La parole aux bibliophiles: un mauvais livre de Balzac, ou Balzac imprimeur

Amis Bibliophiles bonjour,

Un mauvais livre de Balzac ou une petite babiole bibliophilique qui m’est tombée entre les mains par hasard.

Voici donc un petit livre (deux volumes reliés en un) qu’un bibliophile (anonyme) a cru bon de faire relier en maroquin et d’indiquer en queue du dos « H.B. ». Le texte est un grand classique, Les contes de La Fontaine. Rien de très original.

La bibliophilie comme le diable va se nicher dans les détails car le livre, à proprement parler, n’a rien pour lui qui semble justifier de le préserver de cette manière. A vrai dire, ce livre, il est presque illisible. Typographie trop petite, aération absente, justification approximative (je suis poli).

A quoi bon casser sa tirelire (la reliure est simple, mais le maroquin reste une peau chère) pour un aussi mauvais livre ?
Mais voilà, c’est une des impressions de Balzac.

Eh oui c’est donc le Balzac imprimeur. Il vient d’abandonner l’édition (de La Fontaine déjà…) et de se faire imprimeur. Il y laissera une montagne de dettes (113 000 francs).
On ne dira jamais assez merci aux bibliophiles qui nous précèdent. Qui irait sauver et recouvrir de maroquin un mauvais livre (au plan technique) d’un grand auteur dû à celui que cette expérience malheureuse et ruineuse de l’édition puis de l’imprimerie inspirera Les illusions perdues.
Au numéro 103 de la vente de la bibliothèque de Mme Anne-Marie Meininger, grande spécialiste de Balzac (Tajan, 15 mars 2007) on trouve ces deux volumes dans une demi-reliure veau et des défauts (mouillures) que mon exemplaire n’a pas et la mention « Très rare impression balzacienne ». Estimé 150-200 euros il n’atteint finalement que 121 euros (merci à ebibliophilie.com en passant). La médiocrité n’est jamais récompensée…
J’en profite pour citer la « maîtresse de maison » (Mme Meininger) à propos de Balzac imprimeur :“En mars 1826 Balzac achète pour 30.000 francs un fond d’imprimerie situé 17 rue des Marais-Saint-Germain, actuelle rue Visconti. Le mois suivant, en avril 1826, il sollicite un brevet d’imprimeur, qu’il obtient le 1er juin sous le N° 2354. L’une des premières déclarations d’impression faites par Balzac sera laPhysiologie du mariage ou méditation sur le bonheur conjugal. Pensant qu’un imprimeur doit fondre ses caractères Balzac deviendra fondeur de caractères mais cela ne sauvera pas son imprimerie, dontles difficultés financières sont essentiellement dues à la grande crise économique des années 1826-1830.En avril 1828 , il doit renoncer à la fonderie en faveur d’Alexandre de Berny et en août 1828 il vend son fond dont le passif s’élève à 113.000 francs. Il aura donc imprimé pendant deux années de 1826 à 1828. La liste complète de ces impressions n’ a jamais pu être établie.” Anne-Marie Meininger
Sur cette période de la vie de Balzac qui n’a alors pas encore 30 ans :http://fr.wikibooks.org/wiki/Utilisateur:KerguelenSur Balzac imprimeur : http://balzac.typographie.org/bio/balzac.html
Olivier

La lettre du bibliophile

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Débat : Le relieur d’art, artiste ou artisan?

Débat : Le relieur d'art, artiste ou artisan?

Amis Bibliophiles Bonjour,

Certains d’entre vous sont relieurs professionnels, d’autres sont relieurs amateurs. Certains d’entre nous font appel à des relieurs pour offrir une protection matérielle à un de leurs livres, d’autres leur demandent de sublimer le contenu par un contenant, une reliure, donc, ayant une dimension artistique.

Le relieur est-il un artisan, auquel on confie une tâche, ou un artiste auquel on demande d’exercer son art? Il est à noter que la nuance entre les deux termes date plus ou moins de la Révolution Industrielle.

Selon le Littré : l’Artisan est celui qui exerce un art mécanique, un métier. Il peut être habile, adroit, etc.

Pour le même dictionnaire, l’Artiste est celui qui exerce un des beaux-arts, mais aussi une personne qui a le génie, le sentiment, le goût des arts.

De mon côté je dirais que si ce sont tous les deux des créateurs, l’artisan reste soumis à certaines contraintes (le marché, l’utilité, l’ergonomie) d’une part et d’autre part, il peut reproduire des oeuvres identiques. L’artiste de son côté peut échapper aux réalités et à toute contrainte et crée une oeuvre unique.

Dans le cas des relieurs, la nuance est difficile à faire : doit-on considérer par exemple que Dubuisson, relieur du 18ème, est un artisan, reproduisant « à l’infini » des plaques qu’il a créé, mais que Bonet est un artiste, faisant de chaque reliure une oeuvre unique?

Doit-on simplement se baser sur cette distinction historique, issue de la Révolution Industrielle : sommairement, les relieurs d’avant 1850 sont artistes et artisan, puis après la Révolution Industrielle, on commence à distinguer les deux?

Qu’en pensez-vous? Je parle bien sûr de la reliure « d’art » et non pas de la reliure plein veau du 18ème, etc. Et vous, qui êtes relieurs, comment vous considérez vous? (à moins que la réponse ne soit simplement « certains jours artisan seulement, d’autres artisan et artiste, selon l’humeur, le client, l’inspiration… »).
H

8 Commentaires

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  2. Jolie histoire pour un bien méchant livre. Drôle d’idée qu’avait eue Balzac de se lancer dans l’imprimerie, il pensait s’enrichir, sans doute. Visiblement, il n’était pas doué pour cela. Il s’en sortait un peu mieux en écrivant ses romans de gare .

  3. Je possède un très méchant volume de Balzac imprimeur, mais le mien est "Oeuvres complètes de la Fontaine", ornées de trente vignettes dessinées par Deveria et gravées par Thompson, Paris, Baudouin Frères, 1826… (d'ailleurs je crois que ces mentions ne sont pas tout à fait exactes, conernant les illustrateurs)… Un ratage complet… Certaines pages sont à peine lisibles !!!

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