Gravures couvertes ou découvertes: un exemple dans le cas des Contes et Nouvelles, édition des fermiers généraux

Amis Bibliophiles bonjour,
Parmi les questions que je reçois régulièrement des lecteurs du blog, celles qui portent sur les gravures sont fréquentes (avant la lettre, etc.) et certaines d’entre elles concernent la mention « couverte » ou « découverte » que l’on croise souvent dans les descriptions des beaux ouvrages illustrés du 18e.
La comparaison de deux exemplaires de l’édition des fermiers généraux des Contes et Nouvelles en vers de La Fontaine (1762) permet d’expliquer simplement le propos. Dans ces deux exemplaires, la figure du Cas de Conscience se présente sous deux formes: dans l’un elle est découverte, et le sexe du  jeune garçon est visible, dans l’autre elle est recouverte, et le sexe est caché aux regards indiscrets.


Dans le cas du Conte le Diable de Papefiguière: la gravure peut également se rencontrer dans deux états, couverte ou découverte, selon que les fesses de la jeune Perrette sont visibles ou non.

Il me semble que cette édition peut contenir jusqu’à 6 figures découvertes: les deux ci-dessus, le Rossignol, et 3 autres. J’avoue mon ignorance sur le sujet et je suis d’ailleurs preneur d’informations supplémentaires sur le sujet, ou d’un ouvrage qui décrirait en détail cette édition (Martin, Jean-Paul?), et me permettrait également de comprendre pourquoi certaines exemplaires ont les figures couvertes ou découvertes: premier tirage (figures refusées?), ou livraison selon le niveau de pudibonderie d’un fermier général ou d’un autre (a priori une mauvaise piste, puisque certains exemplaires contiennent par exemple le Cas de Conscience en version couverte et découverte.
Qui m’aidera?
H

La lettre du bibliophile

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Les marques typographiques ou marques d’imprimeurs, plaisirs secrets du bibliophile

Les marques typographiques ou marques d'imprimeurs, plaisirs secrets du bibliophile

Amis Bibliophiles bonjour,
L’imprimerie serait la plus grande invention humaine… ou au moins l’une des plus grandes inventions humaines, et les imprimeurs les artisans de cette révolution. Très tôt les imprimeurs ajoutèrent leur marque pour identifier et authentifier leur production. Elle permet aussi à un imprimeur d’éviter la circulation d’éditions pleines de fautes sous son nom (article 16 de l’ordonnance de 1539, sous le règne de François Ier interdit aux libraires et imprimeurs d’utiliser la marque d’un de leurs confrères).
Atelier d’imprimeur, la marque de Josse Bade, libraire et imprimeur à Paris (1517)Cette  marque d’imprimeur, ou marque typographique, apparaissait sur la page de titre ou sur le colophon (en fin de volume). Aux débuts la marque se trouvait plutôt au colophon, où l’on retrouvait également les éléments distinctifs principaux du livre, alors que la page de titre présentait parfois uniquement le titre, ou un frontispice portant un portrait de l’auteur ou une allégorie. Sa taille pouvait varier, en fonction de la taille du livre, comme par exemple dans les ouvrages de Plantin.
Le compas d’or de PlantinPeu à peu, la page de titre prît une importance plus grande, on y retrouvait le titre, l’auteur, le nom de l’imprimeur, la ville et la date, etc. marquant la fin progressive de l’utilisation du colophon. On retrouva alors souvent la marque d’imprimeur sur la page de titre; ainsi l’édit de Henri II du 11 décembre 1547 ordonne que le nom et l’enseigne de l’imprimeur soit apposé au début des livres. Cette disparition progressive est également stimulée au XVIIe par la plus grande rigueur dans la mise en application du système des privilèges, nominatifs et datés, qui rendent leur usage superflu et font que les marques qui subsistent prennent surtout une dimension symbolique. En 1730, paraît le Thesaurus Symbolorum de Friedrich Roth-Scholtz, premier répertoire de marques typographiques anciennes.
La marque d’imprimeur, qui reprenait souvent le dessin apposé par les imprimeurs sur les balles de livres avant expédition est à mes yeux l’un des plaisirs du bibliophile. On imagine quel soin apportèrent ces professionnels du livre au choix et à la réalisation de ces marques, qui sont souvent allégoriques et toujours de petits bijoux.
Marque de Fust et Schoeffer, imprimeursLa première marque d’imprimeur utilisée fût celle de Fust et Schoeffer à Mayence, en 1462, elles semblent commencer en France vers 1470, à Paris et Lyon, mais aussi dans des villes plus petites comme Angers, Chablis, Rennes ou Rouen… où les plus grands imprimeurs font graver leur marque et l’apposent sur leurs ouvrages. Aujourd’hui, rares sont les imprimeurs qui utilisent des marques. Marque de Georges Mittelhus, Paris, 1488
Marque de Levet, imprimeur à Paris, 1489
Marque de Husz, imprimeur à Lyon, 1488Petite curiosité, que vous avez peut-être rencontrée, il arrive que l’on croise deux marques, celle du libraire et celle de l’imprimeur, dans ce cas, le libraire était souvent placé au début de l’ouvrage et l’imprimeur à la fin. Il arrive également que l’on retrouve les marques typographiques sur les reliures elles mêmes, que les imprimeurs faisaient apposer sur les ouvrages, comme dans les cas de Tory et Gryphe. 
Marque de Gryphe, imprimeur à Lyon, 1526 Marque de Tory, le pot cassé, libraire à Paris, 1429J’aime les histoires que nous racontent les marques, la symbolique est en générale forte: référence astrologique, maçonnique ou alchimique, voire personnelle comme dans le cas de Tory, ou clin d’oeil, comme chez Lecoq, Lenoir ou Colines.
Marque de Simon de Colines, imprimeur à Paris, 1527Marque de Philippe Le Noir, imprimeur et libraire à Paris, 1530Marque de Jean Lecoq, imprimeur à TroyesH

5 Commentaires

  1. Je ne peux que citer Portalis/Beraldi (Les graveurs du dix-huitième siècle): "Les bibliophiles estiment qu*un exemplaire contenant cette petite gaillardise, vaut considérablement plus qu'un exemplaire qui n'a que le rossignol…..sans le rossignol.
    Car Le Mire se plaisait à commencer ses figures découvertes: les épreuves à remarque abondent dans son oeuvre, et font les délices de certains iconophiles qui les recherchent avec passion, l'une avant la rose, l'autre avant le nuage, celle-ci avec le petit trait, cette autre avant le voile!"

  2. Six figures, découvertes à l'origine ont eté couvertes ensuite : Le Cas de conscience, Le Diable de Papefiguière, Les Lunettes, Le Bât, Le Rossignol et Richard Minutolo. Les deux premières se rencontrent fréquemment, les quatre autres sont très rares.

  3. Il me semble que H. Cohen donne des détails là dessus dans son Guide l'amateur de livres à gravures du XVIIIe siècle, sixième édition, la plus complète, publié en 1912 chez Rouquette. Voir les colonnes 558 à 570 (pas moins de 12 colonnes à lire pour la description de cette édition et de quelques exemplaires remarquables).

    B.

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