Bibliophilie et Sciences: la vie et l’oeuvre du chimiste Chaptal

Amis Bibliophiles bonjour, 
Jean-Antoine Chaptal, comte de Chanteloup (1756-1832), fait des études de médecine à Montpellier jusqu’en 1777 avant de monter à Paris pour étudier la chimie. Il revient à Montpellier en 1780 pour y occuper la chaire de chimie universitaire. Il donne son nom à la chaptalisation, méthode intervenant dans la production des vins et ayant pour but d’en augmenter la teneur en alcool. En 1796, Chaptal est chargé de diriger les ateliers de Grenelle en vue de la fabrication de la poudre. Élu en 1796 associé, puis en 1798, membre de l’Institut, il est désigné pour remplacer Berthollet comme professeur de chimie à l’École Polytechnique. Nommé ministre de l’Intérieur le 21 janvier 1801 par Bonaparte, il est à l’origine d’une réorganisation complète de l’instruction publique. Il démissionne en 1804, lorsque Bonaparte se fait proclamer empereur, afin de se consacrer à ses travaux scientifiques. Sénateur et Comte d’Empire, il ne fut pas chassé par la Restauration, qui le fit pair de France en 1819. Ruiné par les dettes de son fils, il dut vendre son domaine en 1823 et meurt dans la pauvreté en 1832.Je vous présente les deux ouvrages les plus importants de Chaptal.

D’abord ses éléments  de chimie rédigés pour le cours donné à Montpellier à partir de 1780.

ÉLÉMENS DE CHIMIE…Paris, Deterville. An IV-An V. 3ème édition.3 volumes in-8 ; (1), (4), XCII, 362 pp. – (4), 458 (mal chiffrée 448) pp. – (4), 496 pp.
La troisième édition, revue et augmentée de faits nouveaux en particulier des informations sur le nitrate de potassium (salpètre), la fabrication du savon et le tannage du cuir, a été publiée à la demande du gouvernement révolutionnaire.Cet exemplaire, Prix de l’École Vétérinaire donné le 10 germinal An 10, possède un feuillet comportant la signature de Chaptal, alors ministre de l’intérieur. Le prix est attribué à Henry Bouley qui deviendra, à son tour, professeur à l’École Vétérinaire.


La première édition date de 1790, [Montpellier, Picot, CX, (2), 259, (1) – 443, (1) – 460 pp]. La seconde édition date de l’an III –1794, [ Paris, Deterville, (4), CIV, 270pp – (4), 445pp – (4), 436pp]. Une quatrième édition a paru en 1803.
Le second ouvrage est un cours de chimie appliquée.

CHIMIE APPLIQUÉE AUX ARTS…Paris, Imprimerie Crapelet. 1807. EO.4 volumes in-8 ; LXXIX, (1 bl.), 302 pp, 10 pl. – VIII, 542, (2) pp, 1 pl. – (4), VIII, 534 pp, 1 pl. –(4), VIII, 554 pp.

Édition originale de cet ouvrage majeur dont l’ambition fut de concourir au développement des fabriques et de nouvelles branches de l’industrie. Jean-Antoine Chaptal est un novateur, le premier à avoir associé chimie et industrie, théorie et pratique. C’est le dernier ouvrage publié par ce grand chimiste, ouvrage dans lequel il conseille aux industriels de ne pas négliger les résultats de la recherche scientifique. Dans ce traité qui sera réimprimé et deviendra un des classiques de l’agronomie, il applique pour la première fois les nombreuses découvertes chimiques à l’agriculture scientifique et technique, mais aussi pratique. Importantes considérations sur la composition des sols, de l’air, de la chaleur, le rôle de l’eau, l’influence de l’électricité sur la végétation, le rôle de la lumière et de la température, etc.
Bernard

La lettre du bibliophile

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Bibliophilie et sciences: opposant de Lavoisier pendant la « Révolution chimique »

Bibliophilie et sciences: opposant de Lavoisier pendant la « Révolution chimique »

Amis Bibliophiles bonsoir,

Deux chimistes de premier plan, l’anglais Priestley et le français Lavoisier, se sont confrontés lors de la révolution chimique de la fin du XVIIIème. Le premier découvre l’oxygène de l’air et le second explique son rôle dans la respiration et dans les combustions. J’ai consacré un billet précédent à Lavoisier. Je vous présente aujourd’hui trois ouvrages de Priestley.


Joseph Priestley (1733-1804), théologien anglais, devient pasteur à Leeds, dans le Yorkshire en 1767. C’est la qu’il commence ses recherches sur les gaz. En 1772, il est élu à l’Académie des Sciences et publie ses Observations sur différentes espèces d’air. Il isole un grand nombre de gaz, dont l’ammoniac, l’oxyde d’azote, le dioxyde de soufre et le monoxyde de carbone. C’est en 1774 que Priestley fait sa principale découverte, celle de l’oxygène. Il obtient ce gaz en décomposant de la chaux de mercure (ou oxyde HgO) au soleil avec une lentille. Le nom qu’il donne à ce nouveau gaz est air déphlogistiqué, nom cohérent avec la théorie du phlogistique qu’il soutient.
Priestley rencontre Lavoisier qui répète ses expériences et conclut: «… je désignerai dorénavant l’air déphlogistiqué ou air éminemment respirable dans l’état de combinaison et de fixité, par le nom de principe acidifiant, ou, si l’on aime mieux la même signification sous un mot grec, par celui de principe oxygéné ».
Priestley est nommé pasteur à Birmingham en 1780. En 1782, il publie son Histoire des corruptions du christianisme. Ce traité est brûlé en 1791 tout comme sa maison et ses biens à cause de son soutien ouvert à la Révolution française. Il émigre aux États-Unis en 1794, année où Lavoisier est décapité, et y meurt en 1804.

Expériences et observations sur différentes espèces d’air.Paris, Nyon. 1777-1780.5 volumes in-12 ; XXXVI, 434, (2) pp, 2 pl. – (4), LXII, 297 pp, 1 pl. (4), IV, 352, (4) pp, 5 pl. – LII, 404 pp,1 pl. – (4), 404 pp, 1 pl.


Cet ouvrage paraît initialement à Londres en 1772 dans le volume 62 des Philosophical Transactions of The Royal Society. Les premières traductions françaises des travaux de Priestley paraissent dans le premier tome des Observations sur la physique, sur l’histoire naturelle et sur les arts paru en 1773. Cette traduction française est due au médecin Jacques Gibelin (1744-1828). Le premier volume est ici en deuxième édition (EO en 1775); les volumes suivants sont en première édition.
Dans cet ouvrage, Priestley décrit les expériences qui le menèrent à la découverte de l’oxygène (air déphlogistiqué). On trouve à la suite Recherches physiques sur la nature de l’air nitreux et de l’air déphlogistiqué de Fontana. Fourcroy donne les détails de cette édition française dans le tome III du dictionnaire de chimie de l’Encyclopédie Méthodique. On trouve également les premières traductions françaises des travaux de Priestley dans le premier tome des Observations sur la physique, sur l’histoire naturelle et sur les arts paru en 1773.
Expériences et observations sur différentes branches de la physique; Avec une continuation des observations sur l’air.Paris, Nyon. 1782-1787.4 volumes in-8 ; XXIV, 288 pp, 1 pl. – (4), 312 pp. – XXIV, 527, (1) pp, 1 pl. – XIV, (2), 479 pp, 1 pl.


Priestley publia les deux premiers volumes en mars 1779. Le troisième et dernier volume de cet ouvrage ne parurent qu’au mois de mars 1781. La traduction française est due à Jacques Gibelin.


Histoire de l’électricitéParis, Hérissant. 1771.3 volumes in-12 ; XLVI, (2), 432 pp. – (4), 531, (1) pp, 1 pl. – (4), 474, (4) pp, 8 pl.
Priestley fut encouragé à publier son Histoire de l’électricité par le scientifique et homme d’État Benjamin Franklin, qu’il avait rencontré en 1766. L’édition originale anglaise date de 1767. Benjamin Franklin l’aida dans la correction des épreuves. Priestley découvrit entre autres que le charbon de bois conduit l’électricité et que l’électrisation des conducteurs reste superficielle.
Cette première traduction française est due à Nollet et à Brisson. Les nombreuses notes en bas de pages sont de Brisson qui constate que Priestley accorde une trop grande place aux auteurs anglo-saxons en leur attribuant quelques fois des découvertes faites par d’autres. Brisson défend en particulier les idées de Nollet attaquées ou passées sous silence.
On trouve une longue analyse de cet ouvrage dans le premier volume de Introduction aux observations sur la physique, sur l’histoire naturelle et sur les arts. Rozier conclut «Il auroit été à souhaiter que le traducteur eût mis plus d’aménité dans ses notes. Plusieurs expressions trop fortes ne seront pas du goût du lecteur. Il est si aisé de relever les erreurs avec honnêteté, qu’on est surpris que cette voie n’ait pas été préférée.»
Bernard

79 Commentaires

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  2. C'est avec une certaine nostalgie que je découvre que des livres de prix étaient encore distribués, à cette époque, aux lauréats des écoles vétérinaires.

    Si ce n'était la soutenance de thèse qui avait encore un peu de "pompe" à mon époque, je déplore que le départ dans la vie active (faut pas exagérer, quand même, le service militaire faisait tampon !) n'ait pas donné lieu à une remise de diplôme et de prix…

    Comme toujours, exposé clair et étayé. Bravo, Bernard. Pierre

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