Sommes-nous à la veille du plus grand des bibliocides ?

Amis Bibliophiles bonjour,
Une fois n’est pas coutume, le Blog du bibliophile va reprendre intégralement (avec l’accord de l’auteur) un article issu d’un autre blog dédié à l’amour du livre ancien. 

Ce message a en effet retenu mon attention au point que je sois allé le lire et le relire plusieurs fois sur http://blog.naturalibris.fr. Il pose une vraie question. 🙂
Mais je donne la parole à SebV, et à son message.
« Nous vilipendons les bibliophiles et relieurs du XIXème siècle pour avoir rogné sans modération les livres des siècles précédents, pour avoir remplacé des reliures endommagées (parfois d’origine prestigieuses) pour les remplacer par des pastiches en maroquin. Leurs méthodes ne correspondent plus à nos critères de conservation et de restauration.
Toutefois il me semble que les livres anciens sont aujourd’hui soumis à un plus grand danger que la lame du massicot : le choix.
En effet le choix de livres qui s’offre aux bibliophiles du XXIème siècle est sans commune mesure avec celui qu’ils avaient il y a quelques décennies. La tentation est donc grande d’attendre l’exemplaire parfait, le merle blanc, le maroquin signé aux armes avec envoi de l’auteur, gravures dans tous leurs états et ex-libris prestigieux. 
La rareté est une qualité aujourd’hui bien galvaudée. Les Contes et nouvelles de la Fontaine édition des Fermiers généraux ? Rare ? Vous plaisantez il en passe à la vente au moins un par mois, le plus souvent en maroquin…
Votre libraire préféré vous présente cette petite « rareté » qu’il vient de rentrer ? Un petit tour sur Vialibri vous apprend qu’il y a 14 exemplaires en vente de par le monde ! Et monsieur le libraire qui veut vous vendre un exemplaire décoiffé ?!! Margoulin !
Plus l’offre est large, plus l’exigence est élevée. Cela pousse libraires et bibliophiles à aller vers des livres toujours plus qualitatifs, satisfaction intellectuelle d’aller vers le beau mais piège dont ne sortirons pas les médiocres.
Car il est bien là le problème, le bouquin, le détomé, le décoiffé… personne n’en veut plus. La bibliophilie d’entrée de gamme que constitue la bouquinerie est en train de mourir d’une trop grande offre. Une épidermure ou une mouillure trop large, valent désormais pour une condamnation à l’autodafé. Un feuillet manquant ? Ce n’est plus un livre mais une épave !
Prenons l’exemple d’un des mal-aimés que j’ai sur mes étagères. Il n’a rien pour lui: religiosa écrit en latin, début XIXème, petit format, reliure basane délabrée, rousseurs. Autant dire le bas de l’échelle bibliophilique.Proposé à 5€ depuis des mois personne n’en veut. Je peux comprendre, d’aucun me traiterait de fripier de livres (  ) pour oser mettre ce genre d’ignominie en vente. Le fait même de montrer cette photo est presque subversif, il est bien connu que les beaux livres ne peuvent côtoyer les moches dans la même boutique !Beaucoup de confrères résolvent le problème en se débarrassant de telles drouilles à la poubelle. Je connais un bouquiniste qui loue une benne de temps en temps pour vider ses lieux de stockage.J’ai pour l’instant beaucoup de scrupules à faire de même. Sans doute parce que le stockage ne me coûte rien pour l’instant, mais aussi parce que du haut de cette drouille in-32 deux siècles d’histoire me contemple et me juge. Oh je ne suis pas blanc-bleu, j’avoue avoir jeté au fond de la corbeille quelques épaves en me cachant de moi-même, mais le livre était au fond de la poubelle et regardait Caïn… 
Des Solutions ? Il n’y en a pas, qui peut supporter le coût d’une telle restauration pour ce livre ? Personne pas même moi qui travaille à un taux horaire qui ferait rire les Bengalis. Je pourrais refaire les coiffes, mais je ne suis même pas certain que le livre s’en vendrait mieux. Il faut donc se résigner, le mouvement est inexorable, les bouquins vont disparaître. Les bibliophiles de demain nous jugeront.SebV »
Cet article est aussi l’occasion de découvrir ou de redécouvrir http://blog.naturalibris.fr. SebV est libraire, l’objectif de son blog est de regrouper des extraits de texte (plus ou moins longs), des aphorismes, des biographies d’auteurs peu connus ou peut être mal lus. Nous verrons que sous la poussière et les vieux cuirs couvent des pensées encore révolutionnaires… mais aussi  de mettre en ordre quelques réflexions sur le monde de la bibliophilie, des livres anciens et modernes.H

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Reliures anciennes : exposition virtuelle I

Reliures anciennes : exposition virtuelle I

Voici une première exposition de reliures, j’espère qu’il y en aura d’autres.


Merci à tous ceux qui m’ont envoyé des images, c’est vraiment très gentil d’avoir pris le temps nécessaire.

Plutôt que de les regrouper par propriétaire, je les ai regroupées par période, j’espère que vous me pardonnerez, mais cela m’a semblé plus pertinent. Nous commencerons donc aujourd’hui par les reliures anciennes, c’est à dire globalement avant 1805.

J’ai peu à ajouter, je suggère que vous interveniez dans les commentaires. Ouvrez vos yeux, commentez, rêvez… identifiez les armes!

A noter, j’ai créé un album pour cette exposition (Album Expo 1), que vous pouvez retrouver dans la colonne de droite, vous aurez toutes les photos sur un seul écran, mais pas les légendes (la vie est injuste).
Les Reliures anciennes, jusqu’à la fin du 18ème :


H : une reliure ancienne aux armes mosaïquées sur un poème macaronique (1699) H : une reliure à la fanfare du 18ème, aux armes royales.
H : une sélection de reliures17 et 18ème.
H : une reliure 17ème aux armes de Luynes
H : joli elsevier 17ème en plein maroquin (Ovide, 3 vols)
H : belle reliure 17ème aux armes de Marie Thérèse d’Autriche.
Patrick : plein veau vert aux armes NI – 1561 – Marulle – Michaelis Tarchahaniotae
Patrick : Plein maroquin aux armes de Marie Leczynska, donné par la reine Marie Antoinette à la duchesse de Tourzel gouvernante des enfants de Louis XVI et qui accompagna la reine à la Prison du temple.
Philippe : Eutychius (Oxford, 1658) : un ouvrage du Patriarche d’Alexandrie, impriméen arabe et ayant pu être feuilleté par Napoléon…(Bibliothèque de la Malmaison)
Philippe : Un vélin doré sur les oeuvres de Ronsard, Buon 1571

Gérard: petit calendrier almanach 1789 aux armes de la comtesse de Bourbon-Busset

Gérard : almanach royal 1788 (armes non identifiees)

Gérard: almanach royal 1771 armes de Armand Gaston Maximilien de Rohan eveque de Strasbourg
Gérard : semaine sainte armes de la dauphine Marie Therese d’Espagne, 18ème.

H : maroquin aux grandes armes de Louis XIII.

Bertrand : almanach royal aux armes de Louis XV 1751 reliure veau brun granité

Bertrand : de l’esprit en EO 1758 tirage 1B reliure veau marbré époque
Bertrand : détail plat reliure vers 1530 estampé à froid à la roulette
Gérard : detail plat reliure vers 1530 estampé à froid à la roulette

J’ai ajouté les prénoms des propriétaires au cas où vous voudriez leur poser des questions, voire identifier certaines armes encore inconnues. P.S. : je poste tôt… Suis absent ce soir.

88 Commentaires

  1. Dans le domaine des "éphéméra" du genre des almanachs et éditions populaires, certains imprimés actuels risquent bien de devenir fort rares : les catalogues. Généralement, lorsqu'on reçoit la nouvelle édition, on se débarasse de l'ancienne. Je ne parle pas évidemment des publications à grand tirage des maisons de VPC – quoique Internet va en sonner le glas – mais, par exemple, les catalogues de matériel scientifique : ceux du début du XXe sont devenus très rares et représentent une source documentaire importante, un libraire hollandais s'est spécialisé dans ce domaine. Je pense aussi aux catalogues Manufrance qui enchantent certains collectionneurs.
    Achetez aujourd'hui les antiquités de demain.

    René de BLC

  2. Chacun de mes dictionnaires anciens a un petit et même parfois un gros défaut. Si j'avais toujours attendu l'exemplaire parfait je n'en aurais aucun. À moins de vivre 300 ans et de pouvoir attendre.
    Merci pour cet article intéressant.

  3. Moi aussi le message avait retenu mon attention. Je crois que cela fait partie de l'histoire du livre et de ceux qui les aiment (parfois trop peu, parfois mal).
    Pour ma part j'aime beaucoup les impressions populaires (mais pas que) et je parie également que les livres (d'intérêt) en couverture dite d'attente auront un jour une grosse côte. Après… Le livre ancien est sans doute l'objet ancien le plus courant et le moins onéreux aujourd'hui.

    Je n'ai jamais jeté un livre mais je comprends que les libraires s'y résignent car la question du stock est une vraie question.

    Olivier

    PS : moi si j'étais libraire avec une librairie "en dur" je donnerais des livres avec un petit marquepage qui expliquerait pourquoi ça n'est pas anodin.

  4. oui, c'est vrai tout çà… mais si les livres anciens ne se raréfiaient pas avec le temps, ils ne prendraient jamais de valeur… je ne suis pas sûr que dans les siècles passés on ait attaché une grande importance à absolument tous les livres anciens. Si les éditions populaires, les almanachs, les livres pour enfants du XIXe sont si rares aujourd'hui, et font donc le bonheur (ou la recherche du..) de nombreux bibliophiles c'est bien parce que dans le passé ils ont été impitoyablement jetés. Aujourd'hui nous continuons à jeter… mais tout de même pas n'importe quoi, j'imagine. Un livre vraiment rare, en mauvais état, conserve tout de même une (faible) valeur. Non ?

  5. Comme vous, j'avais énormément apprécié le ton et la pertinence du propos. Je crois même avoir fait un "méa cumpa "… Bravo à Sébastien et merci à vous, Hugues, de faire la promotion de son blog. Pierre

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