Les reliures doublées: comble du raffinement?

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Bibliopégimane ou non, tout bibliophile est un jour marqué par la beauté d’une reliure, qui constitue généralement le premier contact entre un amateur et un livre. Mais le bibliopégimane ne se satisfait pas toujours de ce premier contact à la portée de tous et recherche d’autres plaisirs, plus discrets, ou moins encore moins avouables: l’amour (raisonnable?) des doublures de reliures.
Reliure Doublée par Hardy-Mesnil / Marius Michel sur les Caractères de La Bruyère, maroquin rouge pour les plats, maroquin vert pour les doublures, décorées « à la fanfare ».
Si l’on s’en tient au glossaire du SLAM, la doublure est un revêtement de luxe du contreplat de la reliure, en veau, maroquin, daim, soie, etc. (on parle alors de reliure doublée). Voilà pour la définition. Le sujet n’ayant pas encore fait l’objet d’un débat, ni ici, ni dans l’une de nos universités (ou agapes bibliophiliques), j’imagine que les avis sont partagés: comment d’une part espérer que les bibliophiles qui n’accordent aucune importance à la reliure puissent comprendre la recherche de reliures doublées, ou d’autre part que même les bibliopégimanes forcenés (je ne parle même pas des chorionophiles) se satisfassent de ces belles reliures, certes, mais dont les plus beaux attributs restent souvent cachés.

La reliure doublée, décidément, se mérite (dépasser le rejet de la reliure, que dis-je accepter d’ouvrir un livre! sourire) et si personnellement je ne suis pas particulièrement à leur recherche, j’avoue que c’est toujours un délice de découvrir la finesse d’une très belle doublure, notamment quand l’extérieur n’en laisse rien présager, comme c’est parfois le cas avec des reliures jansénistes doublées.Imitation de Jésus-Christ, maroquin janséniste taupe, doublures de maroquin rouge, le tout par Cuzin.
Finalement, la doublure serait le comble du raffinement en matière de reliure? Ou de l’hypocrisie? Ou de la discrétion? Chacun se fera son avis. Ce qui est certain, c’est que les doublures sont le plus souvent l’apanage de reliures de grand luxe, et il est donc rare de croiser une doublure qui ne soit pas parfaitement exécutée.

La Henriade, maroquin bleu-nuit gaufré par Kalienbach, avec une doublure de maroquin rouge.
Le décor semble pouvoir varier: armes, sobres maroquins encadrés de dentelle, mais aussi parfois imposantes fanfares. Ce type de reliure existait déjà au 17ème siècle et probablement même avant, mais à cette époque, les doublures connurent un succès particulier avec le mouvement janséniste, dont on sait qu’il influença significativement l’histoire de la reliure. En effet, la réforme portée par les jansénistes de Port-Royal proposait de rejeter en bloc toute ornementation des livres, à un moment où les décors et la dorure venaient d’atteindre des sommets. Certains bibliophiles de l’époque qui partageaient les idées jansénistes optèrent alors pour des reliures de luxe d’une grande sobriété… mais certains d’entre-eux ne parvinrent visiblement pas à changer leurs habitudes et firent placer intérieurement les décors qu’ils faisaient auparavant placer sur les plats. L’idée eût beaucoup de succès et perdure encore, les relieurs du 19ème puis les relieurs contemporains ayant également sacrifié régulièrement à cette tendance sur leurs reliures de luxe.
Reliure de Cretté, box rose, doublure de vélin ivoire.
Personnellement, j’aime les doublures de maroquin (et là, vous n’êtes point surpris!) , et ce pour deux raisons: d’une part elles sont toujours très bien exécutées, comme je l’écrivais plus haut, et d’autre part, ce qui n’est pas la moindre de leur qualité, parce qu’il est nécessaire de prendre un ouvrage en main et de l’ouvrir pour les découvrir. Ces premiers pas, qui ne sont pas toujours faits par les bibliophiles, ne pouvant que contribuer à la lecture du texte.

En tout cas, si vous aimez les reliures doublées, et la reliure en général, je ne peux que vous conseiller la visite du Musée Condé, au château de Chantilly, vous pourrez y découvrir les sublimes doublures de Badier, Macé-Ruette, Le Gascon et autres grands, réalisées pour de grands bibliophiles.
Et vous?

H

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Miscellanées de Monsieur H.: une énigme, un écho scientifique…l’Accademia del Cimento

Miscellanées de Monsieur H.: une énigme, un écho scientifique…l'Accademia del Cimento

Amis Bibliophiles bonsoir,
1. Olivier vient d’acquérir un ouvrage. C’est un petit volume manuscrit dont le dos a été rafait et qui semble antérieur au 17ème siècle. Il est entièrement réglé, toutes tranches dorées. C’est un recueil de textes divers en latin majoritairement, mais aussi en grec et en français. Olivier a sa petite idée avec son « latin de cuisine », mais il continue de me poser trois questions toutes simples : 1) c’est quoi; 2) c’est de quand; 3) c’est à/de (la main de) qui?





Pensez-vous pouvoir l’aider?
2. René, inspiré par l’un des derniers articles de Bertand, vous propose une petite suite ou plutôt un « antécédent » consacré à une importante manifestation de l’esprit scientifique au XVIIe siècle…. je lui laisse la parole….

Après le temps des « ingénieurs » -mot signifiant dans son sens initial « inventeur de machines »-, on assiste à la  fin du XVIe et au XVIIe siècle, dans les domaines de la physique et en astronomie, au développement des « méthodes scientifiques » basées sur l’observation, l’expérience et le calcul.  
L’ACCADEMIA DEL CIMENTO (Accademia dell’esperimento), est la première société savante scientifique à mettre en pratique la méthode expérimentale galiléenne.Elle est fondée à  Florence en 1657 (cinq ans avant la Royal Society de Londres et neuf ans avant l’Académie des Sciences de Paris) à l’initiative des principaux disciples de Galilée, Evangelista Torricelli et Vincenzo Viviani, et sous le patronage de Ferdinand II de Médicis et de son frère le prince Léopold. Leur but était de compléter les travaux de Galilée par des expériences  mettant en évidence la supériorité des nouvelles théories. Cette société se devait d’observer les principes suivants :- L’expérimentation (examen des causes des phénomènes scientifiques) et la publication des résultats.- La réfutation des spéculations non fondées,- La création des instruments scientifiques de laboratoire,- Les définitions des unités de mesure,Les membres effectuent donc de nombreux expériences, principalement dans les domaines de la thermométrie, de la barométrie et de la pneumatique,  à l’aide d’instruments de leur invention et de nouvelles méthodes de recherche.
Les travaux de cette institution servirent de modèle aux laboratoires du XVIIIe siècle. Après une existence assez éphémère, les activités de l’Accademia s’arrêtèrent en 1667 sur la publication en 1666 par  le secrétaire Lorenzo Magalotti des résultats des travaux, texte rédigé en langue vulgaire (italien) sous le titre « Saggi di Natvrali Esperienze fatte nell’Accademia del Cimento sotto la protezione del Serenissimo Principe Leopoldo di Toscana e descritte dal Segretario di essa Accademia ». Une seconde édition paru en 1691.  Des éditions en langue anglaise et en langue latine furent publiées jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
C’est le compte-rendu des expériences menées par Torricelli et plusieurs autres savants, dans ce que nous appellerions aujourd’hui le premier laboratoire de recherche. On y trouve des chapitres sur la chaleur et le froid, l’humidité de l’air, la mesure du temps (pendule), la lumière et le son, l’aimant,   l’électrostaticité de l’ambre et le plus important sur la compressibilité de l’air. Les textes sont accompagnés de nombreuses planches gravées par Modiana, en autres, le tube barométrique de Torricelli, illustration que l’on trouve encore de nos jours dans les traités de physique élémentaire. Cet ouvrage, dans sa seconde édition de 1691,  est un volume in-folio relié plein vélin d’époque, comportant 1 f.bl., faux titre, titre, portrait de Cosme III Grand Duc de Toscane, 6 ff. dédicace et avis au lecteur, 269 pp. de texte, 9 ff. de tables , 75 planches gravées, à pleine page, la plupart répétées, bandeaux, lettrines et culs-de-lampe. Rappelons les noms des principaux savants de l’époque que nous venons d’évoquer :Copernic (1473 – 1543) –  Tycho-Brahé  (1546 – 1601) –  Galilée (1564 – 1642) -Kepler  (1571 – 1630) –  Descartes (1596 – 1650) –  Pascal  (1623 – 1662) –  Newton (1643 – 1727)

H

11 Commentaires

  1. Chère Bergamote,
    Aucun de mes rares maroquins ne crie « cire »! Sourire. Je ne cire pas, ou fort peu, et uniquement des veaux qui ont tendance à s’assécher. Je pense que c’est l’effet du flash ou du maroquin gauffré de cet ouvrage.
    H

  2. L’incompétence est évidente. Mais bon, c’est ebay. Toujours amusant de découvrir ces éditions originales rarissimes ou bien une « planche non collée sur la planche »; pourquoi pas?

  3. C’est magnifique. J’adore les doublures, je trouve ça très distingué. La reliure rose, quoique très surprenante, est ravissante.
    Le seul petit « défaut » que je trouve au contreplats doublés, c’est le manque de symétrie : à gauche la doublure en maroquin, à droite la garde volante en soie.

    [c’est l’effet du flash, ou ton La Henriade crie « cire ! » ?]

  4. Là, il y a quelque chose que je ne comprends vraiment pas. Je vais vous préciser de quoi je parlais précédemment pour la série de planches:
    Le dictionnaire pittoresque d’histoire naturelle de Guérin (vers 1835) en 9 volumes et 720 planches livrées à part.

    il y a souvent des hasards sur ebay. Aujourd’hui se terminaient 2 ventes:
    Un exemplaire de 5 volumes sur 9 avec 400 planches et 611 planches volantes

    Le premier n’a fait que 53 euros, le second, pas encore terminé, en est à 805 euros quand j’écris ce message!! Le vendeur (malhonnêteté ou incompétence?) n’indique même pas que c’est une série incomplète (je lui avait fait remarquer que c’était un peu gros pour un professionnel). Qu’est ce qui peut justifier une telle différence de prix?

    Question subsidiaire:
    Christie’s est-il en crise? Ils n’ont pas vendu cher leur série!

    Wall

  5. Une reliure bien exécutée, mais banale, peut toujours cacher une superbe édition, alors pourquoi pas une belle doublure!!!!!

    Au passage, une question qui n’a rien a voir:
    A propos d’un marchand sur ebay, inscrit en professionnel et qui a pignon sur rue, que je connais pour être passé dans la librairie quelquefois, me pose beaucoup de questions…
    Actuellement, il vend une série de planches incomplètes même si cela demeure un très bel ensemble. Connaissant l’ensemble, je lui ai fait remarquer que la série est incomplète d’une centaine de planches. Il me repond qu’il vend dans l’état. (je m’en serait douté! sourire)
    Je lui ai alors fait remarquer que pour un professionnel, je trouvais cela un peu gros de ne pas indiquer que c’était une série incomplète.
    C’est le même professionnel qui vendait des reliures d’Aussourd sur de beaux textes, en mettant Aussouro (et ce ne fut pas une faute d’inattention car elle fut plusieurs fois répétée dans plusieurs annonces). Et j’aurais d’autres exemples encore d’erreurs que je trouve énormes pour un professionnel qui vend beaucoup de moderne…

    Certains d’entre vous l’auront peut-être reconnu.
    Qu’en pensez vous?

    Wall

  6. Les reliures à décor sur le contre plat sont l’aboutissement de la recherche de raffinement, elles ne supportent pas la médiocrité d’exécution. Les superbes reliures à doublures du XVIIe ont trouvé un écho au milieu du XIXe siècle chez des relieurs au sommet de leur art, inspirés par un style historiciste (le tout premier semble être Thouvenin) et encouragés par des bibliophiles exigeants et qui redécouvraient les décors passés. Il faut bien reconnaître que la reliure « janséniste » à décor s’accorde avec un certain plaisir d’esthète et de dandysme… qui s’assume puisque le livre est fait pour être ouvert.
    Il me semble que les papiers dorés utilisés à la charnière du XVIIe-XVIIIe allaient dans le même sens. Moi j’aime.
    Lauverjat

  7. Les plus anciennes reliures garnies d’une doublure datent du IXe siècle et sont islamiques.
    En Europe, les premières reliures doublées sont italiennes et datent du milieu du XVe siècle.
    En France, les reliures doublées sont exceptionnelles au XVIe et ne sont vraiment adoptées qu’à partir de 1640.

  8. J’en veux! :o)

    Je n’ai pas la chance de posséder l’un de ces discrets bijoux, mais ceux que j’ai eu la chance de pouvoir prendre en main m’ont tous séduits!

    Tu conseilles la visite du Musée Condé, que je n’ai pas encore vu. Je peux juste conseiller le catalogue de leurs reliures du XVIIe siècle, où l’on trouvera moultes photographies de sublimes doublures.

  9. J’en veux! :o)

    Je n’ai pas la chance de posséder l’un de ces discrets bijoux, mais ceux que j’ai eu la chance de pouvoir prendre en main m’ont tous séduits!

    Tu conseilles la visite du Musée Condé, que je n’ai pas encore vu. Je peux juste conseiller le catalogue de leurs reliures du XVIIe siècle, où l’on trouvera moultes photographies de sublimes doublures.

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