Oexmelin et la Flibuste : le chef d’oeuvre du genre

Enorme succès d’édition dans toute l’Europe à sa parution, « l’Histoire des avanturiers flibustiers » d’Alexandre-Olivier Oexmelin est l’ouvrage de référence sur la flibuste et plus généralement la présence occidentale aux Antilles au 17ème siècle.
Oexmelin, originaire de Honfleur (et non hollandais comme on le crût longtemps)et étudiant en médecine, fût contraint de quitter la France face à l’interdiction faite aux huguenots de pratiquer la médecine. Après une étape aux Pays-Bas, il finît par s’embarquer pour les Antilles comme engagé volontaire. Ce type de contrat permettait à un européen de voyager « gratuitement » à la condition d’être vendu comme esclave pour une durée de trois ans.

Arrivé sur l’île de la Tortue en 1666, il vécut une première année extrêmement difficile avant d’être accueilli par un « chirurgien » local (dont certains pensent que c’est auprès de lui qu’il apprît réellement le métier) et de prendre finalement la mer avec les flibustiers comme chirurgien de bord.

A ce titre, il participa à toutes les grandes expéditions menées par les Frères de la Côte et croisa la route des plus fameux d’entre-eux, de l’Olonnais à Morgan. Ce fabuleux récit nous plonge dans la vie quotidienne des pirates et autres flibustiers, au fil de descriptions réalistes des exactions et autres cruautés commises par ses pairs (il participa ainsi au sac de Maracaibo). Le récit se teinte également parfois d’un naturalisme qui en fait également l’un des grands classiques sur les Antilles.

Vers 1678 il revînt en Europe et acheva ses études de médecine dans les Flandres. Ses mémoires parurent alors et de nombreuses éditions suivirent. En général, on considère que la 1ère édition parût à Amsterdam en 1678, et que la première édition française fût éditée en 1686.


Au 18ème sicèle, cette édition (1686) en deux tomes se verra avantageusement complétée par l’Histoire des Pirates Anglois (dont les deux femmes pirates Anne Boney et Mary Read) qui est une traduction de l’anglais (auteur Capitaine Charles Johnson, qui n’est autre que Daniel De Foe), et par Le Journal du voyage fait à la Mer du Sud de Ravenau de Lussan.
Par la suite Oexemelin servît jusqu’en 1697 sur le Sceptre, comme chirurgien. Il mourût en 1707.Ouvrage de référence, passionnante épopée, témoignage de première main… l’oeuvre d’Oexmelin est un classique dont je ne peux que vous recommander la lecture.

En passant, l’ouvrage fût également célèbre parce qu’il fût a l’origine de la première condamnation d’un éditeur pour diffamation… En effet, Morgan, flibustier embourgeoisé et peu respectueux de ses pairs, fût présenté peu avantageusement par Oexmelin (avec lequel je suis d’accord, Morgan ayant peu en commun avec les idéaux et valeurs de la flibuste…) et attaqua l’éditeur anglais en justice. Morgan l’opportuniste était alors gouverneur de la Jamaïque et remporta ce procès.

H
Ouvrage présenté : une édition de 1744, 4 volumes, et de nombreuses gravures dépliantes.

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Pour en finir avec les voyages de Cook, courte bibliographie additionnelle

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Amis Bibliophiles Bonsoir,

En dehors de cette relation officielle, on distinguera deux types d’oeuvres : les relations proposées par des compagnons de voyage de Cook, qui s’embarquèrent sous ses ordres sur les différents navires d’une part, et les « abrégés » proposés dans les collections de voyages d’autre part.
Au niveau des relations non officielles, les plus connues sont :

– L’ouvrage qui vient en général compléter la série des trois voyages, à savoir la Vie de Cook, par Kippis, et traduite par Castera : Vie du Capitaine Cook, un volume in-4, à Paris, Hotel de Thou, 1789. (également parue en format in-8).
– John Rickman : Troisième Voyage de COOK, ou Journal d’une expédition faite dans la Mer Pacifique du Sud & du Nord, an 1776, 1777, 1778, 1779 & 1780. Traduit de l’anglois.
Chez Belin et Volant Paris, 1782. Un volume in-8. John Rickman était lieutenant à bord de « la Découverte ». Cette relation du 3ème voyage, non officielle, est parue avant la relation officielle. Elle est ornée d’un frontispice gravé replié représentant la mort du capitaine Cook et d’une carte repliée de l’itinéraire suivi par Cook.

– Heinrich Zimmermann : Dernier Voyage du Capitaine Cook, où se trouvent les circonstances de sa mort, publié en allemand par un témoin oculaire, & traduit avec un abrégé de la vie de ce navigateur célebre, & des notes.. Un volume in-8, Berne, chez la Nouvelle Société Typographique, Paris et Berlin, 1783. Une autre relation non officielle du troisième voyage, fondée sur les notes d’un autre compagnon de voyage de Cook.

– John Marra : Journal du second voyage du capitaine Cook, sur les Vaisseaux la Résolution et l’Aventure ; Entrepris par ordre de S.M. Britannique, dans les années 1774 et 1775.
Amsterdam, et se trouve à Paris chez Pissot, Nyon 1777. Un volume de format in-8, illustré d’une carte gravée dépliante. Relation apocryphe du deuxième voyage de Cook, parue anonymement 18 mois avant l’édition officielle des voyages de Cook. Il contient des observations et le récit d’incidents non compris dans cette dernière. John Marra, était canonnier à bord du navire la Résolution.

– André Sparrman : Voyage au Cap de Bonne-Espérance, et autour du Monde avec le Capitaine Cook, et principalement dans les pays des Hottentots et des Caffres. Traduit par M. Le Tourneur.
Buisson Paris 1787. 2 volumes de format in-4, contenant un frontispice, une grande carte repliée et 15 planches hors texte. On trouve à la fin de l’ouvrage un vocabulaire des langues Caffre et Hottentote. Sparrman rencontra Cook pendant son escale au cap de Bonne-Espérance. Cook lui proposa de l’accompagner en tant que botaniste de son expédition autour du Monde.

– Sydney Parkinson : Voyage autour du monde, sur le vaisseau de sa majesté Britannique L’Endeavour. Précédé d’un discours en forme d’introduction sur les principaux navigateurs Anglais et Français qui ont précédé L’Endeavour: suivi d’un abrégé des deux derniers voyages du capitaine Cook. Ouvrage traduit de l’Anglais par le C. Henri. 2 volumes in-4, parus chez Guillaume, Paris, an 5, 6 planches dépliantes.

Un ensemble de « Cookiana », un Atlas en EO, colorié, les 13 volumes in-4 en EO, avec la vie de Cook, et 9 volumes in-4 en EO, aux Armes, les deuxième et troisième voyages. Au milieu, le coffre mystérieux…Au niveau des collections de voyages et des abrégés, on retiendra en particulier :

– Dumont d’Urville : Voyage pittoresque autour du Monde. Résumé général des voyages de découvertes de Magelan, Tasman, Dampier, Anson, Byron, Wallis, Carteret, Bougainville, Cook, Lapérouse, G. Bligh, Vancouver, d’Entrecasteaux,… Paris, Tenré, 1834-35. Deux volumes in-4, abondamment illustrés, qui reprennent en partie les voyages de Cook.Et surtout le La Harpe : Abrégé de l’histoire générale des voyages, contenant ce qu’il y a de plus remarquable, de plus utile & de mieux avéré dans les Pays où les Voyageurs ont pénétré; les moeurs des Habitans, la Religion, les Usages, Arts & Sciences, Commerce, Manufactures; enrichie de Cartes géographiques & de figures. Les 21 premiers volumes, l’édition de 1780, de chez Thou, aux armes.Paris, Hôtel de Thou, 1780 (puis Laporte en 1786, puis Moutardier en 1803). Les 21 premiers tomes sont parus en 1780 à l’Hotel de Thou, puis ils ont été complété en 1786 (avec notamment le 3ème voyage de Cook) chez Laporte et complétés une nouvelle fois chez Moutardier en 1803. Volumes de format in-8 abondamment illustrés et ornés de cartes dépliantes. Les Voyages de Cook sont contenus dans les volumes 19 à 23, et on y retrouve par exemple les très belles gravures des portraits.





Les différentes pages de titre, au fil des années. Ce dernier, tome 12ème vient en fait terminer la 3ème série, qui démarre curieusement par le tome 32. Soit 44 volumes au total.La notion de « complétude » est très aléatoire sur cet ouvrage : certains libraires l’annoncent complet en 21 volumes, d’autres en 32… J’ai réussi à en trouver 44, en reliure uniforme, je crois que le compte y est. Si vous voulez les voyages de Cook, vous pouvez vous arrêter au 23ème inclus.

Une parenthèse : le coffre donc… Chiné dans une brocante. Poids : environ 30 kg. Entièrement en fer forgé. Epoque : 18ème. Contenu? indéterminé mais sonore… puisque je n’ai pas la clef et qu’il est donc fermé! les serruriers de quartier s’y cassent les dents. Si vous avez une idée, je suis preneur!
H

7 Commentaires

  1. Un débat, un échange d’idées ? Sur un blog consacré aux livres ! Une angoisse, soudain, me saisit : serions-nous allés trop loin ?

    🙂

    TE

  2. Grrrr. J’avais dit pas de débat. 🙂
    Peu importe au fond, le pas est vite franchi entre un idéal et les actions qui l’accompagnent, voir la Révolution Française, et son cortège de décollations…
    On ne peut nier qu’à côté de leur caractère impétueux (j’euphémise à dessein, Thibault, ne t’enerve pas, sourire), les flibustiers ont développé des pistes intéressantes : assurance maladie/matelotage, élection du capitaine, partage raisonné du butin.
    Enfin, à chacun de se faire sa propre opinion… voilà une autre bonne raison de lire cet ouvrage!
    H

  3. Anarchique plus qu’anarchiste, en effet !! les criminels refusant l’ordre établi de la société sont souvent vus comme des libertaires (jusqu’à un Mesrine). Un joli mensonge qui recouvre des actes n’ayant qu’un seul but : satisfaire la cupidité personnelle.

    Quel était l’idéal de Morgan ? Qui a d’ailleurs fini Gouverneur de la Jamaïque après avoir fait pendre nombre de ses anciens compagnons à Gallows Point ? S’enrichir…

    Celui d’Oexmelin, de Teach de Rakham ou de Raveneau ? S’enrichir.
    Et revenir vivre dans le luxe et la haute société de la confortable Europe.

    Le mouvement de la flibuste a été très important politiquement, loin de moi l’idée de le nier. Il a aussi été récupéré à des fins officielles (comme le sont toutes les mafias). Mais enfin, soyons honnêtes malgré notre fascination : ces gens étaient des scélérats 🙂

    Les Espagnols étaient haïs du fait de leur exclusivité sur le Nouveau Monde accordée par le pape (l’ONU de son temps). Devant leur refus de laisser les autres nations européennes puiser dans leur garde-manger, ils ont éveillé l’idée selon laquelle les dépouiller n’était que justice. Parce qu’ils n’étaient que de sales égoïstes, d’abord. Et parce qu’ils avaient été ignobles avec les sauvages; que tout autre peuple européen aurait traité avec la plus grande courtoisie, on s’en doute 🙂

    Mais faut-il parler ici de haine, Ou d’acte révolutionnaire ? 🙂

    TE

  4. Pour Philippe : on peut dire ce qu’on veut, il n’a pas totalement tort pour les Espagnols, si on se replace dans le contexte… 🙂 Allez hop, tous les conquistadors à l’estrapade!

    Pour Thibault : on pourrait en parler des heures, mais on ne peut nier qu’il y avait un idéal libertaire (ou anarchique) derrière la flibuste! Mais ça fait plaisir de voir ton enthousiasme pour l’ouvrage!

    H

  5. En parlant de société modèle, et puisque l’on a parlé de Raynal un peu plus haut, relisez sa partie sur les flibustiers. A partir du moment où on tue les Espagnols, on est courageux, et le profil type de l’homme idéal!

  6. Entièrement d’accord avec Hugues, cet ouvrage est une clé de voûte de l’histoire de la flibusterie, des Antilles et du Nouveau Monde (notamment sur son organisation géo-politique). Néanmoins, je souris en lisant  » Morgan ayant peu en commun avec les idéaux et valeurs de la flibuste…  » On sait que d’aucuns aimeraient donner une dimension glamour à l’épopée de ces scélérats (Michel Lebris essaie même d’en faire les premiers communistes, une blague !) mais ce ne sont jamais que des mafieux, motivés par une seule chose : l’argent. Valeur s’il en est, direz-vous. Mais loin de toute noblesse lorsque cet argent est sale. Ils ne faisaient que le prendre à des Espagnols l’ayant trempé dans le sang des Indiens, direz-vous encore. Au moins les Espagnols (avec tous leurs défauts et Dieu sait que ce livre est xénophobe à leur égard) ont-ils essayé de bâtir : des villes, des points de commerce… Les flibustiers, eux, ne font qu’enchaîner les rapines, mettre les gens « à la gêne  » (les suspendre par les testicules, les brûler vifs, leur extorquer de l’argent contre leurs enfants, leurs femmes…), couper des têtes, piller et s’en aller dépenser leur butin auprès des putes et des tenanciers de tripots de la Jamaïque (ou St Domingue pour les Français). Un vrai bonheur ! 🙂 L’organisation « politique » des flibustiers, existante et assez élaborée, permettait simplement à ces gens de se supporter avec des règles pour atteindre leur but commun. Il faut certes juger les hommes à l’aune de leur temps mais en trahissant ses « camarades » pour s’enrichir, Morgan ne faisait qu’appliquer les valeurs fondamentales des « siens ». 🙂

    L’édition fin 18ème me semble particulièrement enrichie de ses deux derniers volumes. Celui du jeune idiot de Ravenau rappelle que ces parasites dangereux n’étaient pas tous du calibre d’un Morgan ou d’un Teach. Et que nombreux ont vécu des aventures misérables où la souffrance le dispute aux déceptions. Combien sont morts de fièvre sur un rivage oublié ? Combien ont peiné des jours entiers, souffrant de la faim et de la maladie avant de pouvoir, enfin ! torturer quelque Espagnol ! Après 4 ans d’un périple incroyable, Ravenau ne semble pas être revenu riche sur ses rives natales (je n’ai pas dormi pendant plusieurs jours, confie-t-il. Par peur de me réveiller encore de l’autre côté de l’océan).

    Enfin, le Volume de Defoe brille par la qualité incomparable de sa plume : récit dramatique, réflexion et non simple description et condamnation sans partage d’une flibusterie qui le fascine néanmoins. Une lecture passionnante. Mais je m’emporte, je m’emporte. Et crains de lasser…

    TE

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