Le Musset Fantôme..

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Une fois n’est pas coutume, parlons aujourd’hui d’un livre du 19ème siècle. En fait, je vous invite à me suivre sur les traces d’un ami du blog, Guillaume, qui possède une édition curieuse des « Comédies et proverbes » de Musset.

Voici les données, pouvons-nous l’aider :

Le livre date de 1850 et a été édité par Charpentier. L’édition originale date de 1840.
Le « problème » est que l’édition de Guillaume est assez étrange. En effet, elle possède une faute, p.188, « Lorenzaccio » y est orthographié « Laurenzaccio ».

Il n’en existe aucun exemplaire à la BNF, et l’ouvrage n’est pas répertorié dans le Catalogue Collectif de France ni dans le SUDOC.

Guillaume a cependant trouvé mention d’une édition de 1850, mais uniquement dans la « Bibliographie des œuvres de De Musset » de Clouard (1883). Clouard évoque 3 réimpressions de l’édition de 1840 en 1848, 1850 et 1851. Aucune des autres bibliographies consultées par Guillaume ne mentionne une édition de 1850, alors que celles de 48 et 51 le sont toujours.
Guillaume est donc allé à la BNF où il a consulté l’édition originale de 1840 et une réimpression de 1851. Aucune n’a la même faute à la page 188 (alors que Guillaume pensait que cette faute était justement présente sur l’E-O).

L’hypothèse d’une E-O que l’on aurait « refourguée » 10 ans plus tard avec une nouvelle page de titre n’est donc pas valable. Mais cela n’aide pas à comprendre d’où vient l’édition de 1850. Est-ce habituel de « recomposer » une réimpression (et donc d’y glisser une faute) ? Est-ce que Guillaume confond réimpression et réédition ?

Que peut-il faire pour comprendre l’histoire de son exemplaire ?

Qu’en pensez-vous? Pouvons-nous l’aider?

H

La lettre du bibliophile

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Lorsque l’imprimeur voit rouge

Lorsque l'imprimeur voit rouge

Amis Bibliophiles Bonsoir,

En complément de mon message sur le trafic, que vous trouverez ci-dessous, je vous propose ce soir un message de Bertrand « L’Imprimeur voit rouge », que je compléterai mardi ou mercredi (pour cause d’énigme demain) avec mon propre message « L’imprimeur est carrément devenu daltonien »… Quel feuilleton, c’est carrément du Dumas!

Laissons la parole à Bertrand , lorsque l’imprimeur voit rouge…

« Chers amis, je vais vous entretenir aujourd’hui d’un sujet qui ne me semble pas avoir occupé beaucoup de pages dans les annales de la bibliographie matérielle et descriptive.

J’ai hésité à donner pour titre à cet article : « Caprice d’imprimeur » et puis j’ai trouvé que finalement le titre ci-dessus était plus parlant, mais certes, moins littéraire.

Ainsi donc je vais vous parler des livres anciens dont la page de titre et seulement la page de titre est imprimée intégralement en rouge.

Vous avez tous ici, je suppose, eut en mains des ouvrages du XVIè, XVIIè, XVIIIè et du XIXè siècle dont la page de titre était imprimée en rouge et noir. C’est élégant, et somme toute assez commun. Les productions sorties des presses hollandaises notamment (Neaulme, Gosse, Elzevier, Marteau, etc) en sont les meilleures illustrations.

Mais avez déjà souvent rencontré dans vos pérégrinations bibliophiliques des ouvrages dont la page de titre est intégralement imprimée à l’encre rouge ?

Si tel est le cas, vous avez eu énormément de chance car je crois pouvoir affirmer que ce genre d’impression est assez rare pour ne pouvoir vous en citer que trois exemples (d’après mes rencontres). Les voici.

Tout d’abord, il y a quelques temps, j’ai eu l’opportunité d’acquérir un ouvrage fort rare des comédies de Plaute dans une édition lyonnaise datée de 1513, faite à l’imitation de Junte de Venise. C’est un petit in-8 dont seule la page de titre est imprimée en rouge. Ce qui rend l’ouvrage charmant et insolite. Voir la reproduction de la page de titre ci-dessous
Sans autre référence concernant les ouvrages imprimés au XVIè siècle, voire au XVè siècle (incunables), il me semble néanmoins avoir déjà croisé, de ci de là, au gré de mes lectures cataloguesques, quelques exemplaires d’ouvrages dont la page de titre était également entièrement en rouge (mais je n’ai pas d’autres références exactes à citrer pour le XVIè siècle). Peut-être n’est-ce pas si rare pour cette période du premier siècle de l’imprimerie que pour les suivants ??

Concernant le XVIIè siècle je n’ai aucun exemple à vous donner, n’en ayant jamais rencontré. J’attends donc vos propres exemples si vous en connaissez.

Passons maintenant au XVIIIè siècle. J’ai la chance de pouvoir vous exposer deux cas.

Le premier dont je viens de faire très récemment l’acquisition, justement pour cette raison (page de titre en rouge) et pour illustrer ici mon propos.

Il s’agit des Nouvelles Lettres Persanes, traduites de l’anglais. Ouvrage publié à Londres en 1735, sans indication d’imprimeur.

Les deux tomes sont reliés en un seul volume. Les deux pages de titre (voir ci-dessous) sont ornées d’une belle et grande vignette et sont entièrement imprimées en rouge.

L’ensemble du corpus de texte étant imprimé en noir. Cet ouvrage qui est une bonne imitation (ou continuation) des Lettres persanes de Montesquieu. L’ouvrage original anglais serait d’après Barbier et divers auteurs de Littleton.

L’autre ouvrage que nous pouvons citer pour le XVIIIè siècle est une véritable énigme bibliographique par ailleurs :

L’enfant trouvé, ou l’histoire du chevalier de Repert, écrite par lui-même. Ouvrage édité à l’adresse (fictive ?) de Paris, aux dépens de la Société, en 1738, 1739 et 1740. Il est composé de neuf parties d’une centaine de pages chaque, toutes avec une page de titre intégralement imprimée en rouge (voir ci-dessous). Les trois premières parties sont datées 1738, les trois suivantes de 1739 et enfin les trois dernières de 1740.

Nous avons donc ici, fait assez exceptionnel pour être remarqué, neuf pages de titres en rouge avec à chaque fois le corpus de texte entièrement en noir. Chaque titre est orné d’un petit fleuron typographique identique pour toutes.

De cet ouvrage, je ne sais rien ou presque. Ni l’auteur, ni le lieu d’impression exacte. La seule chose que j’ai pu facilement constater est qu’il ne se trouve pratiquement nulle part référencé.

C’est un oublié des bibliographes !

On en trouve cependant un exemplaire (première partie), numérisé dans Google Livres. La page de titre s’y trouve également en rouge. Il y en a un exemplaire des six premières parties seulement au catalogue de la bibliothèque de Nîmes (Google Livres). M. de La Vallière en possédait un exemplaire complet dans sa bibliothèque sous le numéro 9179 où il est précisé que l’impression serait d’Amsterdam. De toutes les bibliothèques présentes au catalogue collectif informatisé des bibliothèques de France, seule la Bibliothèque Nationale de France en possède un exemplaire complet.

Mais laissons là le mystère qui entoure cet agréable ouvrage de littérature de mœurs (que j’ai lu intégralement avec force plaisir je dois le dire). Les informations que chacun pourra apporter afin d’éclairer l’histoire de cet ouvrage seront bien évidemment précieuses et je vous en remercie par avance.

Alors que penser de ces pages de titre en rouge intégral ?

Fantaisie d’imprimeur ? Essai ? Demande express d’un amateur ?

A vrai dire je n’ai pas la réponse et vous la soumet plutôt. Je ferai simplement quelques remarques.

Premièrement, ce type de page de titre, à ce que j’ai pu constater, se rencontrent rarement.

Deuxièmement, j’étais convaincu, encore il y a peu, que toute l’édition d’un même ouvrage dont je possédais un exemplaire avec la page de titre en rouge était avec la page de titre en rouge. Je suivais en cela l’information donnée par Brunet concernant le Plautus de 1513 qui donne cette édition avec le titre en rouge.

Je suis cependant détrompé maintenant car j’ai pu localiser un exemplaire des Nouvelles Lettres persanes de Littleton, 1735, avec les pages de titre en noir ! Cela remet évidemment en cause le fait que l’ensemble de l’édition était tirée avec tous les titres en rouge.

Alors combien d’exemplaires avec les titres en rouge ? Pourquoi ?

Autant de questions qui sans aucun doute resteront sans réponse…

A vous de dire maintenant. Évidement le plus intéressant serait de recenser un maximum d’exemplaires présentant cette particularité bibliographique qui en fait des curiosités (pour moi en tous les cas). Envoyez vos photos de pages de titre en rouge à Hugues par e-mail, nous en ferons la synthèse.

En espérant que vous aurez pris du plaisir à lire cette esquisse bibliographique,

Amitiés bibliophiliques, Bertrand.

Merci Bertrand,

Hugues

15 Commentaires

  1. Bonsoir A.A.A,

    merci de votre message,
    effectivement il existe bien 3 éditions ou plutôt 3 tirages différents de ce Musset à la date de 1850.

    Mon exemplaire est relié simplement en demi-chagrin décoré de caissonsà froid, je l’ai toujours si vous voulez plus de détails je pourrai vous en donner.

    Amitiés bibliophiliques,
    Bertrand

  2. Merci beaucoup Bertrand!
    Je viens de trouver votre commentaire. La description de l’exemplaire correspond parfaitement au mien.
    Est ce une reliure à caisson comme pour mon exemplaire?

    Nous sommes au moins sûr qu’il existe 3 éditions de 1850: celle de Clouard annotée par lui, la votre et la mienne.

    Pourrais je savoir ce que vous avez fait de votre exemplaire?

  3. Bonjour Guillaume,
    il n’y a jamais de problèmes, toujours que des solutions comme disait le mari d’une amie…

    Me voici donc avec un exemplaire de l’édition de 1850 de Comédies et Proverbes de Musset, en mains.

    Petite description de l’exemplaire :

    1 volume in-12 de 539-(1) pages y compris le faux-titre et le titre au début, la dernière page non chiffrée étant la table.

    Mon exemplaire porte l’adresse suivante : Paris, Charpentier, libraire-éditeur, 17, rue de Lille, 1850.

    On peut lire imprimé au verso du faux-titre : Poitiers. – Typograhie de A. Dupré. On lit la même chose imprimée en plus petit en bas et à droite du dernier feuillet (table).

    Le titre courant de la page 188 est bien « LAURENZACCIO » à la place de « LORENZACCIO ».

    L »exemplaire est relié en demi-chagrin vert sombre (reliure de l’époque).

    La compoisition diffère légèrement de l’EO de 1840 mais les pièces sont identiques et proposées dans le même ordre sans aucune différence de texte. La pagination est légèrement différente.

    Je n’ai pas encore réussi à mettre la main sur un exemplaire de 1848 et 1851 mais je pense que l’on peut conclure à une édition originale de 1840 puis une réédition de 1848, 1850 et 1851, ces deux dernières étant, soit des réimpressions intégrales soit simplement les mêmes exemplaires de l’édition de 1848 restant en magasin avec un titre de relais (chose à vérifier avec un exemplaire de 1848 et 1851 en mains… ce que je ne peux faire pour le moment).

    A suivre donc…

    Amitiés, Bertrand.

  4. Bonjour Guillaume,
    je pense en effet que cette édition de 1850 est la même que celle de 1851, et sans doute la même que 1848 (?).

    Je n’ai réussi à localiser qu’une édition de 1851 sur Ebay comme je vous l’ai indiqué.

    Quant à trouvé un autre exemplaire à la date de 1850… il faudra sans doute être patient.

    Clouard quant à lui n’est pas clair et n’a vraisemblablement pas consulté les 4 éditions qu’il cite… comme souvent. Brunet l’a fait plus qu’à son tour…

    Amitiés, Bertrand

  5. Merci Bertrand et Gonzalo

    L’hypothèse d’un exemplaire de 1851 composé en 1850 me semble la plus logique.

    Mais, pourquoi Clouard indique que cette faute est présente sur les 4 éditions? Peut être possedait il uniquement un exemplaire de 1850 etqu’il en a déduit que la faute était commune à toutes les éditions.

    Dans tous les cas, je poursuis ma recherche d’un autre exemplaire de 1850. Si quelqu’un a une piste…

  6. L’hypothèse qui me semble la plus probable est celle d’une double particularité de votre exemplaire.

    1) Si la mise en page est, ligne à ligne, la même que celle de l’édition de 1851, alors votre édition est très certainement celle de 1851 composée à la fin de 1850 et dont quelques exemplaires ont sans doute porté cette date. Pour résumer, l’édition de 1851 serait une réémission de votre édition de 1850. (réémission=même édition mais avec un titre différent; réédition= nouvelle composition d’un livre à une date ultérieur et peut être par un imprimeur différent; réimpression= recomposition à l’identique d’un livre par un même imprimeur… Jean-Paul, dites moi si je suis trop approximatif dans mes définitions!).

    2) Votre exemplaire présenterait un état premier avec, à la page 188, une erreur de composition, corrigée pendant le tirage et qui n’apparait pas dans tous les exemplaires (les feuillets défectueux étant mélés aux autres pour ne pas gacher le papier ainsi utilisé).

    J’ai eu dans les mains récemment un exemplaire d’un livre du XVIIIe s. présentant un carton à l’une des pages. L’exemplaire numérisé par Gallica n’avait pas ce carton, et présentait donc l’erreur de composition corrigée dans mon exemplaire. Particularités intéressantes à pister qui indiquent aussi pourquoi les bibliographe doivent confronter le plus grand nombre possible d’exemplaires différents d’une même édition, ainsi que des réémission et réimpressions suivantes.

  7. Bonjour Bertrand,

    Alors, mon exemplaire n’a pas de mention explicite de l’imprimeur, mais l’indication d’une ville « Poitiers » et du typographe « A. Dupré ».

    L’exemplaire a 540p (l’original en a 537), l’intitulé des pièces est le même que l’E.O, publié par « Charpentier, libraire-éditeur 17, rue de Lille » en 1850.
    La mise en page est la même que l’édition de 1851, c’est à dire que le volume se termine par la Table des matières, alors que dans l’édition de 1840 la table est à droite, face à la dernière page de « Un Caprice » (je ne suis pas certain d’être clair…).

  8. Je viens de regarder la Bibliographie de la France pour l’année 1850, source la plus exhaustive pour savoir ce qui a paru telle ou telle année.

    Aucune mention des Comédies et proverbes. Seuls sont mentionnés pour l’année 1850 par Musset, des Poésies et le Chandelier.

    Attention, il est possible que votre volume qui porte la date de 1850 ait été publié à l’extrême fin de l’année 1849 ou au tout début de 1851, il faut donc éplucher ces deu x années également, ce que je ferai demain.

    Amitiés, Bertrand

  9. Clouard dans sa bibliographie de Musset fait bien mention de cette erreur de pagination à la page 188, mais on ne sait à laquelle des impressions de 1840,1848,1850 ou 1851 il s’adresse…

    Visiblement pas à celle de 1840.

    On est pas plus avancé…

    Amitiés, Bertrand

  10. Guillaume, pouvez-vous nous préciser de quelle imprimerie sort votre édition datée 1850 (celle de 1840, l’EO sort des presses de Béthune et Plon, rue de Vaugirard, 36). Par ailleurs merci de nous donner la collation exacte de votre exemplaire (faux-titre, titre, nombre de pages). Merci d’avance.

    Amitiés, Bertrand

  11. Concernant l’EO de 1840, j’en possède un exemplaire sous les yeux et effectivement la page 188 ne comporte pas de faute dans mon exemplaire non plus.

    Je vais essayer de voir ce que je trouve de mon côté.

    PS : vous soulevez un gros lapin que je n’avais jamais eu à soulever. Bravo ! J’adore soulever ce genre de problèmes d’éditions… Merci. On va trouver. Tout a toujours une explication.

    Amitiés, Bertrand

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