Héraldique et bibliophilie – Chapitre V: les meubles

Amis Bibliophiles bonjour,

Les meubles sont des représentations schématiques déterminées d’objets figurés, d’animaux, de parties d’animaux, de plantes.Reliure aux armes  d’Henri Des Nos, évêque de Rennes,
« d’argent au lion de sable armé lampassé et couronné de gueules ».De tous les animaux, le lion est un des meubles le plus fréquent. Les animaux quadrupèdes observent des conventions de posture. Un lion est représenté normalement levé sur ses pattes de derrière (il serait dit rampant, mais dans son cas il n’est pas besoin de le préciser). Le mouton dans la même position est simplement saillant. S’il marche il est dit passant. Il va sans dire que l’animal regarde à dextre. Dans le cas contraire il est contourné. Si seule la partie supérieure de l’animal apparaît il est dit naissant, et si cette partie semble sortir d’une pièce (une fasce le plus souvent) il est dit issant. Si l’animal baisse la tête il est paissant (ce qui est exclu pour un lion bien sûr). Le lion est représenté tête de profil, le léopard vous regarde.
Bien souvent le meuble représente une partie seulement de l’animal, une tête qui peut être arrachée à l’occasion, une hure de sanglier, un massacre, ou une rencontre c’est à dire une tête de bête à cornes de face avec sa ramure.
Armes peintes sur parchemin de Josias de Montmorency seigneur de Bours, « d’or à la croix de gueules cantonnée de 16 alérions d’azur et chargée d’un croisant d’argent en abîme » L’aigle est féminin, elle est représentée les ailes étendues (on dit éployées), tête de profil à dextre, pattes et serres écartées. Les alérions sont de petites aigles schématisées sans bec et sans pattes. Les merlettes sont des moineaux de profil sans bec.
Les poissons sont droits posés en fasce, à ne pas confondre avec les bars qui dessinent un arc ni avec les dauphins dressés sur leur nageoire caudale. Les animaux fantastiques sont moins présents en fréquence que ne le voudrait notre imaginaire médiéval, mais on rencontre basilics, licornes, salamandres, sirènes, griffons, etc.d’argent à 3 anilles de sableLes animaux peuvent se voir dotés de  langue, (lampassé), bec (bequé), ongles, crêtes ou griffes (armés), ou couronne ou collier d’un émail distinct du meuble.
Parmi les meubles représentant des objets signalons les étoiles, les croissants, les besants (petits disques de métal), les tourteaux (petits disques de couleur),  les tours qui peuvent être posées sur un sol , on dira terrassées, les maillets, les billettes, les épées, les fusils (instruments servant à faire du feu), les anilles (soit les fers de moulin qui soutiennent les meules en forme de ceux qu’on utilise encore pour tirer les vieux murs),  les forces (ciseaux), la nef (navire à voiles)… Il faut garder à l’esprit l’ancienneté des armoiries et se replonger dans un vocabulaire quotidien de l’époque, où de nombreux objets autrefois usuels ont aujourd’hui disparu ou changé de nom.
Le règne végétal a fourni les fleurs de lys, la rose, les gerbes de blé… les arbres. Des variantes de ces derniers peuvent être terrassées ou arrachées si leurs racines sont particulièrement visibles. L’espèce de l’arbre peut être précisée par le dessin grossi de sa feuille ou de son fruit.
Les meubles sont utilisés grandement dans les armes parlantes, c’est à dire celles dont le dessin inspire quasi sous forme de rébus le nom du propriétaire. Il est fréquent de considérer ces armes parlantes comme des armes récentes. En effet beaucoup d’armes attribuées “d’office” par le cabinet d’Hozier répondent à cette définition. Ce n’est cependant pas un critère fiable. La famille de Bar très ancienne porte “deux bars adossés”, Sartine plus récente  porte 3 sardines, Chabot 3 chabots, Gardereau un brochet…
Reliure aux armes des Gardereau « d’azur au brochet mis en fasce,
surmonté en chef d’une étoile et en pied d’un croissant le tout d’argent »Certains meubles sont quasi spécifiques d’une famille.  La création de meubles est au contraire des pièces, ouverte et infinie. 
Ex-libris moderne sur papierRien n’interdit de créer des armes avec des meubles ignorés aux siècles passés tels qu’un avion, un téléphone ou un composant électrique.
Lauverjat

La lettre du bibliophile

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Romans et Contes de Voltaire, ou la quête d’un bibliophile.

Romans et Contes de Voltaire, ou la quête d'un bibliophile.

Amis Bibliophiles bonsoir,

Je vous propose aujourd’hui un message à quatre mains. C’est Wolfi qui va vous conter sa quête d’un bel exemplaire de Romans et Contes de Voltaire, et j’illustrerai son propos avec des photos de mon exemplaire.
« Depuis une bonne quinzaine d’années, je suis à la recherche d’un ouvrage qui n’est pas très rare en reliure en veau d’époque ou postérieure, mais franchement pas facile à trouver en maroquin d’époque : Voltaire « Romans et Contes » de 1778, en 3 vol. in-8.
Tout d’abord, une précision par rapport au tirage des gravures : il existe à priori deux tirages, le tirage avec les gravures « avant les numéros » et les gravures « avec les numéros ». Il s’agit d’une précision donnée en haut à droite ou à gauche du cadre de la gravure,  indiquant l’emplacement prévue de la gravure.
On voit la différence sur ces photos :
Exemplaire « Hugues »Il existe d’ailleurs un « avis au relieur » qui est parfois absent de l’ouvrage, qui précisait à l’artisan relieur où placer les figures. D’après ce que j’ai pu constaté au travers d’une bonne vingtaine d’exemplaires que j’ai pu feuilleter, les gravures « avant les numéros » sont en général plus contrastées. Il s’agit donc très vraisemblablement du premier tirage donc.
Signalons toutefois que ce n’est pas si évident que cela, car il y a quelques exemples de tirage « avant les numéros » ou « avant la lettre » qui sont de second tirage : j’ai en tête le Cervantes de 1780 d’Ibarra (quoiqu’en disent certains libraires!).J’ai réussi à trouver dans ma documentation plusieurs exemplaires de ce livre en pareille condition, certains fameux!
Je vous invite à les découvrir :
1 – seul exemplaire cité dans le Cohen (p. 1039) en maroquin d’époque: celui de Daguin, en maroquin vert, avec les figures avant les numéros.
On le retrouve à la vente Hayoit chez Sotheby’s en 2001. Je me rappelle quand il est passé à l’époque: je cours chez Sotheby’s le voir, et oh stupeur, je découvre qu’il est en fait en basane maroquinée verte et non en maroquin… Cruelle désillusion de bibliophile! Bon cela dit, il n’est pas vilain, mais les gravures, bien qu’étant avant les numéros n’étaient pas d’un tirage irréprochable…
2 – exemplaire provenant d’une belle vente datée du 23 avril 1972 à Versailles, lot n°168 en maroquin rouge. Malheureusement sans reproduction… Tirage à priori avec les numéros.


3 – Exemplaire déniché dans le répertoire des ventes 1983-84 n°19063, en maroquin olive. A priori, tirage avec les numéros. Là encore, sans reproduction.


4 – livre proposé dans le catalogue n°IX de 1992 de la librairie Sourget, lot n°112, en maroquin rouge, avec le sur les plats « Mr le Comte Delaporte de Remaisnil ». Figures avec les numéros. Nota : pour moi, les catalogues de la librairie Sourget constituent un mine irremplaçable avec des illustrations superbes d’exemplaires d’exception.

5 – livre proposé dans le catalogue XIX de 1999 de la librairie Sourget, lot n°165, en maroquin rouge. Exemplaire exceptionnel d’André Langlois, avec les figures avant les numéros (la première illustration sur le catalogue n’est manifestement pas la bonne reproduction).

6 – exemplaire Radziwill (lot n°994), Odiot, Lignerolles, Rahir (lot n°938), Meeus (lot n°169), Simonson, en maroquin bleu/vert? Figures a priori avec les numéros. Il est signalé bleu dans la vente Radziwill, et vert par la suite. Peut-être une décoloration, ou alors une erreur, c’est assez courant j’ai remarqué dans les catalogues anciens…
Je me suis laissé dire que cet exemplaire traînait encore en Belgique chez la fille de Raoul Simonson, et qu’il allait peut-être ressortir du bois bientôt… Allez, je me fais du mal!


7 – exemplaire Descamps-Scrive n°241 en maroquin rouge. Avec figures avant les numéros. Le catalogue décrit la reliure comme étant de Derôme : je reste un peu sceptique, car j’ai n’ai jamais vu de reliure signée de Derôme de la sorte. Mais peu importe, il est superbe.


8 – exemplaire Charmes et Blumenthal (lot n°275) en maroquin rouge. Figures avec les numéros? C’est pour moi une des exemplaires les plus enviables : reliure exquise typique de Derôme ou Mouillié.


9 – exemplaire Guggenheim (lot n°154  de la vente Christie’s de 1995) en maroquin rouge. Figures avant les numéros. Malheureusement, pas de reproduction. Est ce l’exemplaire Sourget de 1999?


10 – exemplaire Duc la Vallière, Beckford, Laurence Currie, Cartier (lot n°1427  de la vente Sotheby’s de 1979). Pas d’indication sur les gravures dans les différents catalogue, mais peut-on imaginer une seule seconde que le Duc de la Vallière avait un exemplaire moyen? Assurément, l’un des plus beaux, sinon le plus bel exemplaire connu!!

11 – exemplaire proposé chez la librairie Lardanchet circa 1995, en maroquin rouge identique à l’exemplaire Charmes /Blumenthal, avec les figures avant les numéros et les serpentes conservées. Peut-être ces deux exemplaires n’en font qu’un d’ailleurs… C’est mon plus grand regret de bibliophile : à l’époque, je commençais juste à travailler et le prix proposé m’avait semblé trop élevé. Du coup, je ne l’avais pas pris, pensant que j’en trouverai d’autres…
12 – exemplaire provenant de la librairie Morgand Fatout (merci à Bertrand), le lot n°10520, en maroquin vert. Pas de précision sur le  tirage. Peut-être mon exemplaire n°3?

13 – exemplaire provenant de la librairie Morgand Fatout, le lot n°6398, en maroquin vert dans le style Bozérian. Bien que cela ne soit pas une reliure d’époque, je l’ai mis quand même. Pas de précision non plus sur le tirage.

C’est tout ce que j’ai trouvé! Quelqu’un connaît il d’autres exemplaires similaires?
Je lance une bouteille d’eau à la mer,  Hugues aura la gentillesse de faire suivre : est ce que quelqu’un aurait un exemplaire en maroquin d’époque avec tranches dorées de cet ouvrage? Ça m’aiderait à me soigner, mais le cas est peut-être déjà trop grave…
Bonne lecture à tous!Wolfi »
Cher Wolfi, quelques détails sur mon exemplaire: il est en maroquin lavallière, dos lisse, tranches bleues, 55 figures avant le numéro sur les 57. Fort beau, très pur avec un magnifique tirage des gravures. Quelques images:





10 Commentaires

  1. Juste quelques précisions à ce docte billet (je joue la mouche du coche, mais je m'intéresse depuis mes quinze ans à l'héraldique. Ce ne sont que des variantes, car en ce domaine, on ne peut être dogmatique; il s'agit d'un art autant que d'une science):
    – le lion est dit "rampant", alors qu'il a une position d'attaque, parce que le mot vient du latin "rapere", saisir (enfin, c'est ce que j'avais lu jadis dans un traité);
    – j'aurais plutôt dit que les merlettes sont des cannettes sans tête.
    – lampassé,pour la langue, ne s'applique qu'au lion et à l'aigle, animaux royaux, ainsi qu'au léopard (et au griffon, mais on n'en voit guère); pour les autres, il me semble qu'on dit seulement "langué".
    Pour moi, la plus belle figure animale en héraldique est le pélican et sa piété, mais je ne puis malheureusement insérer d'image: le pélican se saigne pour nourrir ses petits.

  2. Merci Lauverjat.
    J'ai bien peur de n'y toujours rien comprendre.
    Je sais, c'est désespérant.
    Je souhaite longue vie et prospérité à celui qui inventera un traducteur en ligne : "raton laveur + étoiles + un genre de hallebarde" = le marquis de ???"

    Bonne soirée,
    Olivier

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