Il n’y plus rien au Grand Palais? Mon oeil, le beau compte-rendu de Calamar

Amis Bibliophiles bonsoir,
Le dernier catalogue de l’excellente librairie Anne Lamort s’ouvrait sur ces mots de Fernand Vandérem (in La Bibliophilie nouvelle, 1929): « Il semblait, à première vue, que la crise dût déchaîner sur le marché une avalanche d’ouvrages précieux dont la dureté des temps contraindrait leurs propriétaires à se défaire. Or, loin de là, chez les amateurs comme chez les libraires, ce n’est qu’un cri : « On ne trouve rien ! » »

On ne trouve rien? Voyez donc ci-dessous le compte-rendu de Calamar, après une journée passée au Grand Palais.
Le Salon du Livre Rare (à noter le changement de nom ; le livre à rechercher est rare,il n’est pas forcément ancien) et de l’Autographe. Ou plus simplement : le salon du Grand Palais.De bon matin (environ 11h tout de même), le Grand Palais ouvre ses portes. Avec Pierre, sérieux comme l’exige le Culte, nous pénétrons dans le Temple…

Première direction, à droite toute : la partie Estampes, à ne pas négliger. Si vous n’y allez pas tout de suite, vous risquez ensuite de ne plus trouver le temps ! et ce serait dommage.
Cette partie du Salon présente des trésors, ainsi que des pièces abordables, de tous styles, toutes techniques et époques. J’ai notamment apprécié des livres de grands naturalistes, avec leurs estampes coloriées, très impressionnantes, comme le John Gould. Sur un autre stand on trouvait des gravures de Piranese, très reconnaissables. Un troisième montrait des dessins de peintres suisses, d’une finesse et d’une précision étonnantes. Le choix était vraiment large, en styles, époques comme en prix. Si j’avais eu un bout de mur à meubler, j’aurais trouvé mon bonheur !
Mais il ne faut pas oublier l’essentiel : un gravure prend la place d’une bibliothèque. Allons donc voir ce que le Salon nous propose pour la remplir.
La partie Livres (rares) n’est pas mal non plus. Je n’ai pas fait détailé chaque étagère ou vitrine de chaque stand, trop nombreux pour être sérieusement étudiés en une seule journée. Mais cette visite partielle suffit à combler l’amateur.
Les reliures doublées sont légion. Marius-Michel, Chambolle-Duru, Affolter, David, Lortic et autres maîtres du XIXe siècle sont présents sur de nombreux stands. Un vrai musée de la reliure !
Goût personnel ? il m’a semblé voir proportionnellement moins de belles reliures plus anciennes.

Le Temple de Gnide, Didot, 1796, gravures d’après Peyron, reliure de Bozérian, librairie Bichsel.
J’ai remarqué tout de même, sur le stand de la librairie Bichsel de Zürich, plusieurs éditions de Didot, reliées magnifiquement par Bozérian.
Le stand de la librairie des Deux Elephants présentait un ensemble impressionnant de cartonnages Hetzel, principalement sur des Jules Verne. Il montre bien l’étendue possible de cette collection.

Les Philippe, de Jules Renard, chez Pelletan, plat comportant un cuir incisé de Paul Emile Colin, librairie Koegui.
Parmi les nombreux stands où nous nous sommes arrêtés, avec Pierre, un des plus impressionnants est peut-être celui de la librairie Koegui. Il regroupait un ensemble de livres rendus uniques par les ajouts effectués (dessins, lettres, envois). Deux ouvrages m’ont particulièrement retenu : Les Philippe, de Jules Renard, illustré par Paul Emile Colin, chez Pelletan, dans une reliure incorporant un cuir incisé, et « Sur une urne grecque », de Keats, toujours chez Pelletan, exemplaire numéro 1, pour Adolphe Bordes, contenant tous les dessins et maquettes de l’édition, dans une reliure de Marius-Michel.

Sur une urne grecque, de Keats, chez Pelletan, exemplaire d’Adolphe Bordes, reliure de Marius-Michel, librairie Koegui.

Le Spleen de Paris, illustré par Luc Lafnet, reliure de Cretté, librairie Michel Bouvier.
Sur le stand de la librairie Michel Bouvier, « Le Spleen de Paris », édité par les Bibliophiles Franco-Suisses, était bien tentant. L’exemplaire, composé pour Albert Malle (grand père de Louis Malle), est enrichi de 35 dessins originaux de Luc Lafnet, dans une magnifique reliure de Cretté.

Bois pour une couverture de livraison des Françaispeints par eux-mêmes, Bouquinerie Aurore.
Mais un des chocs de cette visite nous a été donné par la Bouquinerie Aurore, de Rouen, qui présentait un ensemble de bois originaux issus de la maison Curmer : 60 bois pour la fameuse édition de Paul et Virginie, et 18 bois pour Les Français peints par eux-mêmes.

Bois pour Paul et Virginie, le nid, Bouquinerie Aurore.
Un catalogue spécial a été édité pour l’occasion ; à défaut des bois qui ne sont pas vendus séparément, on peut tout de même en avoir un souvenir !

Bois pour Paul et Virginie, Virginie au bain, et son tirage, bouquinerie Aurore.  Le second choc important, nous l’avons eu sur le stand de la librairie Prévost, presque par hasard. En effet, si les bois de Curmer étaient bien visibles, l’ensemble que présentait la librairie Prévost demandait un peu d’attention pour être remarqué. Un volume broché, d’un livre illustré par Raphaël Freida, se cachait au fond d’un rayonnage.

Freida, projet de page de titre pour Oedipe Roi, librairie Prévost.
Après l’avoir extrait, nous découvrîmes en le feuilletant qu’il était en fait composé des bons à tirer de l’artiste ! au fil de la discussion qui s’ensuivit, nous avons alors découvert et admiré un ensemble unique, réuni par un amateur en vue d’une publication qui n’a pas vu le jour.

Freida, essai retravaillé pour les Poèmes Barbares, librairie Prévost.
Tous les livres de Freida sont là, ainsi que des projets non aboutis, et toujours dans des états uniques : composés de bons à tirer, d’essais, de suites hors commerce, de dessins, d’aquarelles, truffés de lettres entre Freida et ses éditeurs. Le tout montre un artiste perfectionniste, qui s’entend mal avec ses éditeurs, ce qui peut expliquer le tout petit nombre de publications (seulement cinq livres illustrés par Freida).

Freida, projet de frontispice avec variante, pour Thaïs, librairie Prévost.
L’ensemble a donné lieu à un catalogue de 37 numéros, que tout amateur de Freida se doit d’avoir (à défaut de pouvoir acquérir un des lots en question).  Une grande journée donc, surtout si on pense aux amis rencontrés, si peu souvent, à cette occasion. 

Merci donc à Hugues (qui m’a poussé à venir) et à Pierre avec qui j’ai partagé ces découvertes.

Calamar.

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Lauverjatiana IV: au fil des catalogues

Lauverjatiana IV: au fil des catalogues

Amis Bibliophiles Bonjour,

Je suis au milieu des cartons et je cède volontiers la parole à Gilles, pour une quatrième Lauverjatania, ou lecture attentive, sélective mais éclectique des catalogues de libraires reçus ces derniers jours/semaines. Si les amis libraires qui nous lisent souhaitent que leur catalogue soit ainsi présenté, qu’ils n’hésitent pas à me contacter.À la librairie Michel Bouvier (14, rue de Visconti à Paris), le catalogue n° 15, illustré en noir et blanc, in quarto compte 235 numéros variés. De François-Etienne-Victor de Clinchamp, “Nouveau traité de la perspective des ombres et de la théorie des reflets, à l’usage des artistes…” chez Sautelet à Paris en 1826, cet in-quarto broché comporte 27 planches hors texte. Clinchamps y décrit ses inventions l’angulomètre, le hyalographe et le noctographe (250 euros) . “Cymbalum mundi” de Bonaventure Des Periers, une édition in 12 en veau époque imprimée à Amsterdam chez Prosper Marchand en 1732, avec un frontispice de Picart et un ex-libris du prince Roland Bonaparte (480 euros). Un des beaux livres illustrés du XVIIIe, “Fables nouvelles, dédiées au Roy. Avec un discours sur la fable” imprimé à Paris chez Dupuis en 1719 contient un fontispice de Coypel et cent vignettes des meilleurs illustrateurs et graveurs du temps (Picart, Coypel, Cochin, Tardieu…. Le livre complet est recouvert d’une basane de l’époque (1700 euros). 
Une plaquette de 4 pages in-4, “Déclaration du Roy , concernant les recommandaresses & Nourice. (Sic)” imprimée à Paris chez Pierre Simon en 1727 (60 euros). Le “Théâtre des boulevard ou recueil de parades” à Mahon par Gilles Langlois, en 1756, en 3 volumes in-12 reliés en veau marbré de l’époque à dos lisse, je crois devoir ajouter que l’adresse est fictive (pour Paris) et que l’exemplaire de la bibliothèque de Jean Meyer adjugé à Paris le février dernier en maroquin du XIX à fait 450 euros plus 20 % de frais. (380 euros). De Frédéric Tschudi, “Les Alpes. Description pittoresque de la nature et de la faune alpestre” donné à Berne, Strasbourg et Paris par Treuttel et Wurtz en 1859, un exemplaire en chagrin au dos lisse orné comptant 24 planches (200 euros). L’E.O de “Servitude et grandeur militaire” de Vigny enfin, à Paris chez Bonnaire et Magen en 1835 dans une reliure demi-veau, dos lisse orné de l’époque (6000 euros).La librairie Farfouille perche au fond à gauche du passage Verdeau, au 27, un des beaux lieux de Paris à deux pas de l’hôtel Drouot. Le catalogue touffu de mars compte 1458 numéros dont 154 pour les livres anciens. De Beaumarchais “La folle journée ou le Mariage de Figaro…” E.O. in-8, de 1785 imprimée au palais-royal chez Ruault, relié en basane avec les “Observations sur le mémoire justificatif de la cours de Londres…”,1779 (150 euros). 
Un autre exemplaire relié avec la troisième édition du Barbier et quatre autres plaquettes de Sedaine, Moreau, Lancival et Chénier (200 euros). “Menagiana ou les bons mots et remarques… de Monsieur Ménage …” la deuxième édition, de 1694, à Paris chez Florentin et Pierre Delaulne, un in-12 demi-basane pour apprendre à médire avec esprit de son voisin (80 euros). 
Beaucoup plus loin dans ce catalogue nous trouvons quatre catalogues de fondeurs modernes dont “maison Laurent et Deberny.Deberny et Cie. le livret typographique. Spécimen de caractères” Paris, 1907 in-8 cartonnage éditeur (60 euros). De Nodier “ Mélanges tirés d’une petite bibliothèque ou variétés littéraires et philosophiques” Paris, Crapelet 1829, in-8 en édition originale brochée couvertures et dos avec manques (80 euros).Autres couleurs pour la librairie in-quarto, 34 rue Fort-Notre-Dame à Marseille et son hors-série numéro 8. Les livres illustrés modernes sont la spécialité de la maison, le catalogue l’est donc aussi et si l’illustrateur est célèbre, c’est à son nom et non à celui de l’auteur que le livre est référencé. Paul-Emile Becat illustre ainsi “les Amours” de Ronsard aux Heures Claires à Paris en 1959, de 20 gravures en Noir. Le livre est un petit in-4 en demi-chagrin rouge, tête dorée, il s’agit d’un des 40 sur vélin avec une suite avec remarques et une planche inédite (650 euros). “Les chansons de Salles de Garde illustrées “ illustrées par Joseph Hemard, imprimées Au Quartier latin (1930), sous forme d’un in-8 plein vélin gouaché et illustré d’un monôme bachique des personnages d’après Hemard se poursuivant d’un plat à l’autre, tête dorée, 11 hors-texte (600 euros). Au chapitre des livres sur la Provence, j’ai remarqué “Lou Libre de l’Amour” de Théodore Aubanel, publié à Marseille par les bibliophiles de Provence en 1928. L’ouvrage tiré à 125 exemplaires est orné de deux états du frontispice et de 18 enluminures aquarellées à la main par l’artiste Etiennette Gilles, et de deux aquarelles originales. La reliure reproduite dans le catalogue, (en noir et blanc) en maroquin rouge est décorée d’un réseau de losanges dorés formant grillage avec de petits coeurs aux intersections, elle est signée Chabert (750 euros).La librairie Crespin est située 23, rue des Bouchers à Saint-Quentin dans l’Aisne. Elle livre un catalogue varié classé par catégories. Au rayon bibliographie je remarque, de Léon Gruel, “Conférences sur la reliure et la dorure des livres…” chez H. Leclerc en 1903 un in-8 broché de 69 pages (60 euros) et de Bracquemond “Etude sur la gravure sur bois et la lithographie” imprimé pour le bibliophile Henri Béraldi en 1897 avec un ex-dono de l’auteur à celui-ci. Ce livre broché au tirage limité à 138 exemplaires sur vergé, cherche enfin un lecteur car il est non coupé (250 euros). 
Du côté des illustrés, un livre petit in-4 sur le Bourbonnais de Valery Larbaud, “Allen” orné de bois gravé de Paul Deveaux, (Horizons de France, 1929), un des 50 sur Japon impérial, avec suite signée de l’illustrateur et note de l’auteur sur une page de garde (280 euros). De Villon enfin, “Le testament” illustré de 147 eaux-fortes de Maurice l’Hoir, un in-folio en feuilles sous emboîtage tiré à 200 exemplaire (300 euros).La librairie Pages d’Histoire / librairie Clio est comme ses noms l’indique 100 % historique à Paris, 8 rue Bréa. Le catalogue de mars présente 952 numéros classés par chapitres de l’antiquité à la seconde guerre mondiale auxquelles s’ajoutent les Généralités, Paris, le Régionalisme, la Généalogie et les Voyages… 
Beaucoup d’ouvrages récents ou de documentation donc; signalons cependant “Les historiettes” de Gédéon Tallemant des Réaux, qui dressent le portrait des gens en vue au XVIIe et ne furent publiées par le bibliophile Monmerqué, qui en possédait le manuscrit, qu’au XIXe seulement. C’est ici la troisième édition, en neuf volumes in-8 chez Techener, 1854-1860, en reliures demi-chagrin vert d’époque (450 euros). Très classique, “Le Mémorial de Sainte-Hélène…” du comte de Las Cases, chez Ernest Bourdin à Paris, en 1842, en deux volumes petit in-4° en demi-chagrin vert à coins d’époque au dos lisse orné d’un décor romantique doré. Le livre comporte 27 bois gravés sur chine, 600 vignettes, deux cartes hors texte, 2 frontispices et 2 faux-titres gravés (300 euros). “De l’Allemagne” de Heinrich Heine nouvelle édition…considérablement augmentée, chez Michel Levy, 1866 en deux volumes in-12 demi-maroquin carmin de l’époque (100 euros). “L’Algérie ancienne et moderne…” par Galibert, à Paris chez Furne en 1844, un volume in-4 demi-chagrin de l’époque illustré de 23 hors textes sur acier et 12 planches de costumes militaires en couleurs (250 euros).

Bonnes chasses à tous.
Gilles.

Merci!
H

2 Commentaires

  1. Une bien belle description. J'aurais aimé y être et vos retours font d'autant plus regretter cette absence.

    Merci beaucoup pour ces compte-rendus et pour ce blog.

    Thomas

  2. Bravo à Calamar pour ce compte-rendu étayé. Quelle mémoire ! Je dois cependant préciser qu'après notre passage au Salon du Grand Palais, s'il y avait encore des livres, il y en avait plus… avant, qu'après !

    De mon côté, j'ai été raisonnable à mon corps défendant. La qualité des ouvrages présentés par mes confrères est remarquable et si l'on est, tant soit peu, amateur de textes fin 19eme/début 20eme dans de belles reliures signées, le choix est conséquent et les prix serrés.

    Une mention particulière doit être attribuée à tous les libraires pour leur accueil. On peut toucher les beaux livres : j'ai essayé – on peut ! En fait, c'est plus facile à deux car si la curiosité se double alors, la pudeur disparait de moitié ;-))

    Cette année encore, j'ai apprécié le stand d'accès à la bibliophilie avec une offre alléchante en prix. Je ne m'en suis pas privé, je dois le dire. Et puisque Christian tenait à remercier Hugues et votre serviteur, j'en profite aussi pour faire de même avec Hugues et Calamar. Notre arrêt sur le stand de la librairie Prévost restera marqué dans ma mémoire par un écarquillement des yeux : avez-vous déjà vu deux amateurs de Freida avec les yeux pétillants de joie mais bridés par une discrète retenue avant que de demander le prix des exemplaires à la vente ?

    Peut-être terminerons-nous un jour, avec Calamar, l'œuvre de l'amateur qui avait réuni ces exemplaires ? Pierre

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