Portrait de Bibliophile: 2ème partie, grands classiques de la littérature en belles reliures

Amis Bibliophiles bonjour,
Si vous étiez venus au dîner du Grand Palais, vous auriez pu connaissance de Wolfi et de ses très beaux ouvrages. Pour que tout le monde en profite, Wolfi vous propose de les découvrir sur le blog. Allez, on ouvre les yeux…. et on part pour un beau voyage.

« Je vous propose aujourd’hui de continuer l’aperçu de ma bibliothèque puisque certains d’entre vous ont apprécié la première sélection…
Commençons par un classique du 18e : Fénelon « Les aventures de Télémaque » 1734, in folio, maroquin rouge d’époque.

Il s’agit du tirage en grand papier avec le texte encadré, et les gravures par Debrie, Dubourg et Picart. Cohen prétend que le tirage in folio n’a été que de 150 exemplaires.

Pour une fois, je pense que c’est possible, car on n’en rencontre pas souvent. En tout cas, beaucoup moins souvent qu’un Longus de 1718 qui a été tiré à 250 exemplaires (dit-on!). Pour moi, il s’agit d’un des plus beaux livres du 18e en termes d’illustration.
Autre classique : Fontenelle « Oeuvres » 1728, 3 volumes in-folio en maroquin rouge d’époque. 


Comme pour le Télémaque, il s’agit du tirage en grand papier, avec le texte encadré. Les illustrations de Picart également sont vraiment très belles.
Là c’est un livre qui me plait vraiment beaucoup, car il est vraiment très rare de trouver à la fois le texte dans une reliure mosaïquée.

La Fontaine « Contes » 1780, 2 vol in-18 en maroquin citron mosaïqué de maroquin rouge. L’édition est illustrée par 24 figures de Desrais.

La reliure ne sort pas de l’atelier de Derôme, car on voit qu’elle n’est pas parfaite, mais elle est charmante tout de même! J’étais bien content quand je l’ai trouvé celui-là!!!
La Rochefoucauld « Maximes et Réflexions morales » 1778, in-8 en maroquin bleu nuit d’époque. Il s’agit de l’exemplaire de Brunck, helleniste et traducteur français bien connu pour sa bibliothèque. C’est toujours assez savoureux à lire La Rochefoucauld… Petit clin d’oeil à Yohann qui recherchait cette édition je crois!

On continue avec un classique latin :
Lucrèce « Oeuvres » 1768, 2 vol in-8 en maroquin rouge avec les dos mosaïqués de maroquin vert d’époque. L’illustration est de Gravelot, ici en tirage très vigoureux sur papier immaculé (un des exemplaires sur papier fort de Hollande).

L’exemplaire vient de la librairie Belin (catalogue « livres anciens de provenances célèbres – riches reliures » 1910 n686), qui attribue la reliure à Bradel.

Il est passé ensuite dans la collection personnelle du libraire Gougy (n°504 de sa vente avec reproduction). Puis chez Bérès (j’abrège un peu, car il y a d’autres possesseurs entre les deux).
Un grand classique de la littérature :
Montaigne « Essais » 1781, 3 vol in-8 en maroquin rouge d’époque. On remarquera un petit fer à l’oiseau qui est charmant!

L’exemplaire provient de la bibliothèque Gavinet : Antoine Nicolas GAVINET (Lyon, 1724-1795), bourgeois de Lyon, maître-apothicaire, chimiste, membre de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, auteur de nombreux mémoires sur la chimie, était, comme son père Jean Marie Gavinet, un bibliophile distingué. À la Révolution, leur bibliothèque contenait plus de 5 000 volumes. Comme quoi, il y a des choses à Lyon (private joke!)
On continue dans le grand classique du 16e  (en édition 18e, on peut pas tout avoir non plus!): Rabelais « Oeuvres » 1741, 3 vol in-4 en maroquin rouge d’époque.

La belle édition Duchat avec les illustrations de Picart et Dubourg (ils ont fait de bonnes choses ces deux là quand même!). Malheureusement, il ne s’agit pas d’un exemplaire en grand papier: à vrai dire, j’en avais un mais j’ai dû m’en séparer il y a quelques années! Mais je ne désespère pas d’en trouver un autre.

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais il s’agit vraiment d’une édition magnifique. Ces in-4 du 18e sont pour moi d’un format quasi idéal : moins grands qu’un in-folio (bonjour la tête de ma femme avec un ovide de 1732 en grand papier au lit!), ils permettent des mises en pages plus harmonieuses que des in-12 ou in-8 avec des illustrations plus riches et plus fouillées.
On passe au 17e français avec :
Pascal « Les Provinciales » 1684, in-8 en maroquin rouge du 18e. C’est l’édition en 4 langues:  il en a été relié quelques beaux exemplaires au 18e, je ne sais pas pourquoi d’ailleurs.

J’ai en mémoire notamment l’exemplaire du comte d’Hoym en maroquin de Padeloup, et un exemplaire avec un dos à la grotesque  magnifique dans le catalogue Sourget n°VI n°103.
Pour finir, un deuxième exemple du classicisme français du 17e :
Sévigné « Lettres » 1734, en 4 vol in-12 en maroquin rouge d’époque. Il s’agit d’une importante édition originale : on trouve pour la première fois un nombre significatif de lettres. J’ai retrouvé dans le catalogue Sourget n°VIII n°83 un exemplaire strictement identique à celui-ci (mais ce n’est pas le même, car il y a de subtiles différences). Ca m’intrigue beaucoup : l’éditeur aurait il fait faire relier  plusieurs  exemplaires, ou un libraire? Quelqu’un aurait il une idée?

Bon, je m’arrête là car lorsqu’il y en a trop, ça devient un peu rébarbatif! J’espère tout de même que vous apprécierez ces quelques exemplaires…
Bonjour amical aux amateurs que j’ai croisés au salon du livres et avec qui j’ai passé un moment fort sympathique le moment d’un dîner.
Wolfi ».
Euh…. magnifique!!!! Hugues

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Gomgam ou l’Homme Prodigieux, de l’Abbé Bordelon

Gomgam ou l'Homme Prodigieux, de l'Abbé Bordelon

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Nous avons tous nos thèmes et nos auteurs favoris. En ce qui me concerne, parmi tant d’autres, j’avoue avoir une vraie faiblesse pour les ouvrages de l’Abbé Laurent Bordelon, que je rassemble progressivement. J’ai déjà écrit sur l’Histoire des Imaginations Extravagantes de Monsieur Oufle, laissez moi évoquer aujourd’hui un autre ouvrage important de cet auteur :
Gomgam ou l’Homme Prodigieux, transporté dans l’air, sur la terre et sous les eaux. Livre véritablement nouveau, dont l’Edition Originale est parue à Paris, chez Saugrain en 1711 (2 volumes in-12 de de (46)-343-(6) pp. et (8)-434 (2) pp.).

L’ouvrage est signé d’un très curieux pseudonyme « TiTETUTEFNOSY », que je ne sais expliquer, mais est bien attribué à L’abbé Laurent Bordelon (1653 – 1730), qui était évidemment un peu théologien, mais aussi et surtout polygraphe et l’un des grands utopistes français du 18ème siècle.

Les ouvrages de Bordelon sont toujours curieux, comme l’indiquent leurs titres, dont certains sont complètement tombés dans l’oubli. Vous en jugerez vous même : La Comédie sans Femme, M. de Mort en Trousse, Arlequin Molière, ou le plus célèbre Voyage forcé de Bécafort hypocondriaqueGomgam ou l’Homme Prodigieux de déroge pas à cette règle et nous invite à suivre les aventures étranges et insolites du personnage principal, Gomgam.
Il croise ainsi un enchanteur qui voyage sur une flèche d’or et dont Gomgam hérite, des savonettes à vilains, des anti-savants, et une partie importante des aventures de Gomgam est consacrée à l’ouvrage que celui-ci veut écrire, et qui est composé de 100 volumes! Gomgam lui donne le titre du Monde Risible ou Bibilothèque comique et va jusqu’à nous décrire un par un les cent volumes, dont voici une sélection :

– L’Agenda de ceux qui n’ont rien à faire (premier « chapitre » : « faire des visites importunes chez des gens extrêmement occupés »…. plus loin « Tuer le Temps », etc.)
– Les sottises et les folies de l’Amour : faire les yeux doux. Montrer des yeux de carpe pâmée, jouer de la prunelle.
– Les admirables propriétez de l’argent comptant : (il est) persuasif, éloquent… fait paraître habile, agréable, beau, spirituel.
– Tartufiana
– Voyage dans les espaces imaginaires de ce monde
– Le tabac : « comment faisait-on autrefois quand on ne le connaissait pas? »
– L’ergo-gluc : c’est-à-dire les raisonnemens qui ne concluent rien
– La Philosophie du peut-être…

Et cela continue pendant des dizaines de pages, pour le grand amusement du lecteur.
Bordelon annonce d’ailleurs la couleur dès la préface, dans laquelle il se défend d’écrire que le manuscrit lui est arrivé de façon rocambloesque… avant de conclure qu’on le lui a apporté dans une boîte fermée, scellée et cachetée, de façon anonyme… Tout est prétexte à sourire, à prendre le lecteur à contrepied, mais dans le fond, la lecture attentive montre que rien n’est gratuit et qu’il s’agît là d’une très fine satyre des moeurs de ce début de 18ème siècle.

En ce qui me concerne, j’aime partiuclièrement le moment où Gomgam chasse le sanglier et se retrouve isolé des autres chasseurs : le sanglier éventre la monture, et pour lui échapper Gomgam actionne sa flèche d’or qui lui permet de voler… Hélas, son pied est encore à l’étrier et Gomgam traverse le ciel en tenant sa flèche, portant sous lui son cheval mort et le sanglier… (voir la gravure ci-dessous).
Enchanteur… d’autant plus qu’avouons-le, tous les livres de cette époque ne sont forcément agréables ou aisés à lire.

J’ai bien envie de vous dire « à se procurer d’urgence »… oui mais voilà, l’ouvrage est fort rare…

H

20 Commentaires

  1. Bon, au moins c'est une bonne nouvelle : la prochaine fois je monte un stand au grand palais!
    Ah, nos amis belges !!! :-)))

    Cordialement

    Wolfi

  2. Bonjour
    Toutes nos félicitations pour l'excellente sélection de livres du Grand Palais.
    Nous y étions et avons pu apprécier le haut niveau des ouvrages présentés et des libraires.
    De la part d'un libraire belge.
    C. LECLERCQ

  3. @ Wolfi
    @ Bertrand
    Du donjuanisme bibliophilique…
    "Mais lorsqu’on en est maître une fois, il n’y a plus rien à dire, ni rien à souhaiter, tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d’un tel amour ; si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur les charmes attrayants d’une conquête à faire." (Dom Juan, 1665)

    Bonne après-midi,
    Olivier

  4. Le Larochefoucauld fait 18.4 cm de hauteur : dans une bonne moyenne vraisemblablement.
    C'est la photo qui doit donner cette impression. Il aurait fallu le mettre à côté d'un autre pour se faire une idée…
    Je ne sais pas si c'est le sentiment général, mais personnellement, ce qui me fait vibrer c'est la traque du livre!
    Une fois que le livre convoité(que personne n'avait vu, sinon c'est pas marrant!) est acquis, je suis satisfait certes, mais je passe immédiatement à autre chose.
    Je ne sais pas si ça vous fait ça…

    Bonne soirée!

    Wolfi

  5. Wolfy,

    je jalouse votre 1778 !!

    Mais le votre me parait plus petit que je ne pensais, j'avais en tête un bon 18cm / 18.5 cm pour les 3 que j'avais vu passer ces 5 dernières années.

    Je conseille a tous la lecture de ces maximes, en particulier à ceux qui réussissent dans la vie 😉

    Yohann d'ebibliophilie

  6. Trois exemplaires seulement de l'édition de 1725 sont parvenus jusqu'à nous : c'est la seule édition qui suit un ordre chronologique de 1671 à 1676.
    Imprimée à Troyes, j'ai cru pouvoir en trouver un exemplaire dans la région, en fouillant pendant de nombreuses années … en vain.
    L'imprimeur, Jacques Lefebvre, était un homme coléreux que sa femme quitta en 1725 ; il fut embastillé en 1726 pour avoir imprimé un ouvrage janséniste, et fut déclaré en faillite ; son matériel fut vendu en 1730 ; en 1731, sa maison fut détruite par un incendie ; malade, il mourut en 1738 chez son fils ainé.

  7. Reponse a Bertand : c'est vrai qu'il y a eu deux supplements (je me demande meme s'il n'y pas eu encore un volume un peu plus tard…). Mais a vrai dire, je n'ai jamais trouve un ensemble en maroquin uniforme avec tous les volumes. Il y a toujours des petites differences dues a l'etendue chronologique des parutions. Bon, il faut dire que je suis un peu maniaque…
    Quant a l'edition de 1726 en maroquin d'epoque, je ne desespere pas, mais je ne sais pas si cela existe. Apres avoir epluche les grandes ventes du 18e et du 19e, je n'en ai pas repere…
    Alors celle de 1725, cela releve du miracle bibliophilique!

    Cordialement,

    Wolfi

  8. Superbe ! Magnifique même ! Quelle sélection !

    Juste une petite remarque en passant, je ne voudrais pas me poser en spécialiste des éditions anciennes des Lettres de la marquise de Sévigné (mais un peu quand même – sourire).

    L'édition que tu montre pour être complète doit comprendre les 4 premiers volumes de Paris, chez Nicolas Simart, 1734 et 2 volumes de Paris, chez Rollin fils. Elle forme en 6 volumes, l'édition dite du Chevalier Perrin, une édition complète mais largement remaniée et défigurée par le Chevalier Perrin lui-même sur les consignes de la petite-fille de Madame de Sévigné, Pauline de Grignan.

    J'ai eu cette édition complète des 6 volumes de deux belles façons. Le premier exemplaire était à l'état de neuf absolu, en veau blond glacé, superbe. Chez un bibliophile bourguignon maintenant. Le deuxième exemplaire était aussi en veau d'époque relié au chiffre d'une duchesse de l'époque. Condition rare. J'étais assez fier de ces deux exemplaires. Que dire du tien !? Je me damnerais pour… (sourire) … mais sans les 2 derniers volumes.

    Sinon, un challenge pour toi, à moins qu'il ne soit déjà réalisé. Trouver un exemplaire de l'édition en gros caractères, édition dite de Rouen, 1726, 2 tomes (reliés en 1 ou 2 volumes), en maroquin d'époque… bon courage… bonne chance…

    Plus fort encore… trouver un exemplaire de la véritable édition originale des Lettres de la Marquise, édition sans lieu, datée 1725, avec une sphère sur le titre. Edition connue à 3 ex. seulement… alors en maroquin d'époque hein… mais sait-on jamais… personnellement c'est mon Graal. (75 pages seulement environ).

    Encore merci pour cette belle exposition. Mon critère de sélection principal étant l'état de conservation des volumes que je propose, je ne peux qu'être sensible à tes propres critères.

    Amitiés,
    Bertrand Bibliomane moderne

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