Une reliure de Patrice Goy sur un ouvrage de Octave Uzanne et Hugues Ouvrard

Amis Bibliophiles bonjour,

On le sait, le relieur est une espèce à part. Il est parfois bougon, ours, on se frotte à lui avec circonspection, on hésite à lui confier des ouvrages pour des travaux dont on estime, à tort, qu’ils seront trop longs.

On fait semblant de comprendre quand il nous explique quels outrages il va leur faire subir. On prend un air intelligent quand il nous dit que « voyez-vous, il faut que je démonte ici, que je.. et puis il y a la dorure, je fais pas moi ».

Devenir ami avec un relieur est presque impossible, qui est ce personnage à qui on confie des livres que d’autres n’ont pas même le droit d’entrevoir?

J’ai du apprivoiser mon ami relieur, Patrice Goy, de l’atelier Moura à Lyon. A moins que ce ne soit lui qui m’ait apprivoisé; samedi matin après samedi matin, je passais à l’atelier et nous devisions. Il me montrait avec patience ses secrets, je jetais un oeil discret aux livres confiés par d’autres, nous ne parlions presque plus de livres avec le temps. Parfois même nous ne parlions pas, simplement heureux d’être ensemble.

Je n’habite plus Lyon, et c’est désormais lui qui me visite dans la capitale. Même discussions, mêmes silences… et puis en juin cet ami est venu avec un cadeau: un étui sous le bras, son oeil malicieux annonçait une jolie surprise.

Je découvris un magnifique étui et une chemise japonisants renfermant un ouvrage que je connais bien.

C’est une sensation étonnante que de se voir ainsi doré au dos d’une reliure, un cadeau précieux.

Merci Patrice!

H

Patrice Goy exerce à l’atelier Moura de Lyon. Pour en savoir plus sur cet atelier:

Portrait d’un atelier de reliure: l’Atelier Moura, à Lyon.

La reliure contemporaine: une création de l’atelier Moura sur La guerre des mondes

L’ouvrage, Le manuscrit oublié d’Octave Uzanne, est disponible aux éditions Ipagine:

Le manuscrit oublié d’Octave Uzanne

Hugues

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Qu’est ce qu’être bibliophile? Chercher, travailler, écrire, partager… Stanislas de Guaïta au programme du blog, par Frédérick C.

Qu’est ce qu’être bibliophile? Chercher, travailler, écrire, partager… Stanislas de Guaïta au programme du blog, par Frédérick C.

Amis Bibliophiles bonjour,
Chose promise, chose due. A partir de demain, le Blog du bibliophile vous entraîne dans un très beau voyage autour de l’histoire de la bibliothèque d’un grand bibliophile de la fin du XIXe siècle. L’histoire est passionnante, et la semaine entière y sera consacrée, un peu à la manière des feuilletons.
Qu’est ce qu’un bibliophile?

Vaste question, il faudrait (au moins) un blog et quelques années pour esquisser un semblant de réponse. Chacun à sa propre définition, et bien naïf celui qui pense détenir la vérité. Evidemment « celui qui aime les livres », c’est bien trop simple. Cosa mentale disait Pierre Bérès; on devine la névrose qui pointe son nez derrière ces deux mots.
On peut néanmoins apporter des bribes de réponse: s’écarter du bibliomane, ou de l’historien du livre, s’écarter de « l’entasseur », trouver des aménagements avec les libraires, passionnés du livre pour la plupart et/mais qui ont la chance de pouvoir vivre de cette passion… en creusant un peu on sait bien que cela n’est pas sans influencer ou impacter leur bibliophilie.

Et la bibliophilie change, au cours des siècles, et même à l’échelle humaine, au cours de la vie de chaque bibliophile. Hormis la passion qui nous anime depuis le premier jour, souvent inexplicable, on n’est pas le même bibliophile à 20, 30, 40 ou 70 ans.
Je n’ai pas de définition, seulement quelques pistes, certaines en forme de question d’ailleurs: combien d’heures par jour passez-vous à penser aux livres par exemple… Chacun alors pense à sa propre expérience.
Je crois aussi, mais c’est très personnel, que les bibliophiles ont des responsabilités, en particulier une responsabilité de conservation du patrimoine, essentielle, mais également la responsabilité de participer, à leur échelle, selon leurs possibilités, au développement et à la propagation de la connaissance des livres anciens, rares et précieux: celui-là écrira un blog, celui-ci un article, cet autre met ses livres à la disposition d’un musée ou d’une école pour une exposition, cet autre encore passera une vie à effectuer des recherchers sur un sujet, un auteur ou un éditeur, ce petit groupe enfin se constitue en société de bibliophiles, etc. Cette notion est centrale à mes yeux. Bien sûr elle n’exclue pas de la Bibliophilie ceux qui n’empruntent ce chemin, mais je crois que chacun peut reconnaître qu’un bibliophile qui partage ses connaissances, « oeuvre pour la cause », est un bibliophile un peu plus accompli que les autres.
Enfin, les bibliophiles les plus passionnants que j’ai croisés sont habités, animés par leur passion. Cosa mentale.
Mon ami Frédérick est l’un de ceux-là, il est animé d’une passion, d’une soif de connaissance et d’une envie de partage immenses. Quand il parle des livres, son visage s’anime, ses yeux s’éclairent, un sourire joyeux et enfantin anime son visage. J’ai passé de longues soirées à parler avec lui de livres, il est curieux de tout, même des sujets qu’il connaît moins. Parce que oui, voilà, Frédérick a ses sujets de prédilection, l’occultisme, la démonologie et l’ésotérisme en général. Il vous dirait cela mieux que moi. Frédérick traverse les frontières de l’espace (et presque du temps) pour aller dénicher un manuscrit inconnu chez un amateur discret, Frédérick construit (im)patiemment un grand oeuvre de bibliophile. Frédérick travaille aussi, il effectue des recherches, trouve de nouvelles sources, il participe à ce grand mouvement autour du livre.
Il y a quelques années, Frédérick m’avait confié un article sur Stanislas de Guaïta pour la Nouvelle Revue des Livres Anciens. Je reçois souvent des demandes de lecteurs ou de chercheurs concernant ce numéro, épuisé, et Frédérick me permet cette semaine de le diffuser plus largement, sur le blog.
Cette recherche fleuve, passionnante, vous sera présentée à partir de demain.


Mais qui est Stanislas de Guaïta? Voici ce qu’en dit wikipedia:
Né en Lorraine le 6 avril 1861 au château d’Alteville, près de Tarquimpol, Stanislas de Guaïta était issu, par sa mère, Marie-Amélie Grandjean, d’une famille lorraine, et par son père, François-Paul de Guaïta, d’une ancienne famille noble d’origine lombarde (Italie), établie en Lorraine depuis 1800. Il avait le titre de Marquis.
Dès le lycée à Nancy, vers 1880, il se lie d’amitié avec Maurice Barrès, qu’il fera adhérer plus tard au martinisme. La préface de l’une des éditions de Au seuil du mystère est d’ailleurs signée Maurice Barrès. L’Histoire ne dit pas si les deux hommes partageaient les mêmes convictions politiques : Barrès évolua en effet d’un esthétisme individualiste dont témoigne assez bien son « culte du Moi » à une mystique nationaliste et catholique de la Terre et des morts, centrée sur le patriotisme lorrain et républicain.
C’est dans les écrits de Peladan que Stanislas de Guaïta trouve sa première porte d’entrée dans l’univers de la Tradition. Par la suite la lecture de l’œuvre d’Éliphas Lévi, dont il se fera dès lors le commentateur et le thuriféraire, l’initie au mysticisme chrétien; Fabre d’Olivet l’oriente vers les grands mystères en général et vers la langue hébraïque; et Saint-Yves d’Alveydre le rallie à la cause synarchique. Papus, d’abord raillé par lui pour le choix de son pseudonyme, puis réhabilité, deviendra un grand ami.
À la lumière de toutes ces influences, Guaïta prôna un spiritualisme exaltant la Tradition chrétienne, qui, grâce à la mise en place éventuelle de la synarchie – forme de gouvernement idéale –, devait conduire à l’avènement du royaume de Dieu. En 1888, dans le même esprit, il fonde avec Péladan l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix, dont fit aussitôt partie Papus. Parmi les membres on relèvera des noms passés plus tard à la postérité comme Erik Satie et Claude Debussy ou encore le banquier des artistes, Olivier Dubs.
En 1893, l’ordre de Guaïta fut attaqué par Huysmans, qui l’accusa d’envoûter à distance l’ex-abbé lyonnais Joseph-Antoine Boullan. Des duels s’ensuivirent ; Huysmans et Jules Bois s’opposèrent à Papus et à Guaïta.
Stanislas est alors ce jeune poète dans le goût baudelairien à qui Mendès venait de révéler Éliphas Lévi, écrit Alain Mercier dans Les Sources ésotériques et occultes de la poésie symboliste, 1870-1914 (1969). Mais Mercier ajoute que Guaïta poète (Les Oiseaux de passage, 1881; La Muse noire, 1883; Rosa mystica, 1885) « par son classicisme de forme et d’écriture, est plus proche des parnassiens que des symbolistes, si bien qu’il y eut en lui deux êtres distincts : l’hermétiste aristocrate et généreux d’une part, le poète tourmenté et inquiet d’artifices d’autre part ». Pour information, Rosa mystica est disponible à la Bibliothèque Universitaire de la faculté de Lettres de Nancy 21, en édition originale.
Intoxiqué par les stupéfiants, l’homme mourut prématurément, le 19 décembre 1897, à l’âge de 36 ans. Il fut inhumé au cimetière de Tarquimpol. Certains ont prétendu qu’il avait succombé à ce que l’on appellerait de nos jours une overdose, mais cette thèse est démentie par la famille. Il semblerait plutôt qu’il ait été emporté par de graves problèmes rénaux. Cependant, on ne peut exclure que l’écrivain, en proie à la souffrance, et sentant sa fin proche, ait pu avoir massivement recours à la cocaïne et peut-être à d’autres produits comme l’héroïne.
« La Coca, comme le Haschich, mais à d’autres titres, exerce sur le corps astral une action directe et puissante; son emploi coutumier dénoue, en l’homme, certains liens compressifs de sa nature hyperphysique, – liens dont la persistance est pour le plus grand nombre une garantie de salut. Si je parlais sans réticences sur ce point-là, je rencontrerais des incrédules, même parmi les occultistes. Je dois me borner à un conseil.– Vous qui tenez à votre vie, à votre raison, à la santé de votre âme, évitez comme la peste les injections hypodermiques de cocaïne. Sans parler de l’habitude qui se crée fort vite (plus impérieuse encore, plus tenace et plus funeste cent fois que toute autre du même genre), un état particulier a pris naissance. » (Le Serpent de la Genèse, première septaine, chap. V : L’arsenal du sorcier).
H

2 Commentaires

  1. je me disais aussi – ce livre est déjà cartonné, c’est dommage de faire arracher le cartonnage pour le relier ! mais il y a toujours de belles solutions 🙂

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