Bibliophilie et Sciences: Jean-Baptiste Biot , révolutionnaire et physicien français

Amis Bibliophiles bonjour,
Jean-Baptiste Biot (1774-1862) est un des principaux physiciens français du début du IXème   siècle.  Il est volontaire dans les armées républicaines en 1792 et  est nommé professeur à l’École centrale de Beauvais dès 1797. Il est examinateur d’admission à l’École Polytechnique de 1799 à 1806. Un mémoire présenté à l’Institut lui vaut la chaire de physique mathématique au Collège de France en 1800; il n’a alors que 26 ans. Il entre à l’Académie des sciences en 1803 et  prend part à l’ascension en ballon avec Gay-Lussac en 1804. Il  poursuit, avec Arago, la triangulation de la méridienne en Espagne, en 1806 et aux îles Orcades en 1817. Il est élu à l’Académie française en 1856.

Sa principale découverte est  le pouvoir rotatoire moléculaire de certaines substances. Cette découverte conduira Pasteur à celle de la dissymétrie moléculaire.
Jean-Baptiste Biot vérifiant au microscope les découvertes de Louis Pasteur sur ladissymétrie moléculaire en 1848 (dessin de Vogel. Musée Pasteur de Paris).Biot formule également avec le Français Félix Savart, la « loi de Biot et Savart », qui donne l’expression de la force exercée par un courant rectiligne sur un élément de courant, force en 1/r. Il travaille aussi sur l’origine des météorites et sur  le magnétisme terrestre.

Je vous présente quelques ouvrages de Biot écrits pour l’enseignement.
Traité élémentaire d’astronomie physique.Paris, chez Bernard, An XIII, 1805. (EO)2 volumes in-8 ; XXVIII, (2), 330 pp, 11 pl – (2) pp, pp 331 à 582, 5 pl, 32 pp. Biot est professeur d’astronomie physique de 1809 à 1826 à la Sorbonne. Cet ouvrage est destiné à l’enseignement dans les lycées nationaux et les écoles secondaires. Les trente-deux dernières pages s’intitulent : Notice abrégée des principaux livres de Bernard, Libraire de l’École Impériale Polytechnique…

Dans les Archives littéraires de l’Europe de 1805 on lit : « Il n’appartient qu’aux maîtres dans une science d’en exposer clairement les principes. Le meilleur traité élémentaire de physique est sans contredit celui que le savant M. Hauy a publié dernièrement d’après l’invitation du gouvernement. Nous croyons qu’on mettra sur la même ligue le traité élémentaire d’astronomie physique de M. Biot. Ce jeune physicien , qui a déjà donné des preuves de ses lumières et de son talent dans les sciences mathématiques, et de son zèle pour le progrès de la science , qui d’ailleurs, réunit à des connaissances étendues l’esprit philosophique et le talent d’écrire , possède tout ce qu’il faut pour exécuter avec succès l’ouvrage important que le gouvernement destine à l’enseignement des écoles nationales. »

Une autre édition en trois volumes a paru chez Klostermann en  1810-1811.
Traité de physique expérimentale et mathématique. 
Paris, Deterville. 1816. 
4 volumes in-8 ; (4), LXVI, 538, (4) pp, 1 tableau, 5 pl. – (4), 551, (1) pp, 2 tableaux, 4 pl. – (4), 516 pp, 6 pl. – (4), 780, (2) pp, 2 tableaux, 7 pl. Ce traité de physique, le plus important du début du XIXème siècle, débute par une Lettre à M. Berthollet. Il est divisé en sept livres : Des phénomènes généraux et des moyens d’observations – De l’acoustique – De l’électricité – Du magnétisme – De la lumière – De la polarisation de la lumière – Du calorique, soit rayonnant, soit latent. Biot est partisan de la théorie de l’émission pour la lumière.

Cet exemplaire possède un ex-libris : « A la source pour que l’on beuve » ; il a été vendu à la vente de la veuve Brunet en 1919. J’aimerais bien connaitre le propriétaire de cet ex-libris (Appel au lecteur). lPrécis élémentaire de physique expérimentale. 
Paris, Deterville. 1817. EO. 
2 volumes in-8 ; X, 576 pp, 6 pl. – (4), IV, 608 pp, 8 pl.  Recueil des leçons publiques que Biot a données, pendant plusieurs années, à la Faculté de Paris, dans le cours de physique qu’il partageait avec Gay-Lussac.Dans l’avant-propos, Biot précise : « Ce Précis élémentaire est le texte des leçons publiques que j’ai données à la Faculté des Sciences de Paris en 1816 et 1817, dans le cours de physique que je partage avec mon ami Gay- Lussac… Ce n’est pas toutefois sans quelques regrets que je me suis résolu à présenter aux élèves un ouvrage où la physique est dépouillée de ce qui fait sa principale utilité et sa certitude, je veux dire les expressions et les méthodes mathématiques ». Ce Précis est destiné à l’enseignement public, par arrêté de la Commission de l’Instruction Publique, en date du 22 février 1817.Une deuxième édition a paru chez  Deterville en 1821 et une troisième en 1824.
Précis élémentaire de physique expérimentale.
Paris, Deterville. 1824. 3ème édition. 
2 volumes in-8 ; XII, 678 pp, 7 pl. – (4), 786 pp, 12 pl.  Cette édition est importante car elle contient, en édition originale, pages 704 à 774, l’exposé détaillé des expériences de Biot et Savart:  L’aimantation imprimée aux métaux par l’électricité en mouvement. Seul un résumé en avait été donné en 1821 dans la deuxième édition.

Le 30 octobre 1820, Biot, aidé de Félix Savart, montre que la force exercée par un très long fil sur un aimant est inversement proportionnelle à la distance. Le 18 décembre 1820,  ils calculent la force exercée par un fil infiniment long sur un aimant, puis sur un autre fil, ils énoncent ainsi la fameuse loi, connue maintenant sous le nom de « loi de Biot et Savart ». Ce mémoire a été lu à la séance publique de l’Académie des Sciences le 2 avril 1821.

Bernard.

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À lire ensuite

Deux Journaux du 17ème : le Journal des Sçavans et Les Nouvelles de la République des Lettres

Deux Journaux du 17ème : le Journal des Sçavans et Les Nouvelles de la République des Lettres

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Ca fait plaisir de vous retrouver, merci à tous pour vos mots d’encouragement en ces moments difficiles. C’est l’ami Bernard qui me remet le pied à l’étrier en vous proposant un article sur deux ouvrages que l’on crois de temps en temps, mais restent trop méconnus : Le Journal des Sçavans et Les Nouvelles de la République des Lettres.

Deux journaux de la fin du XVIIème

Dans la seconde moitié du XVIIème siècle deux revues contribuèrent à la propagation des connaissances à travers l’Europe : Le Journal des Sçavans et les Nouvelles de la République des Lettres. Vous en avez certainement rencontré sur ebay ou ailleurs. Si vous n’avez pas eu la curiosité de chercher de quoi il s’agissait, voici quelques renseignements, très orientés vers les sciences (Chacun a ses faiblesses).

LE JOURNAL DES SÇAVANS

C’est en 1664 que Denis de Salo (1626-1669), conseiller au Parlement de Paris, obtient un privilège qui autorise la publication du Journal des Sçavans. Le premier numéro paraît le 5 janvier 1665, à Paris chez Jean Cusson, en forma in-4. Le rédacteur est Hédouville, pseudonyme de Denis de Salo. Celui-ci fait précéder le premier numéro d’un avertissement dans lequel il indique le but qu’il désire atteindre : « Catalogue exact des principaux livres qui s’imprimeront en Europe en disant de quoi ils traitent et à quoi ils peuvent être utiles ; éloge des personnalités célèbres qui viennent à mourir avec un catalogue de leurs œuvres ; exposé des expériences de physique et de chimie, des nouvelles découvertes qui se font dans les arts et dans les sciences et des observations du ciel, des météores et de l’anatomie … ». Rapidement les jésuites intriguent contre le Journal, qui bien que soutenu par Colbert, cesse de paraître le 30 mars 1665. La parution reprend le 4 janvier 1666, sous la direction de l’Abbé Gallois (1632-1707), mathématicien, astronome, physicien et linguiste.
Gallois dirige le Journal pendant un an, avec persévérance, puis les livraisons commencent à être irrégulières : En effet, de 1666 à 1674, l’Abbé Gallois ne fait paraître qu’une année complète, celle de 1666. Il ne donne que seize numéros pour l’année 1667, treize pour 1668, quatre pour 1669, un seul pour 1670, trois pour 1671, huit pour 1672, et se repose toute l’année 1673, pour faire paraître un seul cahier en 1674 ! A la fin de l’année 1674, l’Abbé Gallois est remplacé par l’Abbé de La Roque, « esprit vulgaire, critique maladroit et écrivain médiocre ». Il publie le journal hebdomadairement pendant toute l’année 1678, puis tous les quinze jours en 1679. La publication continue ainsi jusqu’en 1686. Après dix mois d’interruption, le journal reparaît sous la direction de Louis Cousin (1627-1707), Président en la Cour des Monnaies, homme d’une grande instruction et d’une justesse d’esprit remarquable. Le premier numéro parait le 17 novembre 1687 et la parution continue jusqu’à fin 1701. L’Abbé Jean-Paul Bignon (1662-1743) prend la succession et un premier numéro parait le 12 janvier 1702. La parution dure jusqu’en 1792 ; la collection complète est alors formée de 128 volumes in-4. Tous ces renseignements proviennent de L’histoire du Journal des Sçavans par Hippolyte Cocheris parue à Paris en 1860.

Les volumes de ce journal sont rares. On trouve plus facilement des volumes de l’édition d’Amsterdam, copiée sur l’édition parisienne, en format in-12.
Cette série de volumes in-4 constitue la tête de collection ; elle couvre la période 1665 à 1676.

Tous les livres parus en France et à l’étranger sont annoncés et commentés, en Français.

Pour les amateurs de voyages :
Premier éloge de Fermat :
Annonce de l’ouvrage fondamental de Grimaldi sur la lumière :
Parallèle entre Aristote et Descartes : Nouvelles machines pour les planètes et les éclipses : Bilan pondéral de l’alimentation et de la transpiration de l’homme: Première machine pour nager sous l’eau : Annonce du cours de chimie de Lemery (pour Eric) : Première machine pour dessaler l’eau de mer : On y trouve des articles scientifiques fondamentaux, parus ici pour la première fois, par exemple :

– Le premier énoncé de la loi des chocs élastiques par Huygens (18 mars 1669) : En 1669, Huygens adresse à la Royal Society de Londres, qui avait lancé un concours sur les lois du mouvement, un mémoire en latin rassemblant ses principaux résultats. Il est publié en français dans le Journal des sçavans de la même année sous le titre : Règles du mouvement dans la rencontre des corps. Lorsque Leibniz découvre à Paris, en 1671, les démonstrations de Huygens qui utilisent les quantités mv2, il est d’abord sceptique, puis reconnaît, dans ses écrits de 1677, qu’il y a là un principe général de physique : le principe de conservation des forces vives (Nous disons aujourd’hui conservation de l’énergie cinétique ). Une édition définitive du travail d’Huygens n’est donnée que de façon posthume dans les Opuscula Posthuma de 1703.

– La première description de la balance inventée par Roberval (10 février 1670). – La première description du télescope de Newton (29 février 1672) dans une lettre de Huygens, avant la publication dans les Philosophical Transactions.
– La démonstration touchant le mouvement de la lumière par Roemer (7 décembre 1676) : En 1676, l’astronome Ole Roemer (1644-1710), alors qu’il séjourne à l’Observatoire de Paris tout nouvellement bâti, déduit des irrégularités apparentes de la période des satellites de Jupiter une méthode de mesures de la vitesse de la lumière. Ses résultats sont publiés dans le Journal des Sçavans du lundi 7 décembre 1676. Roemer parvient à une valeur approximative de la vitesse de la lumière de 215 000 kilomètres par seconde. Il montre ainsi que l’hypothèse cartésienne de la propagation instantanée n’est pas fondée. L’ensemble de ces mesures et observations impose une refonte complète de l’optique cartésienne.
– Une dizaine de lettres de Huygens : De la sympathie et concordance de deux pendules suspendues d’une même perche (16 mars 1665) – Observation de Saturne faite à la bibliothèque du Roi (11 février 1669) – Réflexions sur la description d’une lunette, publiée sous le nom de M. Cassegrain (12 juin 1672) – Figure de la planète de Saturne (12 décembre 1672) – Nouvelle manière de baromètre (12 décembre 1672) – Nouvelle invention d’horloges très justes et portatives (25 février 1675).

Pour les amateurs de voyages, de théologie, de médecine, etc, le journal est également une mine de renseignements, « de première main »

NOUVELLES DE LA RÉPUBLIQUE DES LETTRES.
Protestant français exilé en Hollande, Pierre Bayle (1647-1706), peut être considéré comme le « père des Lumières ». Sa liberté d’expression et ses polémiques contre les théologiens catholiques, mais quelquefois aussi protestants, l’ont fait accuser d’athéisme. En 1682, il publie anonymement à Rotterdam la première édition de son livre sur les comètes, Lettre à M.L.A.D.C., docteur de Sorbonne, où il est prouvé par plusieurs raisons tirées de la philosophie et de la théologie que les comètes ne sont point le présage d’aucun malheur. L’année suivante paraît la seconde édition augmentée avec le titre définitif : Pensées diverses écrites à un docteur de Sorbonne à l’occasion de la comète qui parut au mois de décembre 1680. La renommée de Pierre Bayle est surtout due à son Dictionnaire historique et critique, destiné à redresser les erreurs propagées par les hommes de lettres et les scientifiques. Bayle entreprend la rédaction mensuelle des Nouvelles de la République des Lettres en 1684. Le premier journal parait en mars 1684 à Amsterdam, chez Desbordes. Bayle y indique qu’il doit « refléter en quelque sorte une société utopique où les savants travaillent ensemble en grande harmonie aux progrès du savoir ». Cette revue est faite de compte rendus de livres de théologie, philosophie, histoire, sciences… Elle a rapidement une très grande notoriété à travers toute l’Europe. En 1687, Bayle abandonne la publication de cette revue pour se consacrer à son Dictionnaire historique et critique. La parution est interrompue entre avril 1689 et janvier 1699 puis reprend jusqu’en 1718. Cette série de 11 volumes in-12 constitue la tête de collection, en reliure uniforme d’époque. Elle couvre la période de mars 1684 à avril 1689. Les volumes jusqu’au mois d’avril 1685 sont en seconde édition, les suivants sont en édition originale.
Difficile acceptation des idées de Descartes : Annonce de la parution de La pluralité des Mondes, par Fontenelle : Résolution d’un problème posé par Leibniz : En sciences, on trouve des articles importants de Papin, Huygens, Leibniz, Varignon, etc. Les autres disciplines sont également présentes.

Pour conclure, ces deux revues donnent une vue détaillée de tous les ouvrages parus à la fin du XVIIème. On peut noter que l’Académie des Sciences de Paris ne publiera ses mémoires qu’à partir de 1699. Merci infiniment Bernard,H

8 Commentaires

  1. Merci Bernard pour votre réponse. En fait, j'avais un doute car je pensais que le Biot du mica était minéralogiste et je ne voyais rien dans votre article sur ce point, alors je me disais qu'il avait peut-être un homonyme… Souvent le minéraux tirent leur nom d'une personnalité: RJ Haüy pour l'hauynite, Hollande pour l'Hollandite, etc …

    Bonne soirée
    Textor

  2. Superbe exemplaire du Traité de Physique, des dos somptueusement décorés avec ce qui pourrait s'apparenter à de la grotesque. Généralement les ouvrages scientifiques ne sont guère gâtés de ce point de vue.
    Je n'avais jamais fait le rapprochement entre Biot et la biotite, mais nous sommes là pour apprendre.

    René

  3. L'epithorum, il me le faut absolutissimus ! Enchères interdites !! 🙂

    Comme mon commentaire concerne l'affichage en tête de gondole et non pas l'excellent article de Bernard, j'en profite pour le saluer au passage.

    Le mica biotite qu'on trouvait dans les granits (ou plus exactement les pegmatites) des plages bretonnes de mon enfance a -t-il un rapport avec Jean-Baptiste Biot ?

    Textor

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