Les différents types de reliure: la reliure en trompe l’oeil ou reliure sans dos

Amis Bibliophiles bonjour,

Madame Isabelle de Conihout, talentueuse conservatrice en chef de la Bibliothèque Mazarine attire notre attention sur la reliure du numéro 11 de l’exposition “Imitatio Christi”, par une notice éclairée au catalogue. (Au passage et pour faire pièce à une polémique récente, saluons sa collaboration exemplaire avec le libraire érudit et discret Monsieur Ract-Madoux pour l’étude des reliures de la Bibliothèque du château de Chantilly par exemple).

Le n°11 l”Internelle consolation” est donc une production de la veuve de Thielman Kerver du 28 mai 1554. Cet exemplaire est doté d’une remarquable reliure à décor doré à la plaque de l’époque en veau brun. Le décor consiste en un grand ovale central à motifs d’arabesques, accompagné de deux fers floraux et de quatre écoinçons dorés sur un semé de trois petits points dorés, encadré de trois filets dorés. 


L’intérêt réside cependant dans l’absence apparente de dos. La tranche du dos (!) est en effet recouverte d’un support traité comme les trois autres tranches dorées et ciselées. Madame Conihout explique la technique : “Les nerfs sont passés dans des ais de carton, aux tranches également masquées par la dorure, qui doublent les ais de la reliure proprement dite et, fixés à celle-ci, permettent la cohésion de l’ensemble”.

Des lacs disposés tant du côté de la gouttière que du côté du dos achèvent de dérouter l’amateur. L’auteur de la notice signale la découverte de deux autres reliures de ce type, une à Chantilly, l’autre à l’Escurial non signalées jusqu’ici. Ce qui porte à cinq le nombre de reliures françaises de ce type et de cette époque connues.

Cette mention abrupte a réveillé un souvenir visuel inconscient qui m’a permis de retrouver l’exemplaire de Chantilly endormi sur sa tablette que je vous livre ici. (Preuve qu’on ne trouve que ce qu’on cherche et ne voit bien que ce qu’on connaît). Le livre de Chantilly, “Horae in laudem beatissimae Virginis Marie ad usum Romanum, sort également des presses Thielman Kerver en 1556. Quant au décor, le duc d’Aumale le décrit comme un “décor doré: plaque losangée et écoinçons à rinceaux sur fond azuré, semé de trèfles dans le champ…”. Il porte le supra-libris de Anne Gaulthière.
Vous qui jusqu’ici méprisiez les livres décrits comme  “sans dos” prenez garde et ouvrez l’oeil, nous attendons vos signalements!

Lauverjat

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Messier, relieur parisien méconnu de l’époque romantique

Messier, relieur parisien méconnu de l'époque romantique

Amis Bibliophiles bonsoir,

Chacun connaît les grandes signatures des relieurs de la Restauration, Simier, Thouvenin, Ginain, Vogel ou encore Purgold, (bien que la production de ce dernier semble moins considérable en quantité que sa réputation). Tous sont abondamment cités par les spécialistes de la reliure et les bibliophiles.
Messier, en revanche, est un relieur parisien de l’époque romantique sur lequel les bibliographes sont laconiques. Certes il ne fréquente pas comme ses prestigieux confrères les Expositions des produits de l’industrie en vogue sous la Restauration. Voltaire, 1816, : Librairie Du Cardinal /Livre-rare-book.comJe n’ai pas trouvé sa naissance ni même son prénom. Peut-être ce Jean-Baptiste Messier maître doreur à Paris qui épouse le 24 novembre 1774 Marie Louise Mardelle est-il de sa famille ? Ou cet autre Messier qui enseigne, à la fin du XVIIIe siècle, à Tournai, la buffleterie et peut-être la reliure, à Donat Casterman, futur relieur imprimeur libraire?
Il exerce en tous cas 13, rue des Marais-Saint-Germain à Paris, de 1826 à 1842. Cette ancienne rue porte actuellement le nom de rue Visconti. Aussi faut-il observer que le relieur Doll exerçait à cette adresse jusqu’avant sa retraite en 1825. Cependant en 1826 et 1827 on y trouve aussi brièvement un autre relieur du nom de Chaumont. S’agit-il d’une association fugitive ? L’étude des fers employés par Messier permet cependant d’identifier du matériel employé précédemment par Doll (à la réserve de pouvoir comparer les livres des deuxrelieurs simultanément).
Œuvres Millevoye, 1827, librairie Gribaudo VandammeA la même adresse exerce encore Charles Motte un imprimeur lithographe. Messier affectionne le veau glaçé. Il orne les plats d’un encadrement de filet au noir, à froid ou doré, doublé à l’intérieur d’une roulette de palmettes dorée ou à froid. Le plus souvent il pousse au centre une plaque restauration. La variation de l’usage des combinaisons au noir, à froid ou doré multiplie les compositions avec un nombre de fers et de plaques réduit. Lescoupes sont ornées de roulettes ou de filets hachés dorés. Les caissons du dos présentent parfois un fleuron serti dans un double ou triple encadrement de filets dorés. Au final, ses décors ne diffèrent pas de ses concurrents de l’époque tels Duplanil ou Simier.



Ses livres sont cependant très soignés et bien équilibrés, « agréables à tripoter » comme dit Beraldi. Le bibliophile Jean-Baptiste Tenant de Latour, ancien bibliothécaire du roi, parle de lui comme de « mon excellent relieur, l’honnête Messier » en 1827. Jean-Baptiste Huzard le fait travailler, ainsi que Laurent de Bure, libraire-éditeur, sur ses classiques français de la Bibliothèque de l’Amateur au format in-8. De Bure propose en effet ses livres reliés par les artisans en vue du moment Simier, Germain-Simier, Thouvenin, Caron, etc.
Pour autant Messier avait-il la faveur de l’élite des bibliophiles de l’époque? Le sondage auquel je me suis livré laisse apparaître sa signature sur une très large majorité de livres contemporains. On lui reproche aussi d’avoir outrageusement rogné pour en dorer les tranches un manuscrit sur peau de vélin mais cette pratique tient à son époque.
En 1842 Messier cesse son activité, reprise sur place par Prévost jusqu’en 1849 et dont la carrière nous est encore plus obscure.
Lauverjat

5 Commentaires

  1. Merci pour le tuyau, je ne savais que tout avait ete decrit dans un catalogue. J'ai ete mauvaise langue!
    Je vois sur certaines notices, que des ouvrages ont ete numerises. C'est en ligne? Je n'ai pas trouve…
    Merci d'avance

    Wolfi

  2. Merci Lauverjat pour la découverte !

    Heureusement que cette technique de reliure n’a pas prospéré : outre le fait qu’elle laisse accroire que le propriétaire range ses ouvrages n’importe comment sur le rayonnage, elle aurait entrainé la faillite immédiate des fabricants de tranchefiles et autres passementiers !

    Textor

  3. merci pour la découverte.
    Chantilly est une vraie mine : quelque soit le style recherché, on y trouve des pépites!
    Des expositions régulières fort intéressantes généralement, mais il manque un catalogue exhaustif de cette bibliothèque d'exception.
    Il faut dire qu'il y a du boulot!

    cordialement,

    Wolfi

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