Gravures couvertes ou découvertes: un exemple dans le cas des Contes et Nouvelles, édition des fermiers généraux

Amis Bibliophiles bonjour,
Parmi les questions que je reçois régulièrement des lecteurs du blog, celles qui portent sur les gravures sont fréquentes (avant la lettre, etc.) et certaines d’entre elles concernent la mention « couverte » ou « découverte » que l’on croise souvent dans les descriptions des beaux ouvrages illustrés du 18e.
La comparaison de deux exemplaires de l’édition des fermiers généraux des Contes et Nouvelles en vers de La Fontaine (1762) permet d’expliquer simplement le propos. Dans ces deux exemplaires, la figure du Cas de Conscience se présente sous deux formes: dans l’un elle est découverte, et le sexe du  jeune garçon est visible, dans l’autre elle est recouverte, et le sexe est caché aux regards indiscrets.


Dans le cas du Conte le Diable de Papefiguière: la gravure peut également se rencontrer dans deux états, couverte ou découverte, selon que les fesses de la jeune Perrette sont visibles ou non.

Il me semble que cette édition peut contenir jusqu’à 6 figures découvertes: les deux ci-dessus, le Rossignol, et 3 autres. J’avoue mon ignorance sur le sujet et je suis d’ailleurs preneur d’informations supplémentaires sur le sujet, ou d’un ouvrage qui décrirait en détail cette édition (Martin, Jean-Paul?), et me permettrait également de comprendre pourquoi certaines exemplaires ont les figures couvertes ou découvertes: premier tirage (figures refusées?), ou livraison selon le niveau de pudibonderie d’un fermier général ou d’un autre (a priori une mauvaise piste, puisque certains exemplaires contiennent par exemple le Cas de Conscience en version couverte et découverte.
Qui m’aidera?
H

La lettre du bibliophile

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Charles Motteley et les Elzevirs

Charles Motteley et les Elzevirs

Amis Bibliophiles Bonsoir,
Nous retrouvons ce soir Rémi, qui nous présente un de ses ouvrages.
« Je propose de partager avec vous une acquisition effectuée il y a quelques mois sur ebay, pour une somme toute modique, et qui intéresse, je pense, les bibliophiles que nous sommes. Il s’agit d’une brochure de Charles Motteley, publiée en 1847, et intitulée Aperçu sur les erreurs de la Bibliographie spéciale des Elzevirs.Le bibliophile Charles Motteley possédait, dans la première moitié du XIXe siècle, l’une des collections les plus importantes d’ouvrages hollandais de petit format, dont bon nombre sont sortis des presses des Elzevier. Motteley avait vendu une partie de sa collection en 1824, mais l’essentiel sera dispersé lors d’une seconde vente en 1848. Sa collection et ses compétences avaient fait de Motteley le plus fin connaisseurs des Elzevier et de leurs imitateurs.Dans cet Aperçu sur les erreurs de la bibliographie spéciale des Elzevirs Motteley corrige les bibliographes qui l’ont précédé – notamment Brunet et Bérard. Il écrit ainsi dans l’avertissement : « Aidé de notre faible instinct, d’une certaine expérience, mais surtout d’une bibliothèque elzévirienne que l’on chercherait peut-être vainement ailleurs, nous avons cru pouvoir asseoir notre jugement sur de nombreux objets de comparaison ». L’ouvrage est ainsi construit : le titre de chaque édition est donné, suivi éventuellement de l’avis de Brunet ou de ses confrères bibliographes, puis de l’opinion de Motteley, qui rectifie les attributions en se basant sur le matériel et le « style » typographique, donnant au passage un certain nombre d’indications historiques sur les différents imprimeurs cités.L’ouvrage est modeste : il ne comporte qu’une quarantaine de pages et n’a aucun caractère d’exhaustivité. Motteley y démontre son érudition, ses compétences et son œil typographique, mais, par sa faible ampleur, l’ouvrage peut paraître décevant. Cela s’explique aisément : en réalité, plutôt qu’une œuvre achevée et complétée, le texte de Motteley est un véritable programme bibliographique. Dans l’avertissement, après avoir cité les érudits qui se sont intéressés aux Elzevier (« MM. Adry, Peignot, Beuchot, Nodier, Bérard, Jacob (de la Haye), Pieters, Dodt van Flensburg, Rammelman-Elsevier, de Reume… »), Motteley en appelle à une étude physique des ouvrages, qui complètera les seules analyses littéraires ou esthétiques. S’il n’utilise pas l’expression de « bibliographie matérielle », il en a déjà l’idée et emploie un terme curieusement proche : « malheureusement tous ces savants […] ne nous ont pas fait connaître avec la même exactitude la typographie matérielle des Elzevirs. C’est cependant là le point essentiel sous le rapport de la bibliographie ». Motteley appelle ainsi ses confrères à « passer en revue toutes les jolies éditions hollandaises et belges du XVIIe siècle, pour arriver à une bibliographie spéciale des Elzevirs et de leurs annexes, aussi parfaite que possible ». Motteley mourra en 1856 sans avoir vu son vœu exaucé. Son point de vue sera pourtant entendu, puisque trente plus tard, paraîtra la véritable somme d’Alphonse Willems, qui demeure incontournable : Les Elzevier : histoire et annales typographiques (1880).L’Apercu de Motteley paraît relativement rare. Le catalogue joint à la fin du volume, mentionne la justification : un exemplaire unique sur peau de vélin (aujourd’hui conservé à la réserve de la Bibliothèque nationale sous la cote RES-Q-695) , 15 exemplaires numérotés sur papier bleu, 30 exemplaires numérotés sur papier superfin de Hollande, et 200 exemplaires sur papier ordinaire, soit 246 exemplaires mis en vente par l’éditeur. Mon exemplaire a cependant une particularité intéressante : il est imprimé sur papier de chine, et porte un titre à l’encre rouge. Au verso du dernier feuillet se trouve imprimée la phrase suivante : « il n’a été tiré que 2 exempl. sur papier de chine », suivie du chiffre 2, numéroté à la presse (les exemplaires courants sont numérotés à la main). Les deux exemplaires sur papier de chine, qui ne sont pas mentionnés dans la justification, constituent donc très probablement un tirage hors commerce, peut-être destiné à l’auteur lui-même ou à son éditeur. »
Merci Rémi,
H

5 Commentaires

  1. Je ne peux que citer Portalis/Beraldi (Les graveurs du dix-huitième siècle): "Les bibliophiles estiment qu*un exemplaire contenant cette petite gaillardise, vaut considérablement plus qu'un exemplaire qui n'a que le rossignol…..sans le rossignol.
    Car Le Mire se plaisait à commencer ses figures découvertes: les épreuves à remarque abondent dans son oeuvre, et font les délices de certains iconophiles qui les recherchent avec passion, l'une avant la rose, l'autre avant le nuage, celle-ci avec le petit trait, cette autre avant le voile!"

  2. Six figures, découvertes à l'origine ont eté couvertes ensuite : Le Cas de conscience, Le Diable de Papefiguière, Les Lunettes, Le Bât, Le Rossignol et Richard Minutolo. Les deux premières se rencontrent fréquemment, les quatre autres sont très rares.

  3. Il me semble que H. Cohen donne des détails là dessus dans son Guide l'amateur de livres à gravures du XVIIIe siècle, sixième édition, la plus complète, publié en 1912 chez Rouquette. Voir les colonnes 558 à 570 (pas moins de 12 colonnes à lire pour la description de cette édition et de quelques exemplaires remarquables).

    B.

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