Amis Bibliophiles Bonsoir,
Imaginez, vous consultez vos emails et vous tombez sur un email de la Librairie Sourget… Première étape, l’hallucination, on pense à une erreur d’adresse email. Il est vrai que mon patronyme et mon prénom sont quasiment identiques à ceux d’un des plus grands milliardaires du 20ème siècle, oui mais voilà, il est mort depuis quelques années, quand même.

Deuxième étape, on pense à un mailing, et non, c’est bien moi le destinataire… Troisième étape, la consécration… on se dit, ça y est, mon long parcours de bibliophile est enfin reconnu à sa juste valeur et ce libraire renommé vient s’approvisionner à une source trop longtemps ignorée. Et là, on lève les yeux vers sa bibliothèque et on se dit que non, décidément, ce doit être autre chose.
Alors on lît l’email envoyé par ces délicieux libraires et on comprend mieux: alertés par mon chargé de clientèle de la Société Générale (et oui, j’ai fait de gros placements fin 2007 via un petit courtier méconnu) que je n’investis plus massivement en Bourse, les libraires en question viennent proposer au bibliophile milliardaire putatif que je suis « un meilleur investissement que le Dow Jones : le livre ancien français ». Alleluia mes frères!
Moi qui ne pensais que passion, amour du livre, bibliopégimanie chronique, bibliomanie rampante, voici que l’on propose au père de famille que je suis l’alibi de rêve pour continuer à dépenser sans compter dans les livres : le dow jones et autres Cac40, c’est de la rigolade, l’immobilier, une grande poilade, l’or, un truc pour les pigeons! Les livres, mes amis, les livres, pourvu bien sûr qu’il soient anciens, français (et là le coq se gonfle d’orgueil), et si, possible, achetés à Chartres (je suis taquin sur ce dernier point, j’admire la Librairie Sourget, en vérité, mais je ne veux pas paraître trop consensuel, c’est toujours mauvais comme image pour un milliardaire).
Parce que oui, voilà, la Librairie Sourget, avec l’aide la Banque Lazard a fait réaliser une étude comparée mettant en perspective le Livre Ancien (français, etc), comme investissement. Et il s’avère que c’est le super bingo!
Les choses étant bien faite, dans une semaine, c’est le Salon du Grand Palais, une excellente raison de rapatrier vos ridicules stocks d’or helvètes ou de vendre vos villas sur la Côte, pour venir investir chez nos amis du SLAM! La vie est belle, le timing est propice aux bonnes affaires.
Bon, trêve de plaisanterie, le temps c’est de l’argent (vous imaginez aisément que ce blog me laissera sur la paille pour le coup), le fond de l’étude est intéressant et l’on peut saluer l’initiative de la Librairie Sourget. La forme est un peu indigeste, surtout au début, avec les références au passé, mais j’ai goûté l’exercice.
Voici la conclusion :
Cette étude réalisée avec l’aide des services de la Banque Lazard est la première consacrée à l’évolution du prix réel des livres rares et précieux du XIXe siècle à nos jours. Elle devrait interpeller amis bibliophiles et financiers avisés et développer l’intérêt pour nos livres de « Haute Culture » tant les résultats de moyen et long terme sont saisissants.
ÉTUDE DE L’ÉVOLUTION DU PRIX DES LIVRES ANCIENS, COMPARÉE À DIFFÉRENTS PLACEMENTS :
· Indice « Dow Jones » de la bourse de New York
· Prix de l’immobilier aux USA depuis 1890
· Napoléon ou pièce de 20 F OR
· Hectare de terre labourable en Ile-de-France
· Indice du coût de la construction en France
Le livre en sort gagnant.
Vous pouvez lire l’étude à cette adresse : http://camillesourgetrarebooks.com/media/Etude_Livre_Ancien.pdf
Deux ou trois choses me laissent malgré tout perplexe, comme la volonté manifeste de « contrôle » de l’achat du bibliophile ainsi :
– « Si vous souhaitez acheter en vente publique, agissez de concert avec votre libraire, sinon l’on vous fera « monter au cocotier » ».
– « adaptez le type de livres à votre budget sachant qu’un livre de 10 000 E a autant d’avenir patrimonial qu’un livre de 100 000 E. » Ce qui me rassure…
– « …de nos voisins allemands réunifiés, ne représentera plus que 60 % de celui-ci dès 2030. Mais au-delà de nos frontières, et malgré les troubles occasionnés par la crise financière et économique née dernièrement aux États-unis, une formidable croissance économique productrice d’énormes richesses nouvelles s’est emparée de pays immenses. » Sous-entendu, ouvrons grand les vannes des frontières et exportons en coeur.
– « L’accroissement de la demande de beaux livres anciens, internationale bien sûr,
malgré l’obstacle de la langue, suivra, dans les décennies à venir, l’ascension du nombre de nouvelles fortunes, parmi lesquelles plusieurs souhaiteront posséder une prestigieuse bibliothèque qui fera office d’anoblissement culturel, étape ultime à la consécration d’une vraie réussite sociale au XXIe siècle. » Sous-entendu, on ne remerciera jamais assez les nouveaux riches, etc.
Mais je le redis, l’exercice est utile, et la Librairie Sourget joue pleinement son rôle de leader en se penchant sur ce genre de questions. Je trouve le fonds très intéressant.
Votre avis? Ca fait débat, non?
H
PS : pourquoi ne pas avoir comparé avec le baril de pétrole?
Bonsoir A.A.A,
merci de votre message,
effectivement il existe bien 3 éditions ou plutôt 3 tirages différents de ce Musset à la date de 1850.
Mon exemplaire est relié simplement en demi-chagrin décoré de caissonsà froid, je l’ai toujours si vous voulez plus de détails je pourrai vous en donner.
Amitiés bibliophiliques,
Bertrand
Merci beaucoup Bertrand!
Je viens de trouver votre commentaire. La description de l’exemplaire correspond parfaitement au mien.
Est ce une reliure à caisson comme pour mon exemplaire?
Nous sommes au moins sûr qu’il existe 3 éditions de 1850: celle de Clouard annotée par lui, la votre et la mienne.
Pourrais je savoir ce que vous avez fait de votre exemplaire?
Bonjour Guillaume,
il n’y a jamais de problèmes, toujours que des solutions comme disait le mari d’une amie…
Me voici donc avec un exemplaire de l’édition de 1850 de Comédies et Proverbes de Musset, en mains.
Petite description de l’exemplaire :
1 volume in-12 de 539-(1) pages y compris le faux-titre et le titre au début, la dernière page non chiffrée étant la table.
Mon exemplaire porte l’adresse suivante : Paris, Charpentier, libraire-éditeur, 17, rue de Lille, 1850.
On peut lire imprimé au verso du faux-titre : Poitiers. – Typograhie de A. Dupré. On lit la même chose imprimée en plus petit en bas et à droite du dernier feuillet (table).
Le titre courant de la page 188 est bien « LAURENZACCIO » à la place de « LORENZACCIO ».
L »exemplaire est relié en demi-chagrin vert sombre (reliure de l’époque).
La compoisition diffère légèrement de l’EO de 1840 mais les pièces sont identiques et proposées dans le même ordre sans aucune différence de texte. La pagination est légèrement différente.
Je n’ai pas encore réussi à mettre la main sur un exemplaire de 1848 et 1851 mais je pense que l’on peut conclure à une édition originale de 1840 puis une réédition de 1848, 1850 et 1851, ces deux dernières étant, soit des réimpressions intégrales soit simplement les mêmes exemplaires de l’édition de 1848 restant en magasin avec un titre de relais (chose à vérifier avec un exemplaire de 1848 et 1851 en mains… ce que je ne peux faire pour le moment).
A suivre donc…
Amitiés, Bertrand.
Je viens enfin de trouver la trace d’un autre exemplaire de 1850…celui de Clouard!
Ce qui porterait donc à croire qu’il a en effet rédigé sa notice sur les Comédies et Proverbes qu’à partir de l’édition « vicié » de 1850.
http://www.calames.abes.fr/pub/#details?id=IF4C10344
Les métacatalogues de bibliothèques ne mentionnent pour ainsi dire pas d’édition de 1850 ce qui incite bien à penser qu’il s’agit de la même que celle de 1851.
http://www.worldcat.org/oclc/37640093&referer=one_hit
http://www.ubka.uni-karlsruhe.de/kvk/kvk/kvk_fr.html
http://www.theeuropeanlibrary.org/portal/index.html
Bonjour Guillaume,
je pense en effet que cette édition de 1850 est la même que celle de 1851, et sans doute la même que 1848 (?).
Je n’ai réussi à localiser qu’une édition de 1851 sur Ebay comme je vous l’ai indiqué.
Quant à trouvé un autre exemplaire à la date de 1850… il faudra sans doute être patient.
Clouard quant à lui n’est pas clair et n’a vraisemblablement pas consulté les 4 éditions qu’il cite… comme souvent. Brunet l’a fait plus qu’à son tour…
Amitiés, Bertrand
Merci Bertrand et Gonzalo
L’hypothèse d’un exemplaire de 1851 composé en 1850 me semble la plus logique.
Mais, pourquoi Clouard indique que cette faute est présente sur les 4 éditions? Peut être possedait il uniquement un exemplaire de 1850 etqu’il en a déduit que la faute était commune à toutes les éditions.
Dans tous les cas, je poursuis ma recherche d’un autre exemplaire de 1850. Si quelqu’un a une piste…
L’hypothèse qui me semble la plus probable est celle d’une double particularité de votre exemplaire.
1) Si la mise en page est, ligne à ligne, la même que celle de l’édition de 1851, alors votre édition est très certainement celle de 1851 composée à la fin de 1850 et dont quelques exemplaires ont sans doute porté cette date. Pour résumer, l’édition de 1851 serait une réémission de votre édition de 1850. (réémission=même édition mais avec un titre différent; réédition= nouvelle composition d’un livre à une date ultérieur et peut être par un imprimeur différent; réimpression= recomposition à l’identique d’un livre par un même imprimeur… Jean-Paul, dites moi si je suis trop approximatif dans mes définitions!).
2) Votre exemplaire présenterait un état premier avec, à la page 188, une erreur de composition, corrigée pendant le tirage et qui n’apparait pas dans tous les exemplaires (les feuillets défectueux étant mélés aux autres pour ne pas gacher le papier ainsi utilisé).
J’ai eu dans les mains récemment un exemplaire d’un livre du XVIIIe s. présentant un carton à l’une des pages. L’exemplaire numérisé par Gallica n’avait pas ce carton, et présentait donc l’erreur de composition corrigée dans mon exemplaire. Particularités intéressantes à pister qui indiquent aussi pourquoi les bibliographe doivent confronter le plus grand nombre possible d’exemplaires différents d’une même édition, ainsi que des réémission et réimpressions suivantes.
Bonjour Bertrand,
Alors, mon exemplaire n’a pas de mention explicite de l’imprimeur, mais l’indication d’une ville « Poitiers » et du typographe « A. Dupré ».
L’exemplaire a 540p (l’original en a 537), l’intitulé des pièces est le même que l’E.O, publié par « Charpentier, libraire-éditeur 17, rue de Lille » en 1850.
La mise en page est la même que l’édition de 1851, c’est à dire que le volume se termine par la Table des matières, alors que dans l’édition de 1840 la table est à droite, face à la dernière page de « Un Caprice » (je ne suis pas certain d’être clair…).
un modeste exemplaire de la réimpression de 1851 se trouve ici pour un prix modique :
http://cgi.ebay.fr/Alfred-de-Musset-Comedies-et-proverbes-63_W0QQitemZ190191985950QQihZ009QQcategoryZ151053QQssPageNameZWDVWQQrdZ1QQcmdZViewItem
Il serait intéressant de comparer votre édition de 1850 avec celle de 1851. Imprimeur ?
Amitiés, Bertrand
Je viens de regarder la Bibliographie de la France pour l’année 1850, source la plus exhaustive pour savoir ce qui a paru telle ou telle année.
Aucune mention des Comédies et proverbes. Seuls sont mentionnés pour l’année 1850 par Musset, des Poésies et le Chandelier.
Attention, il est possible que votre volume qui porte la date de 1850 ait été publié à l’extrême fin de l’année 1849 ou au tout début de 1851, il faut donc éplucher ces deu x années également, ce que je ferai demain.
Amitiés, Bertrand
Clouard dans sa bibliographie de Musset fait bien mention de cette erreur de pagination à la page 188, mais on ne sait à laquelle des impressions de 1840,1848,1850 ou 1851 il s’adresse…
Visiblement pas à celle de 1840.
On est pas plus avancé…
Amitiés, Bertrand
Guillaume, pouvez-vous nous préciser de quelle imprimerie sort votre édition datée 1850 (celle de 1840, l’EO sort des presses de Béthune et Plon, rue de Vaugirard, 36). Par ailleurs merci de nous donner la collation exacte de votre exemplaire (faux-titre, titre, nombre de pages). Merci d’avance.
Amitiés, Bertrand
Concernant l’EO de 1840, j’en possède un exemplaire sous les yeux et effectivement la page 188 ne comporte pas de faute dans mon exemplaire non plus.
Je vais essayer de voir ce que je trouve de mon côté.
PS : vous soulevez un gros lapin que je n’avais jamais eu à soulever. Bravo ! J’adore soulever ce genre de problèmes d’éditions… Merci. On va trouver. Tout a toujours une explication.
Amitiés, Bertrand
Merci Hugues de relayer mon « énigme » sur le blog. J’espère qu’un des lecteurs aura une piste…