Images autour du livre XI: la Révolution, la chute des idoles, le caviardage des livres jusqu’à la loi sur la mutilation…

Amis Bibliophiles bonjour,
La révolution n’a pas eu que des bons côtés… notamment sur le plan bibliophilique (même si elle a permis un brassage intéressant des livres et des bibliothèques).

Ici par exemple cette image proposée par Lauverjat, une page de titre « soigneusement » caviardée à l’époque de la Révolution afin d’ôter les signes de royauté et de féodalité, pratique autorisée sur les livres par la Convention le 19 octobre 1793 suite au décret du 9 octobre puis interdite le 24 octobre 1793 pour mutilation.

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Les fausses reliures peintes des XIIIe et XVe siècles de l’italien Icilio Federico Joni (1866 – 1946)

Les fausses reliures peintes des XIIIe et XVe siècles de l'italien Icilio Federico Joni (1866 – 1946)

Amis Bibliophiles bonjour,

Lorsque l’on évoque le faux en bibliophilie, on pense généralement aux manipulations effectuées au niveau du papier, des pages, des gravures, d’un envoi, à la recomposition d’un exemplaire complet à partir de plusieurs incomplets, voire dans le cas de la reliure, à un réemboitage qui ne serait pas signalé, ou à de fausses armes… mais on pense moins souvent aux fausses reliures elles-mêmes.

Et pour cause, compte-tenu des efforts que demande une reliure d’artiste, un faux, pour être crédible aux yeux des experts, demanderait une telle expertise et une telle quantité de travail, que le retour sur investissement ne serait pas garanti. Quel serait pour le faussaire l’intérêt d’un faux demandant les mêmes qualités que celles d’un artiste du livre, avec en plus le risque de se faire démasquer. La reliure d’art est une discipline trop technique, et qui demande trop de temps pour se prêter à une contrefaçon lucrative.

Il existe pourtant un exemple récent de faux en reliure, aux frontières de la bibliophilie, ce qui explique le succès que cette entreprise de contrefaçon a rencontré.

Le faussaire, Icilio Federico Joni (1866 – 1946), est un peintre italien de la ville de Sienne. Abandonné à sa naissance et confié à l’hôpital des enfants abandonnés de Santa Maria alla Scala. Très jeune, il se passionne pour la peinture italienne du XIIIe au XVIIe siècles et il va tirer profit du développement du marché international des antiquités pour produire et vendre, à l’aide de complices, des faux d’oeuvres des peintres primitifs italiens du XIVe et XVe siècles.

Il cible particulièrement des grand collectionneurs étrangers, souvent américains, qui sont, eux et leurs experts, bluffés par la qualité des oeuvres de Joni; ainsi les collectionneurs Wilmerding et Berenson, ou le grand bibliphile américain Robert Hoe.

Si Joni réalise en effet des tableaux inspirés des maîtres italiens di Buoninsegna, Pietro Lorenzotti ou Beato Angelico par exemple, il se consacre aussi à la production de reliures peintes sur ais de bois, inspirées de celles employées sur les livres de comptes de la ville de Sienne du XIIIe au XVe siècle. Son succès et sa « crédibilité » réside dans le fait que Joni ne tente pas de reproduire les reliures de Marius Michel, Padeloup ou Le Gascon, mais capitalise bien sur son talent d’artiste peintre pour proposer ces reliures à la frontière de la bibliophilie et de l’art pictural.

De ce travail va naître une série de fausses reliures peintes, dont on connaît aujourd’hui une quinzaine d’exemplaires (cf. M. Foot, A Pair of Bookcovers of the late 19th Century by I.F. Joni, The Bookcollector, 1985).

Il faut avouer que même si l’on sait désormais qu’il s’agît de faux, leur qualité les rend très désirables.

Icilio Federico Joni avoua la supercherie dans ses mémoires parues en 1932, da Le Memorie di Un Pittore di Quadri Antichi. On imagine alors le scandale et la mine déconfite des experts et autres antiquaires qui avaient joué les intermédiaires entre les complices de Joni et les collectionneurs.L’histoire retiendra que ses toiles et reliures sont aujourd’hui très recherchées et figurent souvent dans de grands musées, la petite histoire, elle, retiendra que Joni signait ses oeuvres de l’acronyme PAICAP, littéralement Per Andare In Culo Al Prossimo, que je vous laisse le soin de traduire, mais qui est évidemment un pied de nez aux experts et aux grands amateurs.

H

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6 Commentaires

  1. Dans les bibliothèques monastiques et d'institutions religieuses, il y a eu également beaucoup de massacres pudibons et très systématiques pour cacher les nudités dans les cartouches,bandeaux ou culs de lampes…soit par découpage ou par taches d'encres. Les "bragettones" n'ont pas frappé que la Sixtine! Sans rentrer dans la statistique que j'ignore, il me semble avoir vu en plus grand nombre ce type de dégradations que les grattages d'armes et attributs royaux qui eu n'ont duré que quelques mois.

    Avez vous la même impression ?

    Imaginez un atlas de Blaeu ou les cartouches représentant des "naturels ou sauvages" on tous été découpés! J'ai eu en main c'est dommage 🙁 Dernier en date histoire du diocèse de Lyon,imprimée à Lyon en 1671 un joli bandeau gravé avec deux angelots bragettés chacun d'une tache d'encre bien ronde et volontaire, qui a bien évidement déchargé sur les quelques feuillets suivants 🙁

    Daniel B.

  2. Ce sont les libraires parisiens Charles Chardin et A-A Renouard qui osèrent publier, après le décret d'octobre 1793, des "Observations de quelques patriotes sur la nécessité de conserver les monuments de la littérature et des arts" (Paris, Didot aîné, An II-1793)qui eurent pour effet de rendre un décret pour la conservation des livres menacés.
    Souvenons-nous en.

  3. Je possède un exemplaire des Recherches sur le feu de Marat sur la page de titre duquel la mention "Avec privilège du Roi" a été rageusement biffée. Il n'est pas rare de voir les feuillets de privilège arrachés.

  4. Voilà une adresse très Roque’n roll pour les écrits de l’évêque de Roquelaure. Je n’avais jamais fait le rapprochement entre Senlis et Silvanecti. Finalement, les habitants de Senlis sont les hommes des bois !….

  5. Bel exemple d'acharnement révolutionnaire sur les symboles du despotisme !
    On trouve d'autres exemples de caviardage dans l'histoire, liés à l'intolérance religieuse. Ainsi les ouvrages d'Erasme ont été souvent caviardés. J'ai un De Conscribendi (qui n'a pourtant rien de polémique) dont le nom d'Erasme a été biffé au titre. J'ai néanmoins gardé l'ouvrage pour sa reliure aux senestrochères de Marcus Fugger sur les plats ! 🙂
    Textor

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