Collationner un livre : sept bonnes raisons d’arrêter de perdre votre temps

Par Mathieu Lenoir, pourfendeur d’idées reçues, lecteur des usages présents et contradicteur attitré des confusions bibliophiliques pour la Guilde des Bibliopolicés.

Amis bibliophiles, bonjour.

On m’a enseigné autrefois — et l’on voudra bien pardonner cette confidence d’ancien régime — qu’un livre ne s’achetait pas, qu’il se vérifiait. Feuillet après feuillet, signature après signature, planche après planche, l’amateur consciencieux devait s’assurer que l’objet qu’on lui tendait contenait bien tout ce que le bibliographe avait promis. Cela s’appelait collationner, cela prenait du temps, cela supposait une table, une lampe, un Brunet ouvert à la bonne page, et cette forme particulière de patience qu’on ne trouve plus guère que chez les horlogers et les confesseurs. J’ai longtemps cru que c’était là le premier des devoirs. Je viens vous annoncer une bonne nouvelle : ce devoir est aboli. Non par décret, non par scandale, mais par quelque chose de bien plus efficace que les décrets et les scandales — l’usage. Personne ne collationne plus, donc il ne sert plus à rien de collationner. Le raisonnement est circulaire, j’en conviens ; c’est précisément ce qui le rend inattaquable.

Définition ancienne de Collationner : examiner si un livre est entier et parfait

Examinons, puisqu’il faut bien instruire le dossier, les raisons de cette heureuse dispense.

Premièrement : on n’ouvre plus les livres

La collation reposait sur une hypothèse aujourd’hui charmante de naïveté : celle qu’un livre serait un jour ouvert. Or le livre ancien a cessé d’être un texte pour devenir tour à tour une image, puis un trophée. On le photographie sous trois angles, on le pose sur une étagère où il compose agréablement avec ses voisins. Dans aucune de ces deux destinées le feuillet 137 ne joue le moindre rôle. Qu’il soit présent, absent ou remplacé par un fac-similé d’une propreté suspecte, le dos reste le même, et la photographie aussi. S’indigner d’un manque que personne ne verra jamais, c’est faire preuve d’une exigence déplacée, presque d’une insolence — celle du convive qui vérifierait l’argenterie chez son hôte.

Deuxièmement : la photographie a réglé la question

Six clichés bien cadrés sur une plateforme en ligne valent, nous dit-on, deux heures de collation. On y voit la reliure, le titre, une page « prise au hasard » — un hasard qui tombe curieusement toujours sur un feuillet immaculé — et parfois la tranche, pour les amateurs de sensations fortes. Que voulez-vous vérifier de plus ? La complétude d’un livre de six cents pages se déduit aisément de six photographies, comme la santé d’un patient se déduit de son sourire. Et si d’aventure un doute subsistait, la formule magique « vendu tel que photographié » l’apaise définitivement : quatre mots qui ont résolu un problème que trois siècles de bibliographes n’avaient pas su clore. Il fallait y penser. Ils y ont pensé.

Troisièmement : « complet » a disparu des catalogues, et le problème avec lui

Lisez les catalogues de ventes aux enchères : le mot « complet » ne s’y risque plus. Les experts, instruits par quelques réclamations et beaucoup de prudence, l’ont retiré de leur vocabulaire comme on retire du commerce un produit dangereux. On écrit désormais « non collationné », « vendu en l’état », « tel que » — locutions admirables qui ne décrivent pas le livre mais le contrat, et qui transforment chaque notice en clause de non-responsabilité ornée d’une estimation. Or on ne peut être trompé que par une promesse : là où plus personne ne promet rien, plus personne ne ment, et là où personne ne ment, que voudriez-vous donc vérifier ? La collation servait à confronter l’exemplaire à sa description ; la description ayant été prudemment vidée de tout contenu vérifiable, la confrontation tombe d’elle-même. C’est un progrès considérable : on n’a pas rendu les livres plus complets, on a rendu l’incomplétude inattaquable.

Quatrièmement : c’est un art du passé, au sens propre

Car enfin, à qui s’adresse encore cette science ? Collationner avait un sens pour les livres d’avant le XVIIIe siècle, ces machines retorses pleines de feuillets liminaires, de cahiers signés par lettres, de titres-frontispices, d’errata et de feuillets blancs qu’il fallait savoir compter — tout un appareil où le manque se dissimule avec une aisance de prestidigitateur. Mais la bibliophilie a émigré. Elle vit désormais au XIXe et au XXe siècle, parmi des volumes paginés en continu dont la complétude se lit d’un coup de pouce, et son inquiétude s’est déplacée tout entière vers l’enveloppe : un « couvertures conservées » fait aujourd’hui le travail que faisaient hier trois lignes de collation dans Brunet. On ne compte plus les cahiers, on vérifie les plats. La science des signatures est devenue une langue morte, parlée par quelques érudits à l’intention d’autres érudits, et l’on sait ce que notre époque fait des langues mortes : elle les salue de loin, et elle vend sans elles.

Cinquièmement : le temps coûte plus cher que les manques

Faisons les comptes, puisque notre époque ne respecte que cela. Collationner sérieusement un in-folio du XVIIe siècle demande une heure, parfois deux. Une maison de ventes qui disperse quatre cents lots par vacation devrait donc, pour faire ce travail, immobiliser un expert pendant plusieurs semaines — un expert dont on sait par ailleurs, depuis certaine vente d’Almanachs dont j’ai eu l’occasion d’entretenir la Guilde, qu’il a mieux à faire, ou en tout cas autre chose. On raconte du reste à Drouot l’histoire de cet expert qui décéda au milieu du décompte des planches de l’Encyclopédie, par ennui ou de vieillesse, les avis divergent — il en était, dit-on, au volume des arts mécaniques, quelque part entre la fabrication des épingles et celle des bas au métier ; on le trouva le doigt posé sur la planche CXIV, et l’on acheva la vente, par respect, sans achever le décompte. Le lot fut adjugé « non collationné », ce qui, pour une fois, était rigoureusement exact. La profession en tira la seule leçon qui s’imposât : non pas qu’il fallût des experts plus jeunes, mais des vérifications plus courtes. La confiance, elle, est gratuite, instantanée, et se distribue sans limite de stock. Entre une vérification qui coûte et une confiance qui rapporte, le marché a choisi, et le marché, on nous l’assure, ne se trompe jamais longtemps. Il se trompe seulement à la longue, ce qui n’est pas pareil, puisque à la longue, comme chacun sait, l’acheteur est un autre.

Sixièmement : la responsabilité s’est admirablement diluée

Autrefois, le manque avait un coupable : celui qui avait vendu sans vérifier. Aujourd’hui, il n’a plus qu’une généalogie. Le libraire s’en remet à la vente où il a acheté, la maison de ventes à son expert, l’expert au catalogue d’une collection célèbre où le livre a jadis figuré, et ce catalogue lui-même à un bibliographe mort en 1865 qui, lui, avait collationné — mais un autre exemplaire. Chacun est de bonne foi, chacun a fait confiance à quelqu’un de très estimable, et le feuillet manquant circule ainsi de main en main comme un héritage dont personne n’est comptable. C’est une chaîne admirable : elle ne tient à rien, et c’est pourquoi rien ne peut la rompre. Collationner, dans ce système, serait presque un acte hostile — le geste de celui qui, dans une ronde, s’arrête de tourner et fait tomber tout le monde.

Septièmement : le manque découvert tard ne fait de mal qu’aux honnêtes gens

Voici enfin l’argument décisif. Un feuillet absent ne blesse que celui qui le cherche. L’amateur qui ne collationne pas vivra heureux avec son exemplaire incomplet, l’aimera, le montrera, le léguera dans une parfaite tranquillité d’âme. Celui qui collationne, au contraire, s’expose à savoir — et savoir, en bibliophilie comme ailleurs, est le commencement des ennuis. Il faudra réclamer, prouver, froisser un vendeur aimable, abîmer une relation cordiale pour un morceau de papier. La collation ne protège pas l’acheteur : elle le condamne à la lucidité, qui est de toutes les infirmités la plus mal remboursée. Épargnez-vous cela. L’ignorance a mauvaise réputation mais elle a ceci de supérieur à l’expertise qu’elle ne déçoit jamais son homme de son vivant.

Voilà donc l’affaire entendue, et je pourrais m’arrêter là si je ne me souvenais, par déformation, de distinguer les apparences de ce qui devrait être. Car enfin la collation n’a jamais été une technique, encore moins une formalité : c’était une politesse. Politesse envers le livre, qu’on prenait la peine de connaître avant de prétendre le posséder ; politesse envers l’acheteur suivant, à qui l’on transmettait une certitude et non une rumeur ; politesse envers soi-même, qui est la moins spectaculaire des trois et la seule qui ne se négocie pas. En cessant de compter les feuillets, nous n’avons pas gagné du temps : nous avons seulement déplacé la confiance, de l’objet qu’on peut vérifier vers les hommes qu’on préfère croire. Et un marché où plus personne ne compte les feuillets est un marché où, à la longue, les feuillets finissent par manquer — cela s’est toujours su, et cela s’est toujours vérifié, précisément parce que personne ne vérifiait.

Ne collationnez donc plus, amis bibliophiles : vous achèterez plus vite, vous revendrez plus aisément, et vous laisserez à vos héritiers la surprise de l’inventaire. La Guilde, pour sa part, continuera de compter. Par honnêteté, disent nos statuts. Par insolence, je le crains — c’est-à-dire par fidélité.

GUILDE · ML/COLLATION

Document classé : diffusion restreinte.

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À lire ensuite

Le livre empoisonné de La Reine Margot

Par Barthélémy d’Arcole, Inspecteur des esthétiques bibliophiliques et des hérésies modernes auprès de la Guilde des Bibliopolicés.

Amis bibliophiles, bonjour.

Il faut, pour parler du film de Patrice Chéreau, commencer par rappeler que le bibliophile a, dans cette œuvre, sa scène. Une seule, mais qui suffit. Catherine de Médicis a fait préparer, par son parfumeur florentin René, un livre de chasse à courre dont les pages ont été enduites d’arsenic. Le volume était destiné à Henri de Navarre, son gendre protestant et désormais encombrant. Mais c’est Charles IX, joué par Jean-Hugues Anglade, qui le trouve sur la table d’Henri et l’ouvre par hasard. Il feuillette les pages. Il mouille son doigt à plusieurs reprises pour tourner les feuillets. Il meurt, des semaines plus tard, en suant le sang — l’arsenic ayant fait son office sur le mauvais lecteur. La mère a empoisonné son propre fils en cherchant à tuer son gendre. Le livre est, dans toute la scène, le seul accessoire qui agit narrativement. Il tue le roi qu’on ne voulait pas tuer.

La scène vient de Dumas, qui l’invente en 1845. Dumas la place dans une longue tradition d’empoisonnements par l’imprimé qui hantait l’imaginaire renaissant : on pensait à la Catherine de Médicis historique, à ses parfumeurs italiens, aux gants empoisonnés de Jeanne d’Albret. Ajouter le livre à cette série relevait du génie romanesque. Mais le procédé lui-même — empoisonner les pages d’un volume pour atteindre un lecteur dont on connaît les usages — appartient au folklore. La toxicologie moderne nous apprend qu’on peut effectivement déposer de l’arsenic sur du papier, qu’il s’y conserve, et qu’un lecteur qui humecte son doigt en absorbe en quantité non négligeable. La méthode est plausible. La fameuse étude sur les couvertures de livres victoriens à l’arsenic, conduite par l’université du Delaware en 2019, a même montré que de nombreux ouvrages du XIXe portent encore des traces dangereuses de pigments à base d’arsenic — non pour empoisonner leurs lecteurs, mais pour produire le célèbre vert émeraude qui ornait leurs reliures. Dumas avait inventé ; l’histoire lui a, partiellement, donné raison.

Que sait-on de l’accessoire fabriqué pour le film ? On sait qu’il a été conçu par l’équipe de Richard Peduzzi, chef décorateur de Chéreau depuis 1969, futur directeur de l’École nationale supérieure des arts décoratifs (1990-2002), puis de la Villa Médicis. Pedigree culturel français de premier rang. L’équipe a réalisé l’ensemble des décors d’intérieur en studio, principalement les appartements royaux. Le livre empoisonné a été fabriqué dans ce cadre.

Visuellement, il s’agit d’un volume relié de cuir sombre, in-quarto, à fermoirs métalliques. Le motif du plat évoque, sans les copier, les reliures françaises de la seconde moitié du XVIe siècle : médaillon central, encadrement à filets, fers azurés discrets. C’est un livre crédible à l’écran, sans être l’imitation servile d’un modèle réel. C’est précisément la démarche revendiquée par Chéreau dans ses entretiens : « réinventer la Renaissance plutôt que la reconstituer ». Le décor du film, dit-il, doit produire l’effet de l’époque sans en être l’inventaire archéologique.

À l’intérieur, le livre est, comme tous les accessoires de tournage, partiellement vrai. Les pages sont en papier vieilli, calligraphié sur quelques feuillets pour le gros plan, vierges pour le reste. Le sujet supposé du livre — un traité de chasse à courre et de vénerie, comme l’indique Dumas, correspondant à la passion connue d’Henri de Navarre et qu’on devait croire suffisante pour qu’il l’ouvre avidement — n’a pas, à ma connaissance, été identifié comme une copie d’un ouvrage historique précis. Possibilité que Peduzzi se soit inspiré de Gaston Phébus, Livre de chasse (vers 1389), monument absolu du genre, dont plusieurs manuscrits enluminés se trouvent à la BnF et qui correspondrait au XIVe-XVe pour la matière mais au XVIe pour la circulation des copies. Ou plus probablement de Jacques du Fouilloux, La Vénerie (Poitiers, 1561), parfaitement contemporain de l’action et largement diffusé. Vérification difficile sans accès aux archives Peduzzi.

Le sort de l’accessoire…

C’est ici que l’enquête bibliophilique se complique, et se révèle exemplaire. L’accessoire du film, contrairement aux manuscrits du Nom de la Rose ou aux carnets d’Indiana Jones, n’a pas, à ma connaissance, été vendu sur le marché des collectionneurs. Il n’est jamais apparu chez The Prop Gallery, ni chez Propstore, ni chez Heritage Auctions, ni chez aucun des marchands spécialisés que j’ai pu consulter. Aucune réplique commercialisée non plus, à la différence du Dragonglass ou du Nine Gates.

La raison est probablement institutionnelle. Les archives de production de La Reine Margot ont été déposées, partiellement, à la Cinémathèque française, dans le cadre d’un fonds Patrice Chéreau qui rassemble carnets, repérages, photographies, costumes. La robe de mariée écarlate d’Isabelle Adjani — sept mètres de traîne en soie légère — y figure et y est exposée régulièrement. Le livre empoisonné, s’il existe encore, devrait s’y trouver également, ou dans les réserves de production déposées par Renn Productions.

C’est une différence structurelle avec le cinéma anglo-saxon. Là où Hollywood disperse ses accessoires par voie d’enchères, le cinéma d’auteur français les conserve dans ses institutions publiques. Le livre empoisonné de La Reine Margot dort donc, en principe, dans une réserve de la Cinémathèque, accessible aux chercheurs mais soustrait au marché. C’est, pour le bibliophile, à la fois rassurant et frustrant. Rassurant, parce qu’il n’a pas été dispersé. Frustrant, parce qu’il n’est pas visible.

Il y a, dans le geste de Chéreau et de Peduzzi, une fidélité bibliophilique d’un autre ordre que celle d’Annaud. Annaud cherchait l’exactitude — les manuscrits du Nom de la Rose sont reproduits page par page. Chéreau cherchait la vraisemblance — son livre empoisonné évoque la Renaissance sans s’y soumettre. L’un fait œuvre d’archéologue, l’autre de théâtre. Tous deux, à leur manière, prennent l’objet livre au sérieux comme protagoniste. Tous deux comprennent qu’un film historique soigné ne peut faire l’économie d’une vraie réflexion sur la matérialité des livres représentés. Le bibliophile, quand il regarde ces films, voit cela.

La beauté du dispositif chez Chéreau, et ce qui le distingue à mon sens, tient à un détail souvent négligé. La mort de Charles IX par le livre n’est pas seulement une scène d’empoisonnement : c’est une scène de lecture. Pendant que le poison agit, on voit le roi lire — vraiment lire, absorbé par le texte qu’il croit destiné à son beau-frère. Le livre tue parce qu’il est lu, et il est lu parce qu’il a été bien fait. L’arsenic n’aurait servi à rien sur un volume désirable au plat mais creux au-dedans. La toxicité dramaturgique du livre dépend de sa crédibilité bibliophilique. Peduzzi le savait. Chéreau le savait. La Guilde le note.

Au lecteur curieux, je signale que les archives Chéreau à la Cinémathèque française se laissent consulter sur rendez-vous. Si quelqu’un parmi mes lecteurs identifie le livre empoisonné dans les fiches de tournage, ou — mieux encore — dans une réserve, qu’il en informe la Guilde. Le dossier reste ouvert.

Mais…. Soyez prudents en le feuilletant…

Cote Guilde : GUILDE · BA / MARGOT-1994 Document classé : diffusion restreinte — Inspection des esthétiques bibliophiliques.

6 Commentaires

  1. Merci pour cet article.
    Je reste néanmoins partisan de la collation. D’abord par honnêteté envers l’acheteur.
    Car sans aller jusqu’à la maniaquerie de certains qui s’épouvantent de l’absence d’un feuillet blanc (qu’est-ce qu’on s’en f… franchement), il est pour le moins désagréable d’acquérir un ouvrage que l’on sait contenir 10 gravures et qui à sa réception n’en renferme que 9. Celle qui manque vous gâche le plaisir des restantes.
    Et puis cela évite aussi le ridicule. Et j’ai à ce sujet un exemple tout à fait parlant. Il y a de cela quelques années je commande sur eBay « Rousseau juge de Jean-Jacques » en 2 tomes chez Cazin. Les ouvrages sont en excellent état. Les reliures, uniformes, portent des tomaisons indiquant respectivement « 1 » et « 2 ». Le premier volume renferme une page de titre mentionnant « tome premier », tandis que sur la page de titre du second on lit « tome second ». Les différences s’arrêtent là puisque tout le reste des deux ouvrages est absolument identique : en l’occurrence deux fois le premier volume. Le relieur devait être sacrément fatigué pour commettre pareille bévue. Mais, je lui pardonne davantage qu’au margoulin qui m’a vendu ces deux tomes sans se rendre compte du défaut qui les affectait. A priori une collation de trois pages aurait pourtant révélé le problème.

    • L’on n’est pas « maniaque » quand on veut qu’un livre soit complet. Or une des conditions pour qu’un livre soit complet est qu’il possède toutes ses pages, qu’elles soient imprimées ou non.

      • J’admets volontiers que le terme était un peu fort et inutilement blessant pour les bibliophiles attachés à ce type de collation. Remplaçons le par « méticuleux ».

  2. Des marques d’appartenances inattendues peuvent aussi se révéler. Le très courant recueil de Causes Célèbres de Pittaval a ainsi révélé une appartenance à un Curé qui n’ était pas encore Évêque de Quimper. Les tomes avec sa marque ont rejoint aujourd’hui l’Eveche…plus gênantes sont les coupures non signalées à la vente. On a connu un Lobineau sur les Saints de Bretagne allégé de vingt pages, et quand on s’est retourné vers l’expert d’une maison de Vente illustré de la Rue de la Grange-Bateliereil était « en vacances ». Le Lobineau mutile est resté….

  3. Instructif mais discutable. Certes un « marchand » ne se donnera pas la peine de colationner afin de conserver son entière liberté de présentation ; en revanche, un « amateur » se donnera cette peine, avant la vente afin de ne pas avoir de mauvaise surprise et après la vente afin de découvrir d’éventuels atouts auxquels le vendeur n’a guère prêté attention.

  4. Collationner peut aussi permettre de trouver des caractéristiques rares, ignorées du vendeur. Ça m’est arrivé sur un Nouveau Testament avec les gravures de Moreau le jeune (présence de la dédicace à la Convention). Mais inversement j’ai eu aussi un livre en 4 tomes, illustré, avec le bon nombre de gravures – sauf que celles du 4eme tome sont celles du 3eme. Je ne l’ai effectivement pas signalé au libraire. Dans l’ensemble, on va dire que ça s’équilibre 😉.

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