Après Chantilly et les reliures de Bauzonnet, Jean-Paul vous propose de découvrir aujourd’hui une autre exposition qui intéressera les bibliophiles: l’exposition « Histoires d’imprimeurs en Champagne-Ardenne », qui se tient à la Médiathèque de Sedan, jusqu’au 21 novembre. Elle est l’occasion de faire le point sur un imprimeur célèbre, mais bien mal connu, Jean Jannon.
À la demande du prince Henri de La Tour, Jean Jannon, qui était « de la religion prétendue réformée », vint s’installer à Sedan dans le courant de l’année 1610. Très vraisemblablement suisse d’origine, il était passé par Mayence avant de travailler à Paris, chez Robert (III) Estienne d’abord, puis à son compte. À Sedan, il prit le titre d’imprimeur de l’Académie. Son atelier était situé dans la tour et maison attenant à la Porte du Rivage. Il était aussi graveur et fondeur de caractères : il publia en 1621 un cahier d’épreuves des caractères qu’il avait gravés (« petite sedanaise ») et perfectionna, quelques années plus tard, l’instrument servant aux fondeurs pour la finition des caractères (« coupoir de fer »).
En 1640, Jean Jannon quitta Sedan pour s’occuper de l’officine parisienne tenue par son fils aîné Antipas, décédé prématurément ; pendant ce temps, son atelier sedanais fut dirigé par son autre fils Pierre (I), né du même premier mariage avec Anne de Quinge. De Paris, il se rendit à Caen, employé avec son matériel dans une entreprise clandestine créée par un protestant rencontré dans la capitale. Pendant son absence, le prince Frédéric-Maurice de La Tour, converti au catholicisme, fut arrêté pour avoir participé à la conspiration de Cinq-Mars, et dut accepter le rattachement de sa principauté à la France. C’est le fils d’un imprimeur messin qui fut nommé nouveau gouverneur de Sedan par le roi Louis XIII en 1642.
Jean Jannon rentra à Sedan à la fin de l’année 1645, et fut momentanément associé à son fils Pierre (I), qui le quitta dès 1647 pour étudier la théologie. L’âge, et la concurrence de Hubert Raoult, puis de François Chayer, avec lequel il s’associa en 1648 pour une édition des Psaumes de David, eurent bientôt raison de son affaire, malgré son nouveau titre d’imprimeur privilégié du roi. Il mourut le 20 décembre 1658, âgé de 78 ans et 8 mois. Il avait imprimé à Sedan environ 200 éditions, du « psautier de chignon » ou « de manchon » (in-64) à l’in-folio, dont un grand nombre d’écrits polémiques de Pierre du Moulin, l’un des plus célèbres ministres protestants de France. Une vingtaine d’éditions furent commandées par des libraires parisiens (Jean Baillet, Adrian Périer, Nicolas Bourdin, Abraham Pacard, Pierre des Hayes, Jérémie Périer, Abdias Buizard, Jean-Antoine Joaslin, Samuel Petit, Melchior Mondière) et de Quévilly (Claude Le Villain, Jean Berthelin). D’autres fois, par crainte du Conseil des Modérateurs, il utilisa des pseudonymes (Guion de La Plume, « Successeur de Salesse », Jean L’Enfan, Jacques de Turenne, Jacques Fillon, Jean Royer, Jean Tollon). Jean Jannon utilisa trois marques : Janus, Neptune et La Religion chrétienne.
Sa troisième femme, Suzanne François, put lui succéder à condition de porter sur ses impressions le nom de son fils Pierre (II), alors âgé d’une dizaine d’années ; elle exerça jusqu’en 1664. En 1678, un libraire de Châlons-sur-Marne, Nicolas Denoux, acheta ce qui restait du matériel de l’officine de Jean Jannon et confia la direction de son imprimerie à Pierre (II).
Merci Jean-Paul.
H
La lettre du bibliophile
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Jour de vacances! C’est aujourd’hui Bertrand qui s’y colle et vous propose un article sur Octave Uzanne. Je lui cède la parole. »Ce n’est pas des livres que je vais vous entretenir mais d’un livre et de son auteur en particulier.
Le paroissien du célibataire. Observations physiologiques et morales sur l’état du célibat par Octave Uzanne. Cet ouvrage a été publié avec luxe en 1890 chez May & Motteroz, les successeurs de la très renommée Maison Quantin, spécialisée dans les belles éditions.
C’est un grand in-8 de 295 pages imprimées sur un beau papier vergé des Vosges. Le tirage total est limité à 1.100 exemplaires. Ce délicieux volume à la couverture fragile gris cendré et imprimée de caractères dorés et cuivrés est d’un effet étonnant. Le volume s’ouvre sur un très joli frontispice gravé à l’eau-forte par E. Gaujean d’après Albert Lynch, comme les autres illustrations du livre d’ailleurs. Chaque chapître est en effet surmonté d’une belle vignette à mi-page également à l’eau-forte, du plus bel effet. La page de titre est également ornée d’une belle vignette érotisante. On peut lire à la fin du volume que cet ouvrage a été ébauché, illustré et gravé en 1887 bien qu’il n’ait été composé et achevé d’imprimer sur les presses typographiques et en taille-douce de l’ancienne Maison Quantin, à Paris, que le 10 décembre 1890. La genèse des beaux ouvrages est toujours laborieuse et incertaine ! Preuve en est. Le résultat est à la hauteur de l’attente il me semble. Très beau volume à la mise en page très soignée, à la typographie et au tirage des gravures irréprochable, auquel s’adjoint un texte savoureux à plus d’un titre, que je vous laisse découvrir. Octave Uzanne ! Ah la belle affaire ! Comme je crois que chacun de nous a son demi-dieu dans le dos ou sur son épaule qui le surveille et lui empêche de commettre l’irréparable, je me garderais bien ici de refaire en 20 lignes la biographie d’un homme de lettres qui a beaucoup compté pour son époque. Je dirais simplement qu’Octave Uzanne est né à Auxerre en Bourgogne en 1851 et est décédé à Paris en 1931. 80 ans d’une vie bien remplie dont presque les deux tiers consacrés à la bibliophilie et au livre en général, mais aussi à la Femme, objet de tous les cultes et de toutes les attentions, pour cet éternel célibataire militant. Il débute en littérature avec les Caprices d’un bibliophile (1878), poursuit avec le Bric-à-Brac de l’Amour (1879) puis le Calendrier de Vénus (1880) et les Surprises du Cœur (1881), petites productions midinettes dont le titre donne assez l’idée du contenu. Ce sont toujours de beaux petits livres, bien imprimés et tirés sur beaux papiers pour les bibliophiles.
Au début des années 1880 Octave se lance dans l’aventure éditoriale périodique en fondant une revue entièrement consacrée au livre, à l’édition mais surtout aux productions bibliophiliques de tous les âges, Le Livre (1880-1889, 21 tomes reliés en 10 gros volumes). Revue génialissime et unique à mon goût. Très difficile à trouver aujourd’hui à un prix abordable, elle est cependant accessible sur le site de Gallica en version numérisée. Cette revue sera suivie par une autre, éphémère, Le Livre moderne (1890-1891, 4 volumes), puis par encore une autre, éphémère également, L’art et L’idée, Revue contemporaine ou Dilettantisme littéraire et de la curiosité. (1892, 2 volumes). Entreprises toutes collossales et très novatrices. Tout en gérant ces revues, en écrivant de nombreux articles, de nombreux autres livres sortent de sa plume au fil de ces années 1880-1895.
· L’Éventail. Paris: A. Quantin, 1882. · L’Ombrelle, le gant, le manchon. Paris : A. Quantin, 1883. · Nos Amis, les livres. Paris: A. Quantin, 1886. · La Française du siècle : modes, mœurs, usages. Paris : A. Quantin, 1886. · La Reliure moderne artistique et fantaisiste. Paris, Édouard Rouveyre, 1887. · Le Miroir du Monde, notes et sensations de la vie pittoresque. Paris: Quantin, 1888. · Les Zigzags d’un curieux : causeries sur l’art des livres et la littérature d’art. Paris: Quantin, 1888. · Physiologie des quais de Paris, du Pont Royal au Pont Sully. Paris: May et Motteroz, 1892. · Les Ornements de la femme : l’éventail, l’ombrelle, le gant, le manchon. Paris : May et Motteroz, 1892. [Reprise remaniée de L’éventail (1882) et L’ombrelle, le gant, le manchon (1883)] · Vingt jours dans le Nouveau Monde. Paris : May et Motteroz, 1893. · Contes pour les bibliophiles (en collaboration avec Albert Robida). Paris: Quantin, 1894. · La Femme à Paris : nos contemporaines, notes successives sur les Parisiennes de ce temps dans leurs divers milieux, états et conditions. Paris : Quantin, 1894. · Dictionnaire bibliophilosophique, typologique, iconophilesque, bibliopegique et bibliotechnique à l’usage des bibliognostes, des bibliomanes et des bibliophilistins. Paris : Imprimé pour les Sociétaires de l’Académie des beaux livres, Bibliophiles contemporains, 1896. · La Nouvelle Bibliopolis. Paris: Henry Floury, 1897. · L’Art dans la décoration extérieure des livres en France et à l’étranger : les couvertures illustrées, la reliure d’art. Paris : L.-H. May, 1898. · Monument esthématique du XIXe siècle : les modes de Paris, variations du goût et de l’esthétique de la femme, 1797-1897. Paris : L.-H. May, 1898.
Il devient le fondateur d’une Société de Bibliophiles avant-gardistes Les Bibliophiles Contemporains, Académie des Beaux Livres. Tout est dit.
Ce BookClub très restreint d’à peine plus de deux cent membres, éditait avec force illustrations et sur de magnifiques papiers, des auteurs contemporains et illustrés par de talentueux artistes sinon d’avant-garde tout au moins peu connus encore à l’époque. Cette Société de Bibliophiles se voulait découvreuse de talents et promotrice de succès. Cela a été le cas pour certains. Les « Biblios Contempos » ont vécu quelques années. Le temps a passé.
Après avoir usé ses thèmes, le livre, la femme, le livre, la femme, comme une rengaine un peu trop servie à plaisir il faut bien l’avouer… (Uzanne il faut le dire a usé son sujet plus qu’il n’aurait du).
Uzanne s’est fatigué des livres et de la bibliophilie. Il a même été jusqu’à vendre sa bibliothèque vers la fin du siècle !
Les 30 dernières années de sa vie, même si elles sont moins palpitantes pour le bibliophile et l’esthète qui dort en chacun de nous, n’en sont pas moins intéressantes. Il va durant ce temps écrire pour les journaux, faire des livres de compilations, faire une introduction remarquée pour les Œuvres de Casanova, écrire une biographie de Barbey d’Aurevilly, etc. Pour s’éteindre un peu dans l’anonymat il est vrai. Aujourd’hui auteur mineur de la fin du XIXè siècle, il a été pourtant l’ami des plus grands, de Huysmans en passant par Rémi de Gourmont. De par son métier de revuiste il a été en contact avec les Paul Lacroix, les Jules Brivois et autres Drujon, Gustave Brunet, etc.
Il reste à mes yeux un des principaux acteurs dans cette avancée phénoménale de la Bibliophilie et de l’Esthétisme fin de siècle qui toucha Paris et la France en général dans les années 1880 et suivantes.
Bibliophilie que certains jugeront artificielle, certes, mais qui a permis mettre en lumière des talents divers et variès tels ceux de Marius-Michel pour la reliure ou Albert Quantin ou Conquet pour l’édition de luxe. Mis en lumières également des artistes du livre comme Félicien Rops ou Félix Buhot (à découvrir vraiment pour ceux qui ne connaissent pas).
J’ai intercalé tout le long de cet article quelques illustrations qui appartiennent au Paroissien du célibataire afin que chacun ici puisse se faire une idée de la qualité des ouvrages qu’il produisait. A vous de juger.
Question pour tous ici sauf pour Jean-Paul qui maîtrise l’Uzannisme sans aucun doute mille fois mieux que moi :
Connaissez-vous le point commun qui existe entre Octave Uzanne et Alfred Hitchcock ? Il y en a un pourtant un !
Je vous laisse le découvrir en image dans les illustrations de cet article. (réponse en commentaire pour tous ensuite si aucun n’a trouvé).
Dernier mot. Uzanne est resté célibataire toute sa vie. Grand amateur de femmes pourtant, c’est de trop les aimer disait-il qu’il préférait sa liberté et leur laisser la leur… Tel un papillon diurne et nocture tout à la fois, il n’a jamais pu se poser dans le berceau du mariage, ni fonder une famille.
PS : Mon demi-dieu (qui se reconnaîtra j’espère) me pardonnera d’avoir émis quelques jugements peut-être un peu hasardés sur l’homme et l’œuvre, mais c’est ainsi que je l’ai vu, ressenti et compris, tout au moins au fil de mes nombreuses lectures uzannesques. Toutes corrections sont bonnes à faire.
Ah ! J’allais oublier. L’exemplaire que j’ai entre les mains a été dédicacé par Octave Uzanne à son ami le grand critique d’Art et ami des peintres impressionnistes et avant-gardistes Roger Marx (1859-1913). Lorsque Uzanne lui offre se volume, vers la fin de 1890 ou au début de 1891, avec la dédicace « à Roger Marx, au Bibliophile, au curieux, en sympathie d’art. Octave Uzanne. », Roger Marx a 31 ans et Van Gogh vient de mourir.
L’Art et l’Idée, tout est Un, Uzanne avait très certainement raison de les vouloir voir vivre ensemble.
En espérant que vous avez pris autant de plaisir à la lecture de ce billet que j’en ai eu à vous le proposer,
La bibliophilie est souvent une passion qui se vît en solitaire et pour moi, qui en suis l’auteur, l’un des intérêts majeurs de ce blog réside dans les divers échanges qu’il a fait naître entre […]
Amis Bibliophiles Bonsoir, Après le bois originale de Bertrand, je vous propose de découvrir une gouache que possède un fidèle lecteur du blog. Celui-ci aimerait la livrer à votre sagacité. Et c’est un vrai scoop, […]
Amis bibliophiles Bonjour, Je suis amateur de curiosités, vous le savez. Je partage avec vous l’une d’entre elles, les « Tablettes chronologiques, contenant la suite des Papes, Empereurs et Roys qui ont regné depuis la naiss. […]
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