Une belle claie à identifier…

Maintenant que nous connaissons le mot adéquat, la claie, à ne pas confondre avec défet, je vous propose de partir sur la piste d’une claie présentée par Bertrand.

Bertrand a récupéré cette claie en faisant restaurer un ouvrage relié en veau brun et imprimé à Paris en 1541 (format petit in-8). Le fragment provient d’une charnière intérieure ou du contreplat. Sa taille? 155 x 42 mm. Il s’agît d’un manuscrit sur parchemin, portant deux belles lettres décorées en rouge, un N et un Y (ou un V).
Bertrand estime que ce fragment est antérieur à 1480 mais serait preneur de toute autre information, notamment sur le texte, qui est en latin, mais qu’il a du mal à déchiffrer (Raphael?), et donc encore plus à le traduire (Isa?).
Ensemble, peut-être parviendrons nous à l’aider. Quelqu’un est-il capable de le décrypter voire de le traduire (je pense aux latinistes). Avec un fragment de texte, qui sait, il est envisageable d’essayer d’identifier le texte. Ambitieux? Je sais!

H

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À lire ensuite

Les Formats des livres : in-folio, in-4, etc.

Plusieurs d’entre vous m’ont posé la question de l’appellation des formats des livres anciens : in-folio, in-quarto, in-octavo… Voici quelques éclaircissements, même si au final ce sont la pratique et l’expérience qui permettent de nommer rapidement le format d’un livre. Après quelques hésitations, on prend vite l’habitude.

Le principe : le format dépend du pliage de la feuille

Le format d’un livre ancien est déterminé par le nombre de fois où la feuille d’imprimerie a été pliée pour le constituer :

  • In-plano : la feuille n’est pas pliée du tout (très grand format, atlas, planches isolées).
  • In-folio (2°) : feuilles pliées en 2, formant 4 pages (recto-verso).
  • In-quarto (4°) : feuilles pliées en 4, formant 8 pages.
  • In-octavo (8°) : feuilles pliées en 8, formant 16 pages.
  • In-douze (12°) : 12 feuillets par cahier, format de poche très répandu au XVIIIe siècle.
  • In-seize (16°), in-dix-huit (18°), in-trente-deux (32°) : formats très petits, dits « de poche » ou « de gousset ».

En pratique, comment le bibliophile mesure-t-il le format ?

Voilà pour la théorie. En pratique, c’est différent. Comme la feuille de papier d’imprimerie n’a pas toujours eu la même dimension (et que seul l’imprimeur connaît la taille du stock employé), il faudrait quasiment dérelier un livre pour compter les pliures… La tâche peut donc s’avérer délicate, même pour un bibliophile expérimenté ou un libraire confirmé.

Pour simplifier et codifier, on utilise depuis le XIXe siècle une cote moyenne dite « format bibliographique », fondée sur la hauteur du livre relié :

Tableau des formats bibliographiques

Format Hauteur Usage typique
Grand in-folio plus de 40 cm Bibles, atlas, livres de cérémonie
In-folio moins de 40 cm Ouvrages savants, théologie, droit
In-4 (in-quarto) moins de 30 cm Ouvrages d’érudition, livres illustrés
In-8 (in-octavo) moins de 25 cm Format courant pour la littérature
In-12 moins de 20 cm Romans, livres de dévotion (XVIIIe)
In-16 moins de 16 cm Petits classiques, livres de poche
In-18 moins de 14 cm Édition Charpentier, livres économiques (XIXe)
In-32 moins de 10 cm Almanachs, livres de gousset

Comparaison des grands formats : in-folio, in-quarto, in-octavo

Comparaison des petits formats : in-12, in-16, in-18

Avec l’habitude, il n’est plus nécessaire de regarder ce tableau : on sait immédiatement à quel format on a affaire.

Petite histoire des formats

L’usage des formats remonte à l’imprimerie occidentale du XVe siècle. Gutenberg et ses successeurs publient principalement in-folio : le format majestueux convient aux Bibles, aux missels et aux ouvrages d’apparat. Les premiers incunables sont presque tous des in-folio.

Au XVIe siècle, l’humaniste vénitien Alde Manuce popularise un format plus maniable : l’in-octavo. C’est une révolution. Désormais, on peut emporter un classique grec ou latin dans sa poche. Ce format devient celui de la littérature pour les siècles suivants.

Au XVIIe siècle, on voit apparaître l’in-douze (ou « duodecimo »), encore plus économe en papier, qui s’imposera comme le format roi du roman au XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, l’éditeur Gervais Charpentier lancera son célèbre format Charpentier (in-18), à 3,50 francs le volume, démocratisant la lecture.

Pourquoi le format compte pour le bibliophile

Le format n’est pas qu’une question de taille : il influence directement la valeur et l’usage d’un livre ancien.

  • Les in-folio sont rares, lourds, encombrants, mais souvent les plus prestigieux. Une Bible in-folio du XVIe siècle peut atteindre des sommes importantes.
  • Les in-octavo et in-douze sont les formats les plus courants en littérature : la valeur dépendra surtout de l’édition (originale, illustrée, recherchée) et de la reliure.
  • Les très petits formats (in-32, in-48) sont souvent des curiosités : almanachs, livres de gousset, sont prisés des collectionneurs spécialisés.

Foire aux questions

Quelle est la différence entre in-4 et in-quarto ?

Aucune, c’est la même chose. In-quarto est l’expression latine, in-4 son abréviation usuelle (notée parfois 4°). Les deux désignent un livre dont les feuilles ont été pliées en quatre.

Comment mesurer le format d’un livre ancien ?

Mesurez la hauteur du dos (du haut au bas du plat) et reportez-vous au tableau ci-dessus. C’est la convention bibliographique en usage chez les libraires depuis le XIXe siècle.

Pourquoi parle-t-on parfois d’in-folio « raisin » ou « jésus » ?

Ce sont les noms anciens des formats de papier avant pliage. Le papier « raisin » faisait environ 50 × 65 cm ; le « jésus » environ 56 × 72 cm. Un « in-folio jésus » est donc un in-folio imprimé sur du papier jésus, soit un grand in-folio.

Existe-t-il des formats encore plus grands que l’in-folio ?

Oui : l’in-plano (feuille non pliée), l’atlas (très grand format pour cartes et planches), et l’éléphant (format spécial des planches d’histoire naturelle, comme les Birds of America d’Audubon, qui font près d’un mètre de haut).

Pour aller plus loin

H

P.S. : Source partielle « Histoire et Commerce du Livre », par Henri Desmars, GIPPE.

28 Commentaires

  1. Ok avec Isa et Bertrand. Finalement, en restaurant l’ouvrage qui lui a permis de découvrir la claie, Bertrand a sans doute permis à un ouvrage de survivre aux dommages du temps, tout en révélant l’existence de cette claie…
    Une renaissance et une deuxième naissance en quelque sorte.
    Une belle histoire en tout cas.
    Max

  2. Bonsoir,
    On peut estimer aussi que ce morceau de parchemin, utilisé comme un simple accessoire, a retrouvé une certaine « dignité » en recouvrant son « identité ».
    Personnellement, j’aime bien la manière de voir de Bertrand. Si ce parchemin avait été choisi en raison de son contenu pour la reliure du livre, c’eût été regrettable de l’en séparer, mais ce n’est pas le cas ici. De toute façon, la reliure restaurée ne peut plus être tout à fait la même, non ?
    Tiens, voilà une idée de futur article pour les non-spécialistes comme moi : comment restaure-t-on une reliure ancienne ?
    Cordialement,
    Isabelle

  3. On peut débattre sur ce point, mais la séparation de corps a eu lieu…

    Ce livre circule maintenant amputé d’une partie de son histoire, même technique, même peu visible, perdue pour les futurs possesseurs. J’aurais aimé lire que le document avait été transmis avec le livre…

    Vous voyez, cela va au-dela de la notion de valeur marchande; c’est presque une question philosophique.

    Raphael

  4. Je crois que je ferais pareil que Bertrand à sa place. Pensez-vous que cela ajoute à la valeur du livre restauré?
    Meric encore pour ce beau travail d’équipe, qui a impressionné pas mal de monde je crois…
    Hugues

  5. Mille merci à Isabelle qui fait remonter ce fragment bien au delà de mes espérances. Le XIIè siècle ! Qui eut osé en rêver ? Merci.

    Pour répondre au dernier message de Raphaël, très intéressant, je dirais que ce fragment devient de plein droit un objet d’histoire à part entière, détaché du livre (puisque le livre restauré, et vendu… puisque je suis libraire comme tout le monde le sais ici et que le sort de mes livres est de ne pas rester longtemps en ma possession…)
    ce « noble » fragment sera sans l’une des choses que je conserverai précieusement, sans y attacher ni prix ni valeur, comme un morceau d’histoire du livre.

    Probablement très prochainement mis en valeur dans un cadre adéquat et sous verre (adéquat aussi… il faut que je trouve le moyen de conserver ce document sans qu’il s’altère avec le temps),

    une légende au dos du cadre retracera l’historique du morceau de parchemin que chacun de vous ici aurait permis de retracer.

    Mille mercis.
    Je vous proposerai sans doute très bientôt de nouveaux challenges de ce type.

    Amitiés bibliophiliques,

    Bertrand

  6. Merci Bertrand de ces précisions.

    Comment allez-vous considérer cette pièce maintenant ? Comme un déchet opératoire (même noble) ou toujours comme un élément structurel du livre,même s’il en est détaché, et donc à transmettre avec lui ?

    Amicalement
    Raphael

  7. Re-bonjour !
    J’ai pu contacter une amie, ancienne élève de l’Ecole des Chartes et voici ce qu’elle m’a répondu : l’oeuvre d’Isidore de Séville a souvent fait l’objet de copies. La datation précise d’un manuscrit est assez difficile mais après comparaison avec d’autres manuscrits, il semble que celui-ci date du début ou de la mi XIIème siècle. Cela peut être un peu plus récent si le copiste a gardé des habitudes anciennes. Les abréviations utilisées prouvent qu’il s’agit d’un manuscrit français.
    Mission accomplie : l’union (des lecteurs du blog et de leurs amis) fait la force !
    Cordialement,
    Isabelle

  8. Le volume en question est un petit-8 relié en pein veau brun estampé à froid (reliure parisienne des années 1540 – strictement contemporaine de l’ouvrage qu’elle contient). Elle recouvre les commentaires de l’Apocalypse par Rupert de Deutz, imprimés à Paris en 1541. Voilà.

    Bonnes recherches paléographiques.

    Amitiés bibliophiliques,

    Bertrand

  9. Un grand merci Isabelle,
    maintenant une question demeure, destinée aux paléographes confirmés ou en herbe qui fréquentent ce blog : A quelle date peut-on bien faire remonter ce fragment manuscrit ? XVIè siècle (je ne pense pas) ? XVè siècle ? possible, mais peut-on être plus précis ? XIVè siècle ? possible également ?

    Aux spécialistes de trancher.

    Amitiés bibliophiliques,

    Bertrand

  10. Bonjour,
    Pour les curieux, voici ce que je pense avoir compris du texte commençant par un Y :
    XXIIII. De hypocrisin.

    24.1. Hypocrita uerba sanctorum habet, uitam non habet, et quos per sermonem doctrinae genuerit, non fouet exemplis, sed deserit, quia, quos uerbo aedificat, uita et moribus destruit.

    24.2. Hypocritae simulatores dicuntur, qui iusti non esse quaerunt, sed tantum uideri cupiunt. Hii mala agunt, et bona profitentur.

    De l’hypocrisie

    24.1. L’hypocrite a le langage des Saints mais n’en a pas la vie, et ceux qu’il aura faits naître à la doctrine chrétienne par son discours, il ne les entretient pas avec de bons exemples mais les abandonne, car, ceux qu’il y a amenés par sa parole, il les détruit par sa vie et par ses mœurs.
    24.2. On dit que les hypocrites sont des simulateurs qui ne cherchent pas à être justes mais qui désirent seulement le paraître. Ils agissent mal et promettent le bien.

    N’étant pas du tout une spécialiste du latin tardif, je ne garantis pas à 100% l’exactitude de tous les termes, mais le sens général est là.
    (Petite parenthèse pour les latinistes : j’ai acquis le nouveau Gaffiot (paru vers 2000) et il donne sur le latin chrétien de précieux renseignements qu’on ne trouve pas dans l’ancien plutôt centré sur le latin plus classique. Bref, n’hésitez pas à vous le procurer, même s’il n’a pas le charme de l’ancien)

    Cordialement,
    Isabelle

  11. Depuis hier soir, le vieux qui croyait en savoir beaucoup (j’étais sur la piste, mais moins rapide que vous..)suit discrètement et avec amusement vos (d)ébats latins : j’ai vraiment hâte de vous rencontrer tous ! Quel bonheur de partager, sur un blog ou ailleurs, toutes vos richesses !
    Réflexion faite, « Le magazine du Bibliophile » offre bien des articles où sont répertoriés des libraires, sans qu’ils soient considérés comme des publicités : Hugues, Bertrand, Isabelle et les autres, aidez-moi à la rédaction d’un article sur « Le blog du Bibliophile » que je proposerai dans un très prochain numéro.

    Avec toutes mes félicitations, mon admiration et mes sentiments bibliologiques les plus respectueusement attentionnés.

    Jean-Paul

  12. Comme les voisins du dessus anticipent bruyamment les Saturnales, je poursuis la lecture de ce même chapitre 32 (32.6 et 32.7 pour l’édition suivie par Isa) au verso :

    [Salubriter] accipiunt iusti, quotiens de suis excessibus/
    [arguuntur]; superflua autem est humilitas eorum qui se gessisse/
    [a]ccusant quae non admiserunt. Qui uero sine adrogantia/
    [bo]na [facta sua] pronuntiat, procul dubio nequaquam/
    [pec]cat. Est quorundam excusatio peruersorum, qui, dum pro suis/ […].

    En évaluant le nombre de lignes manquantes, il doit être possible de reconstituer les dimensions du parchemin. En tout cas, l’organisation du texte suggère qu’il était plié en deux au milieu pour former un bifolium avec le « Y » en i et le « N » en ii.

    Maintenant il est temps de rejoindre les bras de Morphée…même si il pique !

    Raphael

  13. Tout à fait OK avec Isa:
    On arrive à lire (/=à la ligne, []=lacune):

    Non debet (titre De correpcione fraterna)/
    vicia aliena corripere [quiadhuc viciorum conta]/
    gionibus servit. Improbum [enim est arguere quicquam]/
    in alio, quod adhuc reprehendit in seipso. Qui enim/

    Un peu de morale ne nous fera pas de mal…

    Raphael

  14. Re-bonsoir,
    Je n’ai vraiment pas le courage de faire une traduction détaillée ce soir, mais le sens général est le suivant : il n’est pas bien de reprocher aux autres (à ses « frères ») des fautes dont on est soi-même l’esclave, alors même qu’on n’est pas capable de s’en corriger soi-même.
    Bonne nuit !
    Isabelle

  15. bis !
    on est deux à être scotchés !

    Vraiment un grand bravo et mille merci à tous ceux qui se sont penchés sur ce petit fragment d’histoire.

    Désormais ce fragment a une histoire ! Grâce à vous.

    Je vais essayer d’en savoir plus sur ce texte.

    Concernant la graphie, quelqu’un peut-il préciser la date de ce manuscrit ??

    Amitié et Respect bibliophilique,

    Bertrand

  16. Bonsoir,
    Je crois avoir trouvé l’extrait en question. C’est la suite du texte d’Isidore, comme l’a bien trouvé Raphael. C’est encore le livre 3
    La partie en rouge est le titre du chapitre : « De correptione fraterna ». Le reste est le texte de ce chapitre XXXII :

    XXXII. De correptione fraterna.

    32.1. Non debet uitia aliena corripere qui adhuc uitiorum contagionibus seruit. Inprobum est enim arguere quemquam in alio quod adhuc reprehendit in semetipso.
    (texte trouvé à l’adresse suivante :
    http://www.thelatinlibrary.com/isidore/
    sententiae3.shtml)
    Il est tard et je tenterai une traduction demain quand je pourrai ouvrir les yeux !
    Cordialement,
    Isabelle

  17. Ah bah non alors! Au boulot Pilou ! On ne vas pas s’arrêter là tout de même. Mais c’est un début. Je pense que ce qui serait bien et décisif serait de parvenir à transcrire le mot en rouge à la suite de la lettrine N qui débute la locution Nondebet de … dommage la fin du dernier mot en rouge est en grande partie effacé…

    Merci d’avance,

    Amicalement, Bertrand.

  18. Bonsoir à tous,

    Ne pourrait-il pas s’agir du « De summo bono » d’Isidore de Séville (ou « Les Sentences »), particulièrement du chapitre 24 du livre 3 qui commence avec la belle lettre Y par « Ypocrita verba sanctorum… » et qu’on arrive à deviner jusqu’à « …sed deserit », avec les formes contractées ?

    …Aux latinistes de faire maintenant.

    Raphael

  19. J’ai du mal à déchiffrer sur les photos. C’est un peu petit. Hugues connaît mon mail, si vous voulez que je vous aide un peu! Un peu de paléo n’est pas de refus? 😉

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