Tranches antiquées et fers azurés

Amis bibliophiles Bonsoir,
Pour faire écho aux commentaires de Bergamote, Gonzalo et Jean-Paul d’hier soir, j’ai retrouvé mon seul exemplaire de reliure aux tranches antiquées (Cicéron, chez Gryphe, 1576). Voici quelques images. Il me semble difficile de faire ce travail avec un fer azuré, mais pourquoi pas (je penche plutôt vers le burin). Le bord des pages n’est pas dentelé. Et une image des trois types de fers, avec les fers azurés, empruntée à Yves Devaux, dans son excellent ouvrage « L’univers de la bibliophilie », que je recommande à tous.
H

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Héraldique et bibliophilie – Chapitre II, quelques basiques sur la reliure aux armes

Héraldique et bibliophilie – Chapitre II, quelques basiques sur la reliure aux armes

Amis Bibliophiles bonjour,Avant de poursuivre plus avant la science héraldique (et pour ne pas perdre de vue l’essentiel de notre passion) une petite vue générale sur  la reliure aux armes me paraît bienvenue.
Voici un type de décor de reliure excessivement courant que tout bibliophile de livres anciens a tenu en mains, vu et revu et possède en plusieurs échantillons dans sa bibliothèque. Que peut-on bien en dire encore?
Catalogue vente Couteau-Bégarie, Drouot, 24 septembre 2008Les reliures aux armes apparaissent dès la fin du XVe siècle mais c’est au XVIIe et XVIIIe qu’on les trouve le plus couramment. Il s’agit le plus souvent des armoiries complètes du possesseur du livre poussées à chaud, dorées au centre du premier plat et habituellement du second.
Exemple de supports: deux lions, Armes de Fagon, médecin de Louis XIV,
catalogue Amélie Sourget, 2011.C’est-à-dire que l’écu proprement dit, qui identifie la famille, est accompagné d’ornements extérieurs variables. On trouve de chaque côté de l’écu les supports (lions, licornes, cerfs..) appelés tenants dans le cas de figures humaines (hommes sauvages, anges, etc). Le timbre surmonte l’écu,  selon le cas : un casque de chevalier, une couronne ou un chapeau. Un cimier peut couvrir le casque. Les lambrequins qui sont des rubans décoratifs naissent derrière le timbre. Au besoin, au  plus proche de l’écu et tout autour,  se dispose un collier d’ordre de chevalerie avec son pendentif ou sa médaille.  Le cri d’armes ( Montjoie,  Dieu aide,…) somme le tout tandis  que la sentence, abusivement dite devise, souligne l’ensemble.  Sur le fond, l’écu peut reposer sur un manteau. D’autres insignes sont visibles, crosses, ancres, canons, bâtons… Tous ces attributs ne se trouvent pas heureusement ensemble ni à tout coup.
Reliure aux armes de la ville de Montargis-Le-Franc,
armoiries composées de petits fers, sur Les privilèges franchises et libertés….Communément le bibliophile a fait frapper le fer de ses armes chez son relieur pour identifier ses livres. Ce n’est pas toujours le cas, il peut arriver qu’un auteur ou un éditeur dédicace son livre à un personnage d’influence et le fasse relier aux armes de son dédicataire. Soit il s’adresse au relieur attitré de la personne à qui il veut rendre hommage, soit chez un autre relieur qui ne possède pas le fer et s’arrange pour en fabriquer un ou en composer un avec les moyens du bord. Des personnages influents donnaient aussi pour récompenser les meilleurs élèves d’un établissement scolaire un livre à leurs armes ou une certaine somme d’argent permettant au collège de faire exécuter une reliure aux armes du riche mécène. Le livre fini n’a donc jamais connu la bibliothèque de celui dont il arbore les armes, (en revanche on y trouve l’ex-praemio du bénéficiaire).  
Armes (postérieures) de France sur Gaguin,
Les croniques de France, 1515, catalogue Hugues de Latude, XXXIX.
Plus proche encore de nous, le duc d’Aumale faisait relier plusieurs exemplaires des livres dont il était l’auteur à ses armes qu’il offrait ensuite à des membres de sa famille ou à des amis. Les villes également ont pu faire relier des exemplaires de leurs privilèges, leurs entrées ou leurs fêtes à leurs armes qui étaient offerts aux visiteurs de marque. Au XIXe et au XXe, des amateurs ont parfois utilisé les armes d’un personnage illustre, le plus souvent disparu, pour embellir un livre ayant trait à ce personnage. Et faut-il signaler des exemplaires ordinaires falsifiés sans vergogne par la frappe d’armoiries célèbres et lucratives? On ne se méfiera jamais assez par exemple des livres aux armes de la Pompadour, surtout s’ils ne figurent pas dans le catalogue de la vente de sa bibliothèque.
Nous aurons l’occasion un peu plus tard d’explorer la typologie de ces reliures aux armes.
Lauverjat

13 Commentaires

  1. Tranches ciselées/Tranches antiquées

    Je cite : Métiers D’art, Numéro 44 Spécial Reliure (septembre 1991), page 65 et 66

    Tranches ciselées : Les tranches sont d’abord dorées, puis, à l’aide de petits burins gravés, frappées de motifs décoratifs du plus heureux effet.

    Tranches antiquées : Aujourd’hui, se confondent avec les tranches ciselées, mais à l’origine, nous dit le Dictionnaire des Sciences, des Arts et des Métiers, Antiquer, c’était, en termes d’ancienne reliure, pratiquer avec des fers chauds sur la tranche dorée ou non dorée d’un livre, des ornements à ramages ou autres.
    Xavier

  2. bonsoir,
    Jean-Paul, merci pour la réponse à ma question.
    Hugues, merci pour ce billet qui a éclairé ma lanterne.
    (Hors-Sujet)Bertrand : ni foie gras ni langoustes, mais des Gaufres du Nouvel An et des Financiers 😀

  3. Pour reprendre le propos de Jean-Paul au sujet de Boyet et des fils d’argents tissés dans ses tranchefiles, j’ai pu en effet le constater de visu sur un petit volume relié par lui où l’on pouvait voir en effet un fil métallique un peu terne (argent) mêlé aux fils de couleurs des tranchefiles. La reliure n’était pas janséniste d’ailleurs mais un plein maroquin rouge au dos richement orné et doublé de maroquin rouge avec roulette dorée en encadrement intérieur des plats.

    Un bijou ! (qui est désormais chez un autre…).

    C’était le Térence 1635 imprimé en deux couleurs par les Elzeviers.

    Pour revenir sur les fils d’argent dans les tranchefiles de Boyet, je pense que lorsqu’ils y sont c’est un signe indubitable de la main du maître, mais je crois aussi que toutes les reliures sorties des ateliers de Boyet n’étaient pas ainsi faites. Pour preuve, on retrouve les roulettes intérieures attribuées à Boyet (Cf. Esmerian) sur des reliures avec et sans les fils d’argent. Mais il y a aussi la possibilité que les fers aient été utilisés par ses successeurs.

    Amitiés, Bertrand

  4. Comme Gonzalo, je pense effectivement que c’est assez ancien (le livre en lui-même l’est, puisqu’il est de 1604). Mais je ne te le vendrai pas 10€ Hugues! 😉 Même si effectivement, le livre ne vaut sûrement pas grand chose.

  5. > « c’est hyper fréquent »

    Tant que cela? J’ai plus souvent vu des tranches « antiquées » que des marques au fer rouge, aussi bien en bibliothèque qu’en librairie. Mais peut-être est-ce du au fait que j’ai plus souvent affaire à des livres du XVIe siècle?

  6. Hugues,

    Je ne suis pas relieur, mais Les tranches antiquées se travaillant par définition sur des tranches dorées, je ne vois pas ce qui empêcherait d’utiliser, outre le burin pour les ciselures (sans oublier les motifs peints ou imprimés qu’on peut associer), la roulette ou les fers à dorer, à chaud bien évidemment.

    Jean-Paul

  7. Désolé de vous avoir abandonnés hier soir, mais il y avait un excellent « Versailles, le rêve d’un Roi » sur la 2 : une fois n’est pas coutume…

    Jean-Paul

  8. En parlant de ces tranches avec les noms et autres, j’ai chez moi un livre dont le blason et le nom d’un couvent palestinien a été marqué au fer rouge sur les tranches. st-ce que c’est fréquent?

  9. Bonsoir Gonzalo,

    je crois pouvoir dire, sans être relieur, que les coupes guillochées se font à l’aide de roulettes à guillocher, tout simplement.

    Le motif peut être des sties, des hachures, des arabesques, des fleurs ou un simple filet doré.

    Les plus grands relieurs parviennent à poser de manière impeccable jusqu’à un double filet fin doré sur les coupes, c’est du plus bel effet. Les Chambolle-Duru, Marius-Michel et autres Trautz en étaient capables. C’est rare pour les siècles précédents.

    D’ailleurs si on y regarde de plus près les reliures du XVIIIè siècle signées de Derome ou Padeloup, on voit que les filets dorés, les sertissages (lorsqu’il y a mosaïque) et autres fioritures de la reliure de luxe, ne sont pas si « nickel » que cela. La notion de perfection dans la dorure n’apparaît à mon sens que dans la première moitié du XIXè et va grandissant jusqu’au début du XXè.

    Les relieurs modernes sont un autre sujet. Il y a aussi du beau travail, mais beaucoup de déchet je trouve.

    PS : c’était calme le blog ce soir. Mal remis du foie gras et des langoustes les bibliophiles ??

    Amitiés nocturnes, Bertrand

  10. J’ai confondu un peu vite dans mon message d’hier les tranches et les coupes, ce qui conduit à une méprise.

    Ma question était de savoir si les fers azurés servaient à faire des coupes guillochées, et non des tranches.

    Il me semble que les tranches « antiquées » (j’ai, pour ma part, plus souvent entendu « ciselées ») sont toujours faites au burin, et pas avec des fers de reliures. C’est du moins ce que j’avais cru comprendre, mais je peux me tromper. Souvent, me semble-t-il, les propriétaires faisaient ciseler leur nom sur les tranches.

    Comme souvent face à de belles reliures anciennes, on peut se demander s’il existe encore des gens capable de réaliser ce genre de choses aujourd’hui.

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