Octave Uzanne: une préface méconnue d’un ouvrage américain de référence sur la Bibliophilie, « Four private libraries of New York, a contribution to the history of bibliophilism in America »

Amis Bibliophiles bonjour,
Croisée au hasard d’une lecture dans la langue de Shakespeare, je vous propose de découvrir une préface méconnue d’Octave Uzanne, adressée à Henri Pène du Bois, un bibliophile franco-américain résidant à New York, pour ouvrir son ouvrage Four private libraries of New York, a contribution to the history of bibliophilism in America (1892).Dans l’ouvrage, Pène du Bois aborde les grands thèmes de la bibliophilie de l’époque à travers les bibliothèques de quatre bibliophiles américains de l’époque, Charles Jolly Bavoillot, Samuel P. Avery (membre du Grolier Club), Valentin A. Blacque (membre du Grolier Club) et George Beach de Forest (ex-libris par Paul Avril): considérations générales sur les éditions romantiques et la reliure, les Elzevir, la vente Fortsas, etc. agrémentées de quelques images de belles reliures signées Trautz-Bauzonnet, Cuzin ou Pétrus Ruban.Ex-libris Jolly BavoillotGeorge Beach de Forest (ex-libris par Paul Avril)Au fil des pages, Pène du Bois s’affirme comme un « Uzanne d’outre-atlantique », le style gentiment emphatique en moins, ce qui est assez agréable il faut bien l’avouer. Pour un francophone qui parle correctement anglais, j’oserais dire que la lecture du Pène du Bois en anglais est finalement plus aisée que celle d’un texte d’Uzanne en français. On notera que si le livre est en anglais, la préface d’Uzanne elle, n’a pas été traduite et est proposée en français dans l’édition américaine.
Pour revenir à Uzanne, on ne sait s’il a croisé Pène du Bois, et il précise dans son texte qu’il n’a jamais eu l’ouvrage sous les yeux avant de le « préfacer ». 

« Vous voulez bien, cher Monsieur, m’annoncer votre prochaine publication, « Quatre bibliothèques Particulières de New York », qui doit servir par la suite, à l’Histoire de la Bibliophilie en Amérique ».Vous ajoutez qu’il vous serait agréable de publier quelques lignes de moi en tête de ce « Livre d’or » des amoureux du livre aux Etats-Unis, et je me rends aussitôt a votre invitation, d’autant plus volontiers que je suis en quelque sorte le parrain de cet ouvrage, dans l’ancien Livre ou vous eûtes accès comme rédacteur correspondant pendant plusieurs années : je ne saurais l’oublier.
C’est, sans aucun doute, en mémoire de ce parrainage qu’il vous convient de me demander si je veux bien agréer la dédicace de ce livre curieux, et c’est également en souvenir de nos bonnes relations qu’il me plaît d’accepter cet hommage lointain. J’ai grand désir curieux de lire votre étude, principalement parce qu’elle traite de quatre célèbres cabinets new-yorkais dont les « bibliothèques merveilleuses » hantent souvent les conversations des amateurs de Paris avisés sur la bibliophilie du Nouveau Monde.Parmi ces amateurs d’outre-atlantique, dont vous allez être le bibliographe , deux font partie de la Société des « Bibliophiles Contemporains » et, a ce titre, déjà ils me sont chers; deux autres sont membres du « Grolier Club… et amicorum, c’est-à-dire qu’ils détiennent chez eux des reliures aux ors éclatants signées par Derôme, …. et autres « ensoleilleurs de maroquins ».
Comment voulez-vous que je ne m’intéresse pas à de tels Mécènes des beaux livres lorsque je crois savoir que l’un d’eux est M. Jolly Bavoillot, un des plus fervents bibliognostes du globe qui jadis, en de longues lettres ardentes et spirituelles, me faisait communier avec ses enthousiasmes; quand je perçois qu’un autre répond à la caractéristique bibliophilesque de M. George Beach de Forest dont j’ai ouï dire merveille et que les Biblio-Contempo sont heureux de compter dans leur sein.Votre livre, cher Monsieur, sera apprécié par tous les français dilettantes de livres car la bibliophilie possède une langue universelle qui défie tous les volapük du monde et qui ne réclame aucun interprète. 
Il sera, j’en suis assuré, fort bien accueilli à Paris, aussi bien qu’à Londres et nos bons amis les Russes ne seront pas insensibles à l’éloquence des beautés décrites par vous. Si je n’étais pas rivé à mes constants labeurs sur les quais de la Seine, et s’il m’était donné de saisir le loisir de quelques semaines nécessaires pour passer au pays du « Grolier Club », j’aimerais vous voir pour « cicerone » dans ces mirifiques librairies dont vous vous êtes faits l’annonciateur (NDLR: Uzanne traduit mal library en librairie, au lieu du bon mot, « bibliothèque »). 
Je suis sûr qu’à New-York, parmi vous, je me sentirais dans une intimité amicale, douce et pénétrante, car la passion du livre unit tous ceux qui en sont atteints et il ne peut y avoir ni gêne ni froideur lorsque les mains palpitent sur de nobles maroquins et qu’une admiration mutuelle extasie à la fois le visiteur et son hôte.Les relations, du reste, deviennent chaque jour plus cordiales entre bibliophiles d’Amérique et de France; bientôt, grâce aux sociétés, aux revues spéciales, aux visites,et aux fréquents échanges d’idées, l’entente sera parfaite et on devra aux livres qu’il n’y ait plus d’océan.
Il y en a toutefois un à cette heure, et je dois à cet infini aquatique de n’avoir pu lire votre ouvrage, fût-ce en épreuves, afin d’avoir le plaisir de le préfacer.
Il m’eût été agréable d’y placer une ouverture à ma façon, en connaissance de matière. Laissez moi cependant, faute de ne pouvoir mieux faire, souhaiter à vos quatre mono-bibliographies (NDLR: on constate qu’Uzanne n’a effectivement qu’une très mince idée du contenu de l’ouvrage qui finalement, ne se présentera pas sous la forme de ces quatre mono-bibliographies), un succès continental, et croyez, cher Monsieur, à mon amicale confraternité et à l’expression de mes sentiments de haute bibliomanie sympathique.
Octave Uzanne. »
La lecture du Pène du Bois est naturellement recommandée…
H

La lettre du bibliophile

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Le Catalogue des Gothiques Français, de Guy Bechtel

Le Catalogue des Gothiques Français, de Guy Bechtel

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose ce soir un article de Gilles sur l’une de ses dernières lectures, qui pourrait devenir rapidement un nouvel ouvrage de référence, le « Catalogue des Gothiques français ».Voici un nouvel ouvrage de référence (découvert à la librairie Giraud-Badin à Paris). Monsieur Guy Bechtel est un bibliophile confirmé passionné et érudit. Il est l’auteur du meilleur livre actuellement disponible en français, à mon avis, sur Gutemberg (Gutemberg et l’invention de l’imprimerie, une enquête, Paris, Fayard, 1992. 697 pp.). Aujourd’hui il nous livre le fruit de ses recherches sur les livres en français imprimés en caractères gothiques de 1476 à 1560, sous la forme d’un “Catalogue des Gothiques français”, tiré à 150 exemplaires et édité chez l’auteur, 162 boulevard Berthier à Paris et vendu 160 euros (dépôt légal: mai 2008).
Guy Bechtel aime les gothiques et les défend bien. Ce livre représente cinquante années de glanes de références dans les salles de ventes, les librairies, les bibliothèques (Bnf, Deutsche Staatsbibliotheck , Arsenal, Mazarine, Bibliothèque de Médecine, Strasbourg, Méjanes, Blois, Chantilly et tant d’autres), les annales des ventes, les bibliographies et ces dernières années sur internet.
La préface cerne cette recension et situe les livres de langue française imprimés en gothique par rapport à ceux qui le furent à la même époque en romain. Statistique à l’appui Guy Bechetel démontre que le mouvement savant et italianisant ou déclaré moderne se tourna vers une édition en romain devenu le caractère des clercs, des humanistes, des réformés. Dans le même temps, la littérature populaire, l’histoire merveilleuse, les textes proches de la vie quotidienne en droit ou en religion conservèrent l’impression en caractères gothiques, graphie issue du Moyen Age français qui semble ainsi chevaucher dans le temps la période dite Renaissance. Pour faire court et ne pas paraphraser l’auteur je dirais que si Sophocle ne se trouve pas en édition gothique, le roman de chevalerie “Ogier le Danois” n’a pas de raison d’être imprimé en romain.Les 784 pages de ce livre in-4 décrivent ainsi 6 171 éditions. Les livres d’heures gothiques ne sont pas recensés, on peut le regretter mais il existe il est vrai d’autres ouvrages, considérables, anciens et récents, qui s’y intéressent. Les livres sont classés par ordre alphabétique d’auteur ou de titre si le livre est anonyme (mais il existe parfois des rappels si vous ne connaissez pas l’auteur). Pour les titres le parti a été pris de retenir le premier substantif significatif du titre. Chaque édition reçoit un numéro d’ordre précédé de l’initiale de l’auteur ou du titre ce qui facilitera la référence bibliographique. Chaque notice donne le titre sinon in extenso au moins dans une forme suffisamment précise pour éviter les confusions, la collation et le format, un commentaire descriptif. Enfin la dernière entrée (mais non la moins intéressante) biblio./ex. Signalés donne les exemplaires que l’auteur a croisés ou repérés et ceux passés en vente ou en librairie avec leur prix. Pour de très nombreux ouvrages l’auteur nous gratifie d’une note de présentation souvent essentielle.
De nombreuses reproductions de bois gravés ou de pages de titre hors échelle émaillent l’ouvrage mais ce n’est pas un corpus de reproductions. Un regret: la collation des bois gravés n’est pas toujours donnée avec précision, mais cela tient peut-être aux exemplaires rencontrés par l’auteur qui invite, modestement, le lecteur à lui faire part des omissions constatées.
Cet ouvrage a le mérite inégalé de faire le point sur des livres souvent composites et maintes fois réédités ou remaniés, où les collations varient extrêmement comme les illustrations de Gaule de Jean Lemaire de Belges, la mer des Histoires, les Annales de Gilles Nicole, les Annales d’Aquitaine de Jean Bouchet, les Mystères des frères Gréban. Mais on y trouve aussi bien sûr les oeuvres originales ou princeps des conteurs et des poètes comme Rabelais, Guillaume de Lorrys, Villon, ou Habert.Au final, ce livre est une “somme” érudite pratique et plaisante à la fois et surtout nécessaire.
Merci beaucoup Gilles.
HP.S.: comme vous le savez peut-être je démarre un nouveau travail, dans une nouvelle ville, demain matin. Il est possible que j’ai quelques difficultés à poster des messages dans les jours qui viennent. Merci de votre compréhension.

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