Les Formats des livres : in-folio, in-4, etc.

Plusieurs d’entre vous m’ont posé la question de l’appellation des formats des livres anciens : in-folio, in-quarto, in-octavo… Voici quelques éclaircissements, même si au final ce sont la pratique et l’expérience qui permettent de nommer rapidement le format d’un livre. Après quelques hésitations, on prend vite l’habitude.

Le principe : le format dépend du pliage de la feuille

Le format d’un livre ancien est déterminé par le nombre de fois où la feuille d’imprimerie a été pliée pour le constituer :

  • In-plano : la feuille n’est pas pliée du tout (très grand format, atlas, planches isolées).
  • In-folio (2°) : feuilles pliées en 2, formant 4 pages (recto-verso).
  • In-quarto (4°) : feuilles pliées en 4, formant 8 pages.
  • In-octavo (8°) : feuilles pliées en 8, formant 16 pages.
  • In-douze (12°) : 12 feuillets par cahier, format de poche très répandu au XVIIIe siècle.
  • In-seize (16°), in-dix-huit (18°), in-trente-deux (32°) : formats très petits, dits « de poche » ou « de gousset ».

En pratique, comment le bibliophile mesure-t-il le format ?

Voilà pour la théorie. En pratique, c’est différent. Comme la feuille de papier d’imprimerie n’a pas toujours eu la même dimension (et que seul l’imprimeur connaît la taille du stock employé), il faudrait quasiment dérelier un livre pour compter les pliures… La tâche peut donc s’avérer délicate, même pour un bibliophile expérimenté ou un libraire confirmé.

Pour simplifier et codifier, on utilise depuis le XIXe siècle une cote moyenne dite « format bibliographique », fondée sur la hauteur du livre relié :

Tableau des formats bibliographiques

Format Hauteur Usage typique
Grand in-folio plus de 40 cm Bibles, atlas, livres de cérémonie
In-folio moins de 40 cm Ouvrages savants, théologie, droit
In-4 (in-quarto) moins de 30 cm Ouvrages d’érudition, livres illustrés
In-8 (in-octavo) moins de 25 cm Format courant pour la littérature
In-12 moins de 20 cm Romans, livres de dévotion (XVIIIe)
In-16 moins de 16 cm Petits classiques, livres de poche
In-18 moins de 14 cm Édition Charpentier, livres économiques (XIXe)
In-32 moins de 10 cm Almanachs, livres de gousset

Comparaison des grands formats : in-folio, in-quarto, in-octavo

Comparaison des petits formats : in-12, in-16, in-18

Avec l’habitude, il n’est plus nécessaire de regarder ce tableau : on sait immédiatement à quel format on a affaire.

Petite histoire des formats

L’usage des formats remonte à l’imprimerie occidentale du XVe siècle. Gutenberg et ses successeurs publient principalement in-folio : le format majestueux convient aux Bibles, aux missels et aux ouvrages d’apparat. Les premiers incunables sont presque tous des in-folio.

Au XVIe siècle, l’humaniste vénitien Alde Manuce popularise un format plus maniable : l’in-octavo. C’est une révolution. Désormais, on peut emporter un classique grec ou latin dans sa poche. Ce format devient celui de la littérature pour les siècles suivants.

Au XVIIe siècle, on voit apparaître l’in-douze (ou « duodecimo »), encore plus économe en papier, qui s’imposera comme le format roi du roman au XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, l’éditeur Gervais Charpentier lancera son célèbre format Charpentier (in-18), à 3,50 francs le volume, démocratisant la lecture.

Pourquoi le format compte pour le bibliophile

Le format n’est pas qu’une question de taille : il influence directement la valeur et l’usage d’un livre ancien.

  • Les in-folio sont rares, lourds, encombrants, mais souvent les plus prestigieux. Une Bible in-folio du XVIe siècle peut atteindre des sommes importantes.
  • Les in-octavo et in-douze sont les formats les plus courants en littérature : la valeur dépendra surtout de l’édition (originale, illustrée, recherchée) et de la reliure.
  • Les très petits formats (in-32, in-48) sont souvent des curiosités : almanachs, livres de gousset, sont prisés des collectionneurs spécialisés.

Foire aux questions

Quelle est la différence entre in-4 et in-quarto ?

Aucune, c’est la même chose. In-quarto est l’expression latine, in-4 son abréviation usuelle (notée parfois 4°). Les deux désignent un livre dont les feuilles ont été pliées en quatre.

Comment mesurer le format d’un livre ancien ?

Mesurez la hauteur du dos (du haut au bas du plat) et reportez-vous au tableau ci-dessus. C’est la convention bibliographique en usage chez les libraires depuis le XIXe siècle.

Pourquoi parle-t-on parfois d’in-folio « raisin » ou « jésus » ?

Ce sont les noms anciens des formats de papier avant pliage. Le papier « raisin » faisait environ 50 × 65 cm ; le « jésus » environ 56 × 72 cm. Un « in-folio jésus » est donc un in-folio imprimé sur du papier jésus, soit un grand in-folio.

Existe-t-il des formats encore plus grands que l’in-folio ?

Oui : l’in-plano (feuille non pliée), l’atlas (très grand format pour cartes et planches), et l’éléphant (format spécial des planches d’histoire naturelle, comme les Birds of America d’Audubon, qui font près d’un mètre de haut).

Pour aller plus loin

H

P.S. : Source partielle « Histoire et Commerce du Livre », par Henri Desmars, GIPPE.

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Fausses adresses de libraires, et faux noms de libraires

Fausses adresses de libraires, et faux noms de libraires

Pour échapper aux poursuites, il n’était pas rare au 18ème siècle que les éditeurs/imprimeurs/libraires inscrivent de fausses adresses sur les pages de titre des livres mis en vente. En effet, une fois l’ouvrage en circulation, il devenait alors impossible de remonter à la source et de punir les coupables.

En général, le procédé était utilisé soit pour les contrefaçons, soit pour les livres interdits ou qui auraient pu l’être. Finalement, au fil d’une vie de bibliophile et si l’on y prête attention, ces lieux et noms d’éditeurs permettent de dresser un véritable inventaire à la Prévert. Ainsi, j’ai pu croiser dans un beau catalogue de vente un ouvrage, la « Vénus en rut », imprimé en 1790 à Luxurville, chez Hercule Tapefort… La même semaine d’ailleurs, on pouvait également acquérir un autre curiosa, « Petit recueil de contes, etc. », imprimé en 1793 à Hélio-Foutropolis…

Pour les contrefaçons, plusieurs techniques ont existé : soit l’adresse et le nom de l’éditeur sont purement fantaisistes (exemple : à Mérinde, chez Innocent Démocrite », pour la « Relation du voyage du Prince de Montbereud dans l’île de Naudely »), soit on utilise les coordonnées d’un libraire existant ou ayant existé et nombre d’ouvrages contrefaits et signalés par « Amsterdam, aux dépens de la Compagnie », furent en fait imprimés à Rouen, Lyon ou Troyes. Soit enfin, on indique le nom de l’éditeur comme celui d’un simple revendeur, et l’on trouve alors des adresses du type « A La Haye, et se trouve à paris, chez la Veuve Delaulne », l’adresse est alors à moitié vraie, mais à moins de la surprendre en flagrant délit d’impression, il est difficile d’accuser la pauve veuve Delaulne…

Je « traque » gentiment ces provenances, mais elles sont assez difficiles à trouver. Anne Sauvy, dans sa contribution sur le sujet in Histoire de l’Edition Française, cite ainsi les noms suivants, que je vous laisse savourer : Paul de la Tenaille (sans doute un cousin du célèbre Pierre Marteau), Adrien L’Enclume, Philippe le Barbu, Jean le Droit, Joli le Franc, Philarète Belhumeur, ou le fameux Jean Pleyn de Courage, à Stockholm…

Voici pour les noms, en ce qui concerne les adresses, l’imagination est encore plus fertile. En plus des nombreux Foutropolis cité ci-dessus et souvent utilisé pour les curiosa, on peut ainsi croiser avec un peu de chance : « A l’hopital des Fous, chez l’auteur », « En pleine mer, chés Henry Hareng », « imprimé d’un coup de baguette, par la fée de la librairie, dans les espaces imaginaires », « chez Alethinosgraphe de Clearetimelee, & Graphexechon de Pistariste, à l’enseigne des trois Vertus couronnées d’Amaranthe »… mon préféré restant «  »chés l’imprimeur qui l’a imprimé et se vend chez les Libraires qui l’ont ». Simple mais efficace.

En tout cas, c’est un autre détail charmant que l’on peut découvrir sur la page de titre d’un livre…et ça donne envie de tous les réouvrir, pour vérifier si on est l’heureux propriétaire d’une telle édition.

Les sources de plaisir de la bibliophilie sont sans fin!

H Images : deux jolies reliures de maître sur des ouvrages anciens, la rouge est de Lortic, la verte de Duru

6 Commentaires

  1. Je possède un livre relié dont l’auteur est Paluel- Marmont, intitulé « en casoar et gants blancs »imprimé en plusieurs formats : 1 feuillet de 18×14, 3 de 18×12,2 de 20×12, 1 de 20×14,1 de 20×12, etc etc, le tout de 247 pages. Pouvez-vous me dire si ce genre d’ouvrage présente un quelconque intérêt, ou valeur, Merci.

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