Les 6 commandements du bibliophile

Amis Bibliophiles Bonsoir,

« Système des libraires parisiens », « bibliographies », « codes »… On le voit, bien qu’elle soit une passion (parfois dévorante), la bibliophilie obéit à des règles. Il y a les règles fixées par l’Histoire, celles édictées par nos aînés en bibliophilie et il y a surtout les règles que chaque bibliophile se fixe à lui-même.

En ce qui me concerne, j’ai commencé comme j’ai pu, j’ai poussé en bibliophilie comme une mauvaise herbe, à la mesure de mes moyens et des arbitrages que m’imposaient ma vie d’étudiant (sniff, sniff…. bon, c’est bon, vous pouvez remettre vos mouchoirs dans vos poches)… Enfin bref.

Mais aujourd’hui, sauf exception, je me suis fixé des règles strictes, pour ne pas acheter n’importe quoi et ne pas regretter au final certains de mes achats (voire ne pas tomber dans une bibliomanie effrénée) :

1. Les livres incomplets, ne serait-ce que d’un feuillet de côté tu laisseras.
2. Les dépareillés, pareillement, oncques ne convoiteras.
3. Le bon état toujours tu privilégieras.
6. La qualité au nombre toujours tu préféreras.
4. Une émotion te procurer, chaque livre devra.
5. Les prix tu compareras
6. Patient tu seras.

Désormais, devant chaque livre, je me pose de façon instinctive ces questions, et quand une reliure vient accompagner l’ensemble, je veille toujours à ce qu’elle ait un sens par rapport au livre qu’elle recouvre. (ne pas oublier la règles fondamentale « tous les livres doivent recevoir une reliure appropriée à leur date, à leur valeur et à leur contenu »).

Et vous, avez-vous vos propre règles? Différent-elles des miennes?

H

La lettre du bibliophile

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Petite histoire de la profession de graveur, suivie de celle des fers à dorer

Petite histoire de la profession de graveur, suivie de celle des fers à dorer

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose ce soir de reprendre le chemin de la reliure, avec un article de Xavier, sur l’histoire de la profession de graveur, suivie de celle des fers à dorer. Merci à lui.

Jusqu’au XIIIe siècle les estampages se font à l’aide de blocs de bois gravés ; au vu de la difficulté rencontrée pour obtenir un estampage régulier, on eut l’idée d’utiliser du fer doux, puis du cuivre.

Les tailleurs-graveurs sur métal ont gravé en creux les premières plaques ; puis les premiers fleurons de l’époque monastique.

Ces tailleurs-graveurs font aussi des sceaux et des cachets, des fers de livres ; ils font partie de la communauté des fondeurs, chauderonniers, espingliers, balanciers et graveurs de sceaux (en 1467).

En 1705 ; d’autres professions s’occupent de gravure sur métal, les orfèvres, merciers, fondeurs, peintres et sculpteurs, ce qui n’a pas manqué pas de créer une certaine concurrence.

1776 : la réforme générale des corporations réunit les graveurs sur métaux aux fondeurs et doreurs sur métaux. La révolution a aboli les corporations et a permis à tout citoyen, moyennant paiement d’une patente, d’exercer le métier de son choix.
Les fers à Dorer
Les premiers fers à « empreindre » ont vu le jour au XIIe siècle ; ils sont gravés en creux dans du fer doux et représentent des motifs simples.

Au XIVe siècle, apparition des rosaces ; torsades et entrelacs. Jusqu’au XVe siècle ils se sont multipliés par des motifs floraux et par la faune héraldique.

Les fers sont principalement utilisés dans les monastères par les frères relieurs : se sont nos fers monastiques.

La renaissance Italienne du XVI engendre un style différent : la gravure en relief remplace la gravure en creux et apporte une élégance.

Les fers pleins azurés et évidés font encore aujourd’hui l’objet de notre admiration. Ils s’inspirent des vignettes de typographie des célèbres imprimeurs vénitiens : les Alde.

D’autres motifs, ceux là non pas puisés leur inspiration dans l’imprimerie : les entrelacs, se sont les fers Grolier (Jean Grolier de Servières, Vicomte d’Aiguizy, 1479-1565) ; du nom du prestigieux bibliophile.

On retrouvera ces motifs, un siècle plus tard dans les fanfares.

Le XVII est le siècle des tortillons, ou pointillé ; se sont les fers le Gascon (cet inconnu, voir le catalogue de la vente Esmérian T2, partie 2, qui n’éclaire pas plus que Ernest Thoinan) ; les motifs s’inspirent du travail des dentellières.

Le XVIII s’affirme par des motifs de dentellerie, de ferronnerie et de broderie.

La Révolution, attributs vengeurs et philosophiques…, bonnets Phrygiens, tables de lois et piques.

L’Empire, les palmettes et les motifs architecturaux

Restauration et époque Romantique, on redessine les motifs anciens que l’on traite différemment.

Fin XIXe siècle, c’est le BOULEVERSEMENT, il n’y a plus de style, mais autant de styles que de relieurs ; c’est l’avènement des filets droits et courbes. A noter ceux d’art décoratif vers 1925.

1960, la mosaïque de cuir supplante la dorure et la gravure de fers sera occasionnelle. Roulettes et Palettes

La roulette au filet simple déjà employée au XIIIe siècle, sert à tracer les encadrements et les compartiments contenant les motifs tirés à froid à l’aide de bloc gravés.

Le XVIe siècle voit les roulettes gravées de motifs.
Les plaques La plaque n’a pas cessé d’être utilisée depuis la fin du XVe siècle, formant généralement le décor central du plat. La plaque a répondu à un besoin d’orner à moindre frais les livres produits en abondance par l’imprimerie naissante.

Au XVe siècle, les sujets sont essentiellement religieux, le plus souvent des scènes du nouveau testament.

Au XVIe siècle, les motifs sont inspirés par les bois à pleine page des livres d’heures, dès la deuxième décennie du XVIe siècle, les plaques à arabesques, déjà en usage en Italie, font leur apparition.

Au milieu du XVIe siècle, on renonce à imiter les décors exécutés à la main. La plaque à une valeur propre avec des milieux et des coins à fond d’azur ; cette innovation fournit l’avantage de pouvoir se servir des mêmes plaques sur des formats différents. Ces plaques restèrent utilisées jusqu’au début du XVIIe siècle.

Au XVIIIe siècle, on imprima tant de livres, que les plaques se comptent par milliers. C’est aussi la grande époque des plaques à combinaisons. A l’approche de la révolution les plaques perdent la plupart de leurs qualités, le dessin est moins précis ; elles sont « plus lourdes », et ne reproduisent qu’imparfaitement les décors à petits fers des maîtres de cette époque.

Aux dernières années du règne de Louis XVI, apparaissent les plaques emblèmatiques, aux dessins empruntés à la faïence et aux tentures d’ameublement.

La Révolution, laisse de rares plaques sans bien grand intérêt artistique, ou l’on trouve surtout le faisceau et la hache, le bonnet Phrygien, statue de la liberté, etc.

Le XIXe siècle et l’Empire, voient l’apparition des plaques aux dessins tirés de la Grèce antique et de la Rome impériale, c’est aussi à l’image de ce qui se fait dans les branches de l’art industriel.

La Restauration, a continué quelques temps le style Empire, mais cède le pas aux ornementations gothiques. Avec les Romantiques et les plaques à la cathédrale, viennent ensuite les plaques de style rocaille aux traits plus ou moins lourds.

Dès 1850, avec le développement de la reliure industrielle, on revient aux plaques à personnages, remises au goût du jour, et qui, tirées en plein or, ne donnent pas toujours les meilleurs résultats.
Une presse à balancier

La dorure aujourd’hui Paul Bonet G.Cretté, le maître des filets, élève de Marius-MichelUne prouesse technique, Henri Mercher

Merci Xavier!Hugues

Sources :
-Les photos des roulettes sont tirées du bel ouvrage de Eugène de Verbizier et de son Traité de dorure sur cuir, Paris, 1990, 2 vol. in-4 en feuilles ; il reste des exemplaires chez l’auteur, au 75 rue Buffon, Paris 5, tél : 01.43.37.53.68
– Marcel Garrigou-Les maîtres de la reliure. Georges Cretté, Grand in-4 en feuilles
-Julien Fléty- La gravure des fers à dorer, Paris, Technorama, 1984, in-8, 166p
-Pascal Alivon- Styles et modèles. Guide des styles de dorures et de décoration des reliures ; Artnoville, 1990, in-8, 175pp.
– Raphaël Esmerian-Bibliothèque….Paris, Blaizot et Guérin, 1972-1974, 5 parties en 6 vol. in-4, 2éme partie, partie 2 : Douze tableaux synoptiques sur la reliure au XVIIe siècle, étude de R. Esmerian sur les fers à dorer.

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2 Commentaires

  1. Dans un autre genre, voici les
    Commandements du Bibliophile, par François Fertiault, excellent bibliophile bourguignon du siècle de Baudelaire :

    « De bonne heure t’éveilleras,
    Laissant l’oreiller prestement,

    Alerte, tu t’habilleras,
    Et quitteras l’appartement,

    Le long des quais tu te rendras,
    Pour entrer en chasse ardemment,

    Par le soleil tu marcheras,
    Et par la bise également,

    Dans chaque boîte fourreras,
    Ton nez et tes doigts vivement,

    Retournant tout, tu flaireras,
    Avec un fin discernement,

    Le plus possible choisiras,
    Puisant avec acharnement,

    Quand une aubaine trouveras,
    Cacheras ton contentement,

    Mais, en dedans, tu béniras,
    La providence tendrement.

    Tout le jour, calme, arpenteras,
    La dalle infatiguablement,

    Le soir, bien chargé tu seras,
    Et t’en reviendras lentement,

    Dans tes rayons tu les mettras,
    En les classant logiquement,

    Les rangs doubles éviteras,
    Comme cause d’un gros tourment,

    En ami tu les poseras…
    Puis les fermeras prudemment,

    Les emprunteurs distingueras,
    Pour prêter équitablement :

    Aux fidèles accorderas,
    Plein d’un affable empressement ;
    Des indiscrets te garderas,
    Refusant énergiquement,

    Aucun livre ne détruiras,
    Ni n’écorneras seulement.

    Au contraire, tu guériras,
    Ces blessés paternellement.

    Les destructeurs tu maudiras,
    Sans grâce, impitoyablement ;

    Les voleurs, tu les châtiras,
    En les divulguant vertement.

    Donc, tes livres tu chériras,
    Et tiendras amoureusement ;

    Au couteau tu les couperas,
    Sans frange et délicatement ;

    Enfin, surtout, TU LES LIRAS…
    C’est mon plus haut commandement.

    Près du feu, tard, tu veilleras,
    Pour les contempler longuement.

    A la fin, tu te coucheras,
    L’esprit plein de ravissement,

    Toute la nuit tu rêveras,
    Bouquin, brochure et document ;

    Aux Elzevirs tu sourieras,
    Tombant presque en l’enivrement,

    Le lendemain, continûras,
    Pris d’un semblable entraînement,

    Et, sans dol, rebouquineras…
    Jusqu’à ton dernier moment ! »

    François Fertiault, 1877.

    Pour information, François Fertiault est né en 1814 et mort en 1915 !

    Vous comptez bien… 101 ans

    La bibliophilie conserve c’est certain.

    Pierre Bérès est né en 1913, je vous le rappelle et il se porte comme un charme…

    Amitiés, Bertrand

  2. Je ne peux que souscrire à ces règles. Je vais parler comme une « ancien », mais il faut un peu de temps pour se conformer à ces règles de bon sens. Je crois que le maître-mot est patience.

    Jean-Marc

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