La Fontaine et les Fermiers Généraux…

Amis Bibliophiles bonjour,

 

Sous l’Ancien Régime, les fermiers généraux étaient ceux qui tenaient à ferme ou à bail les revenus publics, composés surtout alors de la taille, de la gabelle (l’impôt du sel), de l’impôt des tabacs, des octrois, etc.
Ils formaient une association privilégiée, la ferme générale, qui compta longtemps 40 membres, et qui fut ensuite portée à 60. Ils s’enrichissaient rapidement et de façon considérable.

Leur nomination dépendait du ministre des finances, et le plus souvent le ministre recevait du personnage préféré un pot-de-vin considérable. L’institution des fermiers généraux remonte à Philippe le Bel. Elle donna lieu à une foule d’abus, que l’Assemblée constituante fit disparaître en 1790, en supprimant les fermes.

Mais quand on est bibliophile, les fermiers généraux renvoient à la Fontaine (1621 -1695) et à son ouvrage « Contes et Nouvelles en vers » dont les fermiers généraux financèrent une édition qui passe pour l’un des plus beaux livres illustrés du 18ème siècle.

Les richissimes Fermiers Généraux ne renoncèrent en effet à aucune dépense pour que l’édition soit une des plus belles qui soient : elle fût imprimée à Paris (Barbou), avec les caractères de Fournier le Jeune, et tirée à 2000 exemplaires seulement, en deux volumes in-8, sur papier de Hollande.

Cette édition des Fermiers Généraux doit grandement son succès à l’illustration d’Eisen, qui se livre ici à un exercice magistral, « amplifiant délicatement » ce que le texte suggère, et bien souvent de façon assez libertine. Il est d’ailleurs secondé par Choffard, graveur ornemaniste dont les culs-de-lampe sont également magnifiques.
En général, les exemplaires bien constitués comportent un Portrait-frontispice de La Fontaine d’après Rigaud gravé par Ficquet, un portrait d’Eisen, gravé par Ficquet d’après Vispré, quatre vignettes, 53 culs-de-lampe par Choffard et 80 figures d’après Eisen gravées par Aliamet, Baquoy, Choffard, Delafosse, Flipart, Lemire, Leveau, de Longueil et Ouvrier.

Naturellement, les Fermiers Généraux ne pouvaient se contenter de reliures médiocres et très souvent les exemplaires sont reliés en maroquin, parfois même signé, ce qui est assez rare pour le 18ème siècle.

L’ouvrage est-il rare? Curieusement, non. Mais il est toujours très cher. Et puis, comme tout bel objet, l’ouvrage a fait l’objet de nombreuses contrefaçons qui sont elles plus abordables et parfois également exquises.

H

Images : mon édition, bleue, et une autre.

La lettre du bibliophile

Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.

Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.

À lire ensuite

Les mauvais comptes de Balzac l’éditeur, suite….

Les mauvais comptes de Balzac l'éditeur, suite….

Amis Bibliophiles bonsoir,

Jean-Paul complète ce soir l’article d’Olivier sur Balzac éditeur….

Pour les bibliophiles, le plus précieux des deux ouvrages édités par Honoré de Balzac en 1826est un in-octavo intitulé Œuvres complètes de La Fontaine ornées de trente vignettes dessinées par Devéria et gravées par Thompson [portrait de La Fontaine] Paris A. Sautelet et Cie, place de la Bourse. [filet] Imprimerie de Rignoux, rue des Francs-Bourgeois-S.-Michel MDCCCXXVI.

Cet ouvrage porte en effet au verso du faux-titre : « H. Balzac, éditeur-propriétaire, rue des Marais-S.-Germain, n° 17 ». Suit une notice sur la vie de La Fontaine par Balzac. Les vignettes sont étonnamment médiocres : le graveur, Charles Thompson (1791-1843), ne semble pas pourtant avoir trahi les dessins d’Achille Devéria (1800-1857), mais le dessinateur n’était pas un animalier !

Le texte est imprimé sur deux colonnes (sauf la notice de Balzac qui est à longues lignes) en caractère dit « mignonne ». Le volume fut tiré à 3000 exemplaires sur papier cavalier vélin de la fabrique Montgolfier d’Annonay.
Rignoux était imprimeur de l’Ecole de médecine.
Il existe des exemplaires portant sur le titre le nom et l’adresse de « Baudouin frères, rue deVaugirard » au lieu de « Sautelet et Cie ». Les exemplaires avec couverture sont rarissimes. Il a été tiré 1 exemplaire sur papier de Chine.
On sait que Balzac, mauvais gestionnaire, était menacé par la ruine. Espérant s’en sortir ainsi, Balzac céda l’édition du La Fontaine au libraire Alexandre Baudouin qui le paya en créances sur trois autres libraires ! L’un d’eux était Charles-François Frémau (et non Frémeau), libraire à Reims, rue Pavée d’Andouilles (aujourd’hui rue du Cadran-St-Pierre) sur lequel on sait peu de choses. Il avait édité en 1825, avec Baudouin et l’imprimeur Joseph Tastu, le célèbre in-8° de C. Leber « Des cérémonies du sacre », avec 48 planches du sacre de Louis XVI gravées par Patas et retouchées. 
Frémau était en faillite et, comme Balzac, voulait régler cette affaire à l’amiable. Après de nombreux échanges épistolaires, Frémau réussit à payer Balzac en livres de son fonds!
H

2 Commentaires

  1. Lafontaine est mon auteur préféré, puis La Comtesse de Monségur. Ces deux auteurs ont beaucoup marqué mon enfance. J'aimerais bien avoir ce livre dans ma bibliothèque. Où peut-on acheter un original? Merci.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.