Lauverjatiana VIII

Amis Bibliophiles bonsoir,
Ce soir, Gilles vous propose sa lecture sélective des catalogues de nos amis libraires…
Voici la rentrée et ses vendanges, une noble cuvée de catalogues, et matière à reprendre notre chronique.La librairie Dimitri Kronis (4 rue Gît-le-Coeur à Paris) à deux pas du quai, livre un catalogue de 485 numéros dont beaucoup concernent l’histoire, les voyages, la Vendée et les Chouans. Commençons par l”Histoire de la Louisiane et de la cession de cette colonie par la France aux Etats-Unis de l’Amérique septentrionale…” de Barbe-Marbois, une E.O. de 1829, chez Firmin-Didot, un in-8 demi- veau de l’époque orné d’une carte coloriée (1350 euros).
De Bossuet, l’édition originale de la Relation sur le Quiétisme” à Paris chez Jean Anisson en 1692, un in-12 en plein maroquin rouge de Thibaron-Joly (600 euros), de l’abbé Colas, “les Récollets à Corbeil (1635-1790), une plaquette tirée à 50 exemplaires à Orléans en 1888 chez Herluison in-8 en demi-chagrin de Durvand provenant de la bibliothèque du château de Saint-Germain-les-Corbeil (150 euros). “Le Livre d’or des métiers. Histoire de l’imprimerie, arts et professions qui se rattachent à la typographie…” de Paul Lacroix, édité à Paris, à la Librairie historique, archéologique et scientifique de Séré en 1852, un in-4 demi chagrin de l’époque (180 euros).Le très beau catalogue en couleurs de Hugues de Latude à Villefranche de Lauragais (31290) se divise en quatre chapitres, livres variés, sciences, histoire naturelle géologie minéralogie et médecine et comprend 255 numéros.
De Charles Estienne “La guide et vray enseignement des chemins du royaume de France….” à Paris chez la veuve Nicolas Buffet, 1555, un volume in-16 dans un cartonnage du XVIIIe, un exemplaire modeste avec une page retranscrite d’un guide de poche devenu rare (1500 euros). “Histoire de M. G. Bosquet sur les troubles advenus en la ville de Tolose l’an 1562″ imprimé à Toulouse par Colomiez en 1592, in-12 de 166 pages en basane du XVIIe accidentée (500 euros).De Froissart “L’histoire et chronique”en première édition revue par Denis Sauvage imprimée à Lyon par Jean de Tournes 1559-1561, 4 tomes en 2 volumes in-folio plein maroquin XVIIe, de la bibliothèque Lamoignon (1200 euros). De John Long, “Voyages chez différentes nations sauvages de l’Amérique septentrionale…” la première édition française, à Paris, Prault, Fuchs, 1794, un volume in-8 demi-basane à coins avec une carte dépliante (650 euros).La librairie Michel Bouvier 14, rue Visconti à Paris livre son catalogue 52 titré “documentation”. Résolument abordable, ce catalogue illustré compte 352 ouvrages compris entre 40 et 2600 euros. Pour ce dernier prix de Nicolas-Toussaint Desessarts, “causes célèbres, curieuses et intéressantes de toutes les cours souveraines du royaume…” imprimé à Paris 1775-1787, les 156 tomes en 49 volumes in-12 demi-veau époque constituant la tête de série…de quoi lire!
De Laurent Bordelon, “les Coudées franches, ouvrage satyrique et curieux…” Paris, Prault, 1723, basane de l’époque accidentée (90 euros). De Claude-Joseph Dorat, “les sacrifices de l’amour, ou lettres de la Vicomtesse de Senanges et du Chevalier de Versenay” chez Delalain en 1771, deux parties en un volume en basane de l’époque avec deux frontispices pour cette première édition de roman épistolaire qui préfigure les “Liaisons dangereuses” (175 euros). Imprimé pour Roret à Paris en 1833, le “Manuel du fabricant de papiers, ou l’art de la papeterie, suivi de l’art du fabricant de cartons et de l’art du formulaire” par Le Normand, en deux volumes in-16 brochés (75 euros).A Paris la Librairie Paul Jammes publie une première partie de catalogues illustrés consacrés à la Littérature de A à L. “Huetiana ou pensées de M. Huet evesque d’Avranches” Paris, Jacques Estienne, 1722, un volume in-12 en veau époque de cette édition originale des pensées de cet érudit bibliophile (250 euros).
De Gustave Flaubert l’ E.O. de “Salammbo” Paris, Michel Lévy frères, 1863, in-8 en demi-maroquin à coins, tête dorées et couvertures conservées (900 euros). De Jean Giraudoux, “Amphitryon 38″, paris, Grasset (1929) une E.O. un des 68 exemplaires sur vélin d’Arches avec envoi en plein maroquin havane doublé, quintuple encadrement d’un filet vert et cinq dorés sur les plats (600 euros). Une impression de 1824 à Lyon chez Durand et Perrin, mais en caractères Didot et non Augustaux, des “Oeuvres de Louïze Labé, lionnoise” in-8 en demi-maroquin à dos orné et mosaïqué signé Dauphin (750 euros). Enfin à l’intention spéciale des lecteurs lorrains, l’E.O. de “La colline inspirée” de Maurice Barrès, Paris, Emile-Paul frères, 1913, en cartonnage bradel avec un envoi à “Joséphin Péladan, mon ami.” (400 euros).
Merci Gilles,H

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Petit voyage au cœur de la bibliothèque de H.-F. Robert de Lamennais.

Petit voyage au cœur de la bibliothèque de H.-F. Robert de Lamennais.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Bertrand étant j’en ai peur complètement insensible au talent de Van Nistelroy, il me rend un fier service ce soir en vous proposant un voyage au cœur de la bibliothèque de H.-F. Robert de Lamennais.

La Mennais à son bureau de travail en habit.

Il dut y avoir foule au 17 de la rue Vivienne à Paris ce lundi 2 janvier 1837 à 6 heures du soir.

Ce jour-là, c’était la bibliothèque d’un grand homme (1) qui allait partir à l’encan.

Pas moins de 2.208 ouvrages pour le catalogue principal et 143 pour le supplément.

Serait-ce à la bibliothèque d’un bibliophile, d’un homme de lettres, d’un homme politique, d’un religieux, ou plus encore à celle d’un polémiste, que le public aurait à faire ?

C’est ce que nous allons essayer de voir ensemble en flânant au gré des pages de ce catalogue qui vient de nous tomber entre les mains (2).

Mais commençons plutôt ce voyage initiatique …

Tout d’abord empruntons quelques lignes à l’avis du libraire placé en tête de ce catalogue :

« (…) à la lecture tant soit peu réfléchie de ce catalogue, on reconnaîtra tout d’abord la bibliothèque de l’illustre auteur de l’Essai sur l’indifférence en matière de religion, et la nombreuse réunion d’ouvrages de polémique religieuse qui s’y trouve, ne laisse aucun doute à cet égard. (…)
La théologie qui en fait la principale spécialité est complète dans toutes ses parties, et ferait honneur à une bibliothèque publique. Il s’y trouve une très-belle réunion de Bibles en langues, Hébraïque, Grecque, Latine et Française, et la plus riche collection qui existe peut-être des SS. Pères grecs et latins, la plupart éditions des Bénédictins. Sur la même ligne et comme seconde spécialité on remarque les auteurs classiques anciens, tel que : Hérodote, Thucydide, Xénophon, etc. pour l’histoire, et Aristophane, Euripide, Sophocle, etc. pour la littérature. Les exemplaires de ces divers auteurs sont des meilleures éditions et de la plus belle conservation. (…) Tous les ouvrages portent la signature autographe de M. de La Mennais, et quelques-uns, spécialement ceux de polémique religieuse, sont revêtus de notes manuscrites plus ou moins nombreuses. (…) »
Fragment de lettre autographe de La Mennais.

On aura compris qu’il s’agit ici avant tout d’une bibliothèque de travail, dont chaque ouvrage a été vraisemblablement lu et relu, avec comme objectif principal, l’accumulation de sources pour les nombreux écrits de l’auteur.

C’est ainsi que la très grande majorité des livres sont simplement reliés en veau ou en parchemin.

Par ailleurs très ouvert à d’autres courants de pensées que le sien, on note quelques ouvrages improbables dans la bibliothèque d’un philosophe catholique. En voici quelques-uns :

– Le Chou-King, un des livres sacrés des Chinois, recueilli par Confucius, 1770. 1 vol. in-4 dem. Bas.
– Zend-Avesta, ouvrage de Zoroastre, 1771, 2 vol. dem. Bas.
– La vie de Mahomet par Boulainvilliers, 1731, veau marbré.
– Apologie pour tous les grands hommes qui ont été accusés de magie, par Naudé, 1669, in-12, veau marbré.
– Recueil précieux de Maçonnerie Adonhiramite, 1786. 1 vol. petit in-12 en veau.
– Discours sur la liberté de penser par Collins, 1717, in-12, veau marbré.
– Examen et discussion critique de l’histoire des diables de Loudun et de la condamnation d’Urbain Grandier, 1747, in-12, veau racine.
– Système de la nature par Mirabeau (Holbach), 1770, 2 vol. in-8, basane.
On sait maintenant que La Mennais ne rechignait pas à lire le matérialisme exposé par ses fondateurs. Est-ce cette influence qui l’amena à publier en 1848 une feuille « socialiste » (le Peuple Constituant) ? On pouvait d’ailleurs lire dans la Revue Suisse de l’époque : « Béranger, Lamennais, Sand et Sue : les quatre puissances socialistes et philanthropiques de notre âge ».

Passons sur les sections « législation et jurisprudence », au contenu classique. On arrive aux « sciences et arts », section bien fournie, avec Pluche et son Histoire du ciel et son spectacle de la nature, une encyclopédie Diderot et d’Alembert incomplète (sans les planches et les tables) ; outre les philosophes anciens bien représentés (Cicéron, Plutarque, Platon, Epictète, etc.), on trouve les modernes (Bacon, La Bruyère, Descartes, Helvétius, La Mettrie, Newton, Leibniz, Montaigne, Vauvenargues, Charron, etc.)

Un Buffon (petite édition in-18) pour l’histoire naturelle, une Histoire générale des mathématiques par Charles Bossut (1810), etc.

L’étude des langues anciennes et étrangères est largement représentée, la philologie y tient une place de choix.

Rabelais est bien là, dans son édition de 1725 en 5 vol. in-12, relié en veau. Même Madame de Sévigné a eu les honneurs du polémiste (Lettres, 1786, 9 vol. basane époque).
Quelques livres de voyages, dont la Découverte des Indes occidentales par les espagnols, par Las Casas, 1697, relié en veau.

L’histoire ancienne et moderne est bien fournie. Les classiques y sont tous ou preque.

Pour toute bibliographie La Mennais possédait quelques titres seulement dont le Dictionnaire des ouvrages anonymes par Barbier dans son EO de 1806.

L’examen approfondi de ce catalogue ne nous a pas permis de trouver de livres luxueusement reliés en maroquin ou sortis d’ateliers de reliure de l’époque (Simier, Thouvenin, Bozerian, etc.). Visiblement M. de La Mennais n’était pas amateur de reliures d’art. Il semble avoir toujours privilégié le contenu au contenant.

« On peut généralement, à l’examen des livres d’une bibliothèque, prononcer sur les goûts et surtout sur la direction des études et des travaux de son fondateur » (extrait de l’avis du libraire). C’est bien le cas ici. On sent l’homme derrière ses livres. Tout transpire de manière assez limpide.

M. de La Mennais, né à St-Malo en 1782, a 55 ans lorsqu’il décide de vendre, de son vivant, la bibliothèque qui est dans son château de La Chesnaie en Bretagne. C’est sans aucun doute un besoin pressant d’argent qui l’y oblige. Il meurt à Paris en 1854 à 72 ans. On imagine que pendant les presque vingt dernières années de sa vie il réussit à reconstituer le fond de sa bibliothèque.
Le Château de La Chesnaie (commune de St-Pierre-de-Plesguen, I.-et. V.) ancien manoir des Lamennais. Les livres vendus étaient ici.

Je terminerai ce petit exposé par une belle page de Charles Nodier, prince des bibliophiles de son époque et qui s’exprimait ainsi dans le Bulletin du Bibliophile de 1836-1837 :

« M. de La Mennais vend ses livres, et il ne les vend probablement que parce qu’il a besoin de les vendre. Cette particularité restera dans la mémoire des hommes comme un des traits caractéristiques du siècle d’or que la révolution libérale et humanitaire nous a fait. (…) Je recommande la bibliothèque de M. de La Mennais aux amateurs de livres ; je la recommande aux hommes de cœur. Quiconque a une âme et un écu doit placer parmi ses livres un des livres qui ont appartenu à M. de La Mennais. » (Charles Nodier, Bulletin du Bibliophile, 1836).

Exemplaire en reliure pleine de l’époque de l’Essai sur l’indifférence en matière de religion, 4 volume in-8, 1817-1823.

Je ne sais rien des résultats d’adjudication pour cette vente de janvier 1837. Mon catalogue est vierge de toute annotation. Certaines pages étaient même encore non coupées lors de ma première lecture …

Je ne sais pas plus s’il y eut une nouvelle vente des livres de La Mennais après sont décès ?? Sans doute.

En espérant vous avoir fait découvrir un sentier méconnu,

Amitiés bibliophiliques, Bertrand Merci Bertrand,H

Notes :
(1) Hugues-Félicité Robert de Lamennais, né à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) en 1782 et décédé à Paris en 1854, était un écrivain et philosophe français. Son nom de famille est Robert et c’est en s’inspirant du lieu-dit « la Mennais » où son grand’père possédait une métairie qu’il se nomma ainsi. Issu d’une famille pieuse de petite noblesse récente, il fut ordonné prêtre en 1816. Philosophe chrétien, connu pour être un personnage ultramontain, Lamennais peut être considéré comme le précurseur du catholicisme libéral, du catholicisme social, ainsi que de la démocratie chrétienne. (source Wiki).

(1) Catalogue de la bibliothèque de M. F. de Lamennais. (faux-titre). Catalogue de livres rares et précieux provenant de la bibliothèque de M. F. de Lamennais, dont la vente se fera le lundi, 2 janvier 1837, et jours suivants, à 6 heures du soir. Rue Vivienne, n°17. Par le ministère de MM. Bonnefond de La Vialle et Barbier, commissaires-priseurs. L’exposition aura lieu tous les jours, de midi à 4 heures, à partir du 15 décembre. Paris, Paul Daubrée et Cailleux, éditeur des œuvres complètes de M. F. de La Mennais. Rue Vivienne, n°17, 1836. 1 volume in-8 (21,5 x 13,5 cm) de (2)-iij-(3)-160-(4) pages, broché, non rogné, imprimé sur beau papier vergé fin. Localisation : Fonds ancien de la BM de Rennes. Cote 349014. BNF, Paris, cote FRBNF36558851. Peut-être en existe-t-il d’autres dans d’autre fonds mais ce sont les deux seuls exemplaires que nous avons répertorié. Ce catalogue semble fort rare. Sans doute n’a-t-il été tiré qu’à un très petit nombre d’exemplaires.

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