Les parchemins masqués

Jusqu’à l’invention et la diffusion du papier, le parchemin a longtemps été le principal support de l’écriture. Il était d’ailleurs fréquent qu’il soit recyclé : on le grattait, on le blanchissait avec du jus de citron et on écrivait par dessus.

On n’ose imaginer le nombre de textes qui disparurent ainsi… sauf que… Sauf que de la même manière qu’il reste presque toujours possible de retrouver la trace d’un fichier dans le disque dur d’un ordinateur, les chercheurs du Rochester Institute of Technology ont imaginé retrouver les traces d’anciens écrits sur des manuscrits.

Ainsi, en « bombardant » un livre de prière du Moyen Age avec une imaginerie à spectres multiples, ils sont parvenus il y a quelques années à retrouver des écrits d’Archimède (le « palimpseste »), d’Hypérides, un grec du IVème siècle avant J-C… Il y a peu c’est un texte capital d’Aristote, écrit aux environs de 350 av J-C, qui leur est apparu. Jusqu’ici, une seule et incomplète traduction latine était arrivée jusquà nous…

Magique, non?

H

Image : une page soumise au fameux spectre lumineux , l’écrit d’Archimède apparaît en filigrane…

La lettre du bibliophile

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La Fontaine et les Fermiers Généraux…

La Fontaine et les Fermiers Généraux…

Amis Bibliophiles bonjour,

 

Sous l’Ancien Régime, les fermiers généraux étaient ceux qui tenaient à ferme ou à bail les revenus publics, composés surtout alors de la taille, de la gabelle (l’impôt du sel), de l’impôt des tabacs, des octrois, etc.
Ils formaient une association privilégiée, la ferme générale, qui compta longtemps 40 membres, et qui fut ensuite portée à 60. Ils s’enrichissaient rapidement et de façon considérable.

Leur nomination dépendait du ministre des finances, et le plus souvent le ministre recevait du personnage préféré un pot-de-vin considérable. L’institution des fermiers généraux remonte à Philippe le Bel. Elle donna lieu à une foule d’abus, que l’Assemblée constituante fit disparaître en 1790, en supprimant les fermes.

Mais quand on est bibliophile, les fermiers généraux renvoient à la Fontaine (1621 -1695) et à son ouvrage « Contes et Nouvelles en vers » dont les fermiers généraux financèrent une édition qui passe pour l’un des plus beaux livres illustrés du 18ème siècle.

Les richissimes Fermiers Généraux ne renoncèrent en effet à aucune dépense pour que l’édition soit une des plus belles qui soient : elle fût imprimée à Paris (Barbou), avec les caractères de Fournier le Jeune, et tirée à 2000 exemplaires seulement, en deux volumes in-8, sur papier de Hollande.

Cette édition des Fermiers Généraux doit grandement son succès à l’illustration d’Eisen, qui se livre ici à un exercice magistral, « amplifiant délicatement » ce que le texte suggère, et bien souvent de façon assez libertine. Il est d’ailleurs secondé par Choffard, graveur ornemaniste dont les culs-de-lampe sont également magnifiques.
En général, les exemplaires bien constitués comportent un Portrait-frontispice de La Fontaine d’après Rigaud gravé par Ficquet, un portrait d’Eisen, gravé par Ficquet d’après Vispré, quatre vignettes, 53 culs-de-lampe par Choffard et 80 figures d’après Eisen gravées par Aliamet, Baquoy, Choffard, Delafosse, Flipart, Lemire, Leveau, de Longueil et Ouvrier.

Naturellement, les Fermiers Généraux ne pouvaient se contenter de reliures médiocres et très souvent les exemplaires sont reliés en maroquin, parfois même signé, ce qui est assez rare pour le 18ème siècle.

L’ouvrage est-il rare? Curieusement, non. Mais il est toujours très cher. Et puis, comme tout bel objet, l’ouvrage a fait l’objet de nombreuses contrefaçons qui sont elles plus abordables et parfois également exquises.

H

Images : mon édition, bleue, et une autre.

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