Le libraire le moins cher du monde: James Lackington du Temple des Muses

Amis Bibliophiles bonjour, Comment choisit-on un libraire? (A moins que ne choisisse que des livres, et que ce soient eux qui nous conduisent chez tel ou tel libraire dont on sait qu’il les propose dans sa librairie?)… Parce qu’il est spécialisé, parce qu’il est situé à côté de chez nous, parce qu’il est ouvert le week-end, parce qu’il est cher, parce qu’il n’est pas cher, parce qu’il est beau, jeune, vieux ou drôle? Au hasard?   James Lackington (1746 – 1815) avait décidé d’être un peu tout cela, et il est considéré comme ayant révolutionné le marché anglais du livre. Parti de rien ou presque, et donc pas fils de libraire, il arriva à Londres en 1773, avec quelques sous en poche avant de se lancer en librairie. Il aimait passionnément les livres, la légende dit qu’il apprît à lire seul, et souhaitait aussi mettre les livres à la disposition du plus grand nombre. Cette approche se traduisit par une approche économique très agressive avec des prix bas (mais aucun crédit) et d’autres innovations qui sont à ma connaissance restées uniques. Dans sa libraire de Finsbury Square, le Temple des Muses, (Temple of the Muses), il proposait un choix très important et son premier catalogue présentait déjà 12 000 ouvrages. Il achetait des bibliothèques entières, sauvait des invendus et publia également des auteurs de l’époque.  Le Temple des Muses est probablement la plus grande librairie de l’histoire puisqu’à son ouverture une voiture à cheval pénétra dans les murs et fit le tour des comptoirs.  La façade elle même faisait 42 mètres de haut, elle était surmontée d’une coupole qui arborait un pavillon lorsque James Lackington était dans les murs. Au centre de la librairie se trouvait un comptoir circulaire et un large escalier menait aux galeries et à des salles de lecture.  Chaque livre portait un numéro de catalogue et les prix étaient marqués dans l’ouvrage lui-même.  L’innovation la plus étonnante de Lackington reste le fait qu’il a d’une certaine façon battu sa propre monnaie: il a en effet fait fondre des jetons promotionnels d’une valeur d’un demi-penny permettant d’acheter des livres (l’ancêtre du bon d’achat si l’on veut). Ce jeton portait le portrait de Lackington sur une face et la valeur sur l’autre, autour d’une figure allégorique de la renommée. Cette face s’ornait également d’une phrase qui assurait que Lackington était « the cheapest booksellers in the world », le libraire le moins cher au monde.   Un libraire donc probablement fort sympathique aux yeux des bibliophiles: des prix modérés, des catalogues importants, un accueil élégant et une librairie où devait bien se sentir et surtout un libraire amoureux des livres: la légende veut qu’en arrivant à Londres, il se priva d’un dîner pour acheter un livre de poèmes. Il expliquait que le lendemain d’un dîner, il n’en reste plus rien, alors qu’avec un ouvrage de poésie, il pouvait vivre 50 ans et continuer d’en profiter chaque soir. H

La lettre du bibliophile

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Une Librairie sans Histoire: la librairie Baillieu

Une Librairie sans Histoire: la librairie Baillieu

Comme parfois, et avec une immense gratitude, je laisse les clefs du blog à Bertrand, qui vous propose le message du jour, « Une Librairie sans histoire », qui se trouve d’ailleurs être le 250ème message mis en ligne sur le blog.

Il est des librairies comme des hommes, certaines laissent une marque indélébile d’autres s’effacent presque à jamais soufflées par le vent de l’histoire.
Aujourd’hui les noms de Rahir, Morgand, Belin, sont connus de tous les bibliophiles. Ces librairies sont pourtant d’un autre siècle.

Demain sans aucun doute, les Bérès, Giraud-Badin, Sourget et autres rentreront chez les immortels de la librairie ancienne, à la place qui leur est due ou conférée par une myriade de bibliophiles avides de sens.

Mais qui se souvient de la librairie Baillieu ?
C’est à l’occasion de l’achat d’un lot de catalogues mensuels de cette librairie que j’ai décidé d’en savoir un peu plus.

J’ai acheté dernièrement une cinquantaine de catalogues allant du 15 août 1876 au 5 septembre 1879. Simple brochés d’une trentaine de pages environ tenues par une ficelle, imprimés sur mauvais papier bois jauni et fragile, chaque catalogue mensuel présente de 500 à 600 numéros.

Comme souvent à l’époque, le descriptif est succinct, très abrégé, mais souvent suffisant et avec quelques commentaires qui ne sont pas inintéressants.

Mais revenons à cette librairie sise au 43 du quai des Grands-Augustins à Paris, lieu bien connu pour ses boîtes de bouquinistes, aujourd’hui encore un lieu où sont installés quelques librairies anciennes réputées.

Le premier catalogue mensuel dont nous disposons pour cette librairie est le 118è et il est daté du 15 août 1876. En faisant le chemin à rebours, on en déduit, s’il n’y a pas eu d’interruption dans les catalogues, que le premier catalogue de cette librairie à du voir le jour aux environs de novembre 1866. Les catalogues dont nous disposons font donc état de la dixième à la treizième année d’activité.
L’intitulé des catalogues est le suivant : Catalogue mensuel de livres d’occasion, livres rares et curieux en tous genres, en vente aux prix marqués à la librairie Baillieu, 43 quai des Grands-Augustins, Paris.

Il y a un encart assez amusant sur la première page de tous les catalogues que nous possédons, avec le texte suivant :

« Nous prions MM. nos clients de la province et de l’étranger, à qui, pour leur éviter des frais de port plus considérables par une autre voie, nous expédions par la poste les ouvrages qu’ils nous ont demandés, de vouloir bien, en nous soldant leurs achats, ajouter au montant de leur facture les frais d’affranchissement déboursés par nous, ce qu’ils négligent quelquefois de faire. » La chose étant dite.

On peut lire également en haut du verso de la première page de chaque catalogue l’avertissement suivant :

« Les livres portés sur nos catalogues sont vendus au prix marqué à chaque ouvrage, SANS REMISE d’aucune espèce. Toute demande faite à d’autres conditions sera considérée comme nulle et non avenue et il n’y sera pas répondu. Les frais de port sont toujours à la charge du demandeur. » La chose est entendue…

Le contenu des catalogues maintenant.

On y trouve en effet de tout. Les prix vont de 1 à 5 francs pour les moins chers, jusqu’à quelques centaines de francs pour les plus chers. La moyenne se situant à une dizaine de francs seulement.

Pour 3 francs or vous aviez tout de même les Plans et profils des principales villes de la province de Bourgogne (1640), 20 cartes, vues de villes ou plan, in-8 oblong (n°97 du catalogue 118). Combien les paierait-on aujourd’hui ?
Pour 28 francs vous pouviez acheté le « fort rare » Cabinet satyrique ou recueil parfaict des vers picquans et gaillards de ce temps. Rouen, 1627, 1 vol. in-8 en demi-reliure. Exemplaire « un peu court ».

Comme souvent à cette époque, les livres les plus chers sont des livres récents. Ainsi le Moyen-âge et la Renaissance, histoire et description des mœurs et des usages, etc, publié sous la direction de Paul Lacroix et F. Peré, Paris, 1849-1851, 5 vol. in-4 brochés, est proposé au prix conséquent de 325 francs or.

Belle époque où il faisait bon acheter des ouvrages imprimés en lettres gothiques du XVIè siècle à 55 francs or (Les coutumes du pays et duché d’Ajou, 1509, chez J. Arnoul, en reliure de l’époque).
Sans être une librairie aussi importante qu’a pu l’être celle de Damascène Morgand et Charles Fatout à la même époque ; sans proposer d’aussi beaux livres (peu de reliures aux armes de grande qualité, peu de provenance rarissimes, peu d’exemplaires impeccables) ; il me semble que cette librairie pratiquait une politique des prix raisonnable à la manière d’un Jules Labitte, avec des livres de qualité honorable.

Nous ne savons presque rien de cette librairie.

Nous avons seulement trouvé un commentaire dans la Revue d’Octave Uzanne, Le Livre (bibliographie moderne), à l’année 1888, où il est écrit :

« Le catalogue de la librairie Baillieu, chez qui vous pourrez, au milieu des tablettes surchargées jusqu’à plier sous le poids, rencontrer le Plini Secondi (1536), des éditions originales de Regnard, le Molière de 1674, Le Musée Réveil, le Sacre de Louis XV, toutes sortes d’ouvrages sur les sciences occultes, les pierres gravées, l’art, et enfin un précieux manuscrit du XVè siècle contenant un roman de chevalerie espagnol, Historia de Alessandro Magno, par Goncalo de Berceo, en plus de 10.000 vers. » (Le Livre, partie bibliographie moderne, juillet 1888).

Alors je me dis, ignorais-je l’existence de ce fameux libraire parce qu’il n’a pas réussi à passer dans l’histoire de la librairie ancienne à une assez belle place ? Ou bien est-ce moi qui l’ai ignoré trop longtemps tandis que d’autres le connaissent déjà bien ?

A vous maintenant de dire. Le connaissiez-vous ? En savez-vous plus sur lui ?

Toutes les informations seront bonnes à prendre, pour le plaisir de tous ici.

En espérant vous avoir fait passer un bon moment,

Amitiés bibliophiliques,
Bertrand
Merci Bertrand,H

9 Commentaires

  1. Évidemment, si on est un libraire jeune, beau et drôle, qu’on habite tout près de ses clients, qu’on est ouvert tard et même le dimanche, qu’on a un choix important d’ouvrages, qu’on est spécialisé un peu dans tout et qu’on vend ses livres pas chers, c’est plus facile… Il me reste encore quelques critères à combler ;-)) Pierre

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