Buzz Bibliophilie, ou le « Pschitt » de la vente de la bibliothèque des ducs de Luynes chez Sotheby’s (29 et 30 avril 2013)

Amis Bibliophiles bonjour,
Buzz: le buzz (anglicisme de « bourdonnement » d’insecte) est une technique marketing consistant, comme le terme l’indique, à faire du bruit autour d’un événement, un nouveau produit ou d’une offre. Assimilée au marketing viral, cette pratique en diffère par le contrôle du contenu (message publicitaire ou de communication).
On allait voir ce qu’on allait voir, parole d’expert, M. Laucournet en l’occurrence; selon lui : « Une telle bibliothèque ne s’est pas présentée sur le marché depuis la vente de la bibliothèque du château de La Roche-Guyon, succession de Gilbert de La Rochefoucauld, organisée par Sothebys en 1987. »

Depuis le mois de janvier, les informations étaient distillées au compte-goutte: article dans le Figaro et quelques rares médias, photos distribuées avec componction, mettant en avant une petite douzaine de lots, toujours les mêmes et quelques extraits de description.

Bref, ça buzzait dans le landerneau!
La date elle même de la vente, était choisie avec soin, pour coincider avec le salon du livre ancien du Grand Palais.
Deux mois environ après l’annonce, toujours pas de catalogue disponible jusqu’à ce qu’il soit enfin mis en ligne la semaine dernière: les bibliophiles étaient en haleine, les blogs en parlaient, les bibliomanes commençaient à rapatrier les montants déposés depuis longtemps en Suisse ou à Singapour, les libraires eux-mêmes tremblaient de cette concurrence lors du salon ou s’organisaient de façon à pouvoir être présent à la fois sur leur stand et dans la salle. On trépignait avant de s’étriper gaiement sous l’oeil complice de Sainte-Wiborade, Ad majorem libri gloriam.
Fuck, comme dirait un ami, fin observateur des moeurs de Drouot. Bernique, quoi.
Le buzz, quand on joue cette carte, quand on veut vendre des livres anciens comme le dernier Daft Punk, il faut assurer derrière…
C’est là que le bât blesse, la promesse, autre élément clef familier des apprentis sorciers du marketing, finalement, n’est pas tenue… le catalogue fait quasiment pschitt et comme souvent dans ces cas là, le consommateur renâcle, se cabre, affirme qu’on ne l’y reprendra plus (le naïf…).
En tout cas, dans le cas présent, les premières réactions qui apparaissent ici et là, les commentaires, les emails, les discussions entre bibliophiles laissent filtrer une déception, une frustration à la mesure de l’attente.
Oh la vente sera sans doute un succès, on lui souhaite, et ne jouons pas les faux naïfs nous non plus, mais c’est vrai qu’après les très belles ventes Binoche Gicquello, que l’on pourrait qualifier d’opportunes et fort bien ciblées…, voici les ventes survendues.
On allait voir ce qu’on allait voir, et bien on a vu, pas grand chose compte-tenu de la promesse, et nombreux sont ceux qui déjà ont détourné le regard et révisé leur agenda.
Mais le catalogue alors, de cette belle vente, mais qui est loin d’être La vente (depuis 1987…)?
364 lots sont au programme, estimés de 800 à 300 000 euros.
800 euros pour le lot 188, un lot comme il s’en vend tous les jours ou presque dans les salles des ventes de France et de Navarre:
Boileau Despréaux, Nicolas. Oeuvres Avec des Eclaircissemens historiques […] par M. de Saint-Marc. A Paris, chez les Libraires associés, 1772. 5 volumes in-8 veau blond, triple filet doré en encadrement, dos lisses ornés, pièces de titre et tomaisons de maroquin vert, tranches dorées. Frontispice et 8 figures hors-texte d’après Picart ou Van der Meer. Usures aux coiffes dont 4 arrachées, charnière fendue. Boisard, Jean-Jacques. Fables. 1777. 2 volumes grand in-8 veau blond, triple filet doré en encadrement, dos lisses ornés, pièces de titre de maroquin rouge, tomaisons de maroquin olive, tranches dorées. 2 frontispices d’après Monnet, le premier gravé par St Aubin, le second par Schmitz, et 7 figures hors-texte d’après Monnet, par Schmitz. Dictionnaire bibliographique, historique et critique des livres rares, précieux, singuliers, curieux, estimés et recherchés qui n’ont aucun prix fixe. A Paris, chez Cailleau et Fils, 1790. 3 volumes in-8 demi-veau blond, dos lisses ornés, pièces d’armes Luynes, pièces de titre de maroquin rouge. Trous de vers au dos du tome I, craquelures. Dictionnaire raisonné universel des Arts et Métiers. A Paris, chez Didot Jeune, 1773. 4 volumes in-12 veau brun, dos à nerfs ornés, pièces de titre de maroquin rouge. 3 planches dépliantes au tome II. La France littéraire. Supplément à La France Littéraire. Nouveau supplément… A Paris, chez la Veuve Duchesne, 1769-1784. 4 volumes in-12 basane blonde, dos à nerfs ornés, pièces de titre de maroquin rouge, tomaisons de maroquin vert. Usures, épidermures et frottements à la reliure. (18).
Et 300 000 euros pour le lot 47, un lot il est vrai exceptionnel et unique:
FÊTES PUBLIQUES DONNÉES PAR LA VILLE DE PARIS À L’OCCASION DU MARIAGE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN, LES 23 ET 26 FÉVRIER MDCCXLV.Estimation: 200,000 – 300,000 EUR In-folio coffret orné d’une grande plaque de maroquin bleu nuit, aux grandes armes de Marie-Charles-Louis d’Albert, Vèmeduc de Luynes, duc de Chevreuse, portant les lions des Luynes et les fleurs de lys des Bourbon-Neuchatel,  large dentelle rocaille en encadrement, avec cartouches aux angles portant le lion des ducs de Luynes, dos à 9 nerfs orné des pièces d’armes Luynes.Unique et exceptionnel recueil des 19 aquarelles originales rehaussées à la gouache, dont 9 à double page, représentant les festivités organisées à Paris, pour le mariage du Dauphin, fils aîné du roi Louis XV, avec l’Infante Marie-Thérèse d’Espagne. Le texte explicatif en fin est imprimé et entièrement enluminé. Les légendes et les encadrements sont  à l’encre de chine, en noir. Les aquarelles sont de François Blondel, le frontispice de Charles Eisen et l’allégorie du mariage de Charles Hutin. Le Mercure de France de novembre 1751 précise que la majorité des dessins a été composée par François Blondel et non par les Cochin père et fils à qui ont les attribus généralement.Dimensions : Coffret, 675 X 522 mm. Planches doubles 950 X 625 mm. Planches simples 475 X 625 mmLe mariage eut lieu à Versailles le 23 février 1745. La ville de Paris organisa une des fêtes les plus somptueuses de la Royauté, la Place Louis le Grand, la Place du Carrousel, la Place de l’Estrapade, la Porte Saint Antoine furent décorées et transformées en demeures mythologiques tapissées de rocailles. Des buffets et des orchestres furent installés dans les différents quartiers de la capitale.A l’Hotel de ville, le sculpteur Lange travailla à la décoration de la salle de bal, Duparc fournit les gobelets de faïence et on fit appel à Gersaint pour le mobilier. Commande du 30 juillet 1745:  « payer comptant au sieur Gersaint, marchand bijoutier, la somme de dix huit cent quarante trois livres que nous lui avons ordonné et ordonnaons par ces présentes pour le loyer des meubles en porcelaine par lui fournis dans différentes chambres de l’Hotel de Ville lors du bal donné par la ville au mois de février dernier à l’occasion du mariage de M. le dauphin ».Guillaume Glorieux. A l’Enseigne de Gersaint.La reliure est attribuable à Padeloup, 1685-1758. Les fers utilisés pour le décor sont identiques à ceux qui ornent l’exemplaire du roi Louis XV, conservé à la Bibliothèque de Versailles, et de l’exemplaire de Antoine-René de Voyer de Paulmy d’Argenson, garde des sceaux du roi Louis XV.La reliure de l’exemplaire des Fêtes pour le mariage du Dauphin de Marc-Pierre de Voyer de Paulmy, comte d’Argenson, posséde les planches titrées à l’eau-forte entièrement aquarellées, dans la vente le 21 mars 1996 était attribué à Padeloup.Le recueil de cartes manuscrites de la guerre de Succession d’Autriche, (tome VII), de Marc-Pierre de Voyer de Paulmy, comte d’Argenson conservé à la bibliothèque de l’Arsenal est en reliure identique portant l’étiquette de Fournier, relieur.La reliure de l’exemplaire de Madame Adélaïde en maroquin rouge orné de la même dentelle, est signé par Padeloup.La reliure des deux premiers tomes de l’exemplaire des Fables de La Fontaine, illustrées par Oudry, du vicomte Couppel de Lude, sont attribués à Bonnet, les tomes   3 et 4 en reliure différentes portent l’étiquette de Padeloup. Les planches de l’album Luynes portent une trace d’onglets, la reliure ayant été remplacée par un coffret au XIXème siècle, les plats en maroquin aux grandes armes conservés.Le titre, le frontispice, la « Vue perspective de la Place Louis le Grand », la Vue perspective de l’intérieure de la Place Dauphine,  et la planche  » Explication de la Porte Saint Antoine ». présentent des petits trous en marge, traces des fermoirs. Deux points de brunissure à la double planche « Vue perspective d’une des salles de la Place de Louis le Grand. Salissure en marge de la planche « Salle du bal », salissure à la pliure de la « Vue perspective de l’intérieure de la salle de la Place Dauphine », déchirure à la pliure de la « Salle du Carousel, petites déchirures et marge effrangée à une planche simple. Décoloration au deuxième plat de la reliure, nerfs et coupes frottés.
Si on considère ensuite les estimations décroissantes, on constate que seuls quatre lots sont estimés au dessus de 30 000 euros, trois cartes et un ouvrage, Mémoire pour Messire François Bigot, ci-devant Intendant de Justice, Police, Finance & Marine en Canada, Acccusé: Contre Monsieur le Procureur-Général du Roi en la Commission, Accusateur (1763). Assez surprenant, quand on s’attendait « à voir ce qu’on allait voir ».

  Les reliures proposées surprennent également, avec seulement une petite trentaine de lots en maroquin soit moins de 10% des lots mis en ventes. Le maroquin n’est certes pas gage de qualité, mais c’est étonnant dans une vente qui a été aussi mise en avant, et qui propose autant de livres du XVIIIe siècle.
A part les armes des Luynes d’ailleurs, c’est l’absence de cohérence qui frappe également dans cette vente. Logique me direz vous avec raison, puisqu’il s’agît d’une vente de la bibliothèque d’une famille qui a rassemblé ces ouvrages sur plusieurs siècles, et qui étaient lecteurs, hommes d’armes, etc, avant d’être bibliophiles.
Peut-être alors aurions-nous pu espérer de Sotheby’s de nous mettre en scène un peu plus judicieusement les lots, ce qui par exemple nous éviterait de passer brutalement d’un Abrégé de mécanique XVII-XVIIIe aux armes du Grand Dauphin à un livre d’heures de 1460, lui-même suivi d’un Robinson en anglais, imprimé en 1797 à Dampierre. Mais sans doute la respectable maison de ventes (aucune ironie) était-elle occupée ailleurs.
Une belle vente donc, assurément, mais certainement pas la vente dont la communication fût si bien (trop?) orchestrée.
On retient quoi alors, à part qu’on nous a pris pour des perdreaux de l’année?
Les lots 73 et 77 par exemple:
73LA FONTAINE, JEAN DE.Estimation: 8,000 – 12,000 EUR Fables choisies, mises en vers par J. de la Fontaine, nouvelle édition. Paris, chez l’auteur, 1765-1775. 6 volumes in-8 (200 x 124 mm) maroquin rouge aux armes Luynes, triple filet doré en encadrement, dos lisses ornés, pièces de titre et tomaisons de maroquin havane et vert, tranches dorées (Reliure de l’époque).
L’estimation est à rapprocher du résultat de 3600 euros pour un exemplaire en maroquin (mais sans les armes), obtenus le 1er mars 2011 à la vente Robert – Baille, des 6000 euros obtenus à la vente Piasa du 10 novembre 2005 (maroquin cerise sans armes), des 2000 euros obtenus à la vente Tajan de 2011 (5eme volume en reliure pastiche il est vrai, mais avec M. Courvoiser comme expert),… de l’exemplaire ravalé lors de la vente PBA du 7 décembre 2004 (6 volumes aux armes, en maroquin, estimés par M. Courvoisier à l’époque à 7500 euros).
O tempora, ô mores.
Un bel exemplaire donc, généreusement estimé. Mais je ne suis pas expert, et surtout qui suis-je pour me plaindre d’autres experts qui sous-estiment généralement les ouvrages dans leur catalogues? D’ailleurs, il va sans doute les faire ses 10 000 euros, non?
Le numéro 77 est également intéressant, il s’agît de la fameuse édition de 1734 du Molière:
77MOLIÈRE, JEAN-BAPTISTE POQUELIN DIT.Estimation: 10,000 – 15,000 EUR Oeuvres. Nouvelle édition. Paris, [Pierre Prault], 1734. 6 volumes in-4 (280 x 208 mm) veau brun aux armes Luynes, triple filet à froid en encadrement, dos à nerfs ornés de fleurons et pièces d’armes Luynes, pièces de titre et tomaisons de maroquin rouge (Reliures de l’époque).
Provenance Charles Philippe d’Albert (1695-1758), quatrième duc de Luynes, mémorialiste de la cour de Louis XV, pair de France et mestre de cavalerie.LitteratureCohen, 712-14.DescriptionExemplaire de premier tirage avant les corrections au mot « comteesse », tome 6, page 360.

 Portrait de l’auteur par Coypel gravé par Lépicié, un fleuron de titre répété à chaque volume, 33 figures hors texte d’après François Boucher, gravées à l’eau-forte par Laurent Cars.

 Imprimée sur papier vergé à grandes marges, cette édition fut établie par Marc-Antoine Joly d’après les textes imprimés du vivant de Molière, préfacée par M. de Serre.
Reliure usagée et frottée, coiffes fragiles, tache page 414 du tome II, légères restaurations aux coins, rousseurs et quelques cahiers très légèrement roussis.
Une estimation de 10 – 15 0000 euros qui me semble aussi légèrement élevée, si on la compare aux 11000 euros réalisés pour un exemplaire en plein maroquin d’époque à la vente Piasa du 3 mai 2011… et surtout quand on sait qu’un excellent libraire (M. Pierre Brillard de Tarascon) vend le même, en vérité en mieux, pour 8000 euros actuellement:  http://livresanciens-tarascon.blogspot.fr/2013/03/uvres-de-moliere-illustrees-par.html
Cher Pierre, si vous ne vendez pas votre exemplaire, vous savez à qui le confier 🙂
Il y a bien sûr des lots intéressants dans la vente, il y a bien sûr des lots à la dimension historique indéniable, mais on est loin de la vente de l’année.
Et si on nous avait emballé une vente assez belle avec quelques très beaux lots, histoire de nous survendre tout cela, sans oublier la belle histoire des Luynes et du chateau, du storytelling, du marketing quoi?
Chassez le naturel…


HP.S.: le catalogue est ici: http://www.sothebys.com/fr/auctions/2013/bibliotheque-ducs-luynes-chateau-dampierre/overview.html

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Lorsque l’imprimeur voit rouge

Lorsque l'imprimeur voit rouge

Amis Bibliophiles Bonsoir,

En complément de mon message sur le trafic, que vous trouverez ci-dessous, je vous propose ce soir un message de Bertrand « L’Imprimeur voit rouge », que je compléterai mardi ou mercredi (pour cause d’énigme demain) avec mon propre message « L’imprimeur est carrément devenu daltonien »… Quel feuilleton, c’est carrément du Dumas!

Laissons la parole à Bertrand , lorsque l’imprimeur voit rouge…

« Chers amis, je vais vous entretenir aujourd’hui d’un sujet qui ne me semble pas avoir occupé beaucoup de pages dans les annales de la bibliographie matérielle et descriptive.

J’ai hésité à donner pour titre à cet article : « Caprice d’imprimeur » et puis j’ai trouvé que finalement le titre ci-dessus était plus parlant, mais certes, moins littéraire.

Ainsi donc je vais vous parler des livres anciens dont la page de titre et seulement la page de titre est imprimée intégralement en rouge.

Vous avez tous ici, je suppose, eut en mains des ouvrages du XVIè, XVIIè, XVIIIè et du XIXè siècle dont la page de titre était imprimée en rouge et noir. C’est élégant, et somme toute assez commun. Les productions sorties des presses hollandaises notamment (Neaulme, Gosse, Elzevier, Marteau, etc) en sont les meilleures illustrations.

Mais avez déjà souvent rencontré dans vos pérégrinations bibliophiliques des ouvrages dont la page de titre est intégralement imprimée à l’encre rouge ?

Si tel est le cas, vous avez eu énormément de chance car je crois pouvoir affirmer que ce genre d’impression est assez rare pour ne pouvoir vous en citer que trois exemples (d’après mes rencontres). Les voici.

Tout d’abord, il y a quelques temps, j’ai eu l’opportunité d’acquérir un ouvrage fort rare des comédies de Plaute dans une édition lyonnaise datée de 1513, faite à l’imitation de Junte de Venise. C’est un petit in-8 dont seule la page de titre est imprimée en rouge. Ce qui rend l’ouvrage charmant et insolite. Voir la reproduction de la page de titre ci-dessous
Sans autre référence concernant les ouvrages imprimés au XVIè siècle, voire au XVè siècle (incunables), il me semble néanmoins avoir déjà croisé, de ci de là, au gré de mes lectures cataloguesques, quelques exemplaires d’ouvrages dont la page de titre était également entièrement en rouge (mais je n’ai pas d’autres références exactes à citrer pour le XVIè siècle). Peut-être n’est-ce pas si rare pour cette période du premier siècle de l’imprimerie que pour les suivants ??

Concernant le XVIIè siècle je n’ai aucun exemple à vous donner, n’en ayant jamais rencontré. J’attends donc vos propres exemples si vous en connaissez.

Passons maintenant au XVIIIè siècle. J’ai la chance de pouvoir vous exposer deux cas.

Le premier dont je viens de faire très récemment l’acquisition, justement pour cette raison (page de titre en rouge) et pour illustrer ici mon propos.

Il s’agit des Nouvelles Lettres Persanes, traduites de l’anglais. Ouvrage publié à Londres en 1735, sans indication d’imprimeur.

Les deux tomes sont reliés en un seul volume. Les deux pages de titre (voir ci-dessous) sont ornées d’une belle et grande vignette et sont entièrement imprimées en rouge.

L’ensemble du corpus de texte étant imprimé en noir. Cet ouvrage qui est une bonne imitation (ou continuation) des Lettres persanes de Montesquieu. L’ouvrage original anglais serait d’après Barbier et divers auteurs de Littleton.

L’autre ouvrage que nous pouvons citer pour le XVIIIè siècle est une véritable énigme bibliographique par ailleurs :

L’enfant trouvé, ou l’histoire du chevalier de Repert, écrite par lui-même. Ouvrage édité à l’adresse (fictive ?) de Paris, aux dépens de la Société, en 1738, 1739 et 1740. Il est composé de neuf parties d’une centaine de pages chaque, toutes avec une page de titre intégralement imprimée en rouge (voir ci-dessous). Les trois premières parties sont datées 1738, les trois suivantes de 1739 et enfin les trois dernières de 1740.

Nous avons donc ici, fait assez exceptionnel pour être remarqué, neuf pages de titres en rouge avec à chaque fois le corpus de texte entièrement en noir. Chaque titre est orné d’un petit fleuron typographique identique pour toutes.

De cet ouvrage, je ne sais rien ou presque. Ni l’auteur, ni le lieu d’impression exacte. La seule chose que j’ai pu facilement constater est qu’il ne se trouve pratiquement nulle part référencé.

C’est un oublié des bibliographes !

On en trouve cependant un exemplaire (première partie), numérisé dans Google Livres. La page de titre s’y trouve également en rouge. Il y en a un exemplaire des six premières parties seulement au catalogue de la bibliothèque de Nîmes (Google Livres). M. de La Vallière en possédait un exemplaire complet dans sa bibliothèque sous le numéro 9179 où il est précisé que l’impression serait d’Amsterdam. De toutes les bibliothèques présentes au catalogue collectif informatisé des bibliothèques de France, seule la Bibliothèque Nationale de France en possède un exemplaire complet.

Mais laissons là le mystère qui entoure cet agréable ouvrage de littérature de mœurs (que j’ai lu intégralement avec force plaisir je dois le dire). Les informations que chacun pourra apporter afin d’éclairer l’histoire de cet ouvrage seront bien évidemment précieuses et je vous en remercie par avance.

Alors que penser de ces pages de titre en rouge intégral ?

Fantaisie d’imprimeur ? Essai ? Demande express d’un amateur ?

A vrai dire je n’ai pas la réponse et vous la soumet plutôt. Je ferai simplement quelques remarques.

Premièrement, ce type de page de titre, à ce que j’ai pu constater, se rencontrent rarement.

Deuxièmement, j’étais convaincu, encore il y a peu, que toute l’édition d’un même ouvrage dont je possédais un exemplaire avec la page de titre en rouge était avec la page de titre en rouge. Je suivais en cela l’information donnée par Brunet concernant le Plautus de 1513 qui donne cette édition avec le titre en rouge.

Je suis cependant détrompé maintenant car j’ai pu localiser un exemplaire des Nouvelles Lettres persanes de Littleton, 1735, avec les pages de titre en noir ! Cela remet évidemment en cause le fait que l’ensemble de l’édition était tirée avec tous les titres en rouge.

Alors combien d’exemplaires avec les titres en rouge ? Pourquoi ?

Autant de questions qui sans aucun doute resteront sans réponse…

A vous de dire maintenant. Évidement le plus intéressant serait de recenser un maximum d’exemplaires présentant cette particularité bibliographique qui en fait des curiosités (pour moi en tous les cas). Envoyez vos photos de pages de titre en rouge à Hugues par e-mail, nous en ferons la synthèse.

En espérant que vous aurez pris du plaisir à lire cette esquisse bibliographique,

Amitiés bibliophiliques, Bertrand.

Merci Bertrand,

Hugues

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12 Commentaires

  1. Howdy, i read your blog occasionally and i own a similar one and i was just curious if you get a lot of spam feedback? If so how do you reduce it, any plugin or anything you can recommend? I get so much lately it’s driving me mad so any help is very much appreciated.|

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  3. Bonjour,

    J'en avais parlé avec Anne Heilbronn, j'étais étonné finalement qu'il n'y ait qu'environ 6000 ouvrages en vente, alors qu'un descriptif du début du siècle faisait état de 18000 volumes. Apparemment il y eu des donations nombreuses de très belles pièces ( peut-être pour payer les successions ? )

    Bon j'étais sorti de ma léthargie bibliophilique pour cela, je suis un peu déçu, je me rendors pour quelques mois.

    a bientôt,
    Yohann de ebibliophilie.com

  4. Ce qui m'étonne c'est l'estimation du N° 66 pour un livre d'heure du XVe avec 15 miniatures 12000 a 15000 euros, il se mouille pas ? Cela devrait exploser au vu des précédents résultats de ce type d'ouvrage ?

    Daniel B.

  5. Effectivement Hugues, c'est une vente qui ne tient pas ses promesses!
    2/3 livres vraiment exceptionnels et le reste pas tout mauvais, mais pas tout bon non plus…
    Je pense qu'il y a belle lurette que que beaux exemplaires de cette bibliothèque prestigieuses ont été vendus (ou saisis puis dispersés).
    Dommage!
    On va se concentrer sur autre chose 🙂
    Wolfi

  6. Voilà qui est bien dit. Question: le catalogue de vente inclut-il tous les livres à vendre ?
    ou bien certains (les plus belles pièces ?) ont-ils été déjà acquis, séparément, avant la vente d'avril, par certains libraires ?

  7. Merci, Hugues, pour ce coup de projecteur sur un des ouvrages de la boutique. Il est toujours délicat d'assurer que l'on ne s'est pas trompé lorsqu'on fait une estimation. Bien évidemment, il y a le prix d'achat mais il y a aussi le juste prix entre la tendance du marché et notre amour pour l'ouvrage (on le défend, tout de même !).

    L'expert et je l'ai vécu une fois, est pris entre la tendance baissière du commissaire priseur, la tendance haussière du propriétaire et la réalité des frais annexes. Il a pour lui le buzz et le jeu déraisonnable des enchères ;-))

    J'attendrai le résultat de la vente pour ajuster le prix de mon exemplaire au marché. En attendant, je vais brûler quelques cierges ;-))

    Je vais néanmoins lire ce soir, comme vous, ce catalogue avec plaisir. Pierre

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