Un canulard bibliophilique: Borgnefesse

En 1952, paraissent Les Cahiers de Louis-Adhémar-Timothée Le Golif, dit Borgnefesse, capitaine de la flibuste… et cette parution fait grand bruit. En effet, elle a pour origine la découverte d’un manuscrit du 17ème siècle retrouvé quasiment intact dans une malle de fer, après le bombardement de Saint-Malo en 1944.

Dès le début, l’histoire est (trop) belle : c’est en effet Allaux, grand spécialiste de la flibuste qui met à jour la malle, qui était cachée dans le « caveau muré d’une maison démolie, à Saint-Malo, par un bombardement en 1944″. D’après la préface, le manuscrit découvert par hasard est de la main d’un contemporain de Louis XIV, né peut-être vers 1640, passé aux Iles vers 1660 et mort sans doute à Saint-Malo, et peut-être même dans la légendaire maison de Duguay-Trouin aux environs de 1710.

Hélas, le manuscrit est très important (on parle de l’épaisseur d’un bottin), et souvent un peu rébarbatif tant il fait la part belle aux manoeuvres purement nautiques. Qu’à cela ne tienne, Allaux le purge de certains passages avant de le confier à T’Serstevens, un spécialiste du roman d’aventure et même du roman flibustier, pour que celui-ci l’adapte.

La sortie se fait en grande pompe en 1952 et impose Borgnefesse comme l’un des plus fameux flibustiers, égratignant au passage Oexmelin, qui est accusé d’être un flibustier de salon par le hardi capitaine. Ainsi écrit-il dans ses cahiers « Ce n’est que quelques années plus tard que le flamand Oexmelin vint aux Iles. Etant retourné ensuite chez lui, il y a écrit l’ Histoire des Aventuriers de l’Amérique, ouvrage qui fut mis en français par le Sieur de Fontignères. Quoique n’écrivant que de ouï-dire et se faisant l’écho de maintes bourdes et balivernes que j’ai relevées en son livre, il a conté, mieux que je ne pourrais faire, les exploits de plusieurs vaillants et renommés Capitaines que j’ai, ce pourtant, moi, mieux connus que lui et de plus près, mais il en a passé des meilleurs, tels que Julien, Fulbert, Cameyrelongue, Vincent, et quelques autres, sans oublier votre serviteur. » Tout est dit ou presque et les références à Oexmelin se multiplieront ensuite dans l’ouvrage.

Oui mais voilà, nous sommes dimanche, et les habitués savent que le dimanche est (en tout cas tant que j’aurais de la matière) consacré aux filous en tout genres qui gravitent autour du livre et de la bibliophilie… notre ami Borgnefesse, est en fait un imposteur et son manuscrit ne sera d’ailleurs jamais présenté par ses découvreurs.

Même si la maison d’édition Grasset, qui a publié le texte en 1952, dit maintenant ne disposer « d’aucun élément susceptible d’établir qu’il s’agit d’une supercherie littéraire et bien que T’Serstevens n’ait jamais avoué avant son décès en 1974, il semble désormais établi que cette oeuvre est un canular, une supercherie.

Les « preuves » sont assez nombreuses, si l’on écarte que T’Serstevens écrivit quelques années auparavant un texte comparable et qu’il était considéré comme un érudit en matière de flibuste, il reste en effet qu’aucune trace d’un Borgnefesse ou d’un le Golif n’a jamais été retrouvée dans les archives malouines et françaises, et qu’il en fût de même pour tous les noms cités par Borgnefesse et qui ne figuraient pas dans l’Oexmelin… Borgnefesse est d’ailleurs inconnu d’Oexmelin ou de Dampier, ce qui est assez étonnant : si l’on devait accorder du crédit à son témoignage, il est évident qu’Oexmelin n’aurait pu oublier un si illustre personnage.

Enfin, il y a les petites erreurs qui finirent par trahir l’ouvrage : ainsi Borgnefesse évoque-t-il le « lagon » de Maracaïbo, au lieu de « lagune », alors que le terme « lagon » n’existait pas au 17ème siècle et qu’il fût par la suite surtout utilisé en Polynésie… qui était comme par hasard le lieu de résidence de T’Serstevens!

Aujourd’hui le canular est avéré… il n’en reste pas moins que Borgnefesse s’est malgré tout imposé aux côtés des autres grands flibustiers! Il fît même l’objet d’une chanson d’un groupe breton appelé Soldat Louis, mais le bon goût m’empêche de la diffuser sur le blog! 🙂

HImages : la cité malouine, et l’ouvrage en question.

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Recréations scientifiques et bibliophiliques

Recréations scientifiques et bibliophiliques

Amis Bibliophiles Bonsoir,

C’est notre ami Bernard qui vous présente aujourd’hui quatre ouvrages de récréations mathématiques et physiques que vous avez certainement déjà rencontrés lors de vos recherches.

Récréations mathématiques composées de plusieurs problèmes plaisans et facétieux, d’arithmétique, géométrie, astrologie, optique, perspective, méchanique, chymie, et d’autres rares et curieux secrets : plusieurs desquels n’ont jamais esté imprimez.

Rouen, chez Charles Osmont. 1629.

1 volume in-12 ; (4), 220 – (4), 72, (14) – (4), 47, (2) pp.

Jean Leurechon (1591-1670), né à Bar le Duc, entre à 18 ans au collège des jésuites de Tournai, en Belgique. Il poursuit ses études à Nancy, puis à Pont-à-Mousson où il demeure jusqu’en 1627. Il observe la comète de 1618 et écrit un Discours de la comète qui paraît à Pont-à-Mousson puis à Paris. En 1624 il publie chez Jean Appier Hanzelet à Pont-à-Mousson, son ouvrage principal Récréation mathématique; composée de plusieurs problèmes plaisants et facétieux; en fait d’arithmétique, géométrie, méchanique, optique, et autres parties de ces belles sciences. Il s’est inspiré des problèmes présentés par Gian Battista Della Porta. Il quitte Pont-à-Mousson pour Reims en 1627. Deux mathématiciens parisiens annotent son ouvrages : D.H.P.E.M. (Denis Henrion) et D.A.L.G. (Claude Mydorge). La première édition rouennaise date de 1628 ; un travail sur les feux d’artifices de Thybourel, préalablement publié en 1620 y est ajouté en troisième partie.

L’ouvrage est divisé en trois parties, chacune avec sa page de titre. Les deux premières sont consacrées aux récréations mathématiques. La troisième est composée d’un Recueil de plusieurs plaisantes et récréatives inventions de feux d’artifice, plus la manière de faire toutes sortes de fuzées, tant simples que doubles, avec leur composition, le tout représenté par figures.

Dans cet ouvrage, l’auteur prétendait qu’un boulet tiré par une grosse pièce de canon pointée vers le zénith, ne retomberait pas sur terre. Descartes écrivit à Mersenne en avril 1634 que cette expérience méritait d’être faite. Dans l’ouvrage de Varignon Conjectures sur la pesanteur , se trouve une gravure représentant le Père Mersenne et Pierre Petit, intendant des fortifications, guettant le retour éventuel d’un boulet qu’il venait de lancer à la verticale, au moyen d’un mortier braqué vers le zénith.

On trouve, dans cet ouvrage, une idée du premier télégraphe : « Quelques-uns ont voulu dire que, par le moyen d’un aimant ou d’autre pierre semblable, les personnes se pourraient entre parler. Par exemple, Claude étant à Paris et Jean à Rome, si l’un et l’autre avait une aiguille frottée à quelque pierre dont la vertu fût telle qu’à mesure qu’une aiguille se mouvrait à Paris, l’autre se remuât tout de même à Rome. Il se pourrait faire que Claude et Jean eussent chacun un même alphabet et qu’ils eussent convenu de ce parler de loin tous les jours à 6 heures du soir. L’aiguille ayant fait trois tours et demi pour signal que c’est Claude et non un autre qui veut parler à Jean; alors Claude, lui voulant dire que le roi est à Paris, il ferait mouvoir et arrêter son aiguille sur L, puis sur E, puis sur R, O, I, et ainsi de suite. Or, en même temps, l’aiguille de Jean, s’accordant avec celle de Claude, irait se remuant et s’arrêtant sur les mêmes lettres, et, partant, l’un pourrait facilement écrire ou entendre ce que l’autre lui veut signifier. L’invention est belle, mais je n’estime pas qu’il se trouve un aimant qui ait telle vertu : aussi n’est-il pas expédient, autrement les trahisons seraient trop fréquentes et trop couvertes. »

On doit à Leucheron le mot thermomètre « instrument pour mesurer les degrés de chaleur ou de froidure qui sont en l’air ».

L’ouvrage sera réédité avec de légères variantes jusqu’à la parution du livre d’Ozanam à la fin du XVIIème siècle.
Recréations mathématiques et physiques, qui contiennent plusieurs problèmes d’arithmétique, de géométrie, d’optique, de gnomonique, de cosmographie, de mécanique, de pyrotechnie, & de physique. Avec un traité nouveau des horloges élémentaires.

Paris, J. Jombert. 1696.

2 volumes in-8 ; frontispice, (14), 265 pp, 45 pl. – (8) pp, pp 273 à 583, (23) pp, pl 46 à 64, 20 pl.
Jacques Ozanam (1640-1717), mathématicien, vécut longtemps de quelques leçons et du jeu, puis se fit une réputation par de bons ouvrages de mathématiques.

Cet exemplaire est peut être une contrefaçon hollandaise de l’édition originale publiée en 1694 chez Jean Jombert. Ces Récréations se présentent sous forme de problèmes : Arithmétique (36 Pb.) – Géométrie (43 Pb.) – Optique (30 Pb.) – Gnomonique (21 Pb.) – Cosmographie (32 Pb.) – Mécanique (45 Pb.) – Pyrotechnie (38 Pb.) – Physique (48 Pb.). Les soixante-quatre planches ne sont pas dans l’ordre.

A la fin du deuxième volume, de la page (469) à 583, se trouve le Traité des horloges élémentaires, ou de la manière de faire des horloges avec l’eau, la terre, l’air, et le feu, traduit de l’italien de Dominique Martinelli de Spolete, paru à Venise en 1663. Ce traité est illustré de vingt planches.

L’ouvrage a eu un énorme succès au XVIIIème siècle ; on en connaît au moins vingt éditions différentes, en plusieurs langues

Nouvelles récréations physiques et mathématiques…

Paris, Gueffier. 1769-1770. EO.

4 volumes in-8 ; (4), IV, IV, XXIII, (1), 243, (5) pp, 23 pl, 2 tableaux – (4), X, (2), 322 pp, 16 pl, 1 tableau – XVI, 240, (8) pp, 23 pl, 1 tableau – (4), XVI, 232, (8) pp, 11 pl, 4 tableaux.

Qui peut me dire à qui appartiennent ces armes qui sont sur l’ex-libris de l’ouvrage ?
Edme Gilles Guyot (1706-1786), géographe et physicien, remplit les fonctions de Directeur du Bureau général des postes de Paris et fut membre de la Société littéraire et militaire de Besançon. Il fit paraître en 1769 ses Nouvelles récréations physiques et mathématiques, contenant ce qui a été imprimé de plus curieux dans ce genre. Comme Guyot l’annonce dans sa préface, son œuvre est inspirée d’Ozanam. Certains bibliographes attribuent cet ouvrage de Guyot, qui d’après l’indication des pages de titre est de la Société Littéraire et militaire de Besançon, à Guillaume-Germain Guyot (1724-1800).

Cet ouvrage intéressant est richement illustré de planches coloriées à la main, est « indispensable au prestidigitateur, à l’illusionniste, et à tous ceux qui aiment pratiquer ou enseigner des récréations avec l’aimant, la mécanique, les nombres, la subtilité des mains (les cartes à jouer, gobelets), la géométrie, la perspective, la lumière, l’optique, l’électricité, et la catoptrique. »

Tome 1 : Jeux de l’aiman. Tome 2 : Récréations sur les nombres. Tome 3 : Illusions de l’optique. Tome 4 : Amusemens des encres sympathiques, de l’air, de l’eau et du feu.

Une seconde édition en quatre volumes a paru de 1772 à 1775, puis une troisième édition en trois volumes en 1786.
Dictionnaire encyclopédique des Amusemens des Sciences Mathématiques et Physiques.

Paris, Panckoucke. 1792.

1 volume in-4 de texte et 1 volume in folio de planches :

(6) pp, pp VII et VIII, 870 pp, 2 tableaux – Atlas : 86 pl dont 2 doubles.

Cet ouvrage est du à Jacques Lacombe (1724-1811), avocat et libraire français. Il fait partie de l’Encyclopédie méthodique. Il offre tous les détails pour l’explication des amusements de physique, de mécanique, d’optique, de pyrotechnie, de tours occultes, de cartes, jeux de société… « Nous avons rapproché, dans ce dictionnaire, tout ce que MM. Macquer, Nollet, Ozanam et son continuateur, les éditeurs du Dictionnaire de l’Industrie, ceux de la Bibliothèque physico-économique, Guyot, Decremps, Pinetti, et une infinité d’autres auteurs anciens et modernes ont publié à cet égard de plus intéressant et de plus curieux ». Les planches ont paru dans le tome VIII des planches de l’Encyclopédie méthodique.

On dit de cet ouvrage qu’il a fait de Robert Houdin un magicien. « Volume dans lesquels j’ai puisé mes premières inspirations dans l’art de l’escamotage ». Robert Houdin

Un ancien propriétaire a collé quelques figures peintes au dos de certaines planches.

Merci beaucoup Bernard!!!H

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