Portrait : Nollet, un abbé physicien

Amis Bibliophiles Bonsoir,

C’est Bernard qui vous propose ce soir un portrait de l’abbé Nollet. Un grand merci à lui.

Portrait de Nollet : Portrait XVIIIeme gravé par Jacques Firmin Beauvarlet d’après le pastel de La Tour.

Œuvres de Nollet

Enfant d’une famille pauvre, Jean Antoine Nollet (1700-1770), choisit la carrière ecclésiastique. Il obtient en 1724 le titre de bachelier de la Faculté de théologie de l’Université de Paris et est consacré diacre en 1727. Dès 1728, il travaille avec René-Antoine Ferchault de Réaumur et Louis XV le nomme maître de physique et d’histoire naturelle des enfants de France (enfants du roi). Très bon orateur, il donne la première de ses « causeries expérimentales » en 1735. Le succès est immédiat et Nollet est connu à travers l’Europe savante. En 1736, il part en Hollande où il rencontre Petrus van Musschenbroek, le plus célèbre des physiciens newtoniens du moment. Il entre en relation avec les savants de son temps, en particulier Benjamin Franklin. En 1738, il publie son premier ouvrage :

Programme ou idée générale d’un cours de physique expérimentale.
En 1739, Nollet passe six mois à Turin auprès de Charles-Emmanuel III, roi de Sardaigne et duc de Savoie pour lui enseigner la physique expérimentale. La même année, il est élu membre de l’Académie des Sciences. En 1746, Musschenbroek rend compte d’une découverte fondamentale , l’effet de la décharge électrique à travers le corps humain. Cette effet spectaculaire relance les recherches sur l’électricité. Nollet s’y consacre alors presque exclusivement ; il devient « l’électricien de France ». En 1746 il publie son premier ouvrage sur le sujet :

Essai sur l’électricité des corps.
Nollet y expose sa théorie de l’électricité : Pour lui, la cause générale des phénomènes électriques est « l’effluence et l’affluence simultanées d’une matière très subtile, présente partout et capable de s’enflammer par le choc de ses propres rayons ». En 1749, il répond aux attaques de ses adversaires en publiant ses

Recherches sur les causes particulières des phénomènes électriques.
Le système de Nollet jouira en Europe d’un large consensus jusqu’en 1752, date à laquelle paraît en France l’ouvrage de Franklin :

Expériences et observations sur l’électricité faites à Philadelphie en Amérique.

La théorie qui y est développée s’oppose à celle de Nollet. Franklin pense que tous les corps possèdent un fluide particulier, le fluide électrique ; ceux qui en ont en plus (trop), sont dits chargés positivement ; ceux qui en ont en moins (pas assez), sont dits chargés négativement. Il s’en suit une longue controverse que Nollet rend publique en 1753 dans ses

Lettres sur l’électricité.
Deux autres volumes paraîtront en 1760 et 1767.

Entre 1743 et 1764, Nollet rédige et publie ses Leçons de physique expérimentale en six volumes.

Edition Amsterdam

Les planches de l’édition hollandaise ont été regravées et diffèrent légèrement de celles de l’édition parisienne.

Planche de l’édition parisienne
Planche de l’édition d’Amsterdam.
Ces leçons ont eu une dizaine d’éditions et ont servi à l’enseignement jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. Enfin, en 1770 paraît, en trois volumes, le dernier ouvrage de Nollet :

L’art des expériences, ou avis aux amateurs de la physique.

Nollet a été non seulement un génial expérimentateur, mais également un excellent artisan ; il est l’inventeur de nombreux appareils qu’il vendait aux amateurs. Par exemple, en 1739, Nollet a vendu à Voltaire un cabinet de physique pour la somme colossale de 10 000 livres. Voltaire, en payant la note, ne pouvait que s’exclamer: « L’abbé Nollet me ruine ». Mais il ajoute : « il est beaucoup plus aisé de trouver de l’argent qu’un homme comme luy.».
C’est dans ce dernier ouvrage que Nollet décrit avec minutie la fabrication et le mode d’emploi de tous ses appareils. Ceux-ci sont de véritables objets d’art dont quelques spécimens sont conservés dans certains musées. Si vous voulez en avoir une idée, je vous conseille de consulter le superbe ouvrage « L’art d’enseigner la physique », paru chez Septentrion en 2002. Cet ouvrage contient de magnifiques photos et une bibliographie exhaustive de Nollet réalisée par Jean-François Gauvin et Anthony Turner, libraire aimable et érudit que vous avez peut-être déjà rencontré dans certains salons.A l’âge de 56 ans Nollet obtient la chaire de physique expérimentale du collège de Navarre, puis un poste à l’école du génie de Mézières. En 1762, il est élevé au rang de Directeur de l’Académie des Sciences.

Merci beaucoup Bernard,H

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Xavier : Portrait d’un Bibliopégimane

Xavier : Portrait d'un Bibliopégimane

Amis Bibliophiles Bonjour,

Comment les autres vivent-ils leur bibliophilie? Vous le saurez en lisant les portraits de bibliophiles que je vous propose régulièrement sur le blog.

Aujourd’hui, découvrez Xavier, qui sera présent au dîner des bibliophiles le 17/12, et dont l’approche est très particulière.

Bonjour Xavier, pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre bibliothèque?

Bonjour à tous, je m’appelle Xavier, j’ai 42 ans, dans la vraie vie j’ai un emploi dans la sécurité informatique (spécialité les…virus), donc… très (trop) éloigné des livres.
Ma bibliothèque est en grande partie constituée d’ouvrages sur la reliure, de catalogues d’expositions, manuels de réparation en Français et en Anglais, manuels de dorure ou de son histoire, de fabrication de chemises/étuis et autres boîtes de protection, de manuels de bibliophilie, d’ouvrages sur les moulins à papier, de papier marbré, imprimeurs/caractères, filigranes, etc.
Depuis quand la passion de la bibliophilie s’est-elle emparée de vous?

Ma passion des livres remonte à mon enfance. La bibliophilie à proprement dit, m’est venue vers 1994, en suivant des cours du soir de reliure d’art, j’ai suivi ces cours durant 3 ans. J’y ai appris l’art de faire, mais pas la rapidité, et à partir de ce moment j’ai commencé à rechercher des livres qui « méritaient » une reliure de protection, et j’ai travaillé dessus lors des mes cours; car on ne relie pas n’importe quoi, il faut que l’ouvrage le mérite.
Par la suite, on m’a enseigné à garder toutes les parties d’un livre, d’où le fameux « couv. et dos. cons. » Aujourd’hui, je parle plus de reliure que je n’en fais, je reprendrai des cours en 2008 pour me « remettre dans le bain » et mobiliser du temps pour cette activité.

Donc depuis quelques années, je me sers de ces acquis pour effectuer les quelques réparations de mes livres, (nettoyage, réparation de pages, recollage de dos, etc.)
Quels sont vos domaines de prédilection, ou votre approche est-elle éclectique et vous fonctionnez au coup de cœur?

On l’aura deviné….LA RELIURE et tout l’art du livre, books on books disent les Anglophones. Et à une moindre échelle : esoterica, brigandage, crimes et délits, pirates des mers, un peu de curiosa, et les ex-libris

Où achetez-vous vos livres? Internet salons, libraires?

Je n’achéte sérieusement « un peu plus cher » que depuis fin 2005, ma collection est déjà bien fournie. Ici, j’ai fait le calcul : 28% sur internet, 18% Ebay, 32% les librairies, 11% les salons, 11% pour les SVV (chiffre en nette progression).
Ceci mérite des explications.
28% d’achat via internet veut dire : achats à des libraires lointains (étranger, France, quand je peux je récupère en main propre), via AbeBooks, Oak Knoll, ViaLibri, Chapitre, PriceMinister…
32% d’achat en librairie signifie : achat en direct à la BNF/BHVP (cat. d’expositions)/libraires des puces de Clignancourt, Parc Brassens (très peu d’achats).
11% de SVV en France/Belgique, enchères par téléphone ou assis dans la salle, mais plus jamais par ordre d’achat ferme (NDLR : un sujet que j’aborderai bientôt).
Quel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?

Je rêve devant :
les Grolier, Maioli, Pillone, les roses de Redouté, la chronique de Nuremberg, Duhamel du Monceau et son Traité des arbres fruitiers et sur ces constructions navales, les reliures médiévales, islamiques, les reliures de Cretté (le MAITRE des filets), etc.
et ….je ne rêve pas devant : les reliures à plaques, les pleines toiles éditeur (même si c’est pratique pour « les outils du libraire »)
et ….. j’aime discuter avec : Mr de Verbizier (le doreur de la rue Buffon, à Paris), Mr Desmars (avec lequel j’ai suivi ses cours « d’initiation à la bibliophilie », Galaxidion/association GIPPE)
Je possède et ils me sont chers :
– Mon tout premier achat « sérieux » (10 ans déjà) en bibliophilie :
R.Devauchelle- La reliure, recherches historiques, techniques et biographiques sur la reliure Française, édition de tête et son portfolio, achat en librairie, et un autre Devauchelle et « La Reliure en France, de ses origines à nos jours. 1959-1961 », acheté en salle.
– A.Jammes-La réforme de la typographie royale sous Louis XIV, le Grandjean. Gr. in-folio de 1961, achat en SVV (une bouchée de pain !)
– Mes ouvrages d’Octave Uzanne, Gumuchian et son catalogue de Reliures du XVe au XIX siècle, Béraldi et son pendant les 4 volumes de Ch.Meunier (un régal !), mes quelques livres de Marius Michel, les 2 manuels de reliure de Gruel, mes catalogues de ventes Beraldi, Bérès, Rahir, Vicaire…
– Enfin, deux de mes livres favoris sont « le catalogue des livres de M. le comte de Fortsas », et son analyse par Vincent Fuente-Histoire de la bibliothèquedu comte de Fortsas ». Tout deux disponibles aux éditions des cendres (un achat économique !). (NDLR, j’en ai déjà longuement parlé sur le blog, si le sujet vous intéresse).

Enfin, vous êtes un visiteur fidèle du blog… qu’en attendez-vous? »

En premier qu’il m’instruise et me distraie, j’aime beaucoup y lire les débats (y ont étés parfois virulents à mon goût, mais depuis quelque temps, la barre a été redressée et j’apprécie vraiment beaucoup plus)

Merci beaucoup Xavier, à bientôt!

H

Les Images :
– Uzanne : L’art dans la décoration extérieure des livres en France et à l’étranger. Les couv. illustrées, les cartonnages d’éditeurs, la reliure d’art
P., L-Henry May,1898, in-4. 64 ill. h.t, III-307pp , 128 ill. en coul. par Louis Rhead. couv. art nouveau réalisée en couleurs par l’artiste d’origine américaine Louis Rhead (1857-1926)
Maroquin citron, dos à nerfs orné et mosaïqué, plats encadrés d’une large mosaïque de mar. bleu foncé, de filets dorés et d’un semis de fleurons au centre des plats repoussés, dentelle intérieure, gardes de moire. [Becquet]. Les couv. illustrées en couleurs cons.
– Uzanne : La reliure moderne, artistique et fantaisiste
P., Rouveyre, 1887, front. gravé de Lynch, et de 72 pl. ht représentant des reliures, chaque pl. est protégée par une serpente qui porte un numéro et la description de la reliure.

– Maruis Michel : Exposition rétrospective. Mai-juin 1927.
P., Ecole Estienne, 1927.
In-4 br, couv. imprimée. Catalogue de cette exposition rétrospective consacrée à Marius Michel au Palais des Beaux-Arts de la Ville de Paris en mai-juin 1927.

– Gruel : Manuel historique et bibliographique de l’amateur de reliures
Paris, Gruel, Engelmann et Leclerc, 1887-1905. in-4.
L’ill. comprend de très nombreuses pl. en héliogravure et en chromolithographie h.t.
Tiré à 1000 ex. numérotés pour le premier vol. (à 50 ex. sur japon, 250 sur papier des Vosges et 700 sur Rives) et 700 numérotés pour le second (à 50 ex. sur japon, 50 ex. sur papier des Vosges et 600 ex. sur Rives)
2 vol. in-4, reliure différente sur chaque vol., v1 : ex. 666, demi reliure genre monastique, veau, coins, composition de fers estampés à froid à la main, signée [Gruel] en queue, dos à 5 nerfs ornés
v2 : ex. 312. dos à 5 nerfs)
– L’enfer : Apollinaire (G.), Fleuret (Fernand), Perceau (Louis)-L’enfer de la Bibliothèque nationale, icono-bio-bibliographique descriptive, critique et raisonnée, complète à ce jour de tous les ouvrages composant cette célèbre collection.
P., Bibliothèque des curieux, 1919.
Cat. des ouvrages conservés sous la cote « Enfer » à la Réserve du département des Imprimés.
L’édition de 1919 ne diffère que par la préface de la précédente, publiée en 1913 par le Mercure de France. Classement dans l’ordre des cotes. Table des titres, index des noms d’auteurs, préfaciers, annotateurs, traducteurs et illustrateurs.
demi veau vert foncé, dos lisse, ex. 671 sur vélin

3 Commentaires

  1. Bonsoir
    Bertholon est dans la lignée de Franklin dont il était l’amis.Ils s’est surtout occupé de l’influence de l’électricité sur les êtres vivants. Ses trois ouvrages les plus connus sont:
    – DE L’ÉLECTRICITÉ DU CORPS HUMAIN DANS L’ÉTAT DE SANTÉ ET DE MALADIE (1780).
    – DE L’ÉLECTRICITÉ DES VÉGÉTAUX (1783).
    – DE L’ÉLECTRICITÉ DES MÉTÉORES (1787).

  2. Bonjour Bernard.

    Les travaux de l’abbé Bertholon dont j’ai une édition en deux tomes (1786) sur l’électricité du corps humain (1786), s’inscrivent t’ils dans la lignée de Nollet ? , formule t’il des théories plus avancées ?

    Merci pour cette série d’articles sur les livres scientifiques.

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