Les cours manuscrits

Amis Bibliophiles Bonsoir,
La revue avance… mais c’est éprouvant. Bernard m’aide en vous proposant un éclairage sur un sujet en marge de la bibliophilie, et vous savez que Bernard est un scientifique bibliophile (ou un bibliophile scientifique?), nous allons donc évoquer les cours manuscrits. Je lui cède la parole.
« Vous savez maintenant qu’en bibliophilie je suis monomaniaque… En tant que professeur, j’ai pu me rendre compte qu’il y a un monde entre les cours imprimés, théoriquement parfaits (!), et les cahiers des malheureux preneurs de notes. Peu à peu j’ai acheté quelques cours manuscrits d’élèves et de professeurs. Certains sont naïfs, d’autres remarquables pour leur écriture et leurs illustrations. Je vous en présente quelques uns du XVIIIème et du XIXème siècles. Certains penseront que ce n’est pas de la bibliophilie ; parlons seulement de témoignages écrits…
Cahier d’un élève du collège royal de Clermont Ferrant vers 1800: (2), 84, (2) pages.
Cette page traite de l’électricité atmosphérique.Cahier d’un élève du collège Louis le Grand de Paris, 1792 : 20 pages.
Le papier a la couleur bleutée de cette période troublée.Cours de physique d’Edmond Becquerel 1837-1838 : 2 volumes de 604 et 500 pages. Antoine-César Becquerel eut trois enfants dont Alexandre-Edmond (dit Edmond), le troisième. Dès sa plus tendre enfance celui-ci reçoit bien évidemment une éducation scientifique de très grande qualité. Excellent élève au lycée Bourbon (l’actuel Lycée Condorcet) il est admis en 1837 à l’École Normale Supérieure puis à l’École Polytechnique l’année suivante. C’est à ce moment qu’il renonce aux Grandes Ecoles, pour se consacrer aux études universitaires et à l’enseignement en devenant aide-préparateur de son père, récent titulaire de la Chaire de Physique appliquée aux Sciences naturelles au Muséum. Edmond Becquerel est le père d’Henri Becquerel le découvreur de la radioactivité.
Ce cours manuscrit est celui du cours de Cazalis, professeur au Lycée Bourbon, rédigé par Edmond Becquerel, alors élève de classe préparatoire. Excellente illustration du niveau des études des classes préparatoires au début du XIXème siècle.Cours de physique anonyme 1842-1843, 438 pages, remarquable par la finesse des figures.Cours de physique anonyme 1845-1846, 296 pages, d’une superbe écriture (je trouve).Cours de physique 1849-1850, 821 pages, superbement illustré. Ce cours d’un professeur était certainement destiné à être publié.J’espère ne pas avoir réveillé de mauvais souvenirs de lycée à certains d’entre vous. Ce n’était pas le but.
Merci Bernard,H

La lettre du bibliophile

Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.

Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.

À lire ensuite

Charles Nodier et Thouvenin, des reliures d’exception, les reliures aux écussons

Charles Nodier et Thouvenin, des reliures d'exception, les reliures aux écussons

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Lors de la dernière vente Berès, un lot a particulièrement retenu mon attention, le numéro 59, qui proposait un ouvrage de 1605 dans une « fausse reliure aux écussons de Nodier et Thouvenin ».

J’ai voulu en savoir plus. Voici le fruit de ses quelques recherches :

J’ai déjà évoqué Charles Nodier (1780 – 1844) sur le blog. Académicien et écrivain français à qui l’on attribue une grande importance dans la naissance du mouvement romantique, il fût également conservateur de la Bibliothèque de l’Arsenal. Son relieur favori était Joseph Thouvenin (ancien élève de Bozérian), avec lequel Nodier remis au goût du jour le style « fanfare », inventant le nom même de ce style « fanfare » au passage.

Charles Nodier admirait le travail de Thouvenin et pour lui marquer sa reconnaissance, il fît pour son relieur ce que Béraldi appelle « un honneur sans pareil et unique dans l’histoire du livre » en lui demandant d’associer leurs deux noms sur ses reliures. Ainsi, sur chaque plat des relires confiées par Nodier à Thouvenin, on pouvait retrouver deux supra-libris différents : sur le premier plat, celui de Charles Nodier « Ex Musaeo Caroli Nodier », sur le second plat, celui de Thouvenin, « ex Opificina Jos. Thouvenin ». Chacune des deux mentions était entourée d’un écusson ovale et c’est pour cela qu’on appelle cette série de reliures, exécutées dans les années 1830-1834, les « reliures aux écussons ». Il semblerait également que certaines reliures exécutées dans les années 1820 aient été frappées des écussons a posteriori.

On connaît aujourd’hui environ 70 reliures aux écussons et elles sont donc très recherchées, quelques unes d’entre elles ont été vendues pendant les ventes Berès (mais je n’ai pas les prix finaux, je devais dormir lundi dernier au moment fatidique).
Le catalogue est malheureusement assez imprécis en ce qui concerne ce lot (« fausse reliure aux écussons de Nodier et Thouvenin »), alors, est-ce une reliure à l’imitation, ou bien est-ce l’un des reliures modifiées a posteriori? Vraie question.

Cet hommage de Nodier à Thouvenin en tout cas est une vraie particularité bibliophilique que je tenais à vous faire partager.

H

5 Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.