Bibliophilie et Sciences: l’Abbé Bertholon et l’électricité

Amis Bibliophiles bonjour,
Je suis actuellement en voyage à l’étranger, aussi je vous propose de retrouver ce soir un article de Bernard sur L’Abbé Bertholon.
« Je vous ai déjà parlé d’un abbé électricien, l’abbé Nollet. Un confrère moins connu a consacré sa vie à des recherches sur le même sujet.
L’Abbé Pierre Bertholon (1741-1800) enseigna la physique à Montpellier puis à Lyon. Ami de Franklin, il encouragea l’installation des premiers paratonnerres à Paris et participa au « procès du paratonnerre » à Arras. En 1780, un avocat de Saint-Omer, Monsieur de Vyssery de Bois-Vale, avait fait poser un paratonnerre sur le toit de son logis. Pour montrer à ses concitoyens qu’il était ridicule de considérer la foudre comme un châtiment des dieux, cet esprit « éclairé » avait demandé à ce que son paratonnerre eût la forme d’un glaive pointé vers le ciel. 
La municipalité de Saint-Omer prit peur : l’impiété notoire de ce bourgeois tout pénétré des idées philosophiques du temps allait certainement attirer sur la ville quelque châtiment divin exemplaire. Monsieur de Vyssery reçut l’ordre de défaire son installation. Celui-ci ne se tint pas pour battu. Il porta l’affaire devant le tribunal d’Arras. 
Maximilien Robespierre (1758-1794), jeune avocat stagiaire, fut chargé de plaider le dossier. Il fit appel aux travaux de Franklin qui prouvaient qu’on pouvait détourner la foudre par un paratonnerre. Monsieur de Vyssery gagna son procès le 31 mai 1782. La plaidoirie de Robespierre a été publiée à Arras dès 1782 : « 
Enfin, l’invention des paratonnerres est la plus heureuse découverte qu’on ait faite dans ce siècle. Loin d’être dangereuse en elle même, comme on l’a annoncé aux échevins de Saint Omer, elle est, au contraire, une des plus utiles à l’humanité ». Robespierre profita de ce succès pour se lancer dans la politique.
MÉMOIRE SIGNIFIÉ POUR M. CHARLES-DOMINIQUE DE VYSSERY DE BOIS-VALE… CONTRE LE PETIT BAILLY DE LA MÊME VILLE…Arras. Imprimerie de Michel Nicolas. 1782. 1 brochure in-8 ; 96 pp.Les trois ouvrages de Bertholon sur l’électricité sont les suivants :DE L’ÉLECTRICITÉ DU CORPS HUMAIN DANS L’ÉTAT DE SANTÉ ET DE MALADIE…Lyon, Bernuset. 1780. EO. 1 volume in-12 ; XII, 541, (3) pp. L’Académie de Lyon propose en 1777 pour le sujet du prix qu’elle a donné le 7 décembre 1779, cette question : Quelles sont les maladies qui dépendent de la plus ou moins grande quantité de fluide électrique dans le corps humain, et quels sont les moyens de remédier aux unes et aux autres ? Ce prix est attribué à Bertholon ; le mémoire couronné constitue la seconde partie de cet ouvrage. La première partie étudie les effets de l’électricité atmosphérique sur l’organisme en bonne santé. L’ouvrage contient également un tableau étudiant pour l’année 1773 la corrélation entre les accès périodiques d’un maniaque, les conditions climatiques et la position de la lune. Un autre tableau statistique montre l’influence des variations de l’atmosphère (elles aussi liées à l’électricité) sur le nombre des décès, des morts subites, etc.
« On ne doit pas s’imaginer que toutes les maladies soient du ressort de l’électricité; car il n’y a pas de remède universel. [Pour connaître les cas qui relèvent de l’électricité] il faut s’instruire des cures qu’ont faites les médecins et les physiciens » … Et l’abbé Bertholon d’en citer plus d’une quarantaine en faveur de l’électricité médicale. Parmi les multiples effets bénéfiques qu’il relève, l’électricité semble triompher du « défaut de virilité ».
Cet ouvrage a paru la même année à Paris, chez Didot (même collation). Une seconde édition a paru en 1786 en deux volumes.
DE L’ÉLECTRICITÉ DES VÉGÉTAUX… Paris, F. Didot. 1783. EO. 1 volume in-8 ; XVI, 468, (2) pp, 3 pl, 1 tableau. Cet ouvrage résume les premières recherches sur l’influence de l’électricité sur la croissance des plantes. Il est divisé en trois parties :
1ère : De l’influence de l’électricité de l’atmosphère sur les végétaux :De l’existence du fluide électrique dans l’atmosphère ; l’influence de l’électricité de l’atmosphère sur les végétaux , prouvée par leur analogie avec les animaux ; Dans lequel on établit l’influence de l’électricité de l’atmosphère sur les végétaux , par celle des météores , qui font des phénomènes produits par le fluide électrique ; influence du tonnerre & de la pluie d’orage sur les plantes ; influence de la neige et de la grêle sur les végétaux ; de la grande quantité d’eau que fournissent à l’atmosphère les mers , les fleuves , les terres , les végétaux , etc qui sert de milieu conducteur à l’électricité naturelle qui règne dans l’air , etc
2ème : Des effets de l’influence de l’électricité atmosphérique sur les végétaux :L’électricité de l’atmosphère a une influence sur la production des fleurs & des fruits des divers végétaux ; effets de l’influence de l’électricité naturelle sur la respiration des végétaux ; des effets de l’électricité sur le mouvement des plantes ; du fluide électrique fixe , considéré dans les végétaux , etc
3ème : Moyen de remédier au défaut dans la quantité d’électricité naturelle , relativement aux végétaux ; de quelques insectes nuisibles aux végétaux & des moyens que l’électricité fournit pour les détruire ; des maladies des végétaux , des moyens d’en guérir plusieurs par l’électricité & de la méthode de les électriser etc Un tirage identique a été publié la même année à Lyon, chez Bernuset.DE L’ÉLECTRICITÉ DES MÉTÉORES…Lyon, Bernuset. 1787. EO. 2 volumes in-8 ; XXVIII, 446 pp. – (4), 391, 3 pp, 6 pl. L’auteur entend par météores tous les phénomènes météorologiques. Il s’agit donc d’un traité sur l’électricité atmosphérique. Bertholon rapporte les expériences de d’Alibard, Romas, Beccaria, etc.
Je vous conseille la lecture de l’ouvrage de Jean-Paul Poirier: L’abbé Bertholon – Un électricien des Lumières en province.
Merci Bernard,
H

La lettre du bibliophile

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Bibliophilie et Sciences: la vie et l’oeuvre du chimiste Chaptal

Bibliophilie et Sciences: la vie et l'oeuvre du chimiste Chaptal

Amis Bibliophiles bonjour, 
Jean-Antoine Chaptal, comte de Chanteloup (1756-1832), fait des études de médecine à Montpellier jusqu’en 1777 avant de monter à Paris pour étudier la chimie. Il revient à Montpellier en 1780 pour y occuper la chaire de chimie universitaire. Il donne son nom à la chaptalisation, méthode intervenant dans la production des vins et ayant pour but d’en augmenter la teneur en alcool. En 1796, Chaptal est chargé de diriger les ateliers de Grenelle en vue de la fabrication de la poudre. Élu en 1796 associé, puis en 1798, membre de l’Institut, il est désigné pour remplacer Berthollet comme professeur de chimie à l’École Polytechnique. Nommé ministre de l’Intérieur le 21 janvier 1801 par Bonaparte, il est à l’origine d’une réorganisation complète de l’instruction publique. Il démissionne en 1804, lorsque Bonaparte se fait proclamer empereur, afin de se consacrer à ses travaux scientifiques. Sénateur et Comte d’Empire, il ne fut pas chassé par la Restauration, qui le fit pair de France en 1819. Ruiné par les dettes de son fils, il dut vendre son domaine en 1823 et meurt dans la pauvreté en 1832.Je vous présente les deux ouvrages les plus importants de Chaptal.

D’abord ses éléments  de chimie rédigés pour le cours donné à Montpellier à partir de 1780.

ÉLÉMENS DE CHIMIE…Paris, Deterville. An IV-An V. 3ème édition.3 volumes in-8 ; (1), (4), XCII, 362 pp. – (4), 458 (mal chiffrée 448) pp. – (4), 496 pp.
La troisième édition, revue et augmentée de faits nouveaux en particulier des informations sur le nitrate de potassium (salpètre), la fabrication du savon et le tannage du cuir, a été publiée à la demande du gouvernement révolutionnaire.Cet exemplaire, Prix de l’École Vétérinaire donné le 10 germinal An 10, possède un feuillet comportant la signature de Chaptal, alors ministre de l’intérieur. Le prix est attribué à Henry Bouley qui deviendra, à son tour, professeur à l’École Vétérinaire.


La première édition date de 1790, [Montpellier, Picot, CX, (2), 259, (1) – 443, (1) – 460 pp]. La seconde édition date de l’an III –1794, [ Paris, Deterville, (4), CIV, 270pp – (4), 445pp – (4), 436pp]. Une quatrième édition a paru en 1803.
Le second ouvrage est un cours de chimie appliquée.

CHIMIE APPLIQUÉE AUX ARTS…Paris, Imprimerie Crapelet. 1807. EO.4 volumes in-8 ; LXXIX, (1 bl.), 302 pp, 10 pl. – VIII, 542, (2) pp, 1 pl. – (4), VIII, 534 pp, 1 pl. –(4), VIII, 554 pp.

Édition originale de cet ouvrage majeur dont l’ambition fut de concourir au développement des fabriques et de nouvelles branches de l’industrie. Jean-Antoine Chaptal est un novateur, le premier à avoir associé chimie et industrie, théorie et pratique. C’est le dernier ouvrage publié par ce grand chimiste, ouvrage dans lequel il conseille aux industriels de ne pas négliger les résultats de la recherche scientifique. Dans ce traité qui sera réimprimé et deviendra un des classiques de l’agronomie, il applique pour la première fois les nombreuses découvertes chimiques à l’agriculture scientifique et technique, mais aussi pratique. Importantes considérations sur la composition des sols, de l’air, de la chaleur, le rôle de l’eau, l’influence de l’électricité sur la végétation, le rôle de la lumière et de la température, etc.
Bernard

2 Commentaires

  1. Comme le radium au XXe siècle, l'électricité fut considérée jadis comme une sorte de panacée capable de traiter les affections les plus diverses. Les appareillages utilisés ressemblaient plus à des instruments de torture qu'à du matériel médical … mais est-ce vraiment différent aujourd'hui ?
    Merci à Bernard pour ses articles toujours parfaitement documentés.

    René de BlC

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