux observations sur la physique, sur l’histoire naturelle et sur les arts. Rozier conclut «Il auroit été à souhaiter que le traducteur eût mis plus d’aménité dans ses notes. Plusieurs expressions trop fortes ne seront pas du goût du lecteur. Il est si aisé de relever les erreurs avec honnêteté, qu’on est surpris que cette voie n’ait pas été préférée.»
Bernard

La lettre du bibliophile

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Bibliophilie et Sciences: quelques ouvrages des Joliot-Curie autour de la radioactivité artificielle,

Bibliophilie et Sciences: quelques ouvrages des Joliot-Curie autour de la radioactivité artificielle,

Amis Bibliophiles bonjour,

On parle actuellement beaucoup de radioactivité. Ce phénomène a été découvert par Henri Becquerel en 1896 dans les atomes d’uranium. En 1898, Pierre et Marie Curie le découvrent dans deux autres éléments, le radium et le polonium. Jusque là la radioactivité concernait des éléments naturels d’où l’expression de radioactivité naturelle. En 1934 Irène Curie et son époux Frédéric Joliot publient une découverte extraordinaire: en bombardant des atomes stables (non radioactifs) avec certaines particules (α), ils se transforment en atomes instables (radioactifs). Ce sont ces atomes créés dans les centrales nucléaires qui s’échappent aujourd’hui dans la nature et qui sont dangereux pour la vie.

Je vous présente quelques uns des premiers textes concernant cette découverte fondamentale..

PHOTOGRAPHIE DU COUPLE DANS LEUR LABORATOIRE.Photo Meurisse datée 1935: Mr et Me Joliot Curie (Prix Nobel) viennent d’être promus chevaliers de la Légion d’Honneur.

RADIOACTIVITÉ ARTIFICIELLE.Paris, Gauthier-Villars. 1934.1 volume in-4 ; 14 pp, pp (213) à 292 – pp (513) à 624 – pp (2033) à 2128.
Ce volume est formé des trois cahiers contenant les premières communications parues dans les Comptes Rendus des séances de l’Académie des Sciences le lundi 15 janvier 1934 (page 254), le lundi 5 février 1934  (page 559) et le lundi 11 juin 1934  (page 2089).
Les auteurs étudient le rayonnement émis par une source de Polonium couverte d’une feuille mince d’aluminium. Ils constatent que l’aluminium stable est transformé en phosphore instable n’existant pas à l’état naturel. La radioactivité artificielle est née. Ces recherches leur valurent le Prix Nobel de chimie en 1935.

PHOTOGRAPHIE DU ROI DE SUÈDE FÉLICITANT IRÈNE CURIE.Photographie originale de l’agence « International news photos » datée du 20 décembre 1935. Cette photo a fait la page de titre du journal L’Illustration du 21 décembre 1935.

RADIOACTIVITÉ ARTIFICIELLE.Paris, Hermann. 1935. EO.1 brochure in-8 ; 28 pp, 3 pl, (1) p.
Cette brochure est la première publication en librairie de ces recherches.

PHOTOGRAPHIE DU COUPLE.Photographie originale de l’agence « International news photos » datée du 25 novembre 1935 montrant le couple recevant les télégrammes de félicitation pour leur prix Nobel. 

TRANSMUTATIONS.Paris : Hermann et Cie, 1936. 1 brochure in-4 ; 82, (2) pp.
Cette brochure fait partie de la collection des Actualités scientifiques et industrielles  n°341. Elle a paru à l’occasion du congrès international de physique organisé par l’Union internationale de physique et la Physical Society à Londres en 1934. Elle contient également des interventions de Rutherford, Born, Fermi, Crokcroft, etc.
Frédéric Joliot conclut ainsi son exposé : « … nous sommes en droit de penser que les chercheurs, brisant ou construisant les éléments à volonté, trouveront le moyen de réaliser de véritables transmutations à caractère explosif, une transmutation en entraînant plusieurs autres. Si de telles transmutations arrivent à se propager dans la matière, on peut concevoir l’énorme libération d’énergie utilisable qui aura lieu. Mais hélas, si la contagion a lieu pour tous les éléments de notre planète, nous devons prévoir avec appréhension les conséquences du déclenchement d’un pareil cataclysme… Si un jour un chercheur trouve le procédé, tentera-t-il l’expérience ? Je pense qu’il la réalisera, le chercheur étant curieux et aimant l’aventure».
Cette aventure, nous la vivons …

Mme JOLIOT- CURIE GUEST OF EINSTEIN PRINCETON N. J.Princeton, New Jersey, USA. 20 mars 1948. Photographie originale de l’agence Acme Newspicture. Tirage argentique.
L’étiquette collée au dos indique : Albert Einstein (right), and Mme Irene Joliot-Curie, French nuclear physicist, sit in the sun on the back porch of Einstein’s home in Princeton,N.J. Mme. Joliot-Curie, who was detained overnight at Ellis Island when she arrived in the U.S. March 18th, was Prof. Einstein’s guest.
Contrairement à Frédéric Joliot, Iréne Joliot-Curie n’est pas membre du parti communiste. En mars 1948 elle entreprend un voyage aux États Unis à l’invitation du « comité d’aide aux réfugiés espagnols antifascistes ». Le 18 mars, arrivant à New York, elle se voit refuser l’entrée aux États-Unis. Elle est détenue pendant une nuit à Ellis Island. Elle rend visite à Einstein puis fait une série de conférences à travers le pays.
A cette date la première bombe nucléaire a déjà sévi. En 1956 est  mis en service, à Marcoule, le premier réacteur français producteur d’électricité, d’une puissance de 40 MW ….
Bernard

12 Commentaires

  1. La bibliophilie scientifique est essentiellement une bibliophilie de contenu. La spéculation se porte essentiellement sur les éditions originales des textes fondateurs rares de géants tels que Copernic,Galilée, Descartes, Newton, Einstein … La, les gravures ne font pas le prix.
    Ma collection est axée sur l'évolution des modèles qui décrivent les phénomènes physiques, évolution vue à travers les livres anciens d'époque. Les fondateurs sont importants mais la réception de leurs idées et les commentaires des contemporains le sont aussi.La spéculation est bien loin.
    PS: Les Shadocks me manquent!
    Bernard

  2. Il faut tout de même reconnaitre que la fièvre spéculative ne s’est pas encore emparée des ouvrages scientifiques, même lorsqu’ils ont des gravures. Pour preuve, j’avais récupéré un livre intitulé « essais d’expériences, sur la fermentation des mélanges alimentaires, la nature de l’air fixe, etc … de David Macbride, Paris, Gravelier,1766. N’étant pas très féru de physique, je l’avais cédé à mon libraire préféré pour un petit prix, celui de mon achat. Et bien, 3 ans après, ce livre était encore dans sa boutique, pourtant il n’avait pas doublé la mise !!…

    Comme quoi « avec un escalier prévu pour la montée, on réussit parfois à monter plus bas qu’on ne serait descendu avec un escalier prévu pour la descente » Autre devise Shadock.

    T

  3. Je n'achète que des livres en bon état, sauf si la rareté est telle que je pense avoir peu de chance de les retrouver. Dans ce cas je les confie à un bon restaurateur. Beaucoup des premiers ouvrages achetés dans mes premières années de collection ont été échangés contre de meilleurs exemplaires. Je suis peu sensible aux reliures luxueuses avec armoiries et de provenance prestigieuse. Il s'agit d'un autre type de bibliophilie.

  4. Excellent billet comme à l'accoutumée qui nous montre que les ouvrages de science, quand ils sont anciens, sont à notre portée intellectuelle et ravissent le bibliophile qui est en nous, en nous proposant de fort jolies gravures.

    Les ouvrages que vous nous présentez sont toujours en excellent état, Bernard. Vous semblez très exigeant sur ce point ? Pierre

  5. Je vous présenterai un jour deux ouvrages de Rumford: ses Essais politiques, économiques et philosophiques (dont le second volume est consacré à la chaleur) parus en 1799 et ses Mémoires sur la chaleur parus en 1804.

  6. Toujours un régal le mélange science et bibliophilie.
    Tant qu'on est dans les opposants de Lavoisier, Bernard pourrait peut être nous conter dans un nouvel article l'épopée du calorique. Qui verra s'opposer le chimiste français avec le Comte Rumford.La théorie de Lavoisier tomba peu après sa tête, ce qui n'échappa pas à sa femme qui émigra en Angleterre et épousa Rumford. Elle devait particulièrement aimer la science…

  7. Il est vrai que, comme les Shadocks, Priestley et Lavoisier ont beaucoup pompé, au vrai sens du terme.
    Il est vrai également qu'on ne voit souvent que ce que l'on cherche. Susciter des vocations de bibliophile "scientifique" , pourquoi pas. C'est enthousiasmant et il y a beaucoup à découvrir.
    Bernard

  8. Il y a peu de bibliophiles qui s'intéressent aux ouvrages scientifiques … c'est très bien ainsi : ils sont déjà assez difficiles à acquérir ! Bernard ne cesse de retourner la spatule dans la plaie.

    René

  9. c'est très intéressant ! mais prenez garde : vous allez susciter des vocations. Je ne me suis jamais intéressé à ce type d'ouvrages, et d'ailleurs je n'ai pas l'impression d'en avoir souvent vu ? est-ce parce que je ne les cherchais pas ?
    mais ça va finir par changer, à force de lire des billets de ce genre…

  10. Merci Bernard pour ce billet passionnant !
    Je ne sais pas pourquoi ces (belles !) gravures me font penser aux expériences des Shadocks.
    Lesquels disaient souvent quelque chose qui aurait plu à Priestley, rapport à son air déphlogistiqué : « En essayant continuellement, on finit par réussir. Donc plus ça rate, plus on a des chances que ça marche »

    Textor

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