Bibliophilie et Sciences: une famille de physiciens, les Bécquerel

Amis Bibliophiles bonjour,
Lesquels parmi vous votent pour que Bernard se décide enfin à écrire un article pour la Nouvelle Revue des Livres Anciens?
Voici un nouvel article de sa plume, qui vient rejoindre la catégorie « Bibliophilie et Sciences ».
La famille Becquerel compte quatre générations de physiciens. On connaît surtout Henri Becquerel mais les quatre générations ont marqué la physique du XIXème.
– Antoine César Becquerel (1788-1878), professeur de physique au Muséum national d’histoire naturelle, découvre en 1819 l’effet piézoélectrique de certains cristaux. En 1839, avec son fils Edmond, il présente pour la première fois un effet photoélectrique à l’origine des piles photovoltaïques, effet qui n’a été compris qu’en 1887 par Hertz.
– Alexandre Edmond Becquerel (1820-1891), fils du précédent, occupe la chaire de physique au Conservatoire des arts et métiers à partir de 1852 et, à la suite de son père, devient professeur de physique au Muséum national d’histoire naturelle. Il s’intéresse tout d’abord à la phosphorescence et à l’étude de la spectroscopie, parvenant à obtenir grâce à la photographie une reproduction du spectre solaire. En 1866, il effectue les premières mesures de température à l’aide de la pile thermoélectrique.
– Henri Becquerel (1852-1908), fils du précédent, entre à l’École polytechnique en 1872, puis à l’école des Ponts et Chaussées. Après avoir été assistant au Muséum national d’histoire naturelle, il y devient professeur de physique en 1892, occupant la chaire que son père et son grand-père ont précédemment tenue. Egalement professeur de physique à l’École polytechnique, il découvre en 1896 le phénomène de la radioactivité au cours de ses recherches sur la fluorescence des cristaux. Ayant placé des sels d’uranium sur une plaque photographique dans un lieu sombre, il s’aperçoit que la plaque a noirci, faisant apparaître une silhouette des minéraux. Ce phénomène prouve que l’uranium émet un rayonnement, effet connu par la suite sous le nom de radioactivité. En 1903, il partage le prix Nobel de physique avec Pierre et Marie Curie pour leurs travaux sur la radioactivité. Son nom reste attaché à l’unité d’activité nucléaire, le Becquerel.
– Jean Becquerel (1878-1953) succède à son père Henri Becquerel à la chaire de physique appliquée du Muséum national d’histoire naturelle. Poursuivant les travaux de son père, il porte ses recherches sur l’étude des propriétés optiques et magnétiques des cristaux à très basse température.
La bibliothèque de la famille s’est enrichie au cours des générations. Elle a été dispersée dans les années 1980 par la librairie Brieux et j’ai eu l’opportunité d’acheter quelques ouvrages importants dont la collection des Annales de chimie et de physique en reliure quasi uniforme (le dernier volume date de 1908, année du décès d’Henri Becquerel). Je vous présente quelques ouvrages de ces illustres physiciens.
DIVERS MÉMOIRES LUS À L’ACADÉMIE DES SCIENCES.Paris, 1829 à 1860. 1 volume in-4 ; (2), 40 pp. – 22 pp. – pp (23) à 34 – pp (35) à 49 – pp (50) à 56 – 19 pp. – 44 pp. – pp 49 à 57, 1 pl. – 34 pp. – 12 pp. – 16 pp. – 18 pp. – 4 pp. – 5 pp. – 4 pp. – 24 pp. – 12 pp. – 21 pp. – 9 pp. – pp (835) à 850.
Réunion exceptionnelle de vingt tirés à part de textes d’Antoine César Becquerel portant sur l’électrochimie et publiés dans les Mémoires de l’Académie des Sciences ou dans les Comptes Rendus. Ce volume provient de sa bibliothèque.
TRAITÉ EXPÉRIMENTAL DE L’ÉLECTRICITÉ ET DU MAGNÉTISME ET DE LEURS RAPPORTS AVEC LES PHÉNOMÈNES NATURELS.Paris, F. Didot. 1834, 1835, 1836, 1837, 1840.7 tomes reliés en 4 volumes in-8 ; 1er volume : (4), 563, (1) pp. – (4), 517, (3) pp, 6 pl. – 2ème volume : (4), XVI, 450 pp, 6 pl. – (4), XXV, 333, (3) pp, 3 pl – . 3ème volume : (4), 316 pp, 2 pl. – (4), IV, 288 pp, 5 pl. – (4), 440 pp, 5 pl – . 4ème volume : (4), 547 pp, 18 pl.
Ce traité d’Antoine César Becquerel est le premier grand traité français sur l’électricité et le magnétisme.
TRAITÉ D’ÉLECTRICITÉ ET DE MAGNÉTISME ET DES APPLICATIONS DE CES SCIENCES À LA CHIMIE, À LA PHYSIOLOGIE ET AUX ARTS.Paris, F. Didot. 1855-1856.. 3 volumes in-8 ; XVI, 456 pp, 3 pl. – (4), 475, (1) pp. – (4), 412 pp, 14 pl.
Cet ouvrage résume les leçons qu’Antoine César Becquerel et son fils Edmond donnaient, l’un au Muséum d’Histoire Naturelle, l’autre au Conservatoire des Arts et Métiers.
SUR LES RADIATIONS ÉMISES PAR PHOSPHORESCENCE. Paris, Gauthier-Villars. 1896. 1 volume in-4 ; pp (417) à 496.
Ce volume contient le cahier des Comptes Rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des Sciences du 24 février 1896 (n° 8, tome 122). Dans ce cahier, dont la couverture rose imprimée a été conservée, Henri Becquerel annonce la découverte de la radioactivité naturelle. L’article occupe les pages 420 et 421. Becquerel pense alors que l’exposition préalable des sels d’uranium à la lumière est nécessaire à l’émission du rayonnement. Le 2 mars 1896 Becquerel annonce que l’excitation préalable à la lumière est inutile : les sels d’uranium émettent naturellement des radiations pénétrantes. Rapidement Becquerel montre que le phénomène est dû à l’uranium seul. Deux ans plus tard Pierre et Marie Curie annoncent la découverte de deux éléments radioactifs nouveaux, le radium et le polonium.
RECHERCHES SUR UNE PROPRIÉTÉ NOUVELLE DE LA MATIÈRE.Paris, F. Didot. 1903.1 volume in-4 ; (4), 360, (4) pp, 13 pl.
Ce volume constitue le tome 46 des Mémoires de l’Académie des Sciences. Dans l’avant-propos Henri Becquerel indique : « Le présent Mémoire est divisé en deux parties. La première comprend les recherches faites en 1896 et 1897 dans lesquelles, après avoir découvert les propriétés radiantes de l’uranium, j’ai étudié les caractères physiques du rayonnement nouveau. La seconde renferme mes travaux depuis 1898, époque à laquelle les nouveaux produits découverts par Mr. et Mme Curie donnèrent à la question une extension considérable en révélant des phénomènes que le faible rayonnement de l’uranium eût été, sinon impuissant, du moins beaucoup plus long à manifester ».
LE PRINCIPE DE RELATIVITÉ ET LA THÉORIE DE LA GRAVITATION.Paris, Gauthier-Villars. 1922. 1 volume in-8 ; X, 342 pp.Publication des leçons donnée par Jean Becquerel à l’Ecole Polytechnique en 1921 et 1922. L’ouvrage est divisé en deux parties : 1ère : La relativité restreinte. 2ème : La relativité généralisée – Gravitation et électricité.
Vous trouverez l’histoire de cette lignée exceptionnelle sur le net. On en rencontre quelquefois en sciences : les Cassini, les Curie, les Friedel … Leur bibliothèque était une bibliothèque de travail. Les livres étaient bien et solidement reliés, sans ostentation, comme je les aime.
Une indication pour les cristallographes : la librairie Brieux disperse actuellement la bibliothèque de la famille Friedel.
Merci Bernard,

H

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À lire ensuite

Deux Journaux du 17ème : le Journal des Sçavans et Les Nouvelles de la République des Lettres

Deux Journaux du 17ème : le Journal des Sçavans et Les Nouvelles de la République des Lettres

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Ca fait plaisir de vous retrouver, merci à tous pour vos mots d’encouragement en ces moments difficiles. C’est l’ami Bernard qui me remet le pied à l’étrier en vous proposant un article sur deux ouvrages que l’on crois de temps en temps, mais restent trop méconnus : Le Journal des Sçavans et Les Nouvelles de la République des Lettres.

Deux journaux de la fin du XVIIème

Dans la seconde moitié du XVIIème siècle deux revues contribuèrent à la propagation des connaissances à travers l’Europe : Le Journal des Sçavans et les Nouvelles de la République des Lettres. Vous en avez certainement rencontré sur ebay ou ailleurs. Si vous n’avez pas eu la curiosité de chercher de quoi il s’agissait, voici quelques renseignements, très orientés vers les sciences (Chacun a ses faiblesses).

LE JOURNAL DES SÇAVANS

C’est en 1664 que Denis de Salo (1626-1669), conseiller au Parlement de Paris, obtient un privilège qui autorise la publication du Journal des Sçavans. Le premier numéro paraît le 5 janvier 1665, à Paris chez Jean Cusson, en forma in-4. Le rédacteur est Hédouville, pseudonyme de Denis de Salo. Celui-ci fait précéder le premier numéro d’un avertissement dans lequel il indique le but qu’il désire atteindre : « Catalogue exact des principaux livres qui s’imprimeront en Europe en disant de quoi ils traitent et à quoi ils peuvent être utiles ; éloge des personnalités célèbres qui viennent à mourir avec un catalogue de leurs œuvres ; exposé des expériences de physique et de chimie, des nouvelles découvertes qui se font dans les arts et dans les sciences et des observations du ciel, des météores et de l’anatomie … ». Rapidement les jésuites intriguent contre le Journal, qui bien que soutenu par Colbert, cesse de paraître le 30 mars 1665. La parution reprend le 4 janvier 1666, sous la direction de l’Abbé Gallois (1632-1707), mathématicien, astronome, physicien et linguiste.
Gallois dirige le Journal pendant un an, avec persévérance, puis les livraisons commencent à être irrégulières : En effet, de 1666 à 1674, l’Abbé Gallois ne fait paraître qu’une année complète, celle de 1666. Il ne donne que seize numéros pour l’année 1667, treize pour 1668, quatre pour 1669, un seul pour 1670, trois pour 1671, huit pour 1672, et se repose toute l’année 1673, pour faire paraître un seul cahier en 1674 ! A la fin de l’année 1674, l’Abbé Gallois est remplacé par l’Abbé de La Roque, « esprit vulgaire, critique maladroit et écrivain médiocre ». Il publie le journal hebdomadairement pendant toute l’année 1678, puis tous les quinze jours en 1679. La publication continue ainsi jusqu’en 1686. Après dix mois d’interruption, le journal reparaît sous la direction de Louis Cousin (1627-1707), Président en la Cour des Monnaies, homme d’une grande instruction et d’une justesse d’esprit remarquable. Le premier numéro parait le 17 novembre 1687 et la parution continue jusqu’à fin 1701. L’Abbé Jean-Paul Bignon (1662-1743) prend la succession et un premier numéro parait le 12 janvier 1702. La parution dure jusqu’en 1792 ; la collection complète est alors formée de 128 volumes in-4. Tous ces renseignements proviennent de L’histoire du Journal des Sçavans par Hippolyte Cocheris parue à Paris en 1860.

Les volumes de ce journal sont rares. On trouve plus facilement des volumes de l’édition d’Amsterdam, copiée sur l’édition parisienne, en format in-12.
Cette série de volumes in-4 constitue la tête de collection ; elle couvre la période 1665 à 1676.

Tous les livres parus en France et à l’étranger sont annoncés et commentés, en Français.

Pour les amateurs de voyages :
Premier éloge de Fermat :
Annonce de l’ouvrage fondamental de Grimaldi sur la lumière :
Parallèle entre Aristote et Descartes : Nouvelles machines pour les planètes et les éclipses : Bilan pondéral de l’alimentation et de la transpiration de l’homme: Première machine pour nager sous l’eau : Annonce du cours de chimie de Lemery (pour Eric) : Première machine pour dessaler l’eau de mer : On y trouve des articles scientifiques fondamentaux, parus ici pour la première fois, par exemple :

– Le premier énoncé de la loi des chocs élastiques par Huygens (18 mars 1669) : En 1669, Huygens adresse à la Royal Society de Londres, qui avait lancé un concours sur les lois du mouvement, un mémoire en latin rassemblant ses principaux résultats. Il est publié en français dans le Journal des sçavans de la même année sous le titre : Règles du mouvement dans la rencontre des corps. Lorsque Leibniz découvre à Paris, en 1671, les démonstrations de Huygens qui utilisent les quantités mv2, il est d’abord sceptique, puis reconnaît, dans ses écrits de 1677, qu’il y a là un principe général de physique : le principe de conservation des forces vives (Nous disons aujourd’hui conservation de l’énergie cinétique ). Une édition définitive du travail d’Huygens n’est donnée que de façon posthume dans les Opuscula Posthuma de 1703.

– La première description de la balance inventée par Roberval (10 février 1670). – La première description du télescope de Newton (29 février 1672) dans une lettre de Huygens, avant la publication dans les Philosophical Transactions.
– La démonstration touchant le mouvement de la lumière par Roemer (7 décembre 1676) : En 1676, l’astronome Ole Roemer (1644-1710), alors qu’il séjourne à l’Observatoire de Paris tout nouvellement bâti, déduit des irrégularités apparentes de la période des satellites de Jupiter une méthode de mesures de la vitesse de la lumière. Ses résultats sont publiés dans le Journal des Sçavans du lundi 7 décembre 1676. Roemer parvient à une valeur approximative de la vitesse de la lumière de 215 000 kilomètres par seconde. Il montre ainsi que l’hypothèse cartésienne de la propagation instantanée n’est pas fondée. L’ensemble de ces mesures et observations impose une refonte complète de l’optique cartésienne.
– Une dizaine de lettres de Huygens : De la sympathie et concordance de deux pendules suspendues d’une même perche (16 mars 1665) – Observation de Saturne faite à la bibliothèque du Roi (11 février 1669) – Réflexions sur la description d’une lunette, publiée sous le nom de M. Cassegrain (12 juin 1672) – Figure de la planète de Saturne (12 décembre 1672) – Nouvelle manière de baromètre (12 décembre 1672) – Nouvelle invention d’horloges très justes et portatives (25 février 1675).

Pour les amateurs de voyages, de théologie, de médecine, etc, le journal est également une mine de renseignements, « de première main »

NOUVELLES DE LA RÉPUBLIQUE DES LETTRES.
Protestant français exilé en Hollande, Pierre Bayle (1647-1706), peut être considéré comme le « père des Lumières ». Sa liberté d’expression et ses polémiques contre les théologiens catholiques, mais quelquefois aussi protestants, l’ont fait accuser d’athéisme. En 1682, il publie anonymement à Rotterdam la première édition de son livre sur les comètes, Lettre à M.L.A.D.C., docteur de Sorbonne, où il est prouvé par plusieurs raisons tirées de la philosophie et de la théologie que les comètes ne sont point le présage d’aucun malheur. L’année suivante paraît la seconde édition augmentée avec le titre définitif : Pensées diverses écrites à un docteur de Sorbonne à l’occasion de la comète qui parut au mois de décembre 1680. La renommée de Pierre Bayle est surtout due à son Dictionnaire historique et critique, destiné à redresser les erreurs propagées par les hommes de lettres et les scientifiques. Bayle entreprend la rédaction mensuelle des Nouvelles de la République des Lettres en 1684. Le premier journal parait en mars 1684 à Amsterdam, chez Desbordes. Bayle y indique qu’il doit « refléter en quelque sorte une société utopique où les savants travaillent ensemble en grande harmonie aux progrès du savoir ». Cette revue est faite de compte rendus de livres de théologie, philosophie, histoire, sciences… Elle a rapidement une très grande notoriété à travers toute l’Europe. En 1687, Bayle abandonne la publication de cette revue pour se consacrer à son Dictionnaire historique et critique. La parution est interrompue entre avril 1689 et janvier 1699 puis reprend jusqu’en 1718. Cette série de 11 volumes in-12 constitue la tête de collection, en reliure uniforme d’époque. Elle couvre la période de mars 1684 à avril 1689. Les volumes jusqu’au mois d’avril 1685 sont en seconde édition, les suivants sont en édition originale.
Difficile acceptation des idées de Descartes : Annonce de la parution de La pluralité des Mondes, par Fontenelle : Résolution d’un problème posé par Leibniz : En sciences, on trouve des articles importants de Papin, Huygens, Leibniz, Varignon, etc. Les autres disciplines sont également présentes.

Pour conclure, ces deux revues donnent une vue détaillée de tous les ouvrages parus à la fin du XVIIème. On peut noter que l’Académie des Sciences de Paris ne publiera ses mémoires qu’à partir de 1699. Merci infiniment Bernard,H

3 Commentaires

  1. Où, comment faire magistralement le grand écart entre la bibliographie, la biographie, la bibliophilie et la vulgarisation scientifique…

    Bien sûr, un article dans la NLRA ! Descartes ou Newton auraient ma préférence… Pierre

  2. A notre époque où les sciences sont si injustement vilipendées, existe-t-il encore des dynasties de physiciens ?

    Merveilleuse et inépuisable librairie que celle de Bernard, et ses nombreux articles se passent de commentaires. Mais ce qui va sans dire va encore mieux en le disant.

    René de B l C

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