Octave Uzanne : Petit voyage au pays de l’esthétisme fin de siècle.

Amis Bibliophiles Bonjour,

Jour de vacances! C’est aujourd’hui Bertrand qui s’y colle et vous propose un article sur Octave Uzanne. Je lui cède la parole. »Ce n’est pas des livres que je vais vous entretenir mais d’un livre et de son auteur en particulier.

Le paroissien du célibataire. Observations physiologiques et morales sur l’état du célibat par Octave Uzanne.
Cet ouvrage a été publié avec luxe en 1890 chez May & Motteroz, les successeurs de la très renommée Maison Quantin, spécialisée dans les belles éditions.

C’est un grand in-8 de 295 pages imprimées sur un beau papier vergé des Vosges. Le tirage total est limité à 1.100 exemplaires.
Ce délicieux volume à la couverture fragile gris cendré et imprimée de caractères dorés et cuivrés est d’un effet étonnant. Le volume s’ouvre sur un très joli frontispice gravé à l’eau-forte par E. Gaujean d’après Albert Lynch, comme les autres illustrations du livre d’ailleurs. Chaque chapître est en effet surmonté d’une belle vignette à mi-page également à l’eau-forte, du plus bel effet. La page de titre est également ornée d’une belle vignette érotisante.
On peut lire à la fin du volume que cet ouvrage a été ébauché, illustré et gravé en 1887 bien qu’il n’ait été composé et achevé d’imprimer sur les presses typographiques et en taille-douce de l’ancienne Maison Quantin, à Paris, que le 10 décembre 1890. La genèse des beaux ouvrages est toujours laborieuse et incertaine ! Preuve en est.
Le résultat est à la hauteur de l’attente il me semble. Très beau volume à la mise en page très soignée, à la typographie et au tirage des gravures irréprochable, auquel s’adjoint un texte savoureux à plus d’un titre, que je vous laisse découvrir.
Octave Uzanne ! Ah la belle affaire !
Comme je crois que chacun de nous a son demi-dieu dans le dos ou sur son épaule qui le surveille et lui empêche de commettre l’irréparable, je me garderais bien ici de refaire en 20 lignes la biographie d’un homme de lettres qui a beaucoup compté pour son époque.
Je dirais simplement qu’Octave Uzanne est né à Auxerre en Bourgogne en 1851 et est décédé à Paris en 1931. 80 ans d’une vie bien remplie dont presque les deux tiers consacrés à la bibliophilie et au livre en général, mais aussi à la Femme, objet de tous les cultes et de toutes les attentions, pour cet éternel célibataire militant.
Il débute en littérature avec les Caprices d’un bibliophile (1878), poursuit avec le Bric-à-Brac de l’Amour (1879) puis le Calendrier de Vénus (1880) et les Surprises du Cœur (1881), petites productions midinettes dont le titre donne assez l’idée du contenu. Ce sont toujours de beaux petits livres, bien imprimés et tirés sur beaux papiers pour les bibliophiles.

Au début des années 1880 Octave se lance dans l’aventure éditoriale périodique en fondant une revue entièrement consacrée au livre, à l’édition mais surtout aux productions bibliophiliques de tous les âges, Le Livre (1880-1889, 21 tomes reliés en 10 gros volumes). Revue génialissime et unique à mon goût. Très difficile à trouver aujourd’hui à un prix abordable, elle est cependant accessible sur le site de Gallica en version numérisée. Cette revue sera suivie par une autre, éphémère, Le Livre moderne (1890-1891, 4 volumes), puis par encore une autre, éphémère également, L’art et L’idée, Revue contemporaine ou Dilettantisme littéraire et de la curiosité. (1892, 2 volumes). Entreprises toutes collossales et très novatrices.
Tout en gérant ces revues, en écrivant de nombreux articles, de nombreux autres livres sortent de sa plume au fil de ces années 1880-1895.

· L’Éventail. Paris: A. Quantin, 1882.
· L’Ombrelle, le gant, le manchon. Paris : A. Quantin, 1883.
· Nos Amis, les livres. Paris: A. Quantin, 1886.
· La Française du siècle : modes, mœurs, usages. Paris : A. Quantin, 1886.
· La Reliure moderne artistique et fantaisiste. Paris, Édouard Rouveyre, 1887.
· Le Miroir du Monde, notes et sensations de la vie pittoresque. Paris: Quantin, 1888.
· Les Zigzags d’un curieux : causeries sur l’art des livres et la littérature d’art. Paris: Quantin, 1888.
· Physiologie des quais de Paris, du Pont Royal au Pont Sully. Paris: May et Motteroz, 1892.
· Les Ornements de la femme : l’éventail, l’ombrelle, le gant, le manchon. Paris : May et Motteroz, 1892. [Reprise remaniée de L’éventail (1882) et L’ombrelle, le gant, le manchon (1883)]
· Vingt jours dans le Nouveau Monde. Paris : May et Motteroz, 1893.
· Contes pour les bibliophiles (en collaboration avec Albert Robida). Paris: Quantin, 1894.
· La Femme à Paris : nos contemporaines, notes successives sur les Parisiennes de ce temps dans leurs divers milieux, états et conditions. Paris : Quantin, 1894.
· Dictionnaire bibliophilosophique, typologique, iconophilesque, bibliopegique et bibliotechnique à l’usage des bibliognostes, des bibliomanes et des bibliophilistins. Paris : Imprimé pour les Sociétaires de l’Académie des beaux livres, Bibliophiles contemporains, 1896.
· La Nouvelle Bibliopolis. Paris: Henry Floury, 1897.
· L’Art dans la décoration extérieure des livres en France et à l’étranger : les couvertures illustrées, la reliure d’art. Paris : L.-H. May, 1898.
· Monument esthématique du XIXe siècle : les modes de Paris, variations du goût et de l’esthétique de la femme, 1797-1897. Paris : L.-H. May, 1898.

Il devient le fondateur d’une Société de Bibliophiles avant-gardistes Les Bibliophiles Contemporains, Académie des Beaux Livres. Tout est dit.

Ce BookClub très restreint d’à peine plus de deux cent membres, éditait avec force illustrations et sur de magnifiques papiers, des auteurs contemporains et illustrés par de talentueux artistes sinon d’avant-garde tout au moins peu connus encore à l’époque. Cette Société de Bibliophiles se voulait découvreuse de talents et promotrice de succès. Cela a été le cas pour certains. Les « Biblios Contempos » ont vécu quelques années. Le temps a passé.

Après avoir usé ses thèmes, le livre, la femme, le livre, la femme, comme une rengaine un peu trop servie à plaisir il faut bien l’avouer… (Uzanne il faut le dire a usé son sujet plus qu’il n’aurait du).

Uzanne s’est fatigué des livres et de la bibliophilie. Il a même été jusqu’à vendre sa bibliothèque vers la fin du siècle !

Les 30 dernières années de sa vie, même si elles sont moins palpitantes pour le bibliophile et l’esthète qui dort en chacun de nous, n’en sont pas moins intéressantes. Il va durant ce temps écrire pour les journaux, faire des livres de compilations, faire une introduction remarquée pour les Œuvres de Casanova, écrire une biographie de Barbey d’Aurevilly, etc. Pour s’éteindre un peu dans l’anonymat il est vrai.
Aujourd’hui auteur mineur de la fin du XIXè siècle, il a été pourtant l’ami des plus grands, de Huysmans en passant par Rémi de Gourmont. De par son métier de revuiste il a été en contact avec les Paul Lacroix, les Jules Brivois et autres Drujon, Gustave Brunet, etc.

Il reste à mes yeux un des principaux acteurs dans cette avancée phénoménale de la Bibliophilie et de l’Esthétisme fin de siècle qui toucha Paris et la France en général dans les années 1880 et suivantes.

Bibliophilie que certains jugeront artificielle, certes, mais qui a permis mettre en lumière des talents divers et variès tels ceux de Marius-Michel pour la reliure ou Albert Quantin ou Conquet pour l’édition de luxe. Mis en lumières également des artistes du livre comme Félicien Rops ou Félix Buhot (à découvrir vraiment pour ceux qui ne connaissent pas).

J’ai intercalé tout le long de cet article quelques illustrations qui appartiennent au Paroissien du célibataire afin que chacun ici puisse se faire une idée de la qualité des ouvrages qu’il produisait. A vous de juger.

Question pour tous ici sauf pour Jean-Paul qui maîtrise l’Uzannisme sans aucun doute mille fois mieux que moi :

Connaissez-vous le point commun qui existe entre Octave Uzanne et Alfred Hitchcock ? Il y en a un pourtant un !

Je vous laisse le découvrir en image dans les illustrations de cet article. (réponse en commentaire pour tous ensuite si aucun n’a trouvé).

Dernier mot. Uzanne est resté célibataire toute sa vie. Grand amateur de femmes pourtant, c’est de trop les aimer disait-il qu’il préférait sa liberté et leur laisser la leur… Tel un papillon diurne et nocture tout à la fois, il n’a jamais pu se poser dans le berceau du mariage, ni fonder une famille.

PS : Mon demi-dieu (qui se reconnaîtra j’espère) me pardonnera d’avoir émis quelques jugements peut-être un peu hasardés sur l’homme et l’œuvre, mais c’est ainsi que je l’ai vu, ressenti et compris, tout au moins au fil de mes nombreuses lectures uzannesques. Toutes corrections sont bonnes à faire.

Ah ! J’allais oublier. L’exemplaire que j’ai entre les mains a été dédicacé par Octave Uzanne à son ami le grand critique d’Art et ami des peintres impressionnistes et avant-gardistes Roger Marx (1859-1913).
Lorsque Uzanne lui offre se volume, vers la fin de 1890 ou au début de 1891, avec la dédicace « à Roger Marx, au Bibliophile, au curieux, en sympathie d’art. Octave Uzanne. », Roger Marx a 31 ans et Van Gogh vient de mourir.

L’Art et l’Idée, tout est Un, Uzanne avait très certainement raison de les vouloir voir vivre ensemble.

En espérant que vous avez pris autant de plaisir à la lecture de ce billet que j’en ai eu à vous le proposer,

Bertrand » Merci Bertrand,H

La lettre du bibliophile

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Portrait de Gonzalo… Le Bibliophile qui aime les « pseudos »

Portrait de Gonzalo… Le Bibliophile qui aime les « pseudos »

Amis Bibliophiles Bonsoir,
L’une des choses qui me frappent régulièrement en lisant vos commentaires sur le blog, c’est leur pertinence et la qualité des intervenants.
Voici le portrait d’un nouveau venu, qui intervient régulièrement sur le blog, Gonzalo…
Bonjour Gonzalo, pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre bibliothèque?
Gonzalo, vingt-deux ans, étudiant en histoire. Je rédige actuellement, dans un cadre universitaire, un mémoire sur un imprimeur français du XVIe siècle.
Ma bibliothèque s’est constituée récemment. Après mon baccalauréat, il y a quelques années (j’étais alors en khâgne), j’ai commencé à acquérir des livres chez des bouquinistes ou chez Emmaüs, sans même trop savoir ce que j’achetais. J’allais au moins deux fois par semaine chez un bouquiniste, parfois tous les jours, et j’y raflais systématiquement ce qui venait d’arriver. J’ai énormément lu à cette époque. Un peu de tout, des classiques français que l’on me faisait étudier en cours, mais aussi des auteurs moins connus. Ma bibliothèque a donc grandi très vite. Depuis trois ou quatre ans, je me débarrasse progressivement des livres qui m’encombrent (voilà ce qu’il en coûte d’acheter n’importe quoi !). Le nombre de volumes de ma bibliothèque progresse de manière beaucoup plus raisonnable, mais elle gagne en qualité. Je n’ai pas une bibliothèque très importante (j’imagine que vos lecteurs en ont de bien plus belles et de bien plus complètes). Je pense posséder environs 800 volumes, je n’ai jamais pris la peine de les compter. Environs un quart constitue une « bibliothèque de travail », ouvrages de sciences humaines, d’histoire et d’histoire du livre. J’essaie actuellement, compte tenu de mes études et de mon goût pour le livre ancien, de me constituer un petit fond d’usuels d’histoire du livre. Le tout est entreposé dans des meubles de pin que j’ai fait moi-même. Une partie vitrée accueil les livres un peu rares ou anciens, ou qui me sont chers. Je suis toujours à la recherche du mode de classement idéal, qui mériterait une discussion sur le blog ! Depuis quand la passion de la bibliophilie s’est-elle emparée de vous?
Depuis peu, depuis toujours… Je suis issu d’une famille très attachée à la littérature, au texte, mais la dimension matérielle lui échappe dans une certaine mesure (non qu’elle l’ignore complètement, mais elle ne s’y intéresse que peu). Il y a cependant toujours eu une bibliothèque intéressante à la maison (bibliothèque parentale dans laquelle je puise allègrement). J’ai commencé à éprouver le besoin de posséder un livre lorsque j’ai véritablement commencé à aimer lire (c’est-à-dire ne pas aimer tout lire), le jour où j’ai su dire que Sartre m’ennuyait et que San Antonio m’enthousiasmait (j’assume!). Mais je ne m’autorise de réelles dépenses que depuis un an environ, lorsque j’ai commencé à lire des études bibliographiques et bibliophiliques, lorsque je me suis formé à l’histoire du livre (par curiosité et besoin estudiantin, car j’ai la chance de pouvoir mélanger mes études et mes passions !). Je n’ai commencé à acheter des ouvrages « un peu cher » (selon mes moyens…) que lorsque j’ai su (ou cru savoir) ce que j’achetais. Je me sentais incapable de juger de la qualité d’un exemplaire auparavant. Je me sens un tout petit peu plus capable désormais, même si je fais encore des erreurs et de mauvais choix… Je continue à apprendre. J’ai également eu la chance de pouvoir entrer en contact avec des gens d’une rare compétence notamment grâce à mes études. J’ai comme professeur l’un des meilleurs spécialistes français des incunables. J’ai pu, au cours de mes recherches, discuter avec de nombreux conservateurs de bibliothèques. Je bénéficie également des conseils avisés d’un libraire avec qui je suis en contact. Il me semble important, lorsqu’on est amateur débutant, de bien s’entourer, d’avoir des gens à qui l’on peut demander conseil, et qui peuvent également nous orienter, ou nous ouvrir à de nouveaux horizons. Votre blog joue aussi, dans une dimension moins « personnelle », ce rôle.

Quels sont vos domaines de prédilection, ou votre approche est-elle éclectique et vous fonctionnez au coup de coeur?
Je le répète, je débute. Je n’ai pas de domaine de prédilection, mais j’ai déjà eu bien des coups de coeur. Je possède assez peu d’ouvrages rares de toutes façons. Mon objectif pour l’instant n’est pas de constituer « un fond » : je veux juste pouvoir feuilleter des livres agréables de temps en temps. Mon approche changera certainement à l’avenir, mon goût va peut-être s’affirmer, ou s’orienter vers des domaines particuliers ; mes connaissances se complèteront sans doute, et je chercherai alors des choses beaucoup plus précises. J’imagine que les bibliophiles chevronnés qui vous lisent sont passés par là (dites moi si je me trompe!). Je me soucie assez peu, pour le moment, de la « cohérence » de ma bibliothèque: je pars du principe qu’une bibliothèque est forcément cohérente si une seule personne l’a composée. Et puis, la variété ne m’a jamais dérangé!
J’ai quand même une curiosité très prononcée pour tout ce qui touche à l’histoire de la typographie et aux caractères de formes particulières (expérimentations et novations diverses et variées). C’est sur ce genre d’ouvrages que mes yeux se posent lorsque je feuillette des catalogues de libraires… Les grecs du Roi me font rêver bien sûr, mais aussi les caractères gravés par Pierre Moreau au XVIIe siècle, ou les italiques aldines, par exemple. Je suis par exemple ravi d’avoir pu dénicher un modeste petit opuscule assez tardif (1785), imprimé en caractères de civilité, vraisemblablement un livre de colportage si j’en juge à la simple couvrure de parchemin qui fait office de reliure. Un ouvrage qui, sans être une acquisition phénoménale, n’a pas cessé de me réjouir par sa typographie. Je revendique cette approche plus matérielle que littéraire des livres rares ou anciens (en tous cas pour certains d’entre eux).

Où achetez vous vos livres? Internet, salons, libraires?
Pour la (toute petite) partie bibliophilique de ma bibliothèque, internet vient en tête: ebay bien sûr (mais prudemment), sites de libraires, site du SLAM. Internet est une véritable révolution pour les amateurs. J’ai tendance à penser que les critiques virulentes auxquelles s’adonnent un certain nombre de libraires et de bibliophiles sont vaines. Ma génération étudie, travaille, consomme et se détend avec internet. Les gens de mon âge savent pour la plupart se méfier des pièges du web. L’internet est un outil qui permet de consulter les catalogues de libraires ou de vente partout dans le monde. Plus besoin d’aller consulter l’énorme catalogue imprimé de la BnF, ni même le NUC! Le Catalogue collectif de France est également un outil d’une redoutable efficacité. Sans compter la grande quantité d’usuels qui ont été numérisés et sont désormais disponibles gratuitement (Brunet, Vicaire, Barbier, et la « biographie universelle » de Michaud sont désormais dans mon disque dur). C’est fabuleux! Je suis, vous l’aurez compris, un partisan résolu de l’utilisation du net (sans être aussi enthousiaste en ce qui concerne ebay).
J’achète aussi bien sûr chez des libraires. Parfois également en salle des ventes : ce sont des endroits où il est assez facile de faire des affaires.
Je n’ai jamais rien acheté sur un salon ; je n’ai à vrai dire pas tellement fréquenté de salons, même si un libraire que je connais bien a accepté de m’accueillir sur son stand pendant le salon du livre ancien au Grand Palais en 2007. Les tarifs pratiqués sur les salons sont souvent plus élevés qu’en catalogue, mais ces événements offrent l’avantage de rassembler un grand nombre de libraires, qui rassemblent eux-mêmes le meilleur de leur fonds. Cela présente un intérêt évident, me semble-t-il, pour l’amateur. Un salon comme celui de Paris doit aussi être envisagé comme un grand espace d’exposition (ha ! le stand de la librairie Tenschert…!). Pas obligé d’être acheteur pour y trouver de l’intérêt!

Quel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?
Beaucoup de livres me font rêver. Entre autres, les incunables, les très belles impressions du XVIème siècle (allez, une au hasard qui m’a marqué lorsque j’ai commencé à m’intéresser au livre: la bible polyglotte plantinienne), les « Étrennes de poésie françoise en vers mesurés » de Jean-Antoine de Baif (1574), le »De Re diplomatica » de Mabillon (1681), l’E.O. de Tristram Shandy (1759), et toutes autres très belles, très importantes ou très étonnantes choses… Je l’ai déjà dit dans un commentaire sur le blog, je préfère réfléchir en terme d’exemplaire plus qu’en terme de titre. Un texte de peu d’intérêt peut devenir désirable s’il est bien relié. Je n’achèterai pas (ou alors à vraiment très bas prix) un livre s’il est incomplet, dérelié, sans marge, ou trop sale. Je rêve parfois à des textes dont je ne connais rien en voyant une belle typographie ou une belle reliure. Je rêve aussi parfois de posséder des beaux exemplaires de grands textes que je n’ai lus qu’en poche… L’amateur de livres rêve beaucoup! L’un des livres qui m’est le plus cher est mon premier achat « bibliophilique ». Un ouvrage qui ne vaut à peu près rien d’un point de vue économique (un tome seul [sur six!], auquel il manque la plupart des gravures), mais qui m’est toujours cher. Il s’agit du deuxième tome du Traité de Diplomatique de Toustain et Tassin (1755). Toustain et Tassin, deux bénédictins de la Congrégation de Sainte-Maure, prennent la relève de Mabillon et rédigent un énorme traité de diplomatique (« l’art de déchiffrer les chartes et les diplômes »). Avec Mabillon, Toustain et Tassin inventent la paléographie et la critique scientifique des sources historiques. Témoignage émouvant pour un étudiant en histoire que celui de sa discipline en train de naître! Un volume in-quarto, relié plein veau, avec de très belles planches reproduisant divers type de documents (monnaies, inscriptions lapidaires, chartes, etc.). Les formes de lettres anciennes sont souvent reproduits en plein texte (ont-ils gravés des poinçons et fondus des caractères pour cette unique impression? j’en rêve!). J’ai acquis très récemment une impression didonne de 1783 très bien conservée, sous une reliure à plaque romantique (Restauration, pour être précis) que je me plais à attribuer à Bibolet (sans autre preuve que le style et une roulette… un peu léger, je sais!). C’est la seule belle reliure que je possède. Rien de trop fastueux, mais je l’aime beaucoup.
Je me suis également offert il y a plusieurs mois l’un des 55 exemplaires du tirage de tête (sur vergé d’Arches) de « Pseudo » d’Emile Ajar/Romain Gary. Gary est certainement l’auteur français auquel je suis le plus attaché, et Pseudo est l’un de ses livres les plus fort. Je tenais à en posséder un bel exemplaire. J’attends d’avoir un peu plus de moyens pour donner à cet ouvrage la reliure qu’il mérite. Il patiente en attendant dans son aquarium de papier cristal…

Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter, sur une trouvaille, un livre, autre chose qui touche à la bibliophilie?
Une simple anecdote. Au cours de mes recherches sur un imprimeur du XVIe siècle, en visite dans une bibliothèque municipale, j’ai eu la chance de tomber sur un exemplaire sorti de ses presses et entièrement constitué d’épreuves d’imprimerie, corrigées à la main, qui n’était pas référencé comme tel dans le catalogue. J’en ai été stupéfait! C’est pour moi une source importante, d’autant que l’on connaît assez peu d’exemplaires d’épreuves pour l’imprimerie du XVIe siècle. Ce sont des deuxièmes épreuves, avec assez peu de corrections, mais avec des particularités typographiques intéressantes: grandes capitales utilisées « en vrac » (sans dessus/dessous) pour caler le texte dans la galée, italiques capitales manquantes et complétées par de simples traits (ce qui me renseigne sur l’état des casses d’italique dans l’atelier de mon imprimeur). C’est pour moi une trouvaille passionnante sur laquelle je travaille encore. Enfin, vous êtes un visiteur fidèle du blog… qu’en attendez-vous?
Qu’il me cultive, qu’il m’informe, qu’il me détende aussi, et qu’il crée des rapports entre les amateurs. L’amour du livre est une belle chose, autant le cultiver. Autant le partager, en partageant des connaissances, comme vous le faites et comme le font vos lecteurs dans leurs commentaires. J’apprends beaucoup à vous lire, et vous encourage vivement à continuer. Merci pour l’honneur que vous m’avez fait en me posant ces questions, j’espère n’avoir été ni trop long, ni trop ennuyeux… Il est toujours délicat de trop parler à la première personne!
Merci!H
Légende des images : 01 – Deux pages du traité de « La Civilité qui se pratique en France », Orléans, Rouzeau-Montaut, 1785.02 – Détail du même ouvrage.03 – E.O. de « Pseudo » d’Emile Ajar: tirage courant (droite) et grand papier (gauche), PAris, Mercure de France, 1976.04 – Confrontation des deux pages 38 du même ouvrage. Grand papier (et grande marge!) à gauche, tirage courant à droite).08 – Isocrate, Orationes et Epistolae (grec et latin), Paris, Jean Libert, 1621. Détail.10 – Toustain et Tassin, » Nouveau traité de Diplomatique », t. II, Paris, Guillaume Desprez, 1755. Titre.11 – Ibid. Incipit. 12 – Ibid. Incipit (2).13 – Ibid. Une planche.14 – Ibid. Une plance.

40 Commentaires

  1. Salut:
    Je suis en train de faire un ‘Bibliodictionaire ‘ en mon *vlok: 'Biblioaprenent', j'ai trouvé le livre de *Uzanne: Dictionnaire bibliophilosophique, typologique, iconophilesque, bibliopegique et bibliotechnique à l’usage des bibliognostes, des bibliomanes et des bibliophilistins (1896), me plairait savoir, si se possible, la définition ou la traduction au catalan des *parauless : *Bibliopegique, *Bibliophilosophique *y *Bibliophilistins.
    Merci beaucoup.
    Xavier – *Biblioaprenent.
    ((pardon pour mon français)

  2. Bonjour à tous,

    Octave Uzanne est depuis dix années mon grand héros. J'ai écrit un article dans "Jaarboek van het Nederlands Genootschap van Bibliofielen, 2007" (=Annuaire du Société des Bibliophiles Néerlandais) : "L'amour des livres à Paris. Le rôle d'Octave Uzanne, écrivain et bibliophile".
    Cordialement,

    Frederik Schreuder
    Pays Bas

  3. Bonjour à tous,
    Je viens de tomber sur ce site et découvre avec plaisir qu'Octave Uzanne y suscite de l'intérêt. Je suis Fathi Ghlamallah, l'auteur de la thèse évoquée dans votre discussion.
    J'ai repris tout récemment ce travail et en ai établi une version mettons revue et augmentée. Je voudrais bien le mettre en ligne pour le rendre accessible au plus grand nombre mais ne sais encore comment m'y prendre.
    Enfin, maintenant que j'ai des loisirs, je me suis attaqué à la deuxième partie de la vie d'Uzanne, non traitée dans ma thèse.
    Je reste à votre disposition pour tout renseignement complémentaire concernant Uzanne.
    Cordialement

  4. Bonjour,

    Si vous parlez des Caprices d’un bibliophile, 1878, on les trouve sur google books.
    Peut-être quelqu’un d’autre aurait la gentillesse de vous expliquer comment y accéder. C’est vraiment facile.
    Sinon, je peux vous envoyer le fichier PDF (2,4 MB) par e-mail.
    Martin
    antiquariat.sartorius@gmail.com

  5. Bonjour Anna,

    Les références concernant Uzanne sont aujourd’hui obsolètes. La thèse de Ghlamallah, qui ne concerne que l’activité d’Uzanne jusqu’en 1892 (manquent 39 ans !)est aujourd’hui, elle aussi dépassée (elle date de 1999). Des textes licencieux ont été écrits après 1892… La ville natale d’Uzanne, Auxerre, ignore tout de son enfant, au point de n’avoir aucun érudit local qui s’y soit intéressé, pas même la Société d’Histoire locale. Il n’y a guère que quelques bibliophiles qui s’y intéressent, plus souvent « vieux » que jeunes.Et je suis heureux d’apprendre que vous trouvez ses textes digestes : peu nombreux sont ceux qui pensent comme nous !

    Jean-Paul

  6. Bonjour… je suis étudiante en master édition et je travail justement sur l’oeuvre de Monsieur Uzanne. Je m’intéresse plus particulièrement à ses récits « licentieux ».
    La lecture de cette thèse au sujet de cet auteur m’intéresserait donc volontier!
    Je recherche également à consulter l’ouvrage ou simplement le texte de « Caprice d’un bibliophile »; peut-être pourriez-vous me donner quelques conseil pour mettre la main dessus (sans passer par les Etats Unis!).

    Sinon, pour ceux qui trouvent l’écriture de cet homme de lettres plutôt « indigeste », je vous proposerais la lecture de quelques uns de ses cours textes; par exemple, quelques unes des petites anecdotes du « Bric à brac de l’amour » consultable sur gallica, qui ne manque pas d’humour!

  7. « Anonyme » c’était moi. Désolé, je ne le ferais plus. C’était ma première intervention sur cet excellent blog que je suis avec intérêt depuis plusieurs semaines.

  8. Salut Martin, je vais essayer ton Proxy bypassrestriction, mais ce qui est dingue c’est que la semaine dernière l’adresse suivante :

    http://www.freeyoutube.info/index.php?____pgfa=aHR0cDovL2Jvb2tzLmdvb2dsZS5jb20vYm9va3M%253D&lr=&as_brr=1&q=&btnG=Search+Books

    fonctionnait à merveille, téléchargement illimité, de très nombreux documents accessibles, consultation des documents en ligne, etc… j’en ai profité ! J’ai téléchargé au moins 1 Go de PDF !!! Mais ce n’était pas assez car aujourd’hui le lien ne fonctionne plus (snif snif…) et j’aurais bien du ne pas dormir de toutes ces nuits et télécharger à gogo tant que cela fonctionnait…

    Enfin, je suis en train d’organiser tous ces PDF sur un Disque Dur portatif Iomega de 160 Go et je pense que cela représente déjà une belle bibliographie « idéale » pour le bibliophile, le libraire ou tout simplement l’amateur de bibliographie…

    J’en reparlerai sur le blog d’ici peu.

    Amitiés, Bertrand.

  9. Salut Bertrand,

    Je viens juste de télécharger un volume du Bulletin du Bibliophile (27 MB) et Bibliomania de Dibdin (28,4 MB) avec bypassrestriction. Il fallait attendre une minute, mais sinon, pas de problème. Chez tous les autres proxies que j’avais essayé avant, le téléchargement était soit impossible, soit limité à des fichiers de moins de 5 MB.
    Par contre, avec bypassrestriction, on ne peut pas aller directement vers une page déterminée. Avec le proxy de guardster.com, ce problème n’existe pas mais on ne peut rien télécharger.
    Bref, non, je ne connais pas la solution idéale. Quelqu’un d’autre peut-être?
    Martin

  10. Bonsoir Martin, il y a deux semaines j’avais réussi à accéder à un gros contenu de fichiers PDF téléchargeables en passant par un proxy youtube spécifique… tous les téléchargements m’étaient possibles… mais depuis quelques jours ce proxy ne fonctionne plus… dommage.
    J’ai noté que pour certains proxy on ne pouvait pas télécharger de gros fichiers PDF dans Google Print… ?? As-tu une solution ? Un proxy qui ne serait pas limité en taille de téléchargement ??
    Merci de l’info si tu trouves. De mon côté je continue à cherche une solution « idéale ».

    Amitiés, Bertrand

  11. Our répondre à Bertrand,voici les références:
    Les bouquinistes et les quais de Paris tels qu’ils sont –
    Réfutation du pamphlet d’O.Uzanne, le Monsieur de ces dames à l’éventail, à l’ombrelle, etc…
    Oculos habet et non videt-
    par Ant.Laportte, bouquiniste,
    auteur de l’Histoire littéraire du XIX éme siécle, de la bibliographie clérico-galante, de la bibliographie jaune…
    Paris, chez tous les bouquinistes des quais, dans les boites à prix divers- 1893

  12. Bonjour Bertrand, je veux bien lire la thése de Fathi Glamalah, et puis si tu as aussi le lien Gallica pour « Le Livre » que je n’ai pas trouvé (!)
    Merci d’avance et bravo pour ton génial article
    Toute mon amitié
    Xavier

  13. Concernant la thèse de Fathi Glamalah, comme de très nombreuses thèses elle n’a pas été publiée et reste donc confidentielle.

    Je suis rentré en contact avec M. Glmamalah voici quelques années (peu de temps après la thèse) et il m’a aimablement communiqué ces fichiers word de sa thèse pour une utilisation personnelle et privée. Je ne souhaite donc pas les mettre en ligne car je ne m’en reconnais pas le droit mais si quelqu’un veut lire cette thèse il suffit de me la demander et je la communiquerai bien volontiers, je ne pense pas que l’auteur en serait offusqué, bien au contraire. Ces travaux universitaires doivent être diffusés sinon à quoi servent-ils sinon à obtenir un « accessit ». Cette thèse, toute complète et très intéressante qu’elle est ne porte que sur l’aspect « revuiste » de la carrière d’Octave Uzanne. Elle s’arrête donc au moment de l’extinction de la dernière revue dirigée par Uzanne, L’Art et l’Idée. Il manque une biographie, vaste et sérieuse à faire sur Uzanne. Avis aux biographes qui s’ignorent ou pas.

    Amitiés, Bertrand

  14. Les Bibliophiles de l’Automobile Club de France existent encore également ; à l’occasion de leur 75è anniversaire en 2004 ils avaient exposé leurs publications chez Blaizot.

    Concernant Uzanne, un détail m’a toujours amusé.
    Dans son Dictionnaire Biblio-Philosophique, on trouve à l’article « anonyme » l’amusant portrait de « l’auteur qui désire rester anonyme » où notre bibliophile s’est fait représenter masqué d’un loup, affairé à son bureau, fringant, la plume à la main, des manuscrits et une loupe à proximité… très drôle…

    à son sujet il existe un livre (enfin une thèse de lettres plutôt) d’Ahmed Fathi Ghlamallah, dont le titre a le mérite de bien définir l’hommee : « Octave Uzanne, Homme de lettres bibliophile et revuiste » (1999)

  15. Sinon pour répondre à la question dont seul « anonyme » à donné la réponse en commentaire (merci de vous affubler d’un pseudo ce sera plus sympa pour l’avenir),

    oui, Octave Uzanne, sans doute pris d’un narcissisme sans commune mesure avec la taille de sa barbe fleurie, aimait à se faire graver en personne dans les illustrations de ses livres.

    Ainsi le barbu que l’on voit dans les illustrations du Paroissien du célibataire le représente en diverses postures.

    Vous savez qu’Alfred Hitchscock aimait à se voir passer, quelques secondes seulement, anonyme parmi les passants ou bien dans un magasin, derrière l’acteur principal… à l’écran !

    Ego quand tu nous tiens !

    Amitiés bibliophiliques, Bertrand

  16. Merci Jean-Paul pour ces compléments d’informations.

    Au fait, maintenant que je suis l’heureux propriétaire à durée déterminée (PDD) des tomes I et II du Dictionnaire Encyclopédique du livre (merci M. Delon), à quand le tome III très attendu pour clore cette série ?? Une date de sortie ??

    Amitiés, Bertrand

  17. Pourquoi serais-je hors jeu ? Il faudrait cesser de me faire passer pour ce que je ne suis pas ..(sourires)
    Bravo Bertrand pour avoir osé…et réussi !
    Seulement rappeler qu’on doit à Octave Uzanne les plus beaux livres illustrés des débuts de l’époque « Art Nouveau » :
    – « L’Effort.La Madone.L’Antéchrist. L’Immortalité. La Fin du Monde » par Edmond Haraucourt (Paris, pour les Bibliophiles contemporains, 1894, in-4°, ill. de Alexandre Lunois, Eugène Courboin, Alexandre Séon et Carlos Schwabe)
    – « Voyage autour de sa chambre » par Octave Uzanne (Paris, H. Floury, 1896, in-4°, ill. de Henri Caruchet gravées à l’eau-forte par Frédéric Massé)
    – « La Porte des rêves » par Marcel Schwob (Paris, pour les Bibliophiles indépendants, 1899, in-4°, seul livre illustré par Georges de Feure, alias Georges-Joseph van Sluyters)

    Il y aurait tellement à dire…rendez-vous à l’article « Uzanne » du tome III du « Dictionnaire encyclopédique du Livre » !

    Bonne nuit à tous
    PS Les Sociétés de bibliophiles ne sont plus très nombreuses aujourd’hui (elles étaient 103 en 1959) : Les Bibliophiles françois, Les Bibliophiles de Guyenne, Les Amis du Livre contemporain, Les Bibliophiles du Palais, Les Pharmaciens bibliophiles, Les Bibliophiles Comtois, Les Francs-Bibliophiles, Les Bibliophiles de France, Les Bibliophiles de l’Est, Le Cercle des Bibliophiles de la Maison de la chasse et de la nature, Les Bibliophiles de Provence, Le Cercle du bibliophile ardennais, …La Société de la Reliure originale.

    Jean-Paul

  18. Ca rejoint ce que je disais, l’intérêt est surtout bibliophilique… Documentaire? possible, je ne suis pas assez calé sur les divers sujets qu’ils a abordés pour savoir si c’est une autorité en matière d’ombrelle, d’éventail ou de manchon!

    Mais la bibliophilie est sans doute ce qu’il faisait de mieux, c’est sûr.

    H

  19. Je reconnais bien volontiers que le style d’Uzanne est souvent voire systématiquement ampoulé voire pesant à la prime lecture. Cependant je ne pense pas qu’il faille s’arrêter là pour renvoyer au Panthéon des anonymes un auteur qui a fait beaucoup pour l’histoire de la mode, du costume, de la femme en général, ses ouvrages sur la femme ne sont pas inintéressants, au contraire, il s’est efforcé le plus souvent de faire des panoramiques intéressants des siècles passés. Concernant le livre et l’histoire du livre et de la bibliophilie on lui doit beaucoup aussi, ses textes d’introduction, de critique littéraire ou simplement de présentation d’auteurs ou d’ouvrages dans la revue LE LIVRE par exemple sont souvent de vrais bons moments de lectures. Je trouve par exemple que dans son recueil d’article NOS AMIS LES LIVRES publiés vers 1886 je crois, il n’y a rien de vraiment mauvais.

    Ce n’était certes pas un écrivain « littéraire » sans doute plus un très bon journaliste au sens moderne du terme. D’ailleurs son frère Joseph était lui aussi journaliste (encore moins connu aujourd’hui…).

    Il a laissé sa marque par la qualité des productions imprimées qu’il nous laisse, comme auteur, directeur de publication et metteur en scène. Quoi de plus joli à son époque que les livres qu’il nous a donné illustré souvent pour la première fois avec des techniques inovantes (chromotypographie ou eau-forte en couleurs dites au repérage que l’on trouve par exemple dans Son altesse la femme ou La Française du siècle).

    PS : Personne n’a encore répondu à ma question en find article ? (mis à part Hugues (bravo) et Jean-Paul, (hors-jeu). ?? Quel est le point commun entre Octave Uzanne et Alfred Hitchcock ??

    Amitiés, Bertrand

  20. Ah Uzanne… J’ai quelques ouvrages de lui… je dois avouer qu’à part l’intérêt bibliophilique, je ne suis pas étonné qu’Uzanne n’ait laissé aucune trace dans la littérature.

    Le style est indigeste, et si cela peut sembler charmant sur quelques pages, je crois qu’on peut dire que c’est l’exemple type de l’écrivain qui s’écoute écrire… Ultra copieux…

    Il n’aura d’ailleurs pas fait le poids à l’époque non plus.

    Comme quoi même avec toute la bonne volonté du monde, un bibliophile ne peut quand même pas tout lire!

    H

  21. Pour répondre à Alain, j’ai lu il y a quelques années un pamphlet à l’encontre des « Bibliophiles contemporains » (dits les « Biblio contempo »), c’est vrai qu’Uzanne ne faisait pas l’unanimité, d’autant qu’à la même époque cohabitaient de nombreuses « sociétés » de bibliophiles, et notamment celle de titrée « Les Amis des Livres » présidée par le célèbre bibliophile Eugène Paillet, avec comme Président d’honneur le Duc d’Aumale si je ne me trompe pas.

    Ces deux « sociétés » étaient en conflit ouvert je crois mais Jean-Paul nous en dira plus je pense…

    Par ailleurs Alain, étant en train de lire la Physiologie des quais de Paris, Bouquinistes, etc… je suis intéressé pour connaître les références exactes du petit pamphlet dont vous nous parlez. Merci d’avance de le communiquer à tous.

    Amitiés, Bertrand

  22. Si, à moins d’être corrigé, je crois que « les Médecins Bibliophiles » ont disparu, la petite Société des « Pharmaciens bibliophiles » existe toujours depuis 1928. Ils publient tous les deux ans un texte choisi à l’issue de leur assemblée générale après proposition des membres, texte ancien ou moderne, illustrés par un artiste contemporain. Si ma mémoire est bonne, leur dernière édition (autour de 200 exemplaires) doit être « Les Travaux et les Jours d’Hésiode ».

    Par exemple, on trouve chez Blaizot:
    PONGE (Francis). Voyage dans le Parti pris des choses. Pointes sèches originales de Mathieux-Marie.
    Paris, Les Pharmaciens Bibliophiles, 1992.
    In-folio, en feuilles, couverture estampée à froid (emboîtage de l’éditeur).
    1 250,00 Euros
    Le texte, extrait du Parti pris des choses de Francis Ponge, est illustré par Mathieux-Marie de 10 pointes sèches originales à pleine page tirées sur papier ancien collé. Tirage unique limité à 190 exemplaires numérotés sur vélin de Rives. Exemplaire enrichi de la pointe sèche originale qui accompagnait le menu du dîner de la société, imprimée à grandes marges avec un extrait du texte, titrée Le Cageot, justifiée et signée par l’artiste.

    Pas de cantonnement à des sujets stupidement professionnels donc, et si je me souviens bien, une ouverture aux bibliophiles non potards.

    Raphael

  23. Merci pour cet article passionnant, qui m’a fait découvrit Uzanne.

    Je me demande si il existe encore aujourd’hui ces CLubs du Livres ou Société de la Bibliophilie qui publiaient des ouvrages d’exceptions. Si j’en ai croisé une flopée jusqu’à la fin des années 60, j’ai l’impression que tout comme les tirages sur grands papiers, cette pratique c’est perdue.

    Que vont collectionner les bibliophiles du 22e siècles?

  24. Uzanne devait susciter la polémique,
    je lis une brochure qui s’intitule :
    les bouquinistes et les quais de Paris tels qu’ils sont-Réfutation du pamphlet d’O.Uznne…dans lequel il n’est guére épargné.

  25. Effectivement Alain, le brave Octave a commis plusieurs préface d’ouvrages de littérature, notamment de très intéressantes notices bio-bibliographiques pour les Petits conteurs et les Petits poètes de la Collection Quantin dans les années 1880, notamment pour Boufflers et Fromaget.

    Amitiés, Bertrand

  26. Bon, je vais me faire battre pour mon inculture, mais je vous avouerai que je ne connaissais pas Uzanne, si ce n’est de nom… Je ne connaissais absolument pas son oeuvre. Merci à Bertrand pour combler les vides, enfin, plutôt les trous noirs de ma culture générale!

  27. Cet article sur Uzanne me fait penser à un article récemment lu dans la presse (mais où?), qui faisait un parallèle entre la Littérature, la postérité et la bibliophilie.

    L’exemple d’Uzanne le montre bien : on peut avoir bénéficié d’une certaine estime littéraire de son époque, être toujours recherché par les bibliophiles, et ne plus exister sur le plan littéraire aujourd’hui. Ainsi la postérité d’Uzanne est elle uniquement bibliophilique. Celui-ci n’a d’ailleurs pas fait l’objet de rééditions autres que bibliophiliques au cours des 50 dernières années.

    On le voît bien, la bibliophilie n’est pas un étalon de la valeur littéraire…

    Dans le même ordre d’idée, on pourrait citer Sade, à l’heure de l’exposition sur l’Enfer de la BN… Lirait-on encore Sade si celui-ci n’avait pas eu ce parfum de scandale à l’époque? A l’heure de Catherine Millet?

    Bonne question, et je me remercie de me l’être posée. Bibliophilie et talent littéraire.. cela pourrait-il être un sujet de débat pour le blog, à votre avis?

    H

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