Une suite bibliophilico-scientifique au message de Bernard « Les cours manuscrits »

Amis Bibliophiles Bonsoir,
C’est comme cela que j’aime le blog: Bernard nous fait partager sa passion, et René lui répond par message interposé et nous propose une suite sur le même sujet, les manuscrits scientifiques. Et je sais déjà que cela va plaire, à Bernard, mais pas seulement!
« J’ai eu déjà l’occasion de rencontrer Bernard dans les commentaires aux « Résolutions bibliophiliques » de H (24 août), où il se disait bien heureux de constater qu’il n’était pas seul. Bienheureux les amateurs de livres scientifiques et Dieu fasse qu’ils ne se multiplient pas trop.
Les manuscrits de cours sont en effet passionnants, même si ce n’est pas de la Bibliophilie au sens pur. Quoique … la bibliophilie est l’amour des livres sans exceptions. Me contredira qui voudra.
Je ne puis résister au plaisir de vous en présenter quelques-uns.
– Le premier (A) n’est pas très ancien mais est sans doute le plus émouvant. C’est un registre in-folio rédigé par un ouvrier mineur – une gueule noire – au début du XXe siècle. La calligraphie est parfaite car à cette époque on apprenait l’écriture ; on trouve quelques bévues orthographiques mais qui ne sont rien à côté de ce qu’on rencontre aujourd’hui, notamment sur Internet et même sur des sites officiels « académiques ». Cependant l’intérêt se porte immédiatement sur les dessins à la plume exécutés avec un soin et une minutie qui laissent pantois.Sans tomber dans le misérabilisme, on reste confondu si l’on songe que cet « élève » suivait les cours le soir, après une journée de travail harassante (on était loin des 35 heures …), et complétait ensuite son cahier à la lueur d’une lampe à pétrole, ce qui ne lui laissait pas beaucoup de repos.
Les 2 autres manuscrits sont beaucoup plus anciens :
– 1745 (B) : cours de Phisique Experimentale donné par Mr Rolland au Collège de Beauvais (de l’ancienne Université de Paris) et transcrit par LeCoeur, 505 pages d’une écriture fine et serrée mais parfaitement lisible. Il est illustré de 12 planches gravées « Chez Hecquet – place de Cambray à Paris, à limage St Maure ». IN-8°, reliure plein veau, dos à 5 nerfs, orné à l’or.
– 1707 (C) : Physica Particularis Strasbourg « Joannes Marcus Agurne scripsis argentina stabulensis ».La première partie traite de l’astronomie et de la cosmographie. Rédigé d’une seule main en latin, l’écriture est difficilement lisible pour un pauvre amateur non paléographe et qui de surcroit a perdu une grande partie de ses connaissances de la langue latine.
Les illustrations manuscrites sont superbes et rappellent certains dessins alchimiques. Dans l’une d’elles la terre est encore figurée par une « carte T O », réminiscence des représentations du moyen-âge.
La seconde partie est consacrée à la Métaphysique.
Le livre, dans sa modeste reliure plein veau, comporte 391 pages, plus une table et une vingtaine de feuillets blancs.
Ces quelques considérations conduiront peut-être l’un ou l’autre des lecteurs du blog à venir grossir le petit ru qui sort à peine de terre, mais son eau est fraîche et limpide. La Petite Espérance est celle qui toujours commence.
René de Braine-le-Comte »
Merci René!H

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Romans et Contes de Voltaire, ou la quête d’un bibliophile.

Romans et Contes de Voltaire, ou la quête d'un bibliophile.

Amis Bibliophiles bonsoir,

Je vous propose aujourd’hui un message à quatre mains. C’est Wolfi qui va vous conter sa quête d’un bel exemplaire de Romans et Contes de Voltaire, et j’illustrerai son propos avec des photos de mon exemplaire.
« Depuis une bonne quinzaine d’années, je suis à la recherche d’un ouvrage qui n’est pas très rare en reliure en veau d’époque ou postérieure, mais franchement pas facile à trouver en maroquin d’époque : Voltaire « Romans et Contes » de 1778, en 3 vol. in-8.
Tout d’abord, une précision par rapport au tirage des gravures : il existe à priori deux tirages, le tirage avec les gravures « avant les numéros » et les gravures « avec les numéros ». Il s’agit d’une précision donnée en haut à droite ou à gauche du cadre de la gravure,  indiquant l’emplacement prévue de la gravure.
On voit la différence sur ces photos :
Exemplaire « Hugues »Il existe d’ailleurs un « avis au relieur » qui est parfois absent de l’ouvrage, qui précisait à l’artisan relieur où placer les figures. D’après ce que j’ai pu constaté au travers d’une bonne vingtaine d’exemplaires que j’ai pu feuilleter, les gravures « avant les numéros » sont en général plus contrastées. Il s’agit donc très vraisemblablement du premier tirage donc.
Signalons toutefois que ce n’est pas si évident que cela, car il y a quelques exemples de tirage « avant les numéros » ou « avant la lettre » qui sont de second tirage : j’ai en tête le Cervantes de 1780 d’Ibarra (quoiqu’en disent certains libraires!).J’ai réussi à trouver dans ma documentation plusieurs exemplaires de ce livre en pareille condition, certains fameux!
Je vous invite à les découvrir :
1 – seul exemplaire cité dans le Cohen (p. 1039) en maroquin d’époque: celui de Daguin, en maroquin vert, avec les figures avant les numéros.
On le retrouve à la vente Hayoit chez Sotheby’s en 2001. Je me rappelle quand il est passé à l’époque: je cours chez Sotheby’s le voir, et oh stupeur, je découvre qu’il est en fait en basane maroquinée verte et non en maroquin… Cruelle désillusion de bibliophile! Bon cela dit, il n’est pas vilain, mais les gravures, bien qu’étant avant les numéros n’étaient pas d’un tirage irréprochable…
2 – exemplaire provenant d’une belle vente datée du 23 avril 1972 à Versailles, lot n°168 en maroquin rouge. Malheureusement sans reproduction… Tirage à priori avec les numéros.


3 – Exemplaire déniché dans le répertoire des ventes 1983-84 n°19063, en maroquin olive. A priori, tirage avec les numéros. Là encore, sans reproduction.


4 – livre proposé dans le catalogue n°IX de 1992 de la librairie Sourget, lot n°112, en maroquin rouge, avec le sur les plats « Mr le Comte Delaporte de Remaisnil ». Figures avec les numéros. Nota : pour moi, les catalogues de la librairie Sourget constituent un mine irremplaçable avec des illustrations superbes d’exemplaires d’exception.

5 – livre proposé dans le catalogue XIX de 1999 de la librairie Sourget, lot n°165, en maroquin rouge. Exemplaire exceptionnel d’André Langlois, avec les figures avant les numéros (la première illustration sur le catalogue n’est manifestement pas la bonne reproduction).

6 – exemplaire Radziwill (lot n°994), Odiot, Lignerolles, Rahir (lot n°938), Meeus (lot n°169), Simonson, en maroquin bleu/vert? Figures a priori avec les numéros. Il est signalé bleu dans la vente Radziwill, et vert par la suite. Peut-être une décoloration, ou alors une erreur, c’est assez courant j’ai remarqué dans les catalogues anciens…
Je me suis laissé dire que cet exemplaire traînait encore en Belgique chez la fille de Raoul Simonson, et qu’il allait peut-être ressortir du bois bientôt… Allez, je me fais du mal!


7 – exemplaire Descamps-Scrive n°241 en maroquin rouge. Avec figures avant les numéros. Le catalogue décrit la reliure comme étant de Derôme : je reste un peu sceptique, car j’ai n’ai jamais vu de reliure signée de Derôme de la sorte. Mais peu importe, il est superbe.


8 – exemplaire Charmes et Blumenthal (lot n°275) en maroquin rouge. Figures avec les numéros? C’est pour moi une des exemplaires les plus enviables : reliure exquise typique de Derôme ou Mouillié.


9 – exemplaire Guggenheim (lot n°154  de la vente Christie’s de 1995) en maroquin rouge. Figures avant les numéros. Malheureusement, pas de reproduction. Est ce l’exemplaire Sourget de 1999?


10 – exemplaire Duc la Vallière, Beckford, Laurence Currie, Cartier (lot n°1427  de la vente Sotheby’s de 1979). Pas d’indication sur les gravures dans les différents catalogue, mais peut-on imaginer une seule seconde que le Duc de la Vallière avait un exemplaire moyen? Assurément, l’un des plus beaux, sinon le plus bel exemplaire connu!!

11 – exemplaire proposé chez la librairie Lardanchet circa 1995, en maroquin rouge identique à l’exemplaire Charmes /Blumenthal, avec les figures avant les numéros et les serpentes conservées. Peut-être ces deux exemplaires n’en font qu’un d’ailleurs… C’est mon plus grand regret de bibliophile : à l’époque, je commençais juste à travailler et le prix proposé m’avait semblé trop élevé. Du coup, je ne l’avais pas pris, pensant que j’en trouverai d’autres…
12 – exemplaire provenant de la librairie Morgand Fatout (merci à Bertrand), le lot n°10520, en maroquin vert. Pas de précision sur le  tirage. Peut-être mon exemplaire n°3?

13 – exemplaire provenant de la librairie Morgand Fatout, le lot n°6398, en maroquin vert dans le style Bozérian. Bien que cela ne soit pas une reliure d’époque, je l’ai mis quand même. Pas de précision non plus sur le tirage.

C’est tout ce que j’ai trouvé! Quelqu’un connaît il d’autres exemplaires similaires?
Je lance une bouteille d’eau à la mer,  Hugues aura la gentillesse de faire suivre : est ce que quelqu’un aurait un exemplaire en maroquin d’époque avec tranches dorées de cet ouvrage? Ça m’aiderait à me soigner, mais le cas est peut-être déjà trop grave…
Bonne lecture à tous!Wolfi »
Cher Wolfi, quelques détails sur mon exemplaire: il est en maroquin lavallière, dos lisse, tranches bleues, 55 figures avant le numéro sur les 57. Fort beau, très pur avec un magnifique tirage des gravures. Quelques images:





13 Commentaires

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  2. Je crois que votre hypothèse d'Argentina = Strasbourg tient la route. Argentina est utilisé au 18e pour désigner Strasbourg;
    par exemple on peut lire "Acta monasterii Sancti Joannis intra Argentinam, 1770 " sur un manuscrit qui était chez des Jésuites à Strasbourg.

    Le "scripsis" est un peu rugueux, scripsit ?…

    Je jetterai bien un coup d'oeil à votre inscription pour le fun. (raphaelandrea(pouetpouet)hotmail.com

  3. Suite au commentaire 9.
    St Thomas ne voulait pas y croire mais il est fort probable que Raphael soit dans le vrai.
    Dans le DICTIONNAIRE DES COMMUNES BELGES de DE SEYN, on peut lire :
    "On fait généralement dériver le nom de Stavelot de Stabulaus, Stabulum (étable), parce que, à l'époque de la fondation de la petite ville, la vallée était le repaire, l'étable, d'un grand nombre de bêtes fauves. On dit Stavelot depuis le XVIe siècle. Vers l'an 650, saint Remacle fonda l'abbaye de Stavelot. De nombreuses habitations se groupèrent autour du monastère et formèrent bientôt une bourgade importante, désignée dans les chartes sous le nom de Stablot et Stabla".
    D'autre part, sur Geneanet, on ne trouve pratiquement pas d'autres Agurné que ceux de Stavelot et notamment ce Marc Jean qui pourrait bien être le bon.
    J'ai contacté par mail le rédacteur de cette généalogie.
    Reste maintenant à déterminer la signification de argentina (sans majuscule) qui n'a probablement rien à voir avec Strasbourg (Argentoratum).
    Voila une enquête digne de Sherlock Holmes et du Dr Watson. Le Blog est notre sauveur.
    Encore merci pour vos suggestions.

    René de BlC

  4. Un grand merci à tous pour votre intérêt concernant le manuscrit de Strasbourg. La lecture des écritures anciennes est un métier qui, je suppose, ne s'acquière qu'avec une longue pratique. En ce qui me concerne les connaissances latines sont très réduites et essentiellement "culinaires". La mention exacte du rédacteur est : "Possessor hujus philospohia. Joannes Marcus Agurné scripsis argentinà." et juste à côté, en caractères plus petits : "Stabulensis anno Domini 1707". Je note soigneusement l'information de Raphaël concernant ce Marc Jean Agurné de Stavelot. De mon côté j'ai trouvé via Internet dans le dictionnaire latin de Lebaigue : "stabulare : garder dans une étable, habiter, séjourner (en parlant des animaux).
    stabulum – 1 – lieu de séjour, demeure. – 2 – gîte, repaire, tanière. – 3 – étable, écurie, parc, bergerie. – 4 – auberge, hôtellerie, taverne, mauvais lieu". On peut en effet imaginer une boutade de cet étudiant qui assimilait son logement à une étable. Il n'y à rien de nouveau sous le Soleil et nombreux sont les potaches qui useraient aujourd'hui du même vocabulaire si ce n'est pire !

    Vive le Blog de Hugues, il a bien mérité de la Bibliophilie.

    René de Braine-le-Comte

  5. Le latin n'est pas ma langue maternelle mais ce stabulensis me pose problème si on veut en faire une forme de stabulare (être à l'étable).

    Je me demande néanmoins si votre potache n'en a pas fait un jeu de mots en jouant de la ressemblance avec son possible pays d'origine.

    Coîncidence ? voici Marc Jean Agurné :
    * Né le 9 mars 1687 – Stavelot,4970,Liège,Wallonie,BELGIQUE
    * Décédé le 8 avril 1758 – Stavelot,4970,Liège,Wallonie,BELGIQUE , à l'âge de 71 ans.

    Pas idée de ce qu'il faisait. Le bon ou pas ? Possibilité d'entrer en contact avec ceux qui ont dressé l'arbre généalogique si vous vous inscrivez sur Généanet.

    Voilà des pérégrinations estudiantines bien intéressantes à suivre.

    Tout cela nous entraîne bien loin du sujet, mais bon…

  6. C'est vraiment superbe, et cela fait envie…
    Je sais que l'on peut dater une écriture d'après les formes empruntées et je me demandais quels étaient les intervalles, les grands marqueurs chronologiques.
    J'ai un livre manuscrit qui m'interroge de ce point de vue.
    Le cas échéant j'enverrai des photos à Hugues.
    Olivier

  7. Ca y est! Nous sommes au moins deux à nous intéresser aux sciences.Votre cours de physique de Rolland me fait vraiment envie. Avez-vous fait des recherches sur ce professeur? L'ouvrage d'astronomie est superbe lui aussi; le problème en est la lecture. J'aimerais prendre contact avec vous pour parler sciences. Hugues vous communiquera mon adresse email.
    Amitiés

  8. Merci pour vos commentaires. Bien que n'ayant pas de mineurs dans ma famille, je suis natif de la région minière belge, juste à la frontière, à 15 km de Valenciennes. L'"élève" Jules Désirant se désigne "ouvrier mineur" mais il y avait des ouvriers de surface qui ne devaient pas être considérés comme des gueules noires.
    Dans le manuscrit de Strasbourg il y a bien aussi le Système de Copernic. Je pense que "Argentina stabulensis" signifie "résidant à Stransbourg" : Argentoratum étant l'agglomération romaine qui a donné naissance à la ville de Strasbourg.
    Si vous souhaitez quelques photos supplémentaires, demandez mon adresse mail à Hugues. Je serais d'ailleurs intéressé par quelques photos de votre manuscrit.
    Je n'ai effectué, jusqu'à présent, aucune recherche sur le nom Agurne
    car cette acquisition est toute récente.
    Merci de votre intérêt et je suppose que nous pouvons vous considérer comme un science-maniac de plus ?
    René de BlC

  9. C'est amusant de voir comment ces manuscrits sollicitent notre imagination en fonction de notre culture et/ou de notre environnement. Là où vous voyez gueule noire, je vois col blanc. Différence de lecture de "Germinal" ou d'ancrage en pays minier, peut-être…

    J'ai un manuscrit d'astronomie et de physique qui est constitué de morceaux chosis d'au moins trois oeuvres du 18e avec des figures qui sont comme celles que vous montrez, mais en rouge et noir, avec un beau soleil réjoui. Je suppose que le système copernicien est aussi représenté dans le votre?

    Si Stabulensis se réfère à Stavelot, il y a des Agurne connus juste à la charnière 17e-18e, repérés via Généanet. Avez-vous pu explorer ?

    Merci de nous avoir montré vos manuscrits

  10. je suis très sensible à ces magnifiques illustrations dans le dernier manuscrit présenté, qui me rappelle quelques illustrations à caractères astrologiques plus qu'alchimiques.

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