Héraldique et bibliophilie – Chapitre IV: figures et pièces

Amis Bibliophiles bonjour,
La composition des armoiries ne se limite pas à l’évidence au choix des émaux. Pour agrémenter et diversifier les possibilités on pose sur le blason des figures géométriques appelées partitions et pièces d’une part  et des figures symboliques appelées meubles. Un écu sans division géométrique et sans meuble est « plain ».Reliure maroquin aux armes marquise de Montespan
« fascé nébulé d’argent et de gueules de six pièces » qui est de Rochechouart. [catalogue Sourget N°17)Comme il a été précisé, on ne peut pas poser une couleur sur une autre couleur ni un métal sur un autre, sauf rares exceptions. Cependant, les petits détails des armoiries comme bec, langues ou griffes d’animaux, ou brisures n’observent pas cette règle non plus.
Louis d’Ars, « d’azur à la bande de gueules » armes dites « à enquerre »,
c’est à dire contraires aux règles héraldiques habituelles et
donc suceptibles de justifier d’un motif à cette dérogation.Deux émaux peuvent être associés sur l’écu et se le partager. Soit en hauteur un à droite un à gauche (en héraldique on dit à dextre et à senestre mais on inverse comme si on portait soi-même l’écu), cette partition est justement appelée “parti” (d’or et d’azur par exemple). Soit en haut et en bas, l’écu est alors “coupé”. L’association de ces deux partitions (mi en haut mi en bas) donne un écu “écartelé” (un damier si on veut). Une partition de l’écu en diagonale de haut en bas et de gauche à droite (donc du chef à dextre au canton senestre de la pointe) est dite “tranchée”. Elle est “taillée” dans l’autre sens.  La combinaison  de ces deux partitions, c’est à dire, une répartition en croix de Saint-André est  dite écartelée en sautoir. L’association d’un écartelé et d’un écartelé en sautoir est un gironné.
Armes peintes des Bouteiller de Senlis,
« écartélé d’or et de gueules » et Moucy « gironné d’or et de gueules de dix piècesIl existe des figures plus complexes comme l’échiqueté qui réalise un damier horizontal et vertical sur le champ de l’écu, ou le losangé qui réalise un damier fait de traits de tranchés et de taillés (damier vu depuis un angle).
Les pièces sont des figures géométriques simples posées sur le champ de l’écu. On distingue la fasce (une bande horizontale), le pal (une bande verticale), la barre (bande qui coupe l’écu en diagonale de bas en haut et de gauche à droite), la bande qui coupe l’écu de haut en bas de gauche à droite, le chevron qui associe une bande et une barre réunies au milieu de l’écu, la croix qui combine un pal et une fasce…..
Le chef qui est la région haute de l’écu est aussi une pièce.Gravure sur cuivre;  famille d’Escoubleau  marquis de Sourdis,
« parti d’azur et de gueules, à la bande d’or brochant sur le tout »La description des partitions ou des pièces ci-dessus n’utilise que des lignes droites. Celles-ci peuvent cependant être courbes c’est à dire ondées (en forme de vague) ou engrêlées (comme les bords d’un petit beurre LU). Les lignes fortement ondées sont dites « nébulées » ou « entées ».
Reliure aux armes collège d’Harcourt « de gueules à deux fasces d’or »Les lignes peuvent encore être brisées en forme de petites dents “dentelées” ou de grandes dents “denchées” ou en forme de créneaux (crénelées). Un créneau d’une ligne inférieure est dit “bastillé” et la figure à la fois crénelée et bastillée est dite bretessée. Si les lignes bretessées et crénelées ne se font pas symétrie la figure est dite contre bretessée. Ouvrons ici une parenthèse pour préciser que l’adjectif contre est couramment utilisé quand il s’agit de décrire un décalage de symétrie géométrique.
Lauverjat

La lettre du bibliophile

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Le Matériel typographique d’un imprimeur du 16ème siècle: Jean de Foigny, imprimeur à Reims de 1561 à 1586

Le Matériel typographique d’un imprimeur du 16ème siècle: Jean de Foigny, imprimeur à Reims de 1561 à 1586

Amis Bibliophiles bonjour,

Ancien greffier de la ville de Reims, Jean de Foigny était fiancé à la belle-fille de Nicolas Bacquenois, troisième imprimeur installé à Reims, rue Saint-Étienne (aujourd’hui rue de l’Université), quand il fut formé à la typographie par son futur beau-père. Quand ce dernier accepta de devenir le premier imprimeur de Verdun en 1560, Jean de Foigny lui succéda.
Dans une ville qui deviendra la capitale de la Sainte Ligue, confédération catholique créée pour combattre l’Union calviniste, Foigny fut l’imprimeur du cardinal Charles de Lorraine, puis du cardinal Louis de Guise, et imprima surtout les textes des ecclésiastiques de la Contre-Réforme, parmi lesquels figuraient : Gentian Hervet, chanoine de Notre-Dame de Reims et auteur d’une traduction française du Sainct, sacré, universel et général concile de Trente en 1564 ; Nicolas Chesneau, homonyme du libraire parisien, chanoine de Saint-Symphorien de Reims et auteur d’un Manuel de la recherche ou antiquité de la foy en 1570 et de la traduction de L’Histoire de l’Eglise métropolitaine de Reims, par Flodoard, en 1580 ; Hubert Meurier, autre chanoine de Notre-Dame de Reims et auteur d’un Traicté de l’institution et vray usage des processions en 1583 ; Nicolas Boucher, évêque de Verdun et auteur de La Conjonction des lettres et des armes en 1579.
Foigny imprima aussi des textes de catholiques anglais réfugiés à Reims, qui avaient fui les persécutions de la reine Elisabeth Ire. Parmi eux se trouvaient le cardinal William Allen, fondateur du collège anglais de Reims en 1578, l’évêque John Lesley, défenseur de Marie Stuart, et Gregory Martin, traducteur du latin en anglais de The New Testament of Jesus Christ en 1582.
Foigny imprima également ses propres textes : L’Oraison funèbre de François de Lorraine, traduite du latin, en 1563, Le Sacre et coronnement du roy de France, en 1575, et La Vallée des fleurs de lis, traduite du latin, en 1576.Enfin, il fut l’imprimeur, en 1571, du seul Processional connu pour la cathédrale de Reims, antérieur au xviie siècle, et l’imprimeur du nouveau Bréviaire imposé par le pape Pie V en 1568, dont on ne connaît pas d’exemplaire.
Imprimeur éditeur, Foigny partagea néanmoins quelques éditions : avec son beau-père, Nicolas Bacquenois, qui les imprima à Reims ou à Verdun ; avec des libraires parisiens, Guillaume Nyverd et surtout Nicolas Chesneau ; avec un libraire de Soissons, Guérin Boniau.
Veuf de Françoise Gaulme-Bacquenois, avec quatre enfants, Jean de Foigny épousa en secondes noces Catherine Jabot, sœur du médecin du roi Henri IV, qui lui donnera cinq fils, dont trois seront prêtres et deux imprimeurs à Reims. Foigny mourut au cours du second semestre de l’année 1586 : pendant un quart de siècle, il avait imprimé 139 titres et 7 affiches qui sont parvenus jusqu’à nous. Sa veuve lui succéda.
Quand Bacquenois quitta Reims pour Verdun, il laissa une grande partie de son matériel à Foigny caractères romains et italiques surtout ; Foigny n’employa qu’une fois la lettre gothique, en 1576, et très peu le caractère grec. Par contre, il utilisa un contingent important de lettrines, dont certains modèles étaient communs à d’autres imprimeurs :des lettres avec filet encadrant le motif, dont les fonds sont criblés, ou rayés anthropomorphes (le caractère « I » appartient à un alphabet signé « T » ayant appartenu à l’imprimeur lyonnais Thibaud Payen, originaire de Troyes et maître de Bacquenois), ou rayés zoomorphes, ou rayés à rinceaux fleuris, ou blancs.Des lettres sans filet, noires ou blanches.
Dans ses ouvrages consacrés au sacre du roi Henri III, Foigny a utilisé en 1575 un bois représentant l’évêque Saint Remi recevant la Sainte Ampoule apportée par une colombe sortant des nuages ; à la droite du saint, la mention « Sanctus Remigius » et deux fleurs grossièrement gravées ; à sa gauche, les armes de l’abbaye de Saint-Remi, surmontées de la colombe ; le bois est signé de la double croix ou croix de Lorraine.
Ce bois avait été utilisé en 1549 par Yolande Bonhomme, veuve de l’imprimeur parisien Thielman (I) Kerver, décédé en 1522, pour la page de titre d’un bréviaire à l’usage de Saint-Remi : il a été mutilé par Foigny, car il présentait à la droite du saint les armes de Robert de Lenoncourt, abbé de Saint-Remi, puis archevêque de Reims, mort en 1531, surmontées du chapeau à vingt glands.On sait que Yolande Bonhomme, décédée en 1557, et son fils Jacques Kerver, décédé en 1583, furent parmi les acqu éreurs du matériel de l’imprimeur Olivier Mallard, successeur du célèbre graveur parisien Geofroy Tory : mais on sait aussi que la marque de la croix de Lorraine n’était pas seulement celle de Tory, mais aussi celle du graveur lorrain Claude Wœiriot.
Par contre, Foigny posséda au moins un autre bois attribué à Tory, représentant une crucifixion et signé «GT»: ce bois ressemble étrangement à celui, non signé et à 6 soldats au lieu de 7, utilisé successivement par Yolande Bonhomme en 1546 ? Thielman (II) Kerver en 1585 et Jean Garnier, imprimeur à Troyes au xviiie siècle.
Foigny a pu acheter ces deux bois à Jacques Kerver.L’encadrement gravé sur bois de la page de titre et du feuillet 133, et le portrait gravé sur cuivre du cardinal de Lorraine, entre les feuillets 127 et 128, de La Conjonction des lettres et des armes de 1579, proviennent du matériel de l’imprimeur parisien Fédéric [sic] Morel, originaire de Troyes et décédé en 1583. Le portrait du cardinal, non signé et daté 1575, alors que le cardinal est mort en 1574, pourrait être l’œuvre de Pierre Wœiriot, frère cadet de Claude. De 1564 à 1584, Foigny utilisa la marque de son beau-père dans 11 éditions : une marque « Au lion », en souvenir de la ville où Bacquenois avait fait son apprentissage et où il s’était installé avant de venir à Reims.C’est en 1564 que Foigny utilisa pour la première fois sa propre marque « Au lion » (36 x 40 mm.), inspirée de celle de son beau-père et dont le graveur n’a pas été identifié : le roi des animaux est dressé contre une pyramide, emblème du cardinal de Lorraine, sur fond de paysage fluvial éclairé par le soleil levant, dans un cartouche ovale dont le bord supporte la devise de Bacquenois, « Sequitur fortuna laborem » (Le succès est le fruit de l’effort). Il l’utilisera seulement dans 29 éditions.
Jean-Paul Fontaine
Merci beaucoup Jean-Paul.Hugues

6 Commentaires

  1. Tout à fait exact, merci, je suis contrit. Erreur de copier-coller car j'ai une autre représentation de l'écu de Louis d'Ars qui est bien "d'azur à la bande de gueules" et pour compliquer, les sceaux de Louis d'Ars représentent un écartelé tantôt à 3 chevrons et à une bande; tantôt à trois fasces et à une bande!

    Lauverjat

  2. Bon, là ça se corse Mr de Lauverjat… Je photocopie et je mets le document dans ma bibliothèque de travail.

    Pas de contrôle surprise, j'espère ?

    Merci encore de nous faire partager votre savoir. Pierre

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