Par Olympe Marcelet, inspectrice des plateformes, des mots-clés emphatiques et des miracles tarifés du marché numérique bibliophilique.
Quand vous enchérissez sur une plateforme en ligne, vous pensez en général avoir affaire à trois parties.
Le vendeur, qui possède le livre. L’expert, qui le décrit et répond de sa description. La plateforme, qui met ce beau monde en rapport, permet la transaction et à qui vous pourrez vous plaindre.
Sur Dodecade, nouvelle venue en ligne, ces trois-là semblent curieusement être de « la même maison ». Et ce n’est pas qu’une impression de lecture : le site le publie lui-même, et les registres des sociétés le confirment.
Le tableau
Le site tient trois menus, accessibles depuis sa page d’accueil. Les voici, tel qu’il les donne.
Les vendeurs. Quatre comptes.
Prénom
Nom
Entreprise
Édouard
Gribaudo
—
Charles
Gribaudo
Librairie 54 passage Jouffroy
Laure
Gribaudo Vandamme
Librairie Bonaparte Gribaudo
Joseph
Gribaudo
Librairie du Passage Jouffroy
Les partenaires. Deux. Laure Gribaudo Vandamme, pour le Cabinet d’expertise Laure Gribaudo Vandamme. Et Florian Donadei, pour undeuxplus, société de services logistiques.
Les experts. Un seul. Kurt Salchli, libraire à Marseille.
Quatre vendeurs, quatre Gribaudo. Personne d’autre ne vend sur cette plateforme.
Ce que disent les registres
En Belgique, la SRL Dodecade est enregistrée sous le numéro 1006.297.202, au 30b cours Saint-Michel à Etterbeek, l’une des communes de Bruxelles. Elle a été créée le 22 février 2024. Trois dirigeants y figurent depuis la constitution : Charles Gribaudo, administrateur, Laure Vandamme et Florian Donadei, délégués à la gestion journalière.
Comparez avec les listes ci-dessus. Les trois dirigeants de la société y figurent tous : deux comme vendeurs, un comme partenaire logistique.
En France, la Librairie du Passage, passage Jouffroy dans le 9e arrondissement, a pour raison sociale GRIBAUDO-VANDAMME. Ses gérants successifs, publiés au BODACC, s’appellent Laure Vandamme — nom d’usage Gribaudo —, puis Joseph Gribaudo, puis Charles Gribaudo.
Ce sont les mêmes personnes des deux côtés de la frontière. La librairie parisienne et la plateforme belge ont la même direction.
Une personne mérite qu’on s’arrête sur son cas. Laure Gribaudo Vandamme dirige la société qui exploite le site, y tient un compte vendeur sous le nom de Librairie Bonaparte, et la liste des partenaires comporte un cabinet d’expertise à son nom. Trois des quatre positions du dispositif, une seule personne.
J’ajoute une ligne du registre belge qui n’est pas la moins parlante : l’activité déclarée de la société est le commerce de détail. Pas l’intermédiation, pas le courtage. Le commerce.
Une garantie annoncée qui n’engage personne
La page de présentation du site annonce un partenariat avec des libraires et un expert, et conclut que cette collaboration lui permet de garantir l’authenticité de chaque lot.
Les conditions générales disent autre chose. Le vendeur est seul responsable de la description des lots. Les biens sont vendus tels quels, avec leurs défauts et les erreurs mineures de description. La plateforme n’est responsable ni des descriptions ni des estimations. La foire aux questions ajoute que le vendeur envoie lui-même ses photographies et son texte.
La garantie affichée en vitrine ne repose donc sur personne au contrat. Et comme les vendeurs sont les dirigeants, elle revient à se garantir soi-même.
Ces mêmes conditions affirment par ailleurs que la société n’est pas propriétaire des lots mis en vente. (à ce stade, déjà, mon petit cerveau commen ce à surchauffer).
J’ai vérifié sur un lot. Lot 32 d’une vente close le 7 juin : Gilles Corrozet, Les Blasons domestiques, réimpression de 1865, reliure signée Chambolle-Duru, ex-libris du baron Jérôme Pichon, adjugé 158 €. Vendeur : Édouard Gribaudo.
Le tarif d’une maison de ventes, mais pas les obligations
Sur Dodecade.com, vous payez vingt pour cent de frais hors taxes, plus vingt et un pour cent de TVA sur ces frais. Environ vingt-quatre pour cent au-dessus du prix atteint.
Ce chiffre situe la maison. Catawiki, qui pratique réellement le courtage aux enchères, prélève neuf pour cent à l’acheteur, plus un petit forfait fixe. Dodecade en prend près de trois fois plus. On est au niveau des maisons de ventes aux enchères.
Or les conditions générales expliquent que la société pratique le courtage aux enchères et qu’elle n’est en aucun cas une société de ventes aux enchères publiques. Qu’elle n’est pas mandataire du vendeur. Qu’à la fin des enchères, le mieux-disant se voit offrir la possibilité d’acheter le lot de gré à gré.
Ces formules viennent de l’article L. 321-3 du code de commerce français, qui écarte du régime des ventes volontaires les opérations sans adjudication et sans intervention d’un tiers dans la description. Qui relève de ce régime échappe à l’agrément, au procès-verbal, à l’assurance obligatoire et à la responsabilité qui pèse sur les commissaires-priseurs.
Le tarif d’une maison de ventes, donc, et non ses obligations.
Le site lui-même semble entretenir une certaine confusion. En pied de page, on lit que Dodecade est une plateforme de ventes aux enchères en ligne. Et dans le contrat, on trouve les mots adjugé et prix d’adjudication.
Une vente par jour, cent à cent soixante-dix lots par vacation, un compte à rebours, des enchères montantes, vingt-quatre pour cent de frais, un prix d’adjudication. Tout y est, sauf le nom.
Et l’expert dans tout ça?
La colonne « Experts » ne comporte qu’un seul nom, et c’est le seul du dispositif qui ne soit ni un Gribaudo ni un dirigeant de la société. Il ne détient aucun compte vendeur, et rien n’indique qu’il décrive des biens qui lui appartiennent.
Reste une question, qui ne vise personne en particulier. Que vaut une estimation portant sur des livres mis en vente par les dirigeants de la plateforme où l’expert officie, et qui rémunéré par ces mêmes dirigeants ? Le site ne dit pas qui le rémunère, et c’est précisément ce qu’il faudrait savoir pour répondre.
Pour autant, es notices sont sérieuses, les photographies nombreuses, les provenances relevées. Celle du Corrozet vaut mieux que ce qu’on lit dans bien des catalogues de maisons agréées.
Les conditions générales accordent au consommateur achetant à un professionnel un droit de rétractation de quatorze jours, que la vente aux enchères publiques n’accorde pas.
Et un libraire qui vend ses propres livres fait son métier. Il le fait depuis toujours. Ce qui est en cause n’est pas qu’ils vendent, c’est qu’on ne le lise nulle part.
Ce qu’il faut faire avant d’enchérir
Cherchez le nom du vendeur sur la fiche du lot.
Comparez-le au tableau ci-dessus. Si c’est un Gribaudo, le vendeur porte le nom des dirigeants de la plateforme, et la notice que vous lisez est un argumentaire de vente.
Ajoutez vingt-quatre pour cent au montant affiché pour connaître votre prix réel.
Ne comptez pas sur les recours des enchères publiques. Il n’y a ni agrément, ni procès-verbal, ni commissaire-priseur…. même si vous n’êtes visiblement pas tenu de conclure l’achat…
Ces questions, je les pose sans procès d’intention et je publierai la réponse en entier si elle m’est adressée.
Du reste… Pourquoi le numéro d’entreprise publié dans les conditions générales, 0314.595.348, est-il, sauf erreur de ma part, celui du SPF Économie et non celui de la société, 1006.297.202? (le SPF Economie est le service public fédéral Économie, PME, Classes moyennes et Énergie, l’équivalent belge de notre ministère de l’Économie).
Comment la clause affirmant que la société n’est pas propriétaire des lots se concilie-t-elle avec le fait que deux de ses dirigeants vendent eux-mêmes, et que les quatre vendeurs portent le même nom ?
Qui rédige les notices et fixe les estimations ? L’expert nommé intervient-il sur les lots des dirigeants, et par qui est-il rémunéré ? Son travail est-il Vrain?
Qu’est-ce qui empêcherait d’ajouter, sur chaque fiche, une ligne indiquant que le vendeur est lié à la maison ?
Pour conclure, je n’ai trouvé ici ni fausse description ni annonce mensongère. Le travail est bon, et je le dis volontiers. Les livres de qualité.
Ce qui manque est ailleurs. Une plateforme se présente comme un tiers entre un vendeur et un acheteur. Quand ce tiers vend lui-même, quand tous les vendeurs portent le nom de ses dirigeants, quand le cabinet d’expertise partenaire porte celui de l’une d’elles et que la garantie affichée n’engage personne au contrat, il n’y a plus de tiers. Il y a une librairie qui a construit sa propre salle des ventes.
Ce n’est pas interdit. Il suffirait de l’écrire.
GUILDE · OM/PLATEFORMES-4
Constatations effectuées le 29 juillet 2026 sur les pages publiques de dodecade.com, sur la Banque-Carrefour des Entreprises belge et sur le registre du commerce français.
La lettre du bibliophile
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Barthélémy d’Arcole, Inspecteur des esthétiques bibliophiliques et des hérésies modernes auprès de la Guilde des Bibliopolicés.
Amis bibliophiles, bonjour,
Pour situer Charles Meunier (1866-1948) et comprendre la place à part qu’il occupe dans la reliure française, il faut d’abord accepter une idée que le « bon goût » de son temps réprouvait : celle qu’un décor puisse se penser vite, se vouloir neuf, et prétendre malgré tout au rang d’œuvre d’art. Entré en apprentissage chez Bénard dès l’âge de onze ans, Meunier aura exercé jusqu’aux années 1920 ; et il continue aujourd’hui encore de marquer les esprits par l’audace de ses réalisations. C’est là, déjà, la signature d’un tempérament : non pas un conservateur du bel ouvrage, mais un homme pressé d’imposer une manière.
Après cet apprentissage chez Bénard, où il demeure jusqu’à l’âge de seize ans, il devient ouvrier chez Domont, puis chez Maillard, et enfin chez Marius Michel — qu’il quitte à vingt ans pour s’établir à son compte. Tout, chez lui, on le sent, doit aller vite, très vite. Déjà installé mais encore dans la vingtaine, il peine naturellement à se démarquer du style de son dernier patron, Henri Marius Michel, qui règne alors en maître sur la création parisienne : flore ornementale, décors végétaux, cuirs incisés. Mais l’homme, on le verra, bouillonne d’idées et entend imposer son propre style. Très vite, il devient l’un des porte-étendards de la reliure emblématique, aux côtés de Pétrus Ruban, et se lance à corps perdu dans de nombreuses expérimentations, parfois hasardeuses — car, comme le souligne Devauchelle, son apprentissage rapide ne lui laissa pas « le temps de se perfectionner ni d’acquérir toute la maîtrise dont il était capable ». On tient là, d’emblée, la tension d’une œuvre entière : celle qui oppose la fièvre du créateur à la patience que réclame le métier.
Peu importe la réserve : Charles Meunier fourmille d’idées, et comme le rapporte encore Devauchelle, il répète — « Je n’en ai pas le temps, car je veux réaliser, si bon me semble, un décor par jour. » La formule pourrait n’être qu’une bravade ; elle est un programme. De fait, sa production est colossale : en 1897, Beraldi l’estime déjà à cinq cents ou six cents pièces. Il fut, du reste, le seul relieur à publier, en douze années, sept albums de cent planches chacun, reproduisant ses meilleures exécutions (1893-1905) ; ces albums étaient tirés à cent exemplaires et mis dans le commerce. Qu’un artisan songe ainsi à archiver et à diffuser sa propre production dit assez qu’il ne se voyait pas seulement en praticien, mais en école à lui tout seul.
Car Charles Meunier n’est pas seulement un grand relieur : il a également, en quelque sorte, le sens des affaires. Production colossale, mise en vente d’albums — il déménage du 3 rue de la Bienfaisance pour s’installer au 75 boulevard Malesherbes (adresse aujourd’hui occupée par le graveur Benneton), où il dispose d’une magnifique boutique qui abritera sa maison d’édition de livres et sa revue L’Œuvre et l’image. On reconnaît là un trait que j’ai déjà décrit ailleurs, chez un Octave Uzanne : celui du bibliophile qui refuse de séparer l’objet du commerce de l’objet du culte, et fait de la boutique un manifeste. Aussi ne s’étonnera-t-on pas que, là où nombre de relieurs de l’époque cherchaient la reconnaissance lors des expositions universelles, Charles Meunier ait refusé, lui, de concourir à celle de 1900 — d’une part parce qu’il ne pensait pas pouvoir obtenir le grand prix, mais aussi, ajoutait-il, pour une raison qui vaut tout un traité d’esthétique offensée : « Pourquoi voulez-vous que je donne 750 francs par mètre carré pour exposer mes reliures dans des vitrines perdues au milieu de la Classe des livres brochés, tuées par ce milieu glacial de blanc et de noir qui éloigne le visiteur ! Le jour où il y a 400 000 personnes à l’Exposition, on en trouve deux devant la reliure… et encore, ce sont des relieurs ! » Il y a, dans ce dédain calculé, plus qu’une bouderie : le refus d’un art de se laisser reléguer, la conviction que la reliure n’a pas à mendier sa place dans un décor qui la « tue ».
Tout en continuant d’exercer et de créer, il explore d’autres directions : il va plus loin que Lortic en éditant ses propres ouvrages, dont il habille les tirages de luxe de ses décors si caractéristiques. Son premier volume édité et relié de la sorte fut Les Fleurs du Mal, illustrées par Carlos Schwabe en 1900. Un peu à la manière, précisément, d’un Octave Uzanne, il fonde en novembre 1900, avec Léon Berubé, L’Œuvre et l’image, revue mensuelle de l’art contemporain et du livre illustré, qui compte trois livraisons jusqu’en septembre 1902 ; en 1904, elle devient la revue trimestrielle Les Arts bibliographiques, consacrée à la littérature contemporaine, à la technique et aux arts du livre, et s’arrête en décembre 1907. On y trouve des articles sur la reliure, bien sûr, mais aussi sur la gravure, sur la fabrication du papier, des informations bibliographiques — le tout abondamment illustré. Il pousse même la logique jusqu’à organiser une vente publique d’une partie de sa bibliothèque, autrement dit de cinquante volumes… reliés par ses soins, le 21 novembre 1908.
C’est un touche-à-tout, on le voit, et il a des idées bien arrêtées. Contrarié par les thèses développées par Beraldi dans La Reliure du XIXᵉ siècle, il publie en réponse Les Réflexions d’un praticien en marge de « La Reliure du XIXᵉ siècle » de M. Henri Beraldi. Comme dans l’ouvrage de Beraldi, on y compte quatre volumes — symétrie qui, à elle seule, sonne comme un défi. Pour Devauchelle, Meunier y « dissèque l’œuvre du bibliophile, en relève toutes les erreurs — page par page —, et prend un malin plaisir à grossir les plus insignifiantes dans le but de discréditer l’auteur — qui eut la finesse d’affecter l’indifférence ». Dans un autre ouvrage, Paroles d’un Praticien pour l’art et la technique du relieur-doreur, il s’attaque aux méthodes du collège Estienne. L’homme, on le voit, prend parti ; et il donne des conférences, pour défendre ses idées, au Grolier Club de New York en 1906, mais aussi à Paris et à Amiens. Puis il se retire en 1920, après avoir organisé une seconde vente qui fut une sorte de liquidation de toutes ses activités : il mettait en vente son atelier de relieur — repris par Conil et Septier, issus de chez Marius Michel —, tous ses livres, même ceux qui étaient encore en travaux, c’est-à-dire débrochés, cousus, ou prêts à dorer. Il s’éteint en novembre 1948.
Que l’on juge maintenant sur pièces, comme il sied à l’Inspection. Charles Meunier était un relieur exceptionnellement doué : ses reliures ne ressemblent à aucune autre, et rares sont les relieurs français dont on puisse en dire autant — certainement pas Capé ou Trautz, par exemple, malgré leur immense talent. Ses reliures sont identifiables au premier coup d’œil, comme l’est sa collaboration avec Carlos Schwabe, qui a elle aussi définitivement marqué l’histoire des Fleurs du Mal. C’est le bibliophile genevois Frédéric qui les présenta, et leur collaboration dura une douzaine d’années. Charles Meunier avait déjà relié des éditions des Fleurs du Mal, mais c’est évidemment avec son édition qu’il va se surpasser : sa réalisation durera près de quatre ans. Les bibliophiles noteront également l’extraordinaire et unique série des Œuvres complètes de Victor Hugo (Paris, J. Lemmonyer, G. Richard et Cie, Émile Testard, 1885-1895), en quarante-cinq volumes in-4 reliés par Charles Meunier en maroquin bordeaux — reliure exécutée en 1929 —, avec au total quatre-vingt-dix cuirs incisés et teintés encastrés dans chaque plat, où se lisent deux portraits de Victor Hugo et plusieurs personnages emblématiques de son œuvre, jusqu’à ces reflets nacrés dont Meunier avait le secret. Voilà le genre d’entreprise devant laquelle l’éloge s’incline : non une reliure, mais une cathédrale de cuir.
Pour l’expert de la Guilde, cette série pose du reste un cas d’école. Charles Meunier a relié trois exemplaires de cette édition — trois des cinquante exemplaires sur Japon —, mais il n’a signé que le numéro 3, le seul, du reste, dont il ait pris soin de signer et de dater chaque pièce de cuir. Le numéro 1, des libraires lyonnais Bernoux, Cumin et Masson, fut présenté à l’Exposition Universelle de 1900 et vendu pour la somme de 100 000 francs or. Le numéro 2, lui, se trouvait dans la bibliothèque du bibliophile lillois Hector Franchomme. Quant au numéro 3, il a connu le feu des enchères le 7 avril 2011, chez Aguttes à Lyon : estimé 35 000 € / 50 000 €, il fut adjugé 163 485 €. Fort de ce succès, il reparut chez Artcurial à Paris le 14 juin 2017, cette fois en lot 38 et sous une estimation autrement ambitieuse de 180 000 € / 200 000 €… où il resta invendu, ravalé faute d’enchérisseur. Les modes ont leurs caprices, et les enchères leurs bouderies : le même objet, adjugé sans peine à un prix raisonnable, se voit boudé dès qu’on lui prête des prétentions. La cathédrale de cuir est retournée dans l’ombre. Mais un exemplaire signé et daté de la main même de Meunier, sur une telle édition, n’a jamais eu à craindre l’oubli — il n’attend, comme toutes les grandes choses, que la patience de revenir.
Meunier n’était, au fond, ni un dévot du passé ni un iconoclaste gratuit. En voulant un décor par jour, en éditant ses propres livres, en fondant ses revues, en polémiquant contre Beraldi et le collège Estienne, il aura fait de la vitesse une doctrine et de l’audace une méthode. Là où d’autres cherchaient la maîtrise dans la lenteur et la reconnaissance dans les vitrines officielles, il a préféré le risque, la quantité maîtrisée, la signature reconnaissable entre toutes. C’est pourquoi, un siècle plus tard, ses reliures se reconnaissent au premier regard là où tant d’ouvrages irréprochables se confondent. L’Inspection en prend acte : les hérésies bien conduites finissent toujours par entrer au canon.
Sources : Devauchelle, Fléty, Wikipedia ; Henri Béraldi, La Reliure du XIXᵉ siècle (Paris, 1885-1887) ; de Charles Meunier lui-même, Les Réflexions d’un praticien… et Paroles d’un Praticien pour l’art et la technique du relieur-doreur ; et, pour les enchères, les notices Aguttes (7 avril 2011) et Artcurial (Paris, 14 juin 2017, lot 38, invendu).
Merci pour cette enquête. Il est intéressant de noter que la Librairie Gribaudo a longtemps officiée sur Catawiki en proposant des livres de qualité souvent supérieures a ce que lin trouve sur le site. Elle s’est constituée une liste de contacts énorme par l’entremise de ses acheteurs du monde entier puis elle a cessé son activité progressivement sur le site pour créer Dodécade…en reprenant les fichiers clients gagnés grâce à Catawiki (et Ebay). Et en débauchant au passage ce fameux ex-expert Catawiki, libraire à Marseille. Mais au-delà de tout ceci, en effet on retrouve le sérieux de la maison Gribaudo. Malgré un achat très satisfaisant de mon côté sur cette plateforme, les prix de départ et les 24% en plus, et le racolage par mail incessant, m’en ont vite détourné.
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